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Pr. Boureima Kansaye, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.
ActuEn temps réel

KazanForum : le Mali rejette les rumeurs de chaos et de blocus dans la capitale

by Sahel Tribune 14 mai 2026
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Depuis le KazanForum en Russie, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique Bouréma Kansaye affirme que Bamako n’est pas sous blocus et dénonce la campagne médiatique de désinformation de certains médias français contre le Mali.

Le gouvernement malien rejette fermement les informations relayées ces derniers jours par plusieurs médias occidentaux évoquant un supposé « blocus de Bamako ». En marge du Forum économique international « Russie – Monde islamique : KazanForum », le ministre malien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Bouréma Kansaye, a dénoncé une campagne médiatique visant à fragiliser l’image du Mali sur la scène internationale.

Dans une déclaration accordée à African Initiative, le ministre affirme que « la situation est sous contrôle » et assure que la capitale malienne continue de fonctionner normalement malgré le contexte sécuritaire tendu ayant suivi les attaques coordonnées du 25 avril 2026 contre plusieurs localités stratégiques du pays.

Bamako réfute tout scénario d’effondrement

Pour les autorités maliennes, les récits faisant état d’un isolement de Bamako relèvent davantage d’une bataille informationnelle que d’une réalité observable sur le terrain. Bouréma Kansaye explique que certaines rédactions occidentales, particulièrement françaises, cherchent à installer l’idée d’un État en perte de contrôle.

« Il y a eu une tentative de renversement du régime, mais ils n’y sont pas parvenus », a déclaré le ministre, avant d’ajouter que cette situation a donné lieu à « une campagne de relations publiques pour montrer que tout va mal au Mali ».

Selon lui, la circulation dans la capitale, les activités administratives et la vie économique suivent leur cours habituel. « Il n’y a aucun blocus à Bamako », insiste-t-il, rappelant qu’il a lui-même quitté récemment la capitale pour se rendre en Russie.

Cette sortie intervient dans un contexte où les autorités de transition travaillent à reprendre la maîtrise du récit autour de la situation sécuritaire du pays, alors que les réseaux sociaux et certains médias internationaux diffusent régulièrement des informations alarmistes sur l’état du Mali.

Une guerre de perception autour du Sahel

Au-delà du seul cas malien, cette séquence illustre la dimension informationnelle croissante des crises sahéliennes. Depuis plusieurs années, les autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger dénoncent le traitement biaisé des questions sécuritaires par une partie de la presse occidentale.

Les gouvernements de l’Alliance des États du Sahel (AES) dénoncent régulièrement certains médias étrangers de minimiser les avancées militaires des armées sahéliennes tout en amplifiant les difficultés internes afin de nourrir une perception d’instabilité permanente.

Cette défiance a conduit plusieurs États de la région à suspendre ou interdire certains médias internationaux, dans le cadre de la lutte contre la désinformation et l’atteinte au moral des populations et des forces armées.

Dans ce contexte, la communication officielle devient un enjeu stratégique majeur. Bamako entend désormais projeter l’image d’un État résilient, capable de faire face aux attaques terroristes sans sombrer dans le chaos institutionnel.

KazanForum, vitrine diplomatique du repositionnement malien

La déclaration de Bouréma Kansaye intervient également dans un cadre diplomatique symbolique. Le KazanForum, organisé en Russie du 12 au 17 mai, réunit des délégations issues de plus de 90 pays, notamment d’Afrique et du monde islamique.

Pour Bamako, cette participation s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des partenariats internationaux, accélérée depuis la rupture progressive avec plusieurs partenaires occidentaux.

Dans cette bataille de récits comme dans celle des alliances, les autorités maliennes montrent que, malgré les turbulences sécuritaires, l’État demeure debout et entend contrôler lui-même la narration de sa crise.

A.D

14 mai 2026 0 comments
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Attaque terroriste à Bamako
A la UneSécurité

Mali : pourquoi l’alliance de dupe entre le FLA et le JNIM pourrait rapidement imploser

by Sahel Tribune 14 mai 2026
written by Sahel Tribune 6 minutes read

Les séparatistes ont cru pouvoir instrumentaliser les terroristes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans pour reconquérir le nord du Mali. Ce pari cynique, construit sur le mensonge réciproque, vacille désormais sous le poids de contradictions irréconciliables.

Il y a une loi immuable dans les alliances de façade : le plus faible finit toujours par être évincé. Le Front de libération de l’Azawad (FLA) semble l’avoir oublié. À vouloir faire du « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) » un instrument de sa propre stratégie indépendantiste, la coalition séparatiste touarègue a peut-être ouvert une trappe sous ses propres pieds.

Depuis leur défaite commune à Kidal en novembre 2023 face aux forces armées maliennes et à leurs partenaires russes, FLA et JNIM ont entamé de longs mois de négociations secrètes. L’objectif était de construire un front commun contre Bamako. La réalité, beaucoup moins avouable, révèle deux partenaires qui se regardent en chiens de faïence, chacun convaincu de pouvoir se servir de l’autre.

