Deux ans après avoir retiré son permis d’exploitation au canadien GoviEx, Niamey a signé, mercredi, une nouvelle convention minière sur le gisement de Madaouela avec Atomic Eagle, la société australienne née de la fusion de l’ex-opérateur évincé. L’État nigérien y voit sa participation doubler, dans la continuité d’une stratégie de renégociation systématique des actifs miniers engagée depuis le coup d’État de 2023.
Le Niger et le groupe australien Atomic Eagle ont signé, mercredi, une nouvelle convention minière pour l’exploitation du site d’uranium de Madaouela, situé dans la région d’Agadez, dans le nord du pays, non loin de la frontière algérienne. L’accord a été paraphé par le ministre nigérien des Mines, le commissaire-colonel Abarchi Ousmane, et le représentant d’Atomic Eagle, Phil Hoskins. Selon le site d’information officiel du ministère des Mines, la convention prévoit le versement d’une redevance initiale de 10 millions de dollars, un renforcement des capacités de l’administration minière nigérienne, des engagements de développement local et la création d’environ un millier d’emplois au profit de la jeunesse du pays.
Avec cette nouvelle convention, l’État nigérien voit sa participation au capital du projet passer à 40 %, contre 20 % dans l’accord conclu avec le précédent opérateur. Un doublement rendu possible par le retour du site de Madaouela dans le domaine public de l’État nigérien, prononcé en juillet 2024. D’un volume estimé à environ 116,5 millions de livres d’uranium, soit près de 52 800 tonnes, Madaouela figure parmi les plus importants gisements uranifères du pays.
De l’expropriation à l’arbitrage, puis à la renégociation
L’histoire de ce gisement ne se limite pas à la signature de mercredi. Le permis d’exploitation de Madaouela avait été retiré, en juillet 2024, à la société canadienne GoviEx Uranium, qui le détenait depuis 2016 et y avait investi près de 160 millions de dollars sur plus de 600 000 mètres de forages. Les autorités nigériennes, arrivées au pouvoir à la faveur du coup d’État du 26 juillet 2023, avaient justifié cette décision par un développement jugé trop lent du projet. Elles s’inscrivaient ainsi dans une logique plus large de révision des contrats miniers et pétroliers du pays, engagée pour diversifier ses partenaires internationaux.
GoviEx avait alors contesté la légalité de la procédure et engagé, en décembre 2024, une procédure d’arbitrage international devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi), lié à la Banque mondiale. Les deux parties s’étaient toutefois entendues, début 2025, pour suspendre cette procédure et privilégier une négociation directe. C’est dans cet intervalle que GoviEx a fusionné, en novembre 2025, avec la société australienne Tombador Iron, cotée à la Bourse de Sydney. Ce qui donna naissance à Atomic Eagle Limited. Une nouvelle entité dépourvue, selon ses propres dirigeants, de tout contentieux hérité avec Niamey. Aux termes de l’accord conclu mercredi, la procédure d’arbitrage doit être formellement abandonnée dans les jours suivant la signature.
Un schéma déjà appliqué à l’ex-partenaire français Orano
Ce scénario, retrait d’un permis, contestation par l’opérateur évincé, puis renégociation d’un accord plus favorable à l’État nigérien, n’est pas propre à Madaouela. Il fait directement écho à la nationalisation, l’an dernier, de la mine d’uranium de Somaïr, où le groupe nucléaire français Orano détenait jusque-là une participation de 63 %. Niamey a par ailleurs attribué un nouveau permis, sur le site voisin d’In Azaoua, à la société publique nigérienne Tsumco. Signe que la reconfiguration du secteur uranifère se poursuit au-delà du seul dossier Madaouela.
Pour les autorités nigériennes, cette méthode, reproduite d’un dossier minier à l’autre depuis 2023, illustre une doctrine assumée de reconquête des ressources stratégiques du pays. Le Niger est le quatrième producteur mondial d’uranium selon les dernières estimations du secteur. Pour les investisseurs étrangers, elle constitue en revanche un signal ambivalent. Elle indique que la voie vers l’exploitation des plus grands gisements du pays reste ouverte, mais elle passe désormais, presque systématiquement, par une phase de rupture contractuelle et de contentieux avant toute reprise des relations commerciales.
Oumarou Fomba
