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Paul-Henri Damiba écarté : les dessous d’une radiation controversée

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La radiation de l’ancien président Paul-Henri Sandaogo Damiba des cadres de l’armée burkinabè par le capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso, sur fond d’accusations de trahison, soulève des questions sur la quête de légitimité et les dynamiques de pouvoir au sein des forces armées du Burkina Faso. Analyse. 

Il est des décisions qui font l’effet d’une bombe, même dans un climat politique où les secousses sont légion. La signature par le capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso, des décrets radiants plusieurs hauts gradés des forces armées burkinabè est l’un de ces événements qui résonnent bien au-delà des murs feutrés des ministères. Parmi les officiers radiés figurent le lieutenant-colonel Evrard Somda, ancien chef d’état-major de la Gendarmerie nationale, arrêté et gardé au secret pendant des mois ; le colonel Yves-Didier Bamouni, ex-commandant des opérations dans la lutte antiterroriste ; le lieutenant-colonel Check Hamza Tidiane Ouattara, ancien commandant de la légion spéciale de la gendarmerie ; et le commandant Alphonse Zorma, ex-procureur de la justice militaire de Ouagadougou.

Tous accusés de vouloir « porter les armes contre l’État » et de mener une « entreprise de démoralisation » des forces armées et des populations, ces radiations marquent un tournant. Au cœur de ce tumulte, le nom de Paul-Henri Sandaogo Damiba, ancien président en exil au Togo, vient compléter la liste des hommes déchus, symbolisant la tragédie d’une armée en quête de son âme. La raison ? Une accusation lourde : « atteinte grave à la dignité militaire et au renom de l’armée » par des actions d’intelligence avec une puissance étrangère et des groupes terroristes. 

Une décision aux racines profondes

Radié pour faute jugée « particulièrement grave », Damiba paie, selon les termes du décret, le prix de manœuvres jugées contraires à l’honneur de l’armée burkinabè. Il n’est pas anodin que cette radiation intervienne dans un contexte où le Burkina Faso cherche désespérément à reprendre le contrôle de ses territoires, en proie aux attaques incessantes de groupes terroristes. Traoré, dont l’ascension au pouvoir s’est elle-même faite dans la précipitation d’un coup d’État, envoie un message fort : l’armée doit laver son honneur, et tout comportement assimilé à de la compromission ou à la trahison sera impitoyablement puni.

Pourtant, derrière la fermeté de cette décision se cache un entrelacs de questions troublantes. Damiba, l’homme déchu par un autre putschiste, n’était-il pas, il y a à peine deux ans, le héros qui avait lui-même déposé le président Roch Marc Christian Kaboré Kaboré sous prétexte d’une lutte plus efficace contre le terrorisme ? Sa radiation en exil au Togo résonne comme l’épilogue d’une saga où les mêmes acteurs, tour à tour loués puis vilipendés, incarnent la tragédie d’une armée en quête de son âme.

L’héritage contradictoire de Damiba

Durant ses huit mois au pouvoir, Damiba s’était présenté en redresseur de torts, en sauveur d’une nation assiégée par le terrorisme. Mais l’histoire retiendra son incapacité à inverser la tendance de l’insécurité, une faiblesse qui a offert à Traoré le prétexte parfait pour prendre les rênes. Sa chute, suivie d’un exil discret au Togo, évoquait déjà une humiliation, mais ce décret de radiation vient enfoncer le clou. L’accusation « d’intelligence avec des puissances étrangères et des groupes terroristes » est le coup de grâce pour une figure qui symbolise la promesse non tenue d’un retour à l’ordre.

La mention dans le décret de sa « faute particulièrement grave » a de quoi interroger. L’accusation d’une telle compromission avec des ennemis de la nation pose la question des preuves et du processus qui a conduit à cette radiation. Est-ce un acte de justice militaire rigoureux, ou le geste d’un pouvoir en place qui cherche à solidifier son emprise en neutralisant ses prédécesseurs ? Dans ce contexte, la clarté est rare, et l’opinion publique reste divisée entre ceux qui applaudissent la fermeté et ceux qui s’interrogent sur la légitimité de l’accusation.

L’armée, le pouvoir et le besoin de crédibilité

Le message est clair : le capitaine Traoré souhaite incarner l’incorruptible gardien de l’honneur militaire. La radiation de Damiba rappelle à chacun que la loyauté à la nation doit primer, et que la moindre collusion perçue avec des forces externes, qu’elles soient étatiques ou non étatiques, est une ligne rouge. Cette purge au sein des rangs militaires n’est pas seulement symbolique ; elle est une tentative de redorer un blason terni par des années de doutes, de coups d’État et d’échecs stratégiques face à la menace terroriste.

Mais cette démarche s’accompagne aussi d’un risque : celui de paraître arbitraire, de transformer l’armée en un théâtre où chaque leader successif procède à l’épuration des figures du passé pour asseoir sa propre légitimité. L’équilibre est précaire, et l’histoire récente du Burkina Faso est jalonnée de ces cycles de glorification puis de disgrâce.

Damiba : le bouc émissaire d’une armée ébranlée ?

Damiba, désormais coupé de son passé militaire et réfugié à l’ombre des collines togolaises, symbolise la complexité de la lutte pour le pouvoir dans un État en crise. On peut voir dans sa radiation la volonté de Traoré de marquer une rupture nette avec les échecs passés et de se distinguer comme le véritable porteur du renouveau. Mais ce geste est-il seulement une démonstration de force, ou la preuve que l’armée burkinabè commence à comprendre que son salut réside dans la fidélité absolue à ses principes ?

Le décret signé par Traoré est un acte qui invite à la réflexion sur l’état des institutions militaires et sur la manière dont elles sont utilisées par le pouvoir. Dans un Burkina Faso toujours vulnérable, l’urgence est de rétablir la confiance, non par des purges et des radiations spectaculaires, mais par une stratégie de défense cohérente et efficace. Dans cette quête, l’histoire de Damiba, héros devenu paria, restera un avertissement pour tous ceux qui ambitionnent de jouer un rôle sur la scène incandescente de la politique burkinabè.

Sahel Tribune 

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