Crise malienne 1 : au-delà des divergences, le dialogue comme solution

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La situation sociopolitique et sécuritaire du Mali va de mal en pis. Cet état de fait interpelle l’œil observateur du jeune professeur de philosophie au Mali. Mikailou Cissé aide à comprendre ce qu’il estime être les véritables causes de cette crise et préconise des solutions.

« Le Mali est à l’arrêt », entend-on couramment. Cette affirmation est devenue tellement populaire qu’elle ne choque pratiquement plus personne. Toutes les couches socioprofessionnelles l’admettent comme une évidence. Même les autorités qui ont la charge de travailler de telle sorte que le pays ne soit pas dans un tel état en sont conscientes. La démission du chef de gouvernement de transition et son équipe, le vendredi 14 mai 2021, en est une illustration. Toutefois, la reconduction du Premier ministre, Moctar Ouane, à son poste montre que le président de transition, Bah Ndaw, n’écoute pas son peuple.

Tous responsables

Cette situation du pays semble ne rien dire à personne. La recherche du gain, de la provision quotidienne est ce qui préoccupe le plus les citoyens. Chacun se soucie de ce qu’il mangera demain. Le Mali est relégué au second plan. Chaque couche socioprofessionnelle œuvre pour son compte. La réaction des centrales syndicales est une illustration parfaite. Ils ne se mobilisent que lorsqu’ils sont concernés directement par une décision ou lorsqu’ils se sentent laissés-pour-compte. Ils sont même devenus un instrument de pression ou de promotion pour certains cadres. Les dénouements et concessions après les préavis de grève ou quelques jours de cessation de travail sont des illustrations concrètes.  

Ceux qui ne travaillent pas au sens propre du terme sont les plus égocentriques. Ils ne voient que leurs intérêts particuliers. Tout ce qui n’est pas profitable à eux est taxé de mauvais. Mieux, ils font tout pour que cela ne marche pas. Le désemparement de la transition politique actuelle est à leur actif. Il est dû aux agissements des politiques, précisément à leur mauvaise volonté.

Les autorités comme les opposants au régime n’œuvrent que pour assurer leurs arrières. Ils ne travaillent pas puisque la politique n’est pas un métier. Mais hélas, beaucoup de politiques n’ont pas conscience de ce fait. Cette occupation est même vue par ceux-ci comme un ascenseur social pour accéder à certaines fonctions ou responsabilités dans les hautes sphères. 

Le jeu de ping-pong

S’agissant des causes de « l’accostage du bateau Mali », chacun avance de son côté des explications et tient autrui pour responsable. Le citoyen lambda rejette la faute sur les politiques et les intellectuels, précisément les universitaires. Les politiques s’accusent mutuellement. Ceux qui ont géré les affaires sont les plus accusés par les autres. Il leur est reproché de ne pas avoir travaillé pour le bien général, mais plutôt pour leurs intérêts particuliers et partisans.

La mauvaise gestion et la conduite des affaires publiques par les politiques et le silence des universitaires sont des phénomènes qui ont conduit le pays dans cet état comateux.

Quelques avisés se mettent de côté et accusent les deux précédents. Ils estiment qu’ils ont tous leur part de responsabilité. Les politiques ont mal géré et les citoyens les ont laissé faire sans œuvrer à suffisance à les recadrer. Ils ne se blanchissent pas non plus et mettent en cause tous les Maliens. Ils estiment que tout le monde a failli sans exception. Ils trouvent même que le Mali a été un échec. Car l’état actuel du pays ne répond plus au projet des pères de l’indépendance.

« Sans la misère du peuple, les politiques n’existeront pas »

« Le Mali est à l’arrêt » est aussi un prétexte que les politiques utilisent couramment pour mobiliser les citoyens afin de se hisser au sommet ou de se faire plébisciter. À chaque fois que les Maliens dénoncent de mauvais traitements, les politiques saisissent l’occasion et en profitent pour régler des comptes personnels. Les manifestations qui ont conduit au départ du régime d’IBK et les nominations des pseudo-leaders dans les organes de transition en sont des preuves. L’engouement que suscite aussi de nouveau le mouvement du M5 montre que sans la misère du peuple, les politiques n’existeront pas.

Depuis l’installation des autorités de transition, les choses restent inchangées. L’État a du mal à s’imposer comme cela devrait être. La situation du pays s’empire davantage. Nous ressentons un véritable blocage. Les Maliens sont dans l’impossibilité de se mettre d’accord sur l’essentiel. Chacun reste campé sur sa position et accuse l’autre.  

Promouvoir un véritable dialogue

Pour remettre le Mali sur les rails, il ne fait plus de doute qu’il faut promouvoir le dialogue. Cela est préconisé par les politiques, les leaders des organisations de la société civile et même par les partenaires du Mali comme étant l’ultime solution. Le séjour du médiateur de la Cédéao dans la capitale malienne, la semaine dernière, suit cette logique de réconciliation des positions.

Le dialogue est certes entamé, mais c’est encore un dialogue de sourds. Mieux, c’est une simple audience que les autorités accordent aux leaders des mouvements et partis politiques ainsi qu’aux membres de la société civile. Car les propositions faites pendant ces rencontres et concertations ne servent pas à grand-chose. Si elles servaient à quelque chose, la situation du pays devrait être mieux que ce qu’elle est présentement.   

Mikailou Cissé

Les opinions exprimées dans cet article ne sont pas forcément celles de Sahel Tribune.

Mikailou Cissé
Mikailou Cissé
Mikailou Cissé est professeur de philosophie de niveau secondaire au Mali. Après des études de Master à l'Ecole Normale supérieure (ENSUP) de Bamako, quelques mois de stage à Phileingora lui ont suffi pour faire de l'écriture sa passion. Mikailou produit des articles d'analyse sur la politique et la société.

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