Croissance maintenue à 4,7 % malgré les sanctions, recettes fiscales en hausse de 33 % en deux ans, 761 milliards de FCFA recouvrés auprès des compagnies minières, première mine de lithium d’Afrique inaugurée : les données économiques vérifiables de la Transition malienne dessinent un tableau plus nuancé que celui que la couverture médiatique dominante a voulu imposer.
Il est une règle non écrite de la couverture médiatique du Mali depuis 2021 : parler des coups d’État, des ruptures diplomatiques, des tensions sécuritaires — et passer sous silence les données économiques. Ce biais de sélection produit une image tronquée d’un pays que l’on décrit en permanence comme au bord du gouffre — comme le titre Hamadoun Ousmane Bocoum dans son ouvrage « Le système financier malien à l’épreuve des crises: Une décennie de résistance » mais qui, selon les chiffres officiels du FMI, de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, affiche une croissance de 4,7 % en 2024 et de 5 % en 2025. Cette tribune ne nie pas les défis. Elle exige qu’on les lise avec les données.
La croissance économique : résistance sous pression
Le premier fait économique de la Transition malienne est sa capacité à maintenir une trajectoire de croissance positive dans un contexte de pression maximale. En janvier 2022, la CEDEAO impose au Mali des sanctions économiques d’une sévérité sans précédent : fermeture des frontières terrestres et aériennes avec les pays membres, gel des avoirs de la Banque centrale, embargo commercial à l’exception des denrées alimentaires, médicaments et produits pétroliers. Ces sanctions — levées en juillet 2022 — ont représenté un choc significatif pour une économie enclavée dont 85 % du commerce extérieur transite par les pays voisins.
Croissance du PIB réel du Mali
2021 — 2026 | En pourcentage (%)
| +3,1 %Croissance 2021FMI données hist. | +5,0 %Croissance 2025FMI Article IV 2025 | +5,4 %Prévision 2026FMI décembre 2025 | +2,3 ptsProgression totale2021 → 2026 |

Détail par année — facteurs et sources
| Année | Taux | Facteurs clés | Source |
| 2021 | +3,1 % | Reprise post-Covid | FMI, données historiques |
| 2022 | +3,5 % | Malgré 6 mois de sanctions CEDEAO | FMI Article IV 2025 |
| 2023 | +4,7 % | Agriculture (+49 % coton) et dynamisme de l’or | BAD / FMI |
| 2024 | +4,7 % | Malgré fermeture mine Loulo-Gounkoto et sécheresse | Dir. Trésor français / FMI |
| 2025 | +5,0 % | Lithium, agriculture, services | FMI Article IV juillet 2025 |
| 2026* | +5,4–5,5 % | Relance minière et lithium (prévision) | FMI, décembre 2025 |
* Prévision FMI (décembre 2025) | Sources : FMI Article IV 2025 · Banque mondiale · BAD· Direction du Trésor français · FMI, décembre 2025
Ces chiffres sont issus des consultations Article IV du FMI et des rapports de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement. Ils ne relèvent pas de la communication du gouvernement malien. Ce que montrent ces données, c’est qu’en dépit des sanctions, de l’insécurité persistante, du choc climatique et des conflits avec certains partenaires miniers, l’économie malienne a maintenu une croissance réelle positive et supérieure à la moyenne subsaharienne.
« La croissance du PIB devrait atteindre 5,0 % en 2025, soutenue par une forte production agricole, le début de l’extraction de lithium et la poursuite de la croissance des services. », estimait le FMI, dans les Résultats des consultations de l’Article IV avec le Mali, publié en juillet 2025
La mobilisation fiscale : une transformation silencieuse
Le deuxième fait économique de la Transition, et peut-être le plus structurant, est la progression remarquable de la mobilisation des recettes fiscales. En 2022, dans un contexte de sanctions et de perturbations économiques, la Direction générale des Impôts (DGI) du Mali avait mobilisé environ 990 milliards de FCFA. En 2024, ce chiffre atteint 1 318 milliards de FCFA — un dépassement des objectifs de 58,6 milliards et une progression de 33,21 % en deux ans.
Cette performance repose sur plusieurs réformes concrètes et vérifiables. La numérisation des procédures fiscales a permis de porter la part des recettes électroniques de 2 % en 2022 à 30 % en 2024, représentant 300 milliards de FCFA de recettes encaissées par télépaiement. Le taux de déclaration dans les délais a atteint 99 % pour les grandes entreprises et 95 % pour les moyennes entreprises en 2024. Le ratio recettes fiscales/PIB est passé de 13,5 % en 2022 à 14,7 % en 2023, trajectoire confirmée en 2024.