Le scénario du dupe

La stratégie du FLA est lisible : utiliser la puissance de frappe terroriste pour déstabiliser l’État malien, fragiliser l’autorité de Bamako dans les cinq régions du nord — Kidal, Gao, Tombouctou, Ménaka et Taoudéni — et créer les conditions d’une autonomie élargie, voire d’une indépendance pour l’Azawad, à en croire les explications des experts du Crisis group. Dans cette équation, le JNIM joue le rôle de bras armé d’une cause qui n’est pas la sienne.

C’est précisément ce que confirme le Crisis Group dans une récente analyse, publiée le 8 mai 2026. Selon l’organisation, les attentats du 25 avril 2026 ont mis en évidence un rapprochement opérationnel entre les deux mouvements. Mais à l’intérieur des négociations, les positions se révèlent diamétralement opposées. Un dirigeant du FLA impliqué dans les pourparlers l’a lui-même confié : les séparatistes exigent du JNIM qu’il rompe ses liens avec Al-Qaïda et adopte un programme purement local. En retour, le JNIM réclame aux séparatistes d’abandonner leur quête d’indépendance et d’accepter l’instauration de la charia à travers le Mali et le Sahel.

« Un partenariat tactique, pas une vision partagée », peut-on résumer la confidence du dirigeant anonyme du FLA aux experts du Crisis Group. Ces deux conditions sont mutuellement exclusives. L’alliance n’a donc jamais été autre chose qu’une fiction commode, entretenue par la nécessité militaire du moment. Comme l’admettent eux-mêmes les dirigeants du FLA, l’assaut conjoint sur Kidal ne reflétait pas une alliance formelle ou une vision politique partagée, mais un simple partenariat tactique visant à « évincer leurs ennemis communs ». Les deux groupes ont des « visions irréconciliables, dans le temps long ». Ce qui limite la « pérennité de leur coopération », explique Dr Bakary Sambe, président du Timbuktu Institute, dans un rapport publié le 13 mai 2026, intitulé « Mali : Anatomie d’un séisme sécuritaire et perspectives régionales. » 

Le Timbuktu Institue évoque également une « alliance de circonstances, dictée par l’ennemi commun – le régime de Bamako – et non d’un pacte stratégique durable. Les objectifs divergent profondément : le JNIM poursuit l’imposition évolutive de la charia sur un territoire élargi, tandis que le FLA, héritier des rébellions touareg, défend un projet d’autonomie ou d’indépendance de l’Azawad. » Une conviction se dégage dans ce rapport : « Le JNIM va défendre ses intérêts et ne va jamais vouloir renforcer le FLA.»

L’histoire offre un miroir saisissant. En 2012, lors de la conquête du nord du Mali, le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) avait dans un premier temps composé avec les groupes touaregs du MNLA. Très rapidement, les djihadistes avaient retourné leurs alliés de circonstance et les avaient purement et simplement évincés de Kidal, Gao et Tombouctou. Les séparatistes, qui croyaient tenir les jihadistes en laisse, s’étaient retrouvés expulsés de leur propre territoire. Le FLA joue aujourd’hui le même jeu dangereux avec le JNIM, un mouvement autrement plus structuré et idéologiquement ancré.

Le soutien algéro-mauritanien : un parapluie illusoire

Pour renforcer sa position, le FLA s’appuie sur des soutiens régionaux. L’Algérie et la Mauritanie, traditionnellement méfiantes envers l’expansion de l’influence russe au Sahel, ont fourni une forme de couverture diplomatique aux séparatistes. C’est précisément au moment où les autorités maliennes de la transition mettent en place l’observatoire de la paix et la réconciliation nationale en vue de la mise en œuvre de la Charte pour la paix que le FLA choisit de réactiver son partenariat opérationnel avec le JNIM. Un timing qui ne doit rien au hasard et qui révèle une volonté délibérée de déstabiliser tout processus de normalisation avant qu’il ne prenne racine.

Alger et Nouakchott soutiennent cette cause autonomiste visant à déstabiliser le Mali et par ricochet toute la région d’Afrique de l’Ouest. La question qui se pose avec une acuité croissante est donc celle-ci : jusqu’où ces parrains régionaux accepteront-ils de couvrir une alliance qui porte en elle les germes d’une islamisation radicale du nord malien et de la scission du Mali ?

Le JNIM se laissera-t-il instrumentaliser ?

La vraie inconnue réside dans les calculs internes du JNIM. Le mouvement, affilié à Al-Qaïda, a sa propre feuille de route : l’établissement d’un ordre islamique strict à travers l’ensemble du Sahel. En acceptant de coopérer avec des indépendantistes laïcs financés par des capitales arabes modérées, il prend le risque de diluer son message et de contrarier sa hiérarchie. Iyad Ag Ghaly, le chef du JNIM lui-même d’origine touarègue, navigue dans ces eaux troubles avec une prudence calculée.

