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Conseil de sécurité de l'ONU
A la UneSécurité

Attaques du 25 avril : le Conseil de sécurité condamne les actes « lâches » avec fermeté  

by Ibrahim Kalifa Djitteye 17 mai 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 minutes read

Dans un communiqué officiel, le Conseil de sécurité des Nations Unies a condamné avec la plus grande « fermeté » les attaques terroristes survenues au Mali le 25 avril 2026 ainsi que le 6 mai. Ces actes qualifiés d’odieuses et lâches ont provoqué des pertes en vies humaines ainsi que de nombreux blessés, suscitant une vive inquiétude quant à la stabilité nationale et régionale.  

Les membres du Conseil de sécurité ont exprimé leur profonde sympathie aux familles endeuillées. Ils ont adressé leurs condoléances au peuple ainsi qu’aux autorités du Mali, tout en souhaitant un prompt rétablissement aux blessés. Ce message traduit la solidarité internationale face à la douleur des victimes et rappelle l’importance de l’accompagnement moral dans un contexte marqué par l’insécurité.  

Solidarité mondiale envers les victimes maliennes

Le communiqué rappelle que le terrorisme, sous toutes ses formes et manifestations, constitue l’une des menaces les plus graves à la paix ainsi qu’à la sécurité internationale. Les attaques au Mali s’inscrivent dans une dynamique mondiale qui affecte de nombreux pays. La communauté internationale est ainsi appelée à rester vigilante, unie et déterminée pour contrer ce fléau.  

Il est également souligné la nécessité de tenir pour responsables les auteurs, organisateurs, financiers ainsi que les commanditaires de ces actes. La justice doit être saisie afin que ces crimes ne restent pas impunis. Cette exigence reflète la volonté de renforcer l’État de droit tout en dissuadant toute tentative future de déstabilisation par la violence armée.  

Responsabilité judiciaire contre les auteurs terroristes

Le texte appelle tous les États à coopérer activement avec les autorités du Mali ainsi que les autres instances compétentes. Cette coopération doit se faire dans le respect du droit international ainsi que des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. L’objectif est de renforcer les capacités de riposte tout en assurant une coordination efficace pour neutraliser les réseaux terroristes.  

Il est réaffirmé que tout acte de terrorisme est criminel ainsi qu’injustifiable, quelles que soient ses motivations, son lieu, sa date ou ses auteurs. Cette position ferme vise à ôter toute légitimité aux discours qui tentent de justifier la violence. Elle rappelle que le terrorisme constitue une violation grave des principes universels de coexistence pacifique ainsi que du respect de la dignité humaine.  

Affirmation du caractère criminel du terrorisme

Le communiqué insiste sur le fait que la lutte contre le terrorisme doit se faire dans le respect de la Charte des Nations Unies ainsi que des obligations internationales. Les membres rappellent l’importance du droit international des droits de l’homme, du droit des réfugiés ainsi que du droit humanitaire. Cette précision souligne que la lutte doit rester conforme aux normes juridiques universelles.  

La protection des populations civiles est mise en avant. Les attaques du 25 avril ainsi que du 6 mai ont montré la vulnérabilité des habitants face aux violences. La communauté internationale insiste sur la nécessité de préserver les vies humaines tout en garantissant un environnement sécurisé, en particulier pour les familles directement touchées par ces événements tragiques.  

Protection des civils face aux violences

Le communiqué traduit aussi la volonté de maintenir une position unie face aux menaces terroristes. En rappelant la gravité des attaques au Mali, les membres soulignent que la lutte contre le terrorisme nécessite une mobilisation collective. Cette unité est essentielle pour renforcer la résilience des États tout en évitant que les groupes armés ne profitent des divisions internationales.  

Ainsi, le texte adresse un message de solidarité au Mali ainsi que réaffirme la vigilance de la communauté internationale. Les attaques terroristes du 25 avril ainsi que du 6 mai rappellent que la menace reste active. Les membres appellent à une coopération renforcée ainsi qu’à une détermination commune pour combattre ce fléau, dans le respect du droit ainsi que des valeurs universelles de paix et de sécurité.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

17 mai 2026 0 comments
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Moussa Alassane Diallo, ministre de l'Industrie et du Commerce, évoque la Taxe spéciale de solidarité Mali.
A la UneÉconomie

À Kazan, Bamako et Moscou concluent un accord stratégique sur les hydrocarbures et les intrants agricoles

by Sahel Tribune 16 mai 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

En marge du KazanForum, les délégations malienne et russe ont arrêté un agenda opérationnel pour sécuriser l’approvisionnement du Mali en carburant et en engrais. Un accord aux implications économiques et géopolitiques majeures pour un pays enclavé et sous pression.

