Home A la Une Mali : le paradoxe du désengagement des partenaires internationaux

Mali : le paradoxe du désengagement des partenaires internationaux

0 comments 496 views 3 minutes read

Le Mali-Mètre 2026 livre un résultat qui devrait interpeller les bailleurs occidentaux : le retrait de certains partenaires internationaux n’a, pour l’écrasante majorité des Malien.ne.s, eu aucun impact politique perceptible. Mais ce désaveu de leur présence ne s’accompagne pas d’un désintérêt pour ce qu’ils pourraient encore apporter.

C’est l’un des résultats les plus contre-intuitifs de la 17ᵉ édition du Mali-Mètre, l’enquête d’opinion annuelle de la Friedrich-Ebert-Stiftung (FES) menée auprès de 2 220 personnes dans le district de Bamako et dix capitales régionales. Interrogés sur les conséquences du départ de certains partenaires internationaux, 64,0 % des Malien.ne.s estiment que celui-ci n’a eu aucun impact politique. Seuls 7,4 % partagent l’avis contraire, tandis que 28,7 % n’ont pas su se prononcer.

Une indifférence politique qui devrait interroger les chancelleries

Ce chiffre mérite d’être pris au sérieux par les partenaires concernés, plutôt que balayé comme un simple artefact de communication officielle. Il signifie qu’aux yeux de près des deux tiers des citoyens interrogés, la présence, ou l’absence, de certains partenaires occidentaux n’a pas modifié la trajectoire politique perçue du pays. Un constat qui tranche avec le récit, parfois entendu dans certaines capitales occidentales, d’un Mali fragilisé par ces départs successifs.

Ce résultat s’inscrit dans un contexte de recomposition des alliances extérieures du pays, où l’Alliance des États du Sahel (AES) est désormais citée par 59,8 % des Malien.ne.s comme l’institution avec laquelle le Mali doit avoir le meilleur partenariat, loin devant l’Union africaine (36,7 %), les BRICS (26,9 %) ou l’UEMOA (26,3 %).

Le paradoxe : des attentes fonctionnelles qui restent, elles, bien réelles

C’est là que réside le véritable paradoxe de cette enquête. Si le départ de certains partenaires n’est pas perçu comme un événement politique majeur, les Malien.ne.s continuent d’exprimer des attentes précises et non négligeables envers les partenaires techniques et financiers internationaux.  La lutte contre l’insécurité arrive en tête (46,3 %), suivie de la lutte contre le chômage des jeunes (39,1 %), de la lutte contre le terrorisme (30,4 %) et de la lutte contre l’insécurité alimentaire (24,3 %).

Autrement dit : l’indifférence mesurée par l’enquête ne porte pas sur l’utilité potentielle des partenaires internationaux, mais sur la forme et les conditions de leur présence passée. Le rejet ne semble pas viser la coopération en tant que telle, mais un mode de relation en particulier, celui d’avant la Transition, jugé par les autorités maliennes trop asymétrique. La question qui se pose désormais aux bailleurs n’est donc pas « faut-il revenir ? », mais « sous quelle forme la présence internationale peut-elle encore répondre à des attentes que les Malien.ne.s eux-mêmes continuent d’exprimer clairement » ?

“

sous quelle forme la présence internationale peut-elle encore répondre à des attentes que les Malien.ne.s eux-mêmes continuent d’exprimer clairement

Un signal à double tranchant pour les partenaires encore engagés

Pour les organisations et bailleurs encore présents au Mali, ce résultat peut se lire de deux façons. D’un côté, il confirme qu’un désengagement, même partiel, ne provoque pas nécessairement de crise de légitimité pour le pays hôte. Un argument que les autorités maliennes pourraient continuer de mobiliser dans leurs négociations avec d’anciens partenaires. De l’autre, il indique que les acteurs qui choisissent de rester, ou de revenir, sur des priorités clairement identifiées par la population elle-même (sécurité, emploi des jeunes, sécurité alimentaire) disposent d’un terrain d’attentes bien réel sur lequel bâtir une coopération renouvelée, à condition d’en revoir les termes.

Chiencoro Diarra 

Donnez-nous votre avis

FR|EN FR|EN