Les précédents historiques plaident pour une rupture à venir. Le JNIM a régulièrement marginalisé, puis absorbé ou éliminé les partenaires qui avaient cru pouvoir l’utiliser. La logique djihadiste n’admet pas les alliés de long terme aux objectifs divergents : elle admet des auxiliaires temporaires, qu’elle digère en temps voulu.

Une alliance sur le point de fissurer

Les signaux d’une fracture prochaine s’accumulent. Les négociations entre FLA et JNIM achoppent précisément sur les questions qui ne souffrent aucun compromis : l’identité politique du futur territoire, le rôle de la religion dans la gouvernance, les allégeances internationales. Deux visions du monde s’affrontent dans des salles de négociation dont personne ne ressortira vainqueur à mi-chemin.

Le FLA a voulu jouer les apprentis sorciers, convaincue de maîtriser une force qu’elle ne comprend pas vraiment. Le scénario de 2012 avec le MUJAO se répète, avec des acteurs plus aguerris des deux côtés. Sauf qu’en 2026, le Mali n’est plus le même, les forces armées de défense se sont restructurées, et Bamako observe avec une attention soutenue les fissures qui lézardent ce front du refus.

L’alliance de circonstance entre le FLA et le JNIM n’a jamais été qu’un mariage de raison entre ennemis reportés. La question n’est plus de savoir si elle va se rompre, mais quand — et qui, le premier, retournera ses armes contre l’autre.

Oumarou Fomba 

14 mai 2026 0 comments
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Valeurs traditionnelles maliennes
A la UneAnalyses

Mali : les valeurs traditionnelles au cœur de la réconciliation nationale

by Sahel Tribune 14 mai 2026
written by Sahel Tribune 5 minutes read

La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale, promulguée le 22 août 2025, fait un pari ambitieux : puiser dans le génie culturel millénaire du Mali pour recoudre un tissu social mis à rude épreuve par des années de crise. Un choix philosophique fort, qui replace l’humain et ses traditions au centre du projet de refondation nationale.

Quand les États cherchent à panser leurs blessures, ils se tournent souvent vers les institutions, les lois, les mécanismes formels. Le Mali, lui, a choisi de regarder d’abord vers ses villages, ses griots, ses anciens. La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale, adoptée par le Conseil national de Transition le 7 août 2025 et promulguée le 22 du même mois, consacre un titre entier aux « valeurs partagées » du peuple malien. Une liste de seize valeurs fondatrices, de l’humanitude au multilinguisme, en passant par la parenté à plaisanterie, le pardon et la solidarité.

Ce n’est pas un simple inventaire poétique. Ces valeurs ont force de loi.

L’humanitude, pierre angulaire du vivre-ensemble

Le texte ouvre avec une notion rare dans le vocabulaire juridique : l’humanitude. Définie comme « une valeur cardinale du vivre-ensemble, de la sociabilité et de la solidarité qui caractérise l’humain », elle transcende, selon la Charte, « les différences liées à l’âge, à l’origine sociale, à l’ethnie, au statut, à la religion, à la situation de handicap. »

Derrière ce mot se cache une philosophie profondément africaine : celle de l’individu qui n’existe que dans et par la communauté. Une vision du monde que résume un proverbe cité dans le texte même : « Une seule paire de pieds ne trace pas un chemin. » Dans un pays où les fractures communautaires ont alimenté des années de violence, ce rappel à l’interdépendance fondamentale des êtres humains prend une résonance particulière.

La parenté à plaisanterie : un outil de paix vieux comme le Mali

Parmi les valeurs retenues, la parenté à plaisanterie occupe une place de choix. Cette pratique, propre aux sociétés d’Afrique de l’Ouest, établit entre certains groupes ethniques ou familles des relations codifiées d’interpellation, de taquinerie et de dédramatisation des tensions. Entre un Coulibaly et un Traoré, entre un Keita et un Kouyaté, les piques fusent, mais la paix est préservée.

La Charte en fait officiellement « un outil de négociation sociale, de réconciliation, de pardon qui utilise les relations et les pactes historiques entre les noms de famille, les ethnies, les individus et les villages. » Ce qui était une pratique informelle transmise de génération en génération devient ainsi un mécanisme d’État reconnu pour prévenir et gérer les conflits.

Pour de nombreux observateurs, cette reconnaissance est à la fois symbolique et stratégique. Dans les zones de tension intercommunautaire, notamment dans le centre et le nord du pays, ces liens ancestraux ont parfois constitué le dernier rempart contre la violence généralisée.