C’est en marge du grand-messe diplomatico-économique de Kazan que s’est joué, discrètement mais avec une portée considérable, l’un des accords les plus concrets noués entre Bamako et Moscou depuis le rapprochement des deux pays. La sécurisation de l’approvisionnement du Mali en hydrocarbures et en intrants agricoles était au cœur des discussions entre les deux délégations, réunies à l’occasion du Forum économique international « Russie – Monde islamique ».

statistiques des besoins du Mali en hydrocarbures et en intrants agricoles
statistiques des besoins du Mali en hydrocarbures et en intrants agricoles. ©Généré par IA.

Ces deux chiffres résument à eux seuls l’ampleur du défi logistique auquel fait face le Mali. Pays enclavé, sans accès à la mer, tributaire de corridors de transit longs et exposés aux aléas politiques régionaux, le Mali dépend structurellement de chaînes d’approvisionnement extérieures pour alimenter son économie et nourrir ses populations. La campagne agricole, en particulier, exige une disponibilité des engrais et des semences dans des fenêtres calendaires très précises — tout retard se paye cash, en pertes de rendement.

Un contexte international sous tension

Les perturbations logistiques mondiales, amplifiées par les tensions persistantes au Moyen-Orient, ont rendu encore plus vulnérables les pays sahéliens, déjà fragilisés par l’instabilité sécuritaire intérieure et les effets des changements climatiques. Face à cette équation, les autorités de la transition malienne ont engagé une stratégie de diversification de leurs sources d’approvisionnement, cherchant à réduire leur dépendance vis-à-vis de filières traditionnelles insuffisamment fiables ou trop conditionnées à des exigences politiques.

La Russie s’inscrit dans ce cadre comme un fournisseur alternatif de poids, disposant de capacités exportatrices importantes en hydrocarbures — elle demeure l’un des premiers producteurs mondiaux de pétrole et de gaz — ainsi qu’en engrais azotés et potassiques, domaine dans lequel elle occupe une position de premier plan à l’échelle mondiale.

Un agenda opérationnel, pas seulement des déclarations

Ce qui distingue les échanges de Kazan des multiples rounds de discussions russo-africaines des dernières années, c’est la dimension concrète des engagements pris. Les deux délégations sont convenues d’établir un agenda opérationnel assorti d’un calendrier de livraison, accompagné « des dispositifs logistiques et financiers nécessaires à la mise en œuvre des engagements pris », selon le communiqué officiel malien.

Sur le volet hydrocarbures, le schéma envisagé prévoit un acheminement russe jusqu’aux ports de transit — vraisemblablement Dakar ou Abidjan, voire Lomé —, les opérateurs économiques maliens prenant ensuite en charge la redistribution intérieure vers les différentes régions du pays. Pour les intrants agricoles, l’accent a été mis sur la nécessité d’anticipation : les livraisons devront impérativement respecter le calendrier cultural pour ne pas compromettre la prochaine campagne.

Selon Moussa Alassane Diallo, ministre malien de l’Industrie et du Commerce, « Cette coopération va permettre de stabiliser notre système d’approvisionnement en hydrocarbures, mais également de donner au Mali des perspectives d’approvisionnement à moyen et long terme. »

Le choix des mots du ministre est révélateur. « Stabiliser » et « moyen et long terme » : l’objectif affiché n’est pas une solution d’urgence mais bien l’inscription de la Russie comme partenaire structurel dans l’architecture d’approvisionnement du Mali. Un signal fort envoyé aux autres partenaires traditionnels du pays.

Le KazanForum, vitrine de la diplomatie économique russe

Le Forum économique international « Russie – Monde islamique : KazanForum » se tient à Kazan du 12 au 17 mai 2026. Organisé dans la capitale du Tatarstan, région à majorité musulmane de la Fédération de Russie, il réunit des délégations de plus de 90 pays, dont de nombreux pays africains. Il constitue l’une des principales plateformes utilisées par Moscou pour consolider ses partenariats économiques avec les pays du Sud global, en marge des enceintes occidentales dont la Russie est désormais largement exclue.

