Treize morts, 23 blessés, près de 12 500 personnes affectées depuis le début de la saison des pluies : le bilan communiqué mercredi par les autorités maliennes rappelle la violence de l’hivernage en cours. Mais un même document révèle, presque en creux, une donnée d’un tout autre ordre. Le barrage de Sélingué, poumon électrique du pays, a dépassé sa cote de remplissage cible. Une nouvelle rarement aussi bonne pour l’approvisionnement électrique malien.
Réuni le 23 septembre au Centre de coordination et de gestion des crises, le Comité technique de gestion de la crise inondation a dressé, dans un communiqué diffusé le lendemain, le bilan de l’hivernage malien depuis le début de la saison des pluies. On dénombre au total 7 cas d’inondation, 11 cas de foudre et 5 cas de vents violents, occasionnant 13 pertes en vies humaines, 23 blessés et 479 cas d’effondrement de bâtiments. Parmi les dégâts enregistré, il faut noter aussi que 1 933 ménages, représentant 12 405 personnes, ont été affectés par ces intempéries. Le gouvernement a adressé ses condoléances aux familles endeuillées et assuré que toutes les dispositions étaient prises pour porter assistance aux sinistrés, dans le cadre du Plan national de prévention et de gestion des risques d’inondation.
Parmi les mesures déjà déployées figurent le renforcement des piquets d’intervention rapide de la Protection civile, la poursuite des opérations de curage des caniveaux, la libération des servitudes et des lits de marigots dans le district de Bamako, ainsi que la mobilisation de « brigadiers citoyens » et de volontaires dans le cadre du projet « Né Ka Siguida, N’Ka Faso Ko ». Une initiative de mobilisation communautaire associant directement les populations locales à la surveillance et à la prévention des risques, aux côtés des services techniques de l’État.
Une donnée hydrologique passée presque inaperçue
C’est toutefois un paragraphe technique, presque anodin en apparence, qui mérite qu’on s’y attarde. Le communiqué signale l’« ouverture partielle des vannes du barrage de Sélingué », dont le niveau a atteint la cote de 348,52 mètres IGN, dépassant la cote cible de 347,05 mètres. Un dépassement suffisant pour contraindre les gestionnaires à évacuer une partie du surplus. Le barrage de Manantali, plus à l’ouest, poursuit quant à lui son propre remplissage.
Pour le citoyen lambda, ces chiffres passent inaperçus, noyés dans la longue liste des consignes de sécurité qui suit. Ils méritent pourtant d’être resitués dans leur contexte. Sélingué n’est pas seulement un barrage parmi d’autres, c’est l’un des deux piliers historiques de la production hydroélectrique malienne. Il alimente surtout en électricité Bamako, Kati, Koulikoro, Ségou, Fana, Dioïla, Yanfolila et Kalana depuis sa mise en service en 1980.
Un niveau de remplissage supérieur à la cote cible, en cette période de l’année, constitue en principe une nouvelle plutôt favorable pour un pays confronté, depuis des années, à des délestages électriques récurrents et à une dépendance persistante envers une production thermique coûteuse et polluante. Plus le réservoir de Sélingué se remplit avant la saison sèche, plus la centrale hydroélectrique dispose théoriquement de marge pour turbiner sur une période prolongée, allégeant d’autant la pression sur le réseau national géré par Énergie du Mali (EDM), lui-même confronté à une dette structurelle chiffrée à plusieurs centaines de milliards de francs CFA ces dernières années.
Une même pluie, deux visages
Cette coexistence, dans un seul et même communiqué officiel, d’un bilan humain endeuillé et d’un indicateur hydrologique porteur d’espoir énergétique illustre bien la nature ambivalente de l’hivernage sahélien. La même pluie qui emporte des toits, provoque des effondrements et coûte des vies humaines est aussi celle qui, avec un peu de recul, alimente les réservoirs dont dépend l’accès à l’électricité de plusieurs centaines de milliers de Maliens pour les mois à venir.
Par ailleurs, il s’agit de savoir maintenant si ce supplément d’eau engrangé à Sélingué se traduira, dans les prochains mois, par une amélioration tangible de la fourniture électrique, déjà observée depuis quelques mois déjà, dans les villes qu’il dessert. Une question que le communiqué du Comité de gestion des crises, focalisé sur l’urgence humanitaire immédiate, ne se posait naturellement pas, mais que les foyers maliens, eux, ne manqueront pas de se poser à la prochaine coupure de courant.
Oumarou Fomba