« Les réalisations de recettes 2024 ont connu un écart positif de 147,617 milliards de FCFA par rapport à 2023, soit un taux de croissance d’environ 13 %. Comparées aux réalisations de 2022, on enregistre un dépassement de 328,75 milliards, soit un taux de croissance de 33,21 %. », selon la Direction générale des Impôts du Mali, dans son Rapport annuel 2024, publié le 26 juin 2025.
La souveraineté minière : un bras de fer transformé en revenus
Le troisième pilier des réalisations économiques de la Transition est la politique de récupération des revenus miniers — le dossier le plus complexe et le plus disputé, mais aussi celui dont les résultats financiers sont les plus documentés.
En 2023, le gouvernement adopte un nouveau Code minier portant la participation obligatoire de l’État dans les projets miniers de 20 % à 35 %. Dans la foulée, un audit systématique du secteur est mené avec les cabinets Inventus et Mazars. En décembre 2025, le gouvernement annonce le recouvrement de 761 milliards de FCFA (1,2 milliard de dollars) d’arriérés auprès des compagnies minières — chiffre confirmé par Reuters et AllAfrica. Barrick Gold seul a versé 85 millions de dollars dans le cadre d’un premier accord en septembre 2024.
Le cas de la mine de Goulamina est le symbole le plus visible de cette reconfiguration. Inaugurée le 15 décembre 2024 — devenant la plus importante mine de lithium d’Afrique en capacité de production —, elle est opérée par Ganfeng Lithium (Chine). Conformément au code minier de 2023, l’État malien détient 35 % des intérêts dans la mine (10 % gratuits + 25 % achetables). Le ministère des Mines prévoyait une production de 381 959 tonnes de spodumène de lithium en 2025. Les revenus estimés pour les entreprises maliennes sont évalués à 250 milliards de FCFA.
Le secteur agricole : 11,4 millions de tonnes malgré les chocs
L’agriculture représente 40 % du PIB malien et occupe 80 % de la population active. C’est à la fois la principale vulnérabilité de l’économie — exposée aux aléas climatiques et aux perturbations sécuritaires — et son principal amortisseur. Les données provisoires de la campagne 2025 présentées au Conseil supérieur de l’agriculture du 9 juin 2026 font état de 11 452 540 tonnes de céréales produites, 433 700 tonnes de coton, 157 775 tonnes de viande contrôlée et 122 671 tonnes de poisson.
La production de coton mérite une mention particulière. Après une chute de 33,5 % des exportations de coton en 2023 liée à des problèmes logistiques et climatiques, la filière a connu un rebond spectaculaire : la production a progressé de 49,37 % en 2023 selon les données de la Banque africaine de développement, avant de se stabiliser à un niveau historiquement élevé. Le prix d’achat garanti du coton graine fixé à 300 FCFA/kg pour la campagne 2026 est l’un des mécanismes de soutien qui a permis de maintenir la motivation des producteurs.
Ce que les données ne disent pas — et les défis réels
Cette tribune serait intellectuellement malhonnête si elle ne nommait pas les zones d’ombre. Le taux de pauvreté reste élevé : selon la Banque mondiale, 19,1 % des Maliens vivaient dans l’extrême pauvreté en 2022 — chiffre en légère hausse par rapport à 2021. L’inflation a atteint 9,7 % en 2022, avant de décélérer à 2,1 % en 2023 et 3,2 % en 2024. Le déficit du compte courant s’est creusé à 8,7 % du PIB en 2023. La dette publique s’établit à 51,7 % du PIB fin 2024.
La fermeture de la mine de Loulo-Gounkoto — la plus grande mine d’or du Mali, représentant à elle seule près de 900 millions de dollars de revenus en 2024 pour Barrick — a fait chuter la production aurifère industrielle de 22,9 % en 2025, à 42,2 tonnes. L’accord conclu en décembre 2025 et la reprise progressive annoncée pour 2026 sont des signaux positifs, mais l’impact de cette perturbation sur les recettes publiques de 2025 est réel et non négligeable.
Les données économiques du Mali de 2021 à 2026 montrent une économie résiliente, en cours de transformation sur le plan minier et fiscal — mais qui reste structurellement fragile et soumise à des chocs multiples.
Lire le Mali avec ses chiffres
L’objectif de cette tribune n’est pas de produire un plaidoyer inconditionnel pour les autorités de Transition. C’est de rappeler une exigence élémentaire du journalisme et de l’analyse économique : les jugements doivent s’appuyer sur des données vérifiables, pas sur des récits construits par sélection des faits.
Les données présentées ici sont toutes issues de sources indépendantes — FMI, Banque mondiale, BAD, Reuters, Direction générale des Impôts du Mali, Direction du Trésor français. Elles montrent que, sur la période 2021-2026, le Mali a maintenu une croissance réelle positive dans un environnement extrêmement difficile, opéré une transformation significative de sa politique de mobilisation fiscale, et engagé un bras de fer avec les compagnies minières dont le résultat financier est documenté et positif pour les recettes publiques.
Chiencoro Diarra
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