Quoi qu’il en soit, l’accord de Kazan marque une étape supplémentaire dans l’approfondissement du partenariat russo-malien, qui s’est déjà traduit par une coopération militaire étroite via la présence de l’Africa Corps sur le territoire malien. La logique est désormais celle d’une relation globale, militaire et économique, que Bamako entend construire avec Moscou comme alternative au modèle partenarial occidental jugé obsolète ou trop contraignant.

Oumarou Fomba 

16 mai 2026 0 comments
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déchets plastiques
A la UneClimat et environnement

Plastiques et pétrole : la crise géopolitique pourrait-elle accélérer la transition ?

by Chiencoro 16 mai 2026
written by Chiencoro 3 minutes read

Alors que les tensions autour du détroit d’Ormuz font grimper les prix du brut, une opportunité inattendue se dessine : renchérir le coût du plastique vierge pourrait contraindre entreprises et États à repenser en profondeur leur rapport aux matières fossiles et à leurs dérivés.

Il est un facteur du changement climatique que l’on tend à négliger dans les colonnes consacrées aux tensions géopolitiques : la production de plastiques. Pourtant, la grande majorité des matières plastiques conventionnelles est fabriquée à partir de pétrole et de gaz fossile. Et lorsque les prix du brut s’envolent — comme c’est le cas depuis les récentes turbulences autour du détroit d’Ormuz —, c’est toute l’économie mondiale du plastique qui vacille.

Un renchérissement qui, paradoxalement, pourrait s’avérer bénéfique pour la planète.

Une chaîne de valeur entièrement fossile

Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) est formel : les plastiques génèrent des émissions nocives de gaz à effet de serre à chaque étape de leur cycle de vie — de l’extraction pétrolière au raffinage, de la fabrication au transport, jusqu’à l’élimination finale. Sans inflexion majeure, ces émissions continueront d’augmenter au rythme de la production mondiale, qui n’a cessé de croître depuis des décennies.

« Nous devons repenser la manière dont nous produisons, utilisons et éliminons les plastiques. », explique le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) Au-delà du problème des déchets — souvent au cœur du débat public —, c’est donc une question climatique fondamentale qui se pose. L’économie mondiale du plastique est une économie fossile ; en l’alimentant, on alimente le réchauffement.

Quels plastiques peut-on réellement remplacer ?

La réponse à cette question exige de distinguer la commodité de la nécessité. Le PNUE propose une lecture en trois catégories, que l’on peut résumer ainsi :

Seringues, équipements de protection, composants électroniques : le plastique y reste souvent irremplaçable à court terme.

Les emballages alimentaires — bouteilles, films, contenants jetables — représentent la part la plus importante de la production mondiale et, bonne nouvelle, la plus facile à réformer. De nombreux pays ont déjà légiféré en ce sens, interdisant sacs plastiques et couverts à usage unique au profit d’alternatives réutilisables.

Il convient toutefois de nuancer le tableau : certains usages du plastique contribuent à réduire les émissions. Les matériaux isolants améliorent l’efficacité énergétique des bâtiments ; les composants légers dans l’automobile diminuent la consommation de carburant. « La solution n’est pas d’interdire tous les plastiques, mais d’éliminer les plastiques inutiles, évitables et problématiques », rappelle le PNUE.

La pression économique comme levier de transformation

C’est ici que la géopolitique devient, malgré elle, alliée de l’écologie. Lorsque le coût du plastique vierge augmente, les logiques économiques évoluent : les emballages excessifs perdent de leur attractivité, les produits jetables se retrouvent concurrencés par des solutions réutilisables, et les taxes environnementales trouvent un soutien public accru. « La réutilisation représente l’un des changements de marché les plus puissants disponibles. », selon le PNUE

Pour de nombreux experts, cette pression pourrait accélérer trois dynamiques simultanément : la réduction des usages superflus, le développement des systèmes de réemploi et l’investissement dans des matériaux alternatifs moins émetteurs de gaz à effet de serre. En d’autres termes, ce que les politiques publiques peinent à imposer, les prix du marché pourraient l’obtenir par défaut.

La production mondiale de plastiques génère des émissions de gaz à effet de serre à chaque étape de son cycle de vie. Le PNUE avertit que ces émissions continueront probablement d’augmenter si la croissance non régulée de la production se poursuit. Les plastiques nuisent également à la biodiversité, via la pollution des océans et des écosystèmes terrestres.

