Home A la Une À Madagascar, une criminalité sino-malgache qui circule dans les deux sens

À Madagascar, une criminalité sino-malgache qui circule dans les deux sens

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Cinquante ressortissants chinois condamnés pour escroquerie en ligne viennent d’être transférés de Madagascar vers la Chine pour y purger leur peine. Dans le sens inverse, des réseaux de traite continuent d’acheminer de jeunes Malgaches vers la Chine, révélant les deux faces d’une criminalité transnationale qui accompagne l’intensification des échanges entre les deux pays.

L’opération s’est déroulée dans la plus grande discrétion, lundi 7 septembre, entre la Maison centrale d’Antanimora et l’aéroport international d’Ivato. Cinquante ressortissants chinois, condamnés par la justice malgache à des peines allant de deux à dix ans de prison pour des faits d’escroquerie en ligne, ont été transférés vers la Chine, où ils purgeront le reliquat de leur peine, selon un communiqué du ministère malgache de la Justice. Une opération inédite à Madagascar, pilotée conjointement par les autorités judiciaires malgaches, Interpol et l’ambassade de Chine à Antananarivo, présentée comme la première d’une série de vagues de transferts à venir.

Ce rapatriement s’inscrit dans une coopération policière que Madagascar vient tout juste de formaliser. Le 4 août, le Conseil des ministres a donné son feu vert à l’intégration de la Grande Île à un réseau international de lutte contre la cybercriminalité, initié par Pékin sur le modèle d’Interpol ou d’Afripol. L’initiative chinoise s’inscrit elle-même dans un mouvement plus large observé ces derniers mois en Asie du Sud-Est, où Pékin multiplie les rapatriements forcés de ses ressortissants employés, parfois sous la contrainte, dans des centres de cyberfraude. Un phénomène massif documenté notamment à la frontière birmano-thaïlandaise, où plusieurs milliers de travailleurs chinois demeureraient retenus contre leur gré par des réseaux mafieux.

Un flux inverse, nettement plus sombre

Mais l’axe aérien entre Antananarivo et la Chine ne transporte pas que des escrocs renvoyés chez eux. Depuis plusieurs années, la gendarmerie malgache démantèle régulièrement des réseaux qui empruntent le chemin inverse, en envoyant cette fois de jeunes Malgaches vers la Chine. En décembre 2024, un réseau de traite d’êtres humains avait ainsi été démantelé à l’aéroport d’Ivato, ses membres monnayant entre 10 et 25 millions d’ariary, soit entre 2 000 et 5 000 euros, la vente de chaque femme malgache à des hommes chinois. Les victimes, selon les témoignages recueillis par la gendarmerie, étaient contraintes d’épouser des hommes âgés à leur arrivée, séquestrées, privées de leurs papiers, et rapportaient avoir subi des violences physiques et sexuelles répétées. Un autre réseau, démantelé en mars 2025 à Toamasina, avait recours au même procédé, une victime ayant notamment été forcée d’accoucher rapidement selon les exigences de son « acheteur ».

Ces deux réalités, la coopération policière contre les escrocs chinois d’un côté, la traite de femmes malgaches vers la Chine de l’autre, dessinent les deux faces d’un même phénomène : l’implantation croissante de réseaux criminels transnationaux à cheval entre la Chine et plusieurs pays africains, profitant à la fois des failles réglementaires locales et de la vulnérabilité économique des populations. Des spécialistes cités par plusieurs médias régionaux estiment que cette criminalité numérique et humaine s’appuie sur des complicités locales, jusque dans certains centres d’octroi de visas, selon les enquêtes malgaches, qui en compliquent considérablement le démantèlement complet.

Une coopération à sens unique ?

Le contraste entre l’efficacité affichée de la coopération judiciaire concernant les auteurs d’escroquerie en ligne, aboutissant en quelques semaines à un premier transfert de cinquante condamnés, et la lenteur relative du démantèlement des filières de traite vers la Chine, où les arrestations restent ponctuelles et les têtes de réseau installées en Chine difficiles à atteindre malgré des mandats d’arrêt internationaux, interroge sur l’équilibre réel de cette relation sécuritaire naissante entre Antananarivo et Pékin. Reste que les deux dossiers convergent vers une même conclusion : à mesure que les échanges se densifient entre la Grande Île et la Chine, la frontière entre coopération policière légitime et vulnérabilité aux réseaux criminels transnationaux devient, pour Madagascar, un terrain qu’il lui faudra apprendre à sécuriser dans les deux sens du trafic aérien.

A.D

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