Le pardon, « clé qui ouvre la porte de la paix »

Difficile de parler de réconciliation sans évoquer le pardon. La Charte lui consacre un développement remarquable, le définissant comme « un acte par lequel une personne, un groupe de personnes, une communauté ou un État, victime d’une offense, d’un tort ou d’une faute, décide, après le repentir de l’offenseur, de renoncer à toute rancune et à tout ressentiment ou désir de vengeance. »

Le texte prend soin de préciser que le pardon n’est pas une capitulation. Il « nécessite l’acceptation de la demande et la reconnaissance par l’autre partie de son tort et son engagement à ne pas récidiver. » Il est un processus, pas un effacement. Et il implique une condition fondamentale : le repentir sincère de celui qui a commis le tort.

Le proverbe choisi pour l’illustrer résume à lui seul toute une philosophie de la paix : « On ne lave pas le sang avec du sang. »

Le dialogue comme mode de gouvernance

La Charte érige également le dialogue en principe de gouvernance. « C’est en dialoguant qu’on éteint le feu », dit l’un des proverbes qui ponctuent le texte. Cette valorisation du dialogue ne se limite pas aux relations entre communautés : elle s’applique aux relations entre l’État et les citoyens, entre les institutions et les partis politiques, entre le gouvernement et les syndicats.

Dans un contexte où la Charte elle-même reconnaît « l’effritement de la confiance entre l’État et les citoyens », cette insistance sur la parole partagée devient une réponse directe à l’une des causes profondes de la crise malienne.

Des proverbes qui font loi

L’une des particularités les plus frappantes de ce texte juridique est la place accordée aux proverbes. Pour chaque valeur, la Charte cite plusieurs adages issus de la tradition orale malienne, lui donnant ainsi une dimension culturelle et pédagogique inédite pour un document législatif.

« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin » pour la solidarité. « Là où est le cœur, là est la patrie » pour le patriotisme. « Si ce n’est pas vrai, ne le dites pas » pour l’honneur. Ces formules, connues de tout Malien dès l’enfance, sont intégrées dans la loi pour rappeler que la réconciliation ne se décrète pas : elle se vit, au quotidien, dans les gestes les plus simples.

Un pari sur la mémoire collective

En ancrant ainsi la réconciliation nationale dans la culture et les traditions, le Mali fait le pari que la mémoire collective est plus forte que les divisions récentes. Que derrière les fractures ethniques et communautaires instrumentalisées par les groupes armés, il existe un socle commun, des valeurs partagées que personne n’a inventées mais que tout le monde reconnaît.

Ce pari est-il suffisant face à l’ampleur des défis sécuritaires et politiques ? La Charte elle-même ne prétend pas que les valeurs traditionnelles seront à elles seules la solution. Elle les associe à des mécanismes institutionnels, à des réformes juridiques, à une politique de sécurité ambitieuse.

Mais en choisissant de commencer par là, par ce que le Mali a de plus profond et de plus commun, elle envoie un message clair à son peuple : la paix ne viendra pas de l’extérieur. Elle viendra de vous, de nous, de ce que nous sommes ensemble depuis des siècles. « Les doigts de la main ne sont pas égaux, mais ils travaillent ensemble. »

A.D

14 mai 2026 0 comments
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15ème éditions des rencontres de Bamako
A la UneSeko ni Donko

Rencontres de Bamako : la Biennale africaine de la photographie prépare sa 15ᵉ édition en 2026

by Sahel Tribune 13 mai 2026
written by Sahel Tribune 2 minutes read

La commissaire générale de la 15ᵉ édition des Rencontres de Bamako, Armelle Dakouo, a été reçue par le ministre Mamou Daffé. La Biennale africaine de la photographie se tiendra du 26 novembre 2026 au 26 janvier 2027 autour du thème « Refabulation ».

À quelques mois de son ouverture, la 15ᵉ édition des Rencontres de Bamako – Biennale africaine de la photographie se précise. Le mardi 12 mai 2026, la commissaire générale de cette nouvelle édition, Armelle Dakouo, a été reçue en audience par le ministre malien de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé.

Cette rencontre, organisée dans la capitale malienne, s’inscrit dans le cadre des préparatifs de la manifestation culturelle, qui se tiendra du 26 novembre 2026 au 26 janvier 2027 à Bamako. Considérée comme la plus grande plateforme consacrée à la photographie sur le continent africain, la biennale entend cette année encore réunir artistes, curateurs et professionnels de l’image venus d’Afrique et d’ailleurs.

Une rencontre pour lancer les préparatifs

La commissaire générale était accompagnée de Tidiane Sangaré, directeur général de la Maison africaine de la photographie, ainsi que du délégué général des Rencontres de Bamako, El Hadj Amadou Diop.

Au cours de l’audience, les échanges ont porté sur plusieurs aspects liés à l’organisation de la biennale, notamment les derniers réglages de la cérémonie officielle de lancement, prévue le 14 mai 2026 dans les locaux de la Maison africaine de la photographie.

Cette rencontre a également permis de présenter officiellement au ministre la nouvelle commissaire générale, sélectionnée à l’issue d’un appel à candidatures international.