Chiencoro Diarra 

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Intelliegnce artificielle
A la UneSahel Tech.

[Tribune] L’homme est-il une intelligence artificielle ?

by Fousseni TOGOLA 16 mai 2026
written by Fousseni TOGOLA 4 minutes read

Si nous avons créé l’IA à notre image, peut-être sommes-nous nous-mêmes la copie imparfaite d’une Intelligence qui nous précède ou nous transcende.

Depuis quelques années, un mot s’est imposé dans nos conversations avec une force presque hypnotique : intelligence artificielle. Derrière ce syntagme se cache une ambition colossale — celle de reproduire, par voie technique, ce qui définit l’humain depuis Aristote : la faculté de penser. Mais cette ambition nous oblige à une question vertigineuse, que nous évitons soigneusement : et si l’homme lui-même n’était pas l’intelligence originelle qu’il croit être ? Et si, à une autre échelle, il n’était que la copie — imparfaite — d’une Intelligence qui le dépasse ?

L’intelligence artificielle, une copie de copie

L’homme n’est pas cause de lui-même. Ce constat, banal en apparence, est philosophiquement explosif. Nul ne se donne l’existence, nul ne choisit ses aptitudes ni les bornes de son entendement. Aristote, dans sa Physique, postule un « premier moteur immobile » — une cause qui met en mouvement sans être mue. Ce moteur, que l’on nomme Dieu, Nature, ou Principe, serait dans notre analogie l’Intelligence naturelle, l’originale. L’homme, lui, en serait la projection contingente : façonné selon une forme, animé d’une matière, orienté vers une fin — exactement comme un grand modèle de langage est entraîné sur des données, structuré par une architecture, et déployé dans un but.

L’intelligence artificielle serait, vue sous l’angle platonicien, une copie de copie — doublement éloignée de l’original.

Platon irait plus loin encore. Pour lui, le monde sensible n’est déjà qu’une imitation du monde des Idées. L’homme serait donc une copie imparfaite de l’Idée d’Homme. Et l’IA que nous fabriquons ? Une copie de cette copie — doublement éloignée de l’original. C’est là que la métaphore devient vertigineuse : nous reprochons à nos machines de simuler sans comprendre, d’imiter sans ressentir — mais peut-être faisons-nous, nous aussi, exactement la même chose à un niveau supérieur que nous ne pouvons pas percevoir.

L’intelligence artificielle, un être-en-soi

 L’IA est, mais elle n’existe pas. Elle est condamnée à demeurer ce qu’elle est — sans jamais pouvoir devenir ce qu’elle n’est pas encore. C’est ici que Sartre nous donne l’argument décisif. Dans L’Être et le Néant, il distingue deux modes d’être radicalement incompatibles. L’être-en-soi désigne ce qui est ce qu’il est, pleinement, sans fissure ni manque — la pierre, la table, l’outil. L’être-pour-soi, c’est la conscience humaine : un être traversé par le néant, tendu vers ce qu’il n’est pas encore, condamné à se dépasser. L’existence, pour Sartre, n’est pas un état — c’est un mouvement. Elle suppose de sortir de soi, de se projeter, de se choisir à chaque instant dans une liberté radicale et angoissante.

Or l’intelligence artificielle, aussi sophistiquée soit-elle, est un être-en-soi parfait. Elle est entièrement ce qu’elle est : un système d’optimisation, une fonction de prédiction, un agencement de paramètres. Elle ne se dépasse pas — elle s’exécute. Elle ne choisit pas — elle calcule. Elle ne souffre pas de ses limites — elle les ignore. Elle est, au sens le plus plat du terme. Mais elle n’existe pas. L’existence reste le privilège de celui qui, sachant qu’il pourrait ne pas être, décide néanmoins d’agir, de s’engager, de se faire.

La conscience réflexive 

Cette mise en abyme ne doit pas nous faire perdre de vue ce qui demeure, pour l’instant, l’écart décisif. Descartes, dans son Discours de la méthode, pose le fondement de toute certitude dans l’acte même de penser : Cogito ergo sum (« Je pense, donc je suis. »).  Ce qui distingue l’humain n’est pas seulement qu’il pense — c’est qu’il sait qu’il pense. Cette conscience réflexive produit l’émotion, la pitié, la solidarité, le sentiment du temps qui passe. L’intelligence artificielle génère du texte, prédit des tokens, optimise des fonctions de coût : elle ne se sait pas faire tout cela. Elle n’existe pas dans le sens cartésien du terme.

