Du renforcement des infrastructures hospitalières à l’excellence des praticiens, les efforts engagés par les autorités maliennes dans le secteur de la santé commencent à produire des résultats concrets. La séparation réussie de bébés siamois au CHU Gabriel Touré constitue une prouesse médicale majeure qui illustre la montée en compétence des équipes maliennes et les capacités nouvelles du système hospitalier national.
Nés le 29 août dernier à l’issue d’une césarienne pratiquée sur une grossesse arrivée à terme, deux nouveau-nés du couple Berthé présentaient plusieurs malformations congénitales connues, reliés au niveau des systèmes urinaire et digestif, avec une vessie et un côlon partagés. Face à cette situation exceptionnelle, le directeur général du CHU Gabriel Touré, le colonel-professeur Thierno Madani Diop, avait mobilisé l’ensemble des spécialistes de l’établissement, lançant à ses équipes un mot d’ordre resté dans les mémoires du service : « Sauvez-moi ces bébés, ils doivent vivre. »
Après plusieurs examens et diagnostics préopératoires, une équipe pluridisciplinaire réunissant chirurgiens pédiatriques, anesthésistes-réanimateurs, cardiologues, radiologues, pharmaciens, laborantins et personnels paramédicaux du bloc opératoire a mené à bien, mercredi, l’intervention chirurgicale de séparation. Informée du succès de l’opération, la ministre de la Santé et du Développement social, le médecin-colonel-major Assa Badiallo Touré, s’est rendue le matin même au chevet des nouveau-nés, accompagnée de ses collègues chargés du Culte, des Affaires religieuses et des Coutumes, ainsi que de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille. « Nous sommes réunis aujourd’hui pour un événement heureux, un exploit scientifique de nos praticiens réalisé au sein de la grande famille du CHU Gabriel Touré », a-t-elle déclaré, rappelant que ce type de naissance ne concernerait, selon les estimations médicales évoquées lors de la visite, qu’environ une naissance sur 200 000.
Nous sommes réunis aujourd’hui pour un événement heureux, un exploit scientifique de nos praticiens réalisé au sein de la grande famille du CHU Gabriel Touré
Une prouesse qui s’inscrit dans un effort hospitalier de longue haleine
Pour les autorités sanitaires maliennes, cette réussite chirurgicale ne relève pas du seul hasard, mais illustre la montée en compétence d’un système hospitalier que les autorités de la Transition renforcent méthodiquement depuis plusieurs années. Dans le domaine de la dialyse, le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, a personnellement appuyé la création de trois nouveaux centres, à Bamako, Kayes et Sikasso, et pris en charge, depuis leur ouverture, la fourniture régulière d’intrants essentiels (reins artificiels, kits de branchement et de débranchement, sérums salés et glucosés, bicarbonates et lignes de dialyse) afin de soulager les patients atteints d’insuffisance rénale, dont les traitements restaient jusqu’ici largement concentrés dans la seule capitale.
Ce même effort s’est traduit par l’installation de panneaux solaires dans de nombreux hôpitaux et centres de santé de référence (CSRéf) du pays, afin de garantir la continuité de l’alimentation électrique de services aussi sensibles que la conservation des poches de sang ou la prise en charge des patients hospitalisés. Une nécessité dans un pays où les coupures de courant avaient longtemps fragilisé le fonctionnement des structures sanitaires. Parallèlement, plus de 550 forages ont été réalisés ces dernières années dans le cadre des œuvres sociales de la présidence, dont plusieurs directement destinés à des établissements de santé, pour sécuriser leur approvisionnement en eau.
Quinze nouveaux hôpitaux en construction à travers le pays
Le geste le plus structurant reste toutefois le Projet présidentiel d’urgence hospitalière, dont le général Goïta a posé la première pierre le 10 novembre 2025 au CSRéf de Korofina, en commune I de Bamako. Entièrement financé sur le budget national, ce programme prévoit la transformation des CSRéf des sept arrondissements de la capitale en hôpitaux de district, la construction de nouveaux hôpitaux de district à Bla et à Kangaba, ainsi que l’édification d’hôpitaux régionaux modernes à San, Koutiala, Bougouni, Dioïla, Nioro, Bandiagara et Koulikoro. Quinze établissements au total, dont plusieurs seront dotés d’unités d’hémodialyse, notamment dans les arrondissements les plus peuplés de Bamako. Les travaux doivent s’achever en douze mois pour les chantiers bamakois et vingt-quatre mois pour les structures régionales. Il faut rappeler aussi la construction d’un hôpital militaire de dernière génération à Banankoro, à quelques kilomètre de Bamako.
Le programme hospitalière d’urgence présidentiellle découle directement des recommandations des États généraux de la santé, tenus en décembre 2024, qui avaient pointé la nécessité de rapprocher les soins des populations et de désengorger des structures hospitalières historiquement concentrées dans la capitale. À l’heure où le CHU Gabriel Touré affiche une prouesse chirurgicale inédite dans le pays, il faut se réjouir de la démonstration que cette stratégie d’investissement hospitalier commence à porter ses fruits, tout en reconnaissant que l’ampleur des besoins sanitaires du pays appelle à poursuivre cet effort dans la durée.
Chiencoro Diarra