Une édition placée sous le thème « Refabulation »

Le thème retenu pour cette 15ᵉ édition, « Refabulation » — une technique littéraire, artistique utilisée en théorie culturelle pour reprendre une histoire existante et la raconter différemment, en imaginant d’autres points de vue, d’autres voix ou d’autres interprétations — a été salué par le ministre Mamou Daffé, qui a adressé ses félicitations à la commissaire générale pour sa nomination et pour l’orientation artistique proposée.

Ce concept entend explorer les nouvelles manières de raconter l’Afrique et ses sociétés, à travers la photographie contemporaine. Dans l’esprit des organisateurs, il s’agit de mettre en avant des récits visuels capables de revisiter l’histoire, l’identité et les imaginaires du continent.

Un événement majeur pour la photographie africaine

Depuis sa création en 1994, les Rencontres de Bamako se sont imposées comme l’un des rendez-vous incontournables de la scène artistique africaine. Organisée à Bamako, la biennale contribue à révéler de nouveaux talents et à renforcer la visibilité internationale des photographes africains.

Pour les autorités maliennes, cet événement représente également un levier important pour la diplomatie culturelle et l’attractivité touristique du pays, qui intervient au cours de « l’année de l’éducation et de la culture ».

A.D

13 mai 2026 0 comments
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Ecoles-privees-au-Mali
A la UneÉducation

Former des citoyens ou reproduire des sujets ? L’éducation civique au Mali, enjeu de souveraineté

by Chiencoro 13 mai 2026
written by Chiencoro 7 minutes read

Dans un pays traversé par des crises institutionnelles profondes et des ingérences extérieures répétées, la question de ce que l’on enseigne à l’école — et au nom de quoi — est devenue un acte politique majeur.

Il existe, dans chaque nation, un moment où l’école cesse d’être un simple outil d’alphabétisation pour devenir le lieu où se joue la définition même du peuple. Le Mali vit aujourd’hui l’un de ces moments. Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, depuis la rupture avec la France et le recentrage souverainiste du régime de transition, une question traverse les couloirs des ministères, les amphithéâtres universitaires et les classes de quartier : que doit-on enseigner aux Maliens pour qu’ils se pensent Maliens — et pas seulement des administrés ?

La question de l’éducation civique n’est jamais innocente. Partout dans le monde, les programmes scolaires sont des terrains de bataille idéologique. Mais au Mali, elle prend une résonance particulière, car elle croise plusieurs fractures simultanées : une crise de légitimité de l’État, une défiance profonde envers les institutions héritées de la colonisation, une jeunesse démographiquement écrasante et une pression des puissances étrangères — anciennes comme nouvelles — pour modeler à leur avantage la conscience politique malienne.

Statistique du taux d'alphabétisation au Mali.
Statistique du taux d’alphabétisation au Mali. ©Image générée par IA.

L’héritage colonial, une blessure encore ouverte dans les programmes

L’école malienne, dans sa structure profonde, reste largement un héritage de l’administration coloniale française. Les programmes, les manuels, les examens, la langue d’enseignement : tout ou presque a été pensé, à l’origine, pour former des auxiliaires de l’empire, pas des citoyens d’une République souveraine. Indépendance proclamée en 1960, cette architecture n’a été que partiellement réformée.

La langue française, imposée comme vecteur exclusif de l’instruction officielle, est symptomatique de cette persistance. Dans un pays où le bambara est parlé par plus de la moitié de la population, où le peul, le dogon, le soninké et le songhaï structurent des millions de vies, l’enseignement exclusivement en français constitue, pour beaucoup d’enfants ruraux, une première forme d’exclusion. On leur enseigne la citoyenneté dans une langue qui n’est pas celle de leur foyer, de leurs rêves, de leur rapport au monde.

Selon le Pédagogue éducateur et penseur suisse, pionnier de la pédagogie moderne, Johann Heinrich (Jean-Henri) Pestalozzi, « On aura beau faire des lois meilleures, dit-il, ce ne sera point assez ; l’avenir des nations est dans les écoles ; ce sont les écoles qu’il faut réformer. ». Cette phrase était inscrite au fronton de l’école « Jules Ferry » de Batna en Algérie.

Des expériences pédagogiques novatrices tentent de corriger cette trajectoire. Depuis les années 1990, des écoles dites « communautaires » ou « à curriculum convergent » intègrent les langues nationales dans les premières années d’apprentissage, avant d’introduire le français progressivement. Les résultats, documentés par plusieurs études, sont probants : meilleure compréhension, taux de déperdition scolaire réduit, sentiment d’appartenance renforcé. Mais ces programmes restent marginaux, insuffisamment financés, souvent dépendants de bailleurs étrangers.

« Un peuple qui perd sa langue devient colonisé par le ou les pays de la langue qu’il a adoptée », a déclaré Montesquieu, pour souligner la place centrale que joue la langue dans la décolonisation des esprits et dans la quête de la souveraineté.Conscientes de cet état de fait, les autorités maliennes de la transition ont accordé une place considérable aux langues nationales élevées au rang de langues officielles tandis que le français est relégué au rang de langue de travail. 