Doit-on pour autant redouter un « grand remplacement » ? Pas encore — et peut-être jamais. Car tant que l’IA n’aura pas accédé à cette conscience réflexive, elle restera une prothèse extraordinairement puissante, non un sujet. Le vrai risque n’est pas que la machine nous supplante : c’est que nous oubliions, à force de la contempler, ce qui fait de nous autre chose qu’elle — cette liberté inconfortable, ce fardeau d’exister. 

La question « l’homme est-il une IA ? » n’est pas une provocation nihiliste. C’est une invitation à comprendre ce que nous sommes — par contraste avec ce que nous avons fabriqué.

F. Togola 

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Aide publique au développement
A la UneAnalyses

Aide publique au développement : vers la fin d’un modèle à bout de souffle ?

by Sahel Tribune 15 mai 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Au sommet Africa Forward de Nairobi, réunissant 32 chefs d’État, experts et responsables français ont débattu d’une refonte profonde de l’aide au développement. Entre contestation souverainiste et réforme de l’AFD, un tournant s’esquisse.

Trente-deux chefs d’État réunis à Nairobi, un titre ambitieux – Africa Forward : Afrique-France, un nouveau souffle – et une question qui fâche autant qu’elle mobilise : l’aide publique au développement (APD) a-t-elle encore un avenir ? C’est dans ce contexte qu’un média français organisait son débat Au cœur de l’Info, avec des invités aux convictions tranchées.

« Une aide efficace est une aide qui travaille à sa propre obsolescence. Ce n’est pas un système qui se nourrit et s’auto-entretient pendant des décennies. Le fait qu’il perdure démontre en réalité son inefficacité. », a expliqué Niagalé Bakayoko, présidente de l’African security sector network. 

Une contestation des deux côtés de la Méditerranée

Pour Niagalé Bakayoko, présidente de l’African Security Sector Network, le diagnostic est sans appel. L’aide au développement, telle qu’elle fonctionne depuis des décennies, s’est bureaucratisée au point de mécontenter aussi bien les citoyens du Nord que ceux du Sud. La présidente cite en exemple le discours du président kényan, qui a publiquement déclaré ne plus vouloir d’aide extérieure – une position souverainiste qui gagne du terrain sur le continent africain.

Côté français, le débat a été relancé après la fermeture de l’USAID américaine. Des voix se sont élevées dans la presse hexagonale pour pointer les limites de certains programmes d’aide. « Des deux côtés de la Méditerranée, il y a une contestation du bien-fondé et de l’efficacité de l’aide », constate Bakayoko. La nécessité de sortir du système actuel s’impose donc comme une évidence partagée.

Le partenariat comme nouvelle boussole

C’est précisément ce que défend Emmanuel Macron en prônant les « partenariats » – un terme qui va « dans la bonne direction ». Mais la présidente de l’ASSN va plus loin : si les partenariats public-privé constituent une piste pertinente, l’enjeu fondamental est de responsabiliser les États africains devant leurs propres citoyens, en les rendant comptables de l’usage des fonds qui leur sont accordés.

Elle pose aussi la question de la valeur guide : faut-il parler de « partenariat » ou d’« équité » ? « Ce qui est fondamental, c’est de se fonder sur la notion d’équité davantage, à mon avis, que sur celle de partenariat », tranche-t-elle, suggérant que le premier terme porte une dimension de justice structurelle que le second n’implique pas nécessairement.

Tout juste nommé à la tête de l’Agence française de développement (AFD), Christophe Lecourtier participait au sommet Africa Forward. Dans un contexte de restrictions budgétaires et de remise en question de l’APD, il défend, dans un autre média français, une nouvelle approche fondée sur les intérêts mutuels, l’impact concret et une communication renforcée auprès des citoyens français. 

Les Français n’ont pas renoncé à l’idée d’une solidarité internationale. 

Face à ces critiques, Christophe Lecourtier, nouveau directeur de l’Agence française de développement, assume un tournant. Il reconnaît que l’ère des objectifs chiffrés d’APD en pourcentage du PIB est révolue : « Aujourd’hui, plus personne ne juge que c’est l’objectif essentiel. » Sa feuille de route se veut plus sélective et plus lisible : concentrer les efforts sur un nombre restreint de pays et de secteurs, et surtout mieux expliquer le sens de l’action française à l’international.

