Dans une tribune publiée par la revue américaine The National Interest, Robert Dussey salue les récents gestes de l’administration Trump envers le Mali, le Burkina Faso et le Niger, mais les juge très insuffisants face à la progression du JNIM, affilié à Al-Qaïda.
Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a plaidé, dans une tribune publiée le 20 juillet par la revue américaine The National Interest, pour un réengagement plus résolu de Washington au Sahel, estimant que la politique américaine actuelle, bien qu’en voie d’amélioration, reste en retrait face à la progression du groupe jihadiste JNIM, affilié à Al-Qaïda.
Un bilan sécuritaire alarmant
Selon le chef de la diplomatie togolaise, artisan depuis 2021 de la stratégie sahélienne de son pays, renouvelée pour la période 2026-2028, le JNIM (Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin) a atteint sa capacité opérationnelle la plus élevée depuis sa création, vidant de leurs habitants des pans entiers du nord du Mali, de l’ouest du Niger et de larges zones du Burkina Faso. Il cite à l’appui l’édition 2026 du Global Terrorism Index,qui classerait les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Mali, Burkina Faso, Niger — parmi les cinq nations les plus touchées au monde par le terrorisme.
Robert Dussey revient également sur les attaques coordonnées ayant frappé simultanément plusieurs villes maliennes fin avril, provoquant la mort du ministre malien de la Défense. Une séquence qu’il présente comme la preuve du coût du retrait américain de la région, alors que la menace terroriste chercherait activement à atteindre les côtes ouest-africaines, avec des attaques déjà recensées jusque dans le nord du Togo.
Une critique de l’isolement diplomatique post-coups d’État
Le ministre togolais critique frontalement la stratégie occidentale adoptée après les coups d’État survenus entre 2020 et 2023 au Mali, au Burkina Faso et au Niger, fondée selon lui sur la pression et le conditionnement de l’aide. Une politique qui, écrit-il, n’a pas permis de rétablir une gouvernance civile et a plutôt poussé ces trois gouvernements vers d’autres partenaires, sans nommer directement la Russie.
Il salue toutefois plusieurs gestes récents de l’administration américaine, notamment la reprise annoncée du partage de renseignement avec le Mali, la levée de sanctions visant de hauts responsables maliens de la Défense, ainsi qu’un accord de coopération sanitaire de 147 millions de dollars sur cinq ans signé avec le Burkina Faso.
Trois recommandations pour Washington
Jugeant ces gestes insuffisants, Robert Dussey formule trois recommandations concrètes. Il appelle d’abord à la révision des interdictions de voyage imposées par Washington au Mali, au Burkina Faso et au Niger depuis décembre 2025, qu’il juge contradictoires avec les efforts diplomatiques engagés, de même qu’à un réexamen de l’architecture plus large des sanctions financières. Il plaide ensuite pour que l’investissement américain se substitue progressivement à l’aide au développement, dans la logique de la stratégie de sécurité nationale américaine de 2025. Pour ce faire, les Etats unis devraient s’appuyer sur les ressources minières de la région ( uranium, lithium, or). Dussey appelle la Development Finance Corporation américaine à mettre en place des garanties de risque pour l’extraction minière et le financement d’infrastructures logistiques.
Enfin, il demande la restauration et l’élargissement de la coopération militaire américaine avec la force conjointe des trois États sahéliens, désormais forte de 15 000 hommes selon lui. Il estime que tout partenaire militaire étranger présent aujourd’hui au Sahel occupe un terrain déserté par les États-Unis.
Le ministre togolais rappelle enfin avoir accueilli à Lomé, en avril, ce qu’il présente comme la réunion diplomatique la plus significative consacrée au Sahel depuis plusieurs années, réunissant des ministres du Mali, du Burkina Faso et du Niger, le président de la Commission de la Cédéao, ainsi que des émissaires de l’Union européenne, de la France, de l’Union africaine et des Nations unies. Une rencontre qu’il qualifie de première interaction formelle entre les responsables de l’AES et de la Cédéao depuis près d’un an.
Foula D. Massé