Que transmettre ? La bataille des valeurs nationales

Au-delà de la langue, c’est le contenu même de l’éducation civique qui est en débat. Quelles valeurs nationales enseigner ? Sur quelles références morales et historiques fonder le sentiment d’appartenance à la République du Mali ?

Pendant des décennies, les manuels scolaires maliens ont reproduit un récit national construit autour de quelques grandes figures — Soundiata Kéïta, fondateur de l’empire du Mali au XIIIe siècle ; Modibo Kéïta, premier président de la République — et d’un panthéon républicain importé de la tradition jacobine française : liberté, égalité, fraternité. Ces valeurs ne sont pas sans fondement dans l’histoire malienne, mais elles peinent à dialoguer avec les réalités vécues, notamment les solidarités communautaires, les hiérarchies sociales, les pratiques religieuses qui structurent profondément la vie quotidienne. 

La question se pose avec une acuité particulière dans le contexte sécuritaire actuel. Les groupes armés terroristes qui sévissent dans le nord et le centre du pays ont développé leur propre offre éducative — écoles coraniques radicalisées, endoctrinement des jeunes désœuvrés. Former à la citoyenneté est aussi, dans ce contexte, un acte de résistance contre la propagande des groupes extrémistes.

Dans les régions de Mopti, Ségou, Gao et Ménaka, des centaines d’écoles publiques ont été fermées ou abandonnées depuis 2012 sous la pression des groupes armés. UNICEF estimait en 2024 que plus de 1,2 million d’enfants maliens se trouvaient privés d’accès à l’éducation du fait des violences. Le vide ainsi créé est souvent comblé par des structures confessionnelles radicales qui offrent gîte, couvert et un récit identitaire aux jeunes les plus vulnérables.

Les autorités maliennes de la transition ont entamé une réforme profonde dans ce sens en interdisant en 2025 l’enseignement de la Révolution française de 1789 dans les écoles maliennes. Aussi faut-il rappeler que le but recherché derrière le Programme national d’éducation aux valeurs (PNEV) est précisément la revalorisation de l’éducation civique et morale dans les établissements scolaires.  

La refondation civique, projet politique ou programme scolaire ?

Le gouvernement de transition malien a affiché, depuis 2021, une ambition de « refondation » nationale. Cette rhétorique irrigue désormais les discours officiels sur l’éducation : il s’agit de former de nouveaux citoyens maliens, fiers de leur identité, débarrassés de la « mentalité coloniale », capables de bâtir un État fort. 

Le ton est donné à travers la décision du président de la transition, le général d’armée Assimi Goïta de faire de la période 2026-2027 « l’année de l’éducation et de la culture ». L’ambition des autorités maliennes est la formation d’« un citoyen nouveau, patriote, compétent et responsable, capable de porter le destin du Mali avec dignité et excellence ». Mais aussi il s’agit d’engager « un effort national déterminé pour refonder durablement notre école et investir dans le capital humain », pour une « prospérité partagée ».

Car la refondation civique par l’école suppose un consensus sur les valeurs que l’on souhaite transmettre. C’est toute la portée du Programme national d’éducation aux valeurs (PNEV). Qui prend en compte toute la diversité du pays, composé d’une mosaïque de communautés ethniques, religieuses et régionales dont les histoires, les mémoires et les aspirations divergent parfois radicalement. 

Vers une souveraineté éducative assumée

Ce que le Mali affronte, en définitive, n’est pas une question pédagogique mais une question philosophique et politique : de quoi est fait un peuple ? Sur quoi repose le lien national lorsque les frontières héritées de la colonisation ne correspondent à aucune réalité ethnique ou culturelle préexistante, lorsque les puissances extérieures continuent de disputer à la société malienne le droit de se définir elle-même ?

La réponse ne peut pas venir de l’extérieur — ni des anciens colonisateurs, ni des nouveaux partenaires qui proposent simplement de substituer une dépendance à une autre. Elle doit émerger d’un dialogue intérieur, difficile, entre toutes les composantes de la société malienne : les enseignants et les parents, les élus locaux et les chefs traditionnels, les théologiens et les philosophes laïques, les femmes et les jeunes qui portent l’essentiel du poids de la crise.

Former des citoyens, au Mali comme ailleurs, c’est parier sur l’avenir d’un peuple capable de se gouverner lui-même. C’est l’acte de souveraineté le plus profond qui soit — et sans doute le plus urgent. C’est le veste chantier ouvert par les autorités maliennes de la transition. 

Chiencoro Diarra 

13 mai 2026 0 comments
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François Burgat sur le suprémacisme blanc
A la UneOpinion

François Burgat : « Le cancer du monde aujourd’hui, c’est l’agonie du suprémacisme blanc »

by Sahel Tribune 13 mai 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Au Forum mondial de la décolonisation à Istanbul, le politologue François Burgat analyse les crises internationales à travers l’héritage colonial et dénonce « l’agonie du suprémacisme blanc ».