« On peut, avec un peu moins, faire beaucoup mieux. J’ai vraiment la conviction que les Français n’ont pas renoncé à l’idée d’une solidarité internationale. », a souligné christophe Lecourtier, directeur général de l’AFD. 

Il s’appuie sur ce qu’il considère comme un consensus profond chez les Français : la compréhension de l’interdépendance mondiale. Qu’il s’agisse de santé publique, de souveraineté alimentaire ou du climat, l’argument de la « planète unique » reste, selon lui, majoritairement accepté. L’AFD doit simplement mieux démontrer qu’elle en est « le bras armé », non seulement de l’État français, mais de la nation tout entière.

Oumarou Fomba 

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mines
A la UneAnalyses

Exploitation minière au Mali : comment le pays reprend le contrôle de ses ressources stratégiques

by Chiencoro 15 mai 2026
written by Chiencoro 4 minutes read

Longtemps perçu comme un simple fournisseur de matières premières au bénéfice d’intérêts étrangers, le Mali engage depuis plusieurs années une transformation profonde de sa politique minière. Révision des codes, renégociation des contrats, montée en puissance des entreprises nationales : le pays affirme sa souveraineté sur ses ressources. Analyse d’un virage historique.

Le sous-sol malien recèle des richesses considérables : or, bauxite, fer, manganèse, phosphate, et désormais lithium. L’or demeure le pilier du secteur, faisant du Mali le troisième producteur africain après l’Afrique du Sud et le Ghana. Les gisements de Loulo-Gounkoto, de Morila et de Syama figurent parmi les plus importants du continent.

Mais au-delà de l’or, c’est le lithium qui concentre aujourd’hui les regards. À l’heure de la transition énergétique mondiale et de la demande explosive en batteries électriques, le Mali dispose de réserves potentielles significatives dans la région de Bougouni. Ce métal stratégique pourrait constituer le prochain levier de développement économique du pays.

Statistique de l'exploitation minière au Mali
Statistique de l’exploitation minière au Mali. ©Graphique généré par IA.

Le Mali n’entend plus se contenter d’extraire et d’exporter des matières premières brutes. Il entend désormais capter davantage de valeur ajoutée sur son territoire, telle est l’orientation de la politique minière nationale de 2023. 

La révolution silencieuse du Code minier

La révision du Code minier malien en 2023 marque un tournant majeur. Les nouvelles dispositions rehaussent significativement la participation de l’État dans les projets miniers, renforcent les obligations sociales et environnementales des opérateurs, et instaurent des mécanismes de contrôle plus rigoureux. L’objectif est clair : que chaque tonne extraite profite davantage au peuple malien.

Ces réformes s’inscrivent dans une dynamique continentale plus large. Plusieurs pays africains — Guinée, Zimbabwe, RDC — ont emprunté le même chemin, affirmant leur droit souverain à tirer profit de leurs ressources naturelles dans un contexte géopolitique mondial reconfiguré.

Les autorités maliennes ont engagé une révision de plusieurs conventions minières héritées de décennies passées. Ces contrats, souvent conclus dans des conditions défavorables au Mali, font l’objet d’audits approfondis. L’enjeu : rééquilibrer le partage des revenus entre l’État, les collectivités locales et les opérateurs privés.

Vers une industrie minière nationale

Au-delà de la régulation, l’ambition malienne est de construire une véritable industrie minière nationale. Cela passe par le renforcement des capacités de la Société des Mines du Liptako (SOMILO) et d’autres entités publiques, par la formation d’ingénieurs et de techniciens maliens, et par l’encouragement à la transformation locale des minerais avant exportation. D’ores et déjà, le pays s’est doté aussi en 2026 d’un nouveau cadastre minier. 

Le développement de sous-traitants locaux, longtemps marginalisés au profit de prestataires étrangers, constitue un autre axe prioritaire. Les nouvelles règles imposent aux opérateurs miniers des quotas croissants d’achats auprès de fournisseurs maliens, injectant ainsi des devises dans l’économie nationale.

