La Confédération des États du Sahel (AES), formée en juillet 2024 par le Mali, le Niger et le Burkina Faso, se distingue par des décisions législatives audacieuses qui soulèvent des débats passionnés. En criminalisant l’homosexualité, ces pays affirment leur volonté de défendre leurs valeurs culturelles face aux pressions internationales, un choix complexe qui mêle identité, traditions et souveraineté.
Depuis la création de la Confédération des États du Sahel (AES) en juillet 2024, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont entamé un parcours inédit d’unité régionale visant à consolider leurs politiques, préserver leurs cultures et défendre leurs intérêts communs. L’une des illustrations les plus frappantes de cette solidarité est l’adoption par chacun de ces États de lois criminalisant l’homosexualité, une décision qui a rapidement attiré l’attention de la communauté internationale et ravivé des débats sur la relation entre tradition et droits humains.
L’homosexualité, une menace à la cohésion sociale et religieuse
Le 31 octobre 2024, le Mali a adopté un nouveau code pénal criminalisant l’homosexualité. Le ministre de la Justice, Mamadou Kassogué, a insisté sur la protection des valeurs nationales face aux influences extérieures, déclarant fermement : « Nous n’accepterons pas que nos coutumes et nos valeurs soient violées par des personnes venues d’ailleurs. » Cette démarche, soutenue par une large majorité au sein du Conseil National de la Transition (CNT), illustre un attachement profond aux normes socioculturelles et religieuses du pays. Pour certains, il s’agit d’un acte de souveraineté nécessaire dans un contexte où les valeurs traditionnelles sont perçues comme menacées par une mondialisation galopante.
Le Niger, engagé, depuis 2023, dans la réforme de son code pénal, a également pris des mesures pour inclure la pénalisation des relations homosexuelles. Le président déchu Mohamed Bazoum avait exprimé la nécessité d’adapter les lois aux réalités locales tout en affirmant que ces décisions ne sont pas simplement répressives, mais protectrices de l’identité nigérienne. Cette législation vient répondre à un débat public animé, souvent alimenté par les réseaux sociaux et les organisations locales telles que l’Association des Étudiants musulmans du Niger (AEMN), qui voient dans l’homosexualité une menace à la cohésion sociale et religieuse.
Le contexte culturel et historique unique des pays de l’AES
Le Burkina Faso a aussi annoncé des mesures similaires. Le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, a souligné que la nouvelle législation vise à aligner le pays sur les traditions locales. Toutes choses qui consolide l’unité avec le Mali et le Niger au sein de l’AES. Cette solidarité régionale illustre une volonté collective de maintenir une identité sahélienne forte et de résister aux pressions extérieures qui demandent un alignement sur des normes perçues comme étrangères.
Cette législation commune suscite cependant de vives critiques de la part des organisations internationales et des groupes de défense des droits humains. Elles pointent du doigt ce qu’elles considèrent comme une régression des libertés individuelles et rappellent que ces mesures pourraient contrevenir à la Charte africaine des droits de l’homme. Pourtant, pour comprendre pleinement ces choix, il est essentiel de considérer le contexte culturel et historique unique des pays de l’AES.
La pratique homosexuelle suppose une répartition des individus
L’article de Christophe Broqua dans le journal open Éditions, intitulé « La socialisation du désir homosexuel masculin à Bamako », offre un éclairage essentiel sur la perception de l’homosexualité dans la région. Broqua met en évidence la manière dont l’homosexualité est perçue dans les sociétés africaines, où elle est souvent reléguée à un rôle social complexe, teinté d’ambigüité. Il rappelle que la littérature sur la question a souvent ignoré la dimension libidinale des pratiques homosexuelles dans les sociétés non occidentales, se concentrant plutôt sur des aspects symboliques ou économiques. Cette observation permet de mieux saisir pourquoi, dans des contextes comme celui de l’AES, l’homosexualité n’est pas simplement perçue comme un choix personnel, mais comme un comportement potentiellement subversif, capable de bouleverser les structures sociétales établies.
Broqua note également que la perception et l’expression du désir homosexuel dans des pays comme le Mali sont influencées par des normes de genre et de pouvoir qui marquent la socialisation sexuelle. « Dans les discours des personnes concernées, la pratique homosexuelle suppose une répartition des individus en deux catégories définies principalement par le rôle occupé dans la relation sexuelle », écrit-il, soulignant que cette structure binaire influence fortement la manière dont l’homosexualité est perçue et vécue dans la société.
Un mécanisme de renforcement de la morale collective et de la protection des valeurs
L’idée de la honte sociale, ou « màlo » en langue bambara, apparaît comme un puissant régulateur des comportements. Broqua explique que la honte, contrairement à la culpabilité, est souvent liée au regard des autres et à la préservation de l’honneur familial et communautaire. Ainsi, dans un tel contexte, l’adoption de lois contre l’homosexualité peut être vue comme un mécanisme visant à renforcer la morale collective et à protéger les valeurs perçues comme fondatrices de l’identité nationale. Ces dynamiques rendent compte de la complexité de la situation, où les choix politiques ne peuvent être compris qu’à la lumière de la culture et de l’histoire locales.
Le renforcement des législations anti-LGBT au sein de l’AES s’inscrit aussi dans un mouvement de repositionnement géopolitique. En s’éloignant des anciennes puissances coloniales et en renforçant des alliances stratégiques avec des nations comme la Russie, ces pays cherchent à tracer un chemin plus autonome. Cette orientation répond au besoin de retrouver une autonomie décisionnelle et de résister aux diktats extérieurs qui pourraient être perçus comme une ingérence dans les affaires internes. Cependant, cette volonté d’indépendance a un coût : le risque de sanctions internationales et la perte potentielle d’aides économiques cruciales pour la région.
Protection contre des influences nuisibles à la stabilité sociale
Pour beaucoup de citoyens de l’AES, ces lois représentent une protection contre ce qu’ils considèrent comme des influences nuisibles à la stabilité sociale. En renforçant les liens culturels et en imposant des législations reflétant les croyances majoritaires, les autorités de l’AES affirment leur droit à la différence dans un monde globalisé. La création de cette union régionale est ainsi marquée par une volonté de s’affranchir des pressions extérieures tout en préservant un mode de vie en accord avec les valeurs locales.
La Confédération des États du Sahel trace une voie complexe, faite de défis et de choix controversés. L’adoption de lois criminalisant l’homosexualité, bien que critiquée sur la scène internationale, s’inscrit dans un cadre où l’identité, la culture et la résistance à l’uniformisation globale sont mises en avant.
Alassane Diarra