Invité du Forum mondial sur la décolonisation organisé à Istanbul les 11 et 12 mai, le politologue français François Burgat a livré une analyse globale des rapports de domination contemporains. Son intervention a relié la question palestinienne, les débats sur la décolonisation et les recompositions géopolitiques à l’œuvre dans l’ordre international.

La décolonisation comme grille de lecture du monde actuel

Pour le chercheur français, la décolonisation ne doit pas être réduite à la seule période historique des indépendances africaines ou à l’histoire coloniale classique. Selon lui, elle constitue aujourd’hui l’une des clés d’analyse des tensions internationales. « La décolonisation est l’un des concepts les plus centraux actuellement », a-t-il expliqué lors de son intervention.

Ainsi, il considère que de nombreuses crises contemporaines, notamment au Moyen-Orient, doivent être comprises à la lumière des héritages coloniaux et des rapports de domination persistants. « Le problème du monde aujourd’hui, le cancer du monde aujourd’hui, c’est l’agonie du suprémacisme blanc », a-t-il affirmé, estimant que cette dynamique se manifeste aussi bien dans la guerre à Gaza que dans certaines évolutions politiques occidentales.

Selon lui, ce suprémacisme, bien qu’affaibli, continue d’influencer les relations internationales et peut encore produire des effets déstabilisateurs.

De la domination coloniale à la domination impériale

Le politologue met surtout l’accent aussi sur la continuité entre colonisation et impérialisme. Pour lui, les indépendances nationales n’ont pas nécessairement mis fin aux rapports de domination. « À la domination coloniale a succédé la domination impériale », estime-t-il, évoquant notamment l’influence géopolitique américaine qui aurait remplacé certaines structures héritées des empires européens.

Dans cette analyse, les effets culturels et idéologiques de la colonisation continuent de structurer les imaginaires politiques, même après la fin des occupations militaires ou administratives.

Entre rejet du colonial et dynamiques internes

François Burgat met toutefois en garde contre une lecture strictement binaire de l’héritage colonial. Selon lui, les sociétés anciennement colonisées doivent distinguer les éléments imposés par la domination occidentale de ceux qui auraient pu émerger de manière autonome.

Il cite notamment l’exemple de l’Afghanistan, où les talibans rejettent l’éducation des femmes en la considérant comme une importation occidentale.

Pour le chercheur, ce type de position traduit parfois une réaction « instinctive » face à l’hégémonie culturelle occidentale, qui peut freiner des transformations sociales susceptibles d’émerger de manière endogène.

Dans sa réflexion, il se réfère également au penseur égyptien Tarek el-Bichri. Celui-ci estimait que certaines sociétés ont cessé de « s’auto-réformer » lorsque leur système symbolique a été perçu comme menacé par la domination occidentale.

Une expérience personnelle forgée dans le Sud

François Burgat a également évoqué son propre parcours intellectuel, marqué par de longues années passées dans plusieurs pays du Sud. Ces expériences auraient contribué à transformer sa perception des relations internationales. Il raconte notamment un voyage en Palestine à l’âge de 16 ans. Un jeune Palestinien lui aurait alors déclaré : « Les Juifs m’ont pris ma maison. »

Cette phrase, explique-t-il, lui aurait révélé l’absence d’une information équilibrée dans les récits auxquels il avait été exposé jusque-là. « Jamais, à l’âge de 16 ans, je n’avais eu une information équilibrée », affirme-t-il.

Selon lui, les études décoloniales cherchent précisément à corriger ce qu’il décrit comme un déséquilibre dans la production et la circulation du savoir, marqué par des « doubles standards » dans certaines analyses occidentales des relations internationales.

Un forum international sur les héritages coloniaux

L’intervention de Burgat s’inscrivait dans le cadre du World Decolonisation Forum, organisé à Istanbul. Cet événement a réuni chercheurs, intellectuels et représentants de la société civile autour des enjeux liés à l’héritage colonial, aux relations Nord-Sud et aux transformations de l’ordre géopolitique mondial.

Dans un contexte marqué par la multiplication des conflits et la remise en cause de certaines hiérarchies internationales, les débats ont mis en lumière l’importance croissante des approches décoloniales dans l’analyse du monde contemporain.

Oumarou Fomba 

13 mai 2026 0 comments
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Emmanuel Macron lors de la conference de presse du mardi 16 fevrier 2021
A la UnePolitique

Afrique : neuf ans après Ouagadougou, le bilan contesté d’Emmanuel Macron

by Sahel Tribune 12 mai 2026
written by Sahel Tribune 5 minutes read

Neuf ans après Ouagadougou, le président français célèbre son bilan africain avec une fierté qui laisse les principaux intéressés perplexes.

« Je suis hyper fier de ce bilan. » Cette formule, lâchée avec la désinvolture caractéristique d’un homme qui n’a pas à rendre compte aux peuples africains, résume à elle seule les sept ans d’une politique africaine française placée sous le signe de la rhétorique transformatrice et du statu quo pratique.

