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INPS Mali : Idrissa Bakary Diarra ausculte l’institution et prépare une vaste réforme de la protection sociale

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En deux jours de tournée dans les structures centrales de l’Institut national de prévoyance sociale, le nouveau directeur général a rencontré ses équipes, nommé les difficultés et tracé des pistes de réforme concrètes. Une méthode de terrain qui tranche avec les habitudes des cabinets directoriaux.

Il aurait pu recevoir ses directeurs dans son bureau, les convoquer un à un pour des comptes rendus formels, ou encore mandater une mission d’inspection interne. Idrissa Bakary Diarra a choisi autre chose : descendre dans les couloirs, pousser les portes des services, serrer les mains des agents, écouter les doléances à la source. En deux jours — mardi 16 et mercredi 17 juin 2026 — le directeur général de l’Institut national de prévoyance sociale (INPS) a effectué une tournée complète des structures centrales de l’institution, rencontrant successivement quatre directions clés dont la Direction des Structures Déconcentrées (DSD).

Nommé le 26 novembre 2025 et officiellement en poste depuis le 30 décembre, Idrissa Bakary Diarra hérite d’une institution aux défis considérables : une base d’assurés à élargir, des systèmes informatiques vieillissants, un Code de prévoyance sociale qui date de 1999, des allocations familiales parfois versées en double, et des structures régionales qui peinent à traiter les dossiers en autonomie. Sa tournée de terrain constitue le premier grand geste managérial de son mandat : prendre la mesure de la réalité avant de reformer.

Le SAV promu en direction centrale

Première étape de la journée du 17 juin : le Service Assurance Volontaire (SAV), dirigé par Modibo Danion. Ce service — qui couvre les travailleurs indépendants, les artisans, les commerçants et les professionnels libéraux qui ne sont pas automatiquement affiliés au régime général — est en cours de mutation. Idrissa Bakary Diarra a annoncé que le SAV sera érigé en direction centrale, marquant une reconnaissance institutionnelle de son importance stratégique dans l’extension de la couverture sociale.

Sur la question des agents en stage probatoire, dont la situation administrative restait en suspens depuis plusieurs mois, le directeur général a apporté une réponse attendue : leur titularisation interviendra dans les jours à venir. Une annonce accueillie avec soulagement par le personnel concerné. Le DG a toutefois accompagné cette bonne nouvelle d’un message sans ambiguïté sur les exigences professionnelles : ponctualité, assiduité et rigueur sont les conditions de la confiance que l’institution place dans ses agents.

DIGA : immatriculation et bataille contre les fraudes patronales

Deuxième arrêt : la Direction de l’Immatriculation et de la Gestion des Assurés (DIGA), dirigée par Sipa Konté. C’est le cœur administratif de l’INPS — là où les travailleurs entrent dans le système, où les employeurs déclarent leurs salariés, où la qualité de la donnée conditionne la pertinence de toutes les prestations qui suivront. Le diagnostic posé par la directrice est précis et ne cache pas les dysfonctionnements.

Certains employeurs refusent d’immatriculer des catégories entières de travailleurs — expatriés, saisonniers — en infraction avec les obligations légales. Les déclarations reçues sont souvent de qualité insuffisante. Et les outils informatiques ne permettent pas encore de bloquer automatiquement la saisie de salaires inférieurs au SMIG, ouvrant la porte à des sous-déclarations qui pénalisent les assurés au moment du calcul de leurs droits. Les remèdes avancés sont logiques : renforcement des échanges de données entre l’INPS et le Bureau central des soldes, accélération de la dématérialisation, contrôles renforcés et télédéclaration généralisée pour les grands employeurs.

DP : le Code de prévoyance sociale, un chantier urgent

Troisième étape : la Direction des Prestations (DP), dirigée par Houro Diakité. C’est là que se traitent les pensions de retraite, les allocations familiales, les rentes d’invalidité — en bref, les droits concrets des assurés. Et c’est là que les effets d’un Code de prévoyance sociale vieux de vingt-sept ans se font le plus cruellement sentir. M. Diakité a exposé sans ménagement les lacunes : lenteur de la révision du code, absence de déconcentration effective des décisions, insuffisance des équipements informatiques, contrôles médicaux annuels non réalisés pour certains rentiers, et cas de double paiement d’allocations familiales — le même enfant perçu par le régime de l’assurance volontaire et par le régime général simultanément.

DSD : la déconcentration comme priorité

Dernière étape et peut-être la plus stratégique : la Direction des Structures Déconcentrées (DSD), dont la mission est de coordonner, contrôler et appuyer les antennes régionales de l’INPS sur l’ensemble du territoire malien. C’est ici que l’écart entre les ambitions de Bamako et la réalité vécue par les assurés en région se mesure le plus concrètement.

La directrice centrale adjointe, Fatoumata Fofana, a brossé un tableau sans complaisance des difficultés opérationnelles : retards de paiement des allocations familiales, doublons d’enfants dans les bases de données, insuffisance du matériel informatique et de bureau, perturbations des réseaux et coupures d’électricité, absence d’interphones, manque de téléphones de flotte. Des problèmes qui paraissent anecdotiques pris isolément, mais qui, cumulés, entravent quotidiennement la capacité des agents à servir les assurés dans des délais raisonnables. 

Face aux défis listés par la DSD, Idrissa Bakary Diarra a été explicite sur sa priorité : la déconcentration. « Cette déconcentration permettra aux structures déconcentrées — régions et agences principales de Bamako — de traiter entièrement toutes les prestations techniques pour le bonheur de nos assurés sociaux », a-t-il indiqué au personnel. Un objectif ambitieux, qui suppose une refonte des systèmes d’information, une délégation réelle des pouvoirs de décision et un renforcement significatif des équipes régionales.

À six mois de sa prise de fonctions, le directeur général de l’INPS a montré qu’il comprend son institution dans sa complexité — ses forces, ses failles, ses blocages structurels. Les 2,1 milliards de FCFA d’allocations familiales versées entre janvier et mai 2026 témoignent de la résilience opérationnelle de l’institution dans un contexte difficile. Les chantiers identifiés lors de cette tournée diront, dans les mois qui viennent, si la résilience peut se transformer en réforme.

Oumarou Fomba 


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