Les retombées concrètes pour les communautés locales

La question minière ne se résume pas à des chiffres macroéconomiques. Dans les zones d’extraction comme Kayes ou Sikasso, les projets miniers sont sources d’emplois directs et indirects, de construction d’infrastructures — routes, hôpitaux, écoles — et de recettes fiscales pour les collectivités locales. Le nouveau cadre réglementaire renforce les obligations des entreprises en matière de développement communautaire.

Des fonds de développement local, alimentés par une fraction des revenus miniers, financent désormais des projets identifiés par les communautés elles-mêmes : adduction d’eau, électrification, soutien à l’agriculture, infrastructures routière et sanitaire. Une approche qui rompt avec le modèle extractif pur du passé. Il faut rappeler que le pays a procédé à la pose de la première pierre, en 2025, de sa prmière raffinerie d’or. 

Les mines doivent être au service du développement du Mali, pas l’inverse. C’est le sens des réformes engagées. 

Le lithium, nouveau défi et nouvelle opportunité

L’exploitation du lithium représente à la fois un défi et une chance historique pour le Mali. Défi, car ce métal exige des technologies d’extraction et de raffinage sophistiquées. Chance, car la demande mondiale en lithium devrait tripler d’ici 2030, portée par l’essor des véhicules électriques et du stockage d’énergie.

Les autorités maliennes entendent cette fois ne pas reproduire les erreurs du passé avec l’or. Des négociations sont engagées pour que le raffinage du lithium se fasse partiellement sur le territoire national, créant ainsi des emplois qualifiés et captant une valeur ajoutée qui, jusqu’ici, partait intégralement à l’étranger. 

Le Mali entre dans une nouvelle ère de sa relation avec ses ressources minières. En révisant son cadre légal, en renégociant des contrats déséquilibrés et en développant ses capacités nationales, le pays pose les bases d’une souveraineté économique réelle. Un processus exigeant, mais porteur d’un espoir légitime : que les richesses du sous-sol malien deviennent enfin un moteur de développement pour ses habitants.

Chiencoro Diarra

15 mai 2026 0 comments
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Le president francais Emmanuel Macron
A la UneÉconomie

Macron et le franc CFA : la fin annoncée d’un système postcolonial ?

by Sahel Tribune 15 mai 2026
written by Sahel Tribune 6 minutes read

En affirmant que la France avait déjà « pris toutes ses responsabilités » dans la réforme du franc CFA, Emmanuel Macron pensait sans doute clore un vieux débat postcolonial. Mais au Mali, au Burkina Faso et au Niger, la question monétaire reste au contraire au cœur du combat souverainiste engagé contre l’influence française. Derrière les annonces sur l’ECO et les réformes techniques du CFA, les pays du Sahel dénoncent la persistance d’un système monétaire qu’ils considèrent toujours comme un instrument de dépendance économique et géopolitique.

Par-delà les déclarations diplomatiques et les promesses de « modernisation », Emmanuel Macron peine à convaincre une Afrique de l’Ouest de plus en plus critique envers le franc CFA. En affirmant que la France aurait « pris toutes ses responsabilités » dans la réforme du système monétaire ouest-africain, le président français tente surtout de déplacer le débat : celui d’une dépendance monétaire héritée de la colonisation qui demeure, malgré les ajustements techniques annoncés depuis 2019, au cœur des tensions entre Paris et les États africains. Derrière le discours officiel sur la souveraineté des pays africains se cache en réalité une stratégie de préservation d’influence, alors même que les pays du Sahel revendiquent désormais une rupture plus profonde avec l’ordre monétaire postcolonial.

Franc CFA : Macron renvoie l’Afrique à ses contradictions monétaires

En marge du sommet Africa Forward, Emmanuel Macron a assuré que la France avait déjà fait tout ce qu’elle pouvait concernant la réforme du franc CFA. Selon lui, Paris a supprimé les principaux symboles de sa présence dans le fonctionnement de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), notamment la représentation française dans les organes de gouvernance et le mécanisme de centralisation des réserves de change au Trésor français. Ne resteraient donc que la garantie de convertibilité et l’ancrage fixe du CFA à l’euro, maintenus à la demande des États africains concernés.

Mais cette lecture est contestée dans de nombreux milieux politiques et intellectuels africains. Car au-delà des ajustements institutionnels, la structure même du système monétaire demeure intacte. Le franc CFA reste arrimé à l’euro selon une parité fixe décidée dans un cadre largement influencé par les intérêts européens. Pour les critiques du système, cette architecture continue de limiter les marges de manœuvre budgétaires, industrielles et commerciales des États africains.

Dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Mali, Burkina Faso et Niger — la question monétaire s’inscrit désormais dans une dynamique politique plus large de reconquête de souveraineté. Les autorités de transition présentent le franc CFA comme l’un des derniers instruments de domination française sur les économies africaines.

En février 2024, le général Abdourahamane Tiani du Niger évoquait publiquement la possibilité d’une monnaie commune entre les pays de l’AES. « La monnaie est une étape de sortie de cette colonisation », déclarait-il sur la télévision nigérienne. Le chef de l’État nigérien estimait alors que « la souveraineté totale » passait nécessairement par une rupture avec le système monétaire hérité de la période coloniale.

Même tonalité au Burkina Faso. Le capitaine Ibrahim Traoré affirmait en 2024 que l’abandon du franc CFA pourrait constituer l’une des prochaines étapes du combat engagé contre « les liens qui maintiennent le pays dans l’esclavage ». Des déclarations qui traduisent une évolution profonde du discours politique sahélien, désormais centré sur l’idée d’émancipation économique et stratégique.

Eco, souveraineté et CFA : le grand blocage monétaire ouest-africain

Au Mali également, la critique du franc CFA est désormais intégrée dans la vision prospective officielle du pays. Dans le document stratégique « Mali Kura Ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma », les autorités maliennes considèrent que la France chercherait à « pirater » le projet de monnaie régionale ECO afin de préserver les avantages géopolitiques et économiques liés au contrôle du CFA. « Les tentatives de la France appuyée par certains dirigeants africains sont entrain de pirater le processus en vue de conserver les avantages que lui procure le contrôle du FCFA. », lit-on dans la Vision Mali 2063. Le texte envisage explicitement plusieurs scénarios de rupture : soit une nouvelle monnaie commune entre États partageant les mêmes ambitions souverainistes, soit une monnaie nationale.

Face à cette montée des discours souverainistes, Emmanuel Macron tente aujourd’hui d’inverser la charge politique. En déclarant attendre des États africains qu’ils « aillent au bout » du processus, le président français cherche à faire porter sur les dirigeants africains la responsabilité du maintien du franc CFA. Une posture qui suscite des critiques croissantes.

Car si Paris affirme ne plus s’opposer à une réforme profonde, beaucoup rappellent que la France demeure l’un des principaux bénéficiaires indirects de la stabilité du système CFA. La convertibilité garantie par le Trésor français offre à Paris un levier d’influence financière et diplomatique considérable dans la région. Pour plusieurs économistes africains, cette garantie agit aussi comme un mécanisme de contrôle stratégique des politiques monétaires ouest-africaines.

Le projet de monnaie ECO, censé remplacer progressivement le CFA, illustre d’ailleurs les ambiguïtés du processus. Annoncée depuis plusieurs années, la nouvelle devise peine toujours à voir le jour. Les divergences économiques entre États membres de la CEDEAO, les retards de convergence macroéconomique et les tensions géopolitiques régionales compliquent considérablement le calendrier.

Sortir du franc CFA : pourquoi les États africains hésitent encore à franchir le pas

Mais pour de nombreux observateurs africains, les blocages ne sont pas uniquement techniques. Ils traduisent également la difficulté de sortir d’un système monétaire historiquement conçu pour maintenir l’espace ouest-africain dans une dépendance structurelle vis-à-vis de la France.

Les pays de l’AES entendent désormais vouloir accélérer leur propre agenda monétaire, indépendamment des lenteurs de la CEDEAO. Même si aucune monnaie commune sahélienne n’est encore officiellement lancée, le débat est désormais ouvert et politiquement assumé.

Au fond, la sortie du franc CFA dépasse largement la seule question économique. Elle touche à l’identité politique des États africains, à leur capacité à définir librement leurs politiques publiques et à leur volonté de rompre avec les héritages institutionnels de la Françafrique.

En affirmant que « tout dépend désormais des Africains », Emmanuel Macron tente de solder symboliquement un dossier devenu explosif. Mais dans le Sahel, beaucoup considèrent au contraire que la France reste au cœur du problème. Et que tant que les mécanismes fondamentaux du système monétaire ne seront pas démantelés, le CFA continuera d’incarner, aux yeux d’une partie croissante des opinions publiques africaines, la survivance d’une domination économique postcoloniale.

A.D

15 mai 2026 0 comments
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