À Nairobi, en marge d’un sommet dont le nom — Africa Forward — semble davantage conçu pour les communiqués de presse que pour répondre aux crises sahéliennes, Emmanuel Macron a accordé quarante minutes d’entretien aux médias audiovisuels français dédiés à l’international. Quarante minutes pour célébrer une relation réinventée, un partenariat d’égal à égal, une jeunesse française destinée à l’Afrique. Quarante minutes, et aucune autocritique.

« Un partenariat d’égal à égal » — mais lequel des deux partenaires fixe unilatéralement les termes de la relation depuis Paris ?

Le discours de Ouagadougou, en novembre 2017, avait suscité des espoirs réels. Macron y promettait la fin de la Françafrique, un rapport de génération à génération, une rupture avec les vieilles habitudes néocoloniales. Neuf ans plus tard, le président parle toujours de « réinventer » — le verbe est resté, les structures de domination économique, elles, ont tenu bon.

Depuis 2017, la France a précipité, de façon unilatérale, son départ du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Tchad, et fermer sa base de Dakar. Ces départs ne sont pas le fruit d’une recomposition choisie : ils sont, dans la quasi-totalité des cas, la conséquence de l’échec des décennies de présence militaire française sur le sol africain.

Sur le retrait militaire, Macron adopte une posture révélatrice : ce qui était subi devient narré comme une vision. Les départs successifs de forces françaises du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Tchad et du Sénégal sont présentés comme un « partenariat de sécurité beaucoup plus sain et équitable ». L’histoire recomposée est commode : elle permet de transformer les défaites diplomatiques en choix stratégiques.

Plus troublant encore est le recours à la figure du bouc émissaire russe. Interrogé sur le rejet croissant de la France en Afrique, le président balaie d’un revers de main : ce serait l’œuvre d’« activistes » et de « récits fabriqués par d’autres puissances, les vrais colonisateurs du XXIe siècle ». La rhétorique est habile, mais elle est profondément malhonnête. Réduire l’antifrançalisme africain à une manipulation extérieure, c’est refuser d’entendre ce que des décennies de politique française ont engendré : méfiance, ressentiment, sentiment d’instrumentalisation. Le groupe Africa Corps au Mali appuie l’armée malienne dans sa lutte implacable contre les groupes armés terroristes soutenus par la France et ses alliés. Grâce au partenariat gagnant-gagnant, fiable et sincère avec Russie, l’armée malienne a changé de visage en quelques années. 

La souveraineté africaine dérange quand elle s’exprime sans avoir demandé l’autorisation de l’Élysée.

Sur le Mali précisément, Macron « pense au peuple malien » tout en rejetant la responsabilité de la situation sur les autorités de transition. Cette mécanique est révélatrice d’un angle mort persistant : la France a soutenu des régimes militaires sahéliens bien avant les coups d’État actuels, a maintenu des présences militaires qui ont alimenté les griefs populaires, et n’a pas su, malgré l’opération Barkhane, enrayer la progression terroriste. Ces faits ne disparaissent pas parce qu’on pointe désormais les généraux de Bamako.

Quant à l’enthousiasme sur « le continent le plus jeune, le plus dynamique au monde » — formule récurrente dans les discours européens sur l’Afrique — il sonne creux face à l’absence de toute mesure concrète sur la dette, les financements climatiques promis et non versés, ou la réforme de l’architecture financière internationale que réclamait, notamment, le sommet de Paris de 2023. L’Afrique est un « trésor pour le monde » : mais qui profite de ce trésor, et selon quelles règles d’échange ?

Lors du sommet de Paris en 2023, des engagements financiers significatifs avaient été annoncés pour le continent africain. Trois ans plus tard, les organisations de la société civile africaine rappellent régulièrement l’écart entre les montants annoncés et les décaissements effectifs. Le « partenariat d’égal à égal » reste à consolider dans les faits budgétaires.

Il n’est pas question ici de nier les ajustements réels opérés sous les deux mandats de Macron, ni la sincérité personnelle d’un président qui dit « aimer » l’Afrique. La question n’est pas celle de l’amour, mais celle du pouvoir : qui décide, qui profite, qui paye les coûts des choix stratégiques ? Un partenariat d’égal à égal n’est pas une formule de discours — c’est une architecture institutionnelle, économique et militaire qui reste, pour l’essentiel, à construire.

« L’Afrique va réussir et on réussira avec. » Peut-être. Mais le succès de l’Afrique se fera avec ou sans Paris — et c’est précisément ce que les expulsions diplomatiques des dernières années signifient. La vraie question pour la France, à un an de la fin du deuxième mandat de Macron, n’est pas de savoir si elle est « hyper fière » de son bilan. C’est de comprendre pourquoi une part croissante du continent africain ne partage pas cette fierté.

Oumarou Fomba 

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