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Office du Niger : un jeune entrepreneur malien lance une agropole de 500 hectares pour moderniser l’agriculture

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La société malienne Pacific Corporate a présenté à l’Office du Niger un projet ambitieux d’agropole intégrée : 500 hectares de terres irrigables, 5 hectares dédiés à une unité industrielle, et une électrification solaire des zones de production. Une initiative portée par des entrepreneurs privés maliens qui s’inscrit dans la vision de renouveau de l’institution agricole phare du pays.

C’est dans la salle de conférence de la Direction générale de l’Office du Niger, à Ségou, que s’est tenue le 23 juin 2026 une réunion qui dit quelque chose sur l’évolution de l’entrepreneuriat malien. D’un côté, le Dr Samba Bocary Tounkara, Président Directeur Général de l’une des plus anciennes et des plus importantes institutions agricoles d’Afrique de l’Ouest. De l’autre, une délégation de Pacific Corporate, société de droit privé malien dirigée par Mohamed Lamine Diakité, un jeune entrepreneur, venue présenter un projet d’agropole intégrée à la mesure de l’ambition affichée par la Transition malienne pour l’agriculture nationale.

Cette rencontre n’est pas la première. Les 2 et 3 avril 2026, Pacific Corporate avait déjà tenu un atelier de deux jours avec les techniciens de l’Office du Niger à Ségou, pour évaluer la faisabilité technique, financière et institutionnelle de son projet. Ce travail préliminaire avec les experts de l’institution — avant de rencontrer sa direction — témoigne d’une approche méthodique qui tranche avec les propositions improvisées que les grandes institutions agricoles africaines reçoivent trop souvent.

Un projet d’agropole intégrée : terre, industrie, énergie

Le projet présenté par Pacific Corporate s’articule autour de deux composantes foncières complémentaires. La société demande l’accès à 500 hectares de terres irrigables au sein du périmètre de l’Office du Niger pour l’exploitation agricole proprement dite, et à 5 hectares supplémentaires pour l’implantation d’une unité industrielle de transformation. Une agropole, dans son acception moderne, est précisément cela : une zone intégrée qui combine production agricole, transformation industrielle et services connexes, permettant de capter la valeur ajoutée au plus près des zones de production.

La dimension énergétique est au cœur du modèle économique proposé. Pacific Corporate entend contribuer à l’électrification des zones de production par l’énergie solaire, avec le déploiement de solutions durables destinées à améliorer la productivité agricole tout en réduisant les coûts énergétiques. L’enjeu est réel : dans les zones rurales du périmètre de l’Office du Niger, le coût et la disponibilité de l’énergie constituent un frein majeur à la mécanisation et à la transformation agricole. Une agropole alimentée en énergie solaire permettrait de s’affranchir en partie des contraintes du réseau électrique national.

L’Office du Niger : un géant foncier en quête de partenaires privés

Pour comprendre ce que représente ce projet, il faut rappeler ce qu’est l’Office du Niger. Créé en 1932 par l’administration coloniale française, il gère l’un des plus grands périmètres irrigués d’Afrique subsaharienne — plus d’un million d’hectares potentiellement irrigables dans le delta intérieur du Niger, dont seulement une fraction est aujourd’hui mise en valeur. Depuis les indépendances, l’Office a connu des hauts et des bas, des périodes de gestion étatique lourde et des phases de libéralisation partielle, sans jamais atteindre son potentiel productif théorique.

Depuis 2023, l’institution est engagée dans un programme de renouveau qui vise à attirer des investisseurs privés — maliens et étrangers — capables de développer des projets agro-industriels structurants. C’est dans ce contexte que le Dr Tounkara a reçu la délégation de Pacific Corporate avec un enthousiasme mesuré mais réel. Son message aux jeunes entrepreneurs était clair : l’ambition est bienvenue, mais elle doit se traduire en résultats concrets.

Le PDG a cependant accompagné son accueil favorable d’une mise en garde directe : il a invité Pacific Corporate à remplacer les belles idées par des éléments tangibles, des faits mesurables et des actions directes. Une formule qui dit beaucoup sur les attentes de l’institution — et peut-être sur ses expériences passées avec des porteurs de projets dont les ambitions n’ont pas toujours été suivies d’effets.

Pacific Corporate : la réponse d’une jeune génération d’entrepreneurs

La réponse de Boubacar Moulaye Haidara, porte-parole de la délégation, a été directe : sa société ne ménagerait aucun effort afin d’être un modèle de réussite pour les jeunes entrepreneurs, en s’appuyant sur son capital humain, financier et son réseau. Une déclaration d’intention qui devra être confirmée par des actes — mais qui dit quelque chose sur la culture d’entreprise que Pacific Corporate veut incarner.

Ce qui rend ce projet notable, au-delà de ses dimensions foncières et énergétiques, c’est son caractère intégré. En combinant l’agro-industrie avec des activités de commerce (climatiseurs économiques adaptés aux conditions sahéliennes) et de solutions numériques (informatique sur mesure, équipements bureautiques), Pacific Corporate propose à l’Office du Niger non pas seulement un exploitant agricole supplémentaire, mais un partenaire technologique capable de contribuer à la modernisation de ses propres services administratifs. C’est une vision de partenariat public-privé qui dépasse le simple bail foncier.

L’agropole dans la stratégie malienne de souveraineté alimentaire

Le projet de Pacific Corporate s’inscrit dans un contexte politique national favorable. La Transition malienne a explicitement placé le développement des agropoles au cœur de sa stratégie agricole — le Conseil supérieur de l’agriculture du 9 juin 2026 l’a rappelé, citant les agropoles comme axe prioritaire de la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable (SNEDD 2024-2033) et du projet structurant FARAFINNA JIGINE, qui ambitionne de nourrir durablement le Mali et la sous-région.

L’Office du Niger, avec son immense réservoir foncier irrigable, est le terrain naturel de déploiement de cette vision. Si des projets comme celui de Pacific Corporate — portés par des entrepreneurs maliens, financés par des capitaux locaux, axés sur la transformation locale et l’efficacité énergétique — se multiplient et aboutissent, ils pourraient contribuer à changer de manière significative la physionomie de l’agriculture malienne. La condition, comme le PDG Tounkara l’a rappelé sans détour, c’est que les promesses se transforment en résultats mesurables.

Oumarou Fomba 


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