En inaugurant RAFFINOR-BF lundi à Ouagadougou, le capitaine Ibrahim Traoré a mis en service un outil dont la capacité de départ, 164 tonnes par an, dépasse déjà de 70 tonnes toute la production aurifère burkinabè de 2025. Un décalage qui n’a rien d’un excès de zèle. Il dessine, dès la première pierre, l’ambition régionale du projet.
Le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a inauguré, lundi 28 septembre, la Raffinerie nationale d’or du Burkina Faso (RAFFINOR-BF), première usine d’affinage du pays. Installée sur un site de cinq hectares dans le quartier Ouaga 2000, aux côtés du siège de la Société nationale des substances précieuses (SONASP), l’unité a coûté plus de 11 milliards de francs CFA, financés par l’État burkinabè via la SONASP et des partenaires privés nationaux. À l’issue de la visite guidée, le chef de l’État a réaffirmé sa volonté de rompre avec le modèle extractif traditionnel : « Notre ambition n’est plus d’être juste un pays qui extrait et qui amène sa matière première dehors. Nous voulons affiner tous nos métaux sur place […] nous voulons avoir toute la chaîne de valeur sur place. »
Notre ambition n’est plus d’être juste un pays qui extrait et qui amène sa matière première dehors. Nous voulons affiner tous nos métaux sur place […] nous voulons avoir toute la chaîne de valeur sur place.
164 tonnes de capacité, pour une production nationale de 94 tonnes
Le chiffre mérite qu’on s’y arrête. Pour sa première phase, RAFFINOR-BF affiche une capacité d’affinage de 164 tonnes d’or par an, avec une seconde installation déjà programmée pour porter l’ensemble à 515 tonnes. Or la production aurifère burkinabè s’est établie à 94 tonnes en 2025. Autrement dit, dès sa mise en service, la raffinerie peut traiter, à elle seule, près de 70 tonnes de plus que tout ce que le pays extrait en une année. Loin d’être une anomalie de conception, cet écart traduit un choix assumé : construire un outil dimensionné non pour la seule production nationale, mais pour une ambition affichée sans détour par les autorités, celle de faire du Burkina Faso « un pôle de référence pour l’affinage de l’or en Afrique de l’Ouest ».
un pôle de référence pour l’affinage de l’or en Afrique de l’Ouest
Ce pari sur la surcapacité s’inscrit d’ailleurs dans une trajectoire de révision à la hausse : au lancement du chantier, en novembre 2023, les autorités tablaient sur une capacité de 400 kilogrammes par jour, soit environ 150 tonnes par an. Le complexe livré ce lundi atteint, voire dépasse légèrement cet objectif initial, avec une capacité de conception modulaire, par ajout de lignes d’affinage supplémentaires à celles déjà installées, selon le directeur général de RAFFINOR-BF, Adama Sawadogo.
Traiter aussi l’or artisanal, capter la valeur ajoutée sur place
Au-delà du seul affinage industriel, les autorités ambitionnent de faire transiter par RAFFINOR-BF l’intégralité de la production aurifère nationale, qu’elle soit industrielle ou artisanale. Un enjeu de taille dans un pays où l’orpaillage occupe traditionnellement une part importante de la filière. Le complexe comprend, outre les lignes d’affinage proprement dites, une fonderie, un laboratoire d’analyse, une zone de stockage sécurisée et une unité dédiée à la bijouterie, permettant de produire de l’or fin d’une pureté pouvant atteindre 99,99 %, soit 24 carats. « C’est le jour où nous reprenons les clés de notre propre maison. Notre or ne servira plus à créer de la valeur ajoutée pour les autres pendant que notre peuple reste dans le besoin », a résumé le ministre de l’Énergie, des Mines et des Carrières, Yacouba Zabré Gouba.
Le président burkinabè a par ailleurs adressé un appel à la jeunesse, l’invitant à développer des compétences techniques pointues afin de « s’y mettre et à apprendre à maîtriser toute la chaîne de valeur ». Signe que l’enjeu de cette infrastructure dépasse, aux yeux des autorités, la seule question industrielle pour toucher à la formation d’une génération de techniciens capables de faire vivre, dans la durée, cet outil désormais surdimensionné par rapport aux besoins immédiats du pays, mais taillé pour ceux, plus larges, de toute une sous-région.
Oumarou Fomba
