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Journée internationale des musées au Mali : les musées au cœur du dialogue, de la paix et de la cohésion sociale
A la UneSeko ni Donko

Au Mali, les musées au cœur du dialogue et de la paix

by Sahel Tribune 19 mai 2026
written by Sahel Tribune 2 minutes read

À l’occasion de la Journée internationale des musées, le Musée national du Mali a organisé une causerie-débat, lundi 18 mai 2026, autour du rôle unificateur de la culture dans un contexte national sensible.

Dans les salles du Musée national du Mali, les voix des experts ont résonné bien au-delà des cimaises. À l’occasion de la Journée internationale des musées, une causerie-débat d’envergure a été organisée sous la présidence du ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, témoignant de l’intérêt croissant des autorités pour la valorisation du patrimoine culturel.

Placée sous le thème « Les musées unissent un monde divisé », la journée a vu intervenir deux figures reconnues du secteur : le Dr Fodé Moussa Sidibé et le Dr Samuel Sidibé. Devant un public attentif, ils ont développé une conviction commune — celle que les musées ne sont pas de simples dépositaires d’objets anciens, mais de véritables espaces de dialogue, de compréhension mutuelle et de construction de la paix. Des lieux capables de tisser des liens entre cultures, communautés et générations.

L’événement ne s’est pas limité à la capitale. Au-delà du Musée national, le Musée de Bamako, le Musée Muso Kunda et plusieurs institutions des régions ont ouvert leurs portes au grand public, organisant des visites guidées et des échanges avec les habitants. Une mobilisation nationale pilotée par le comité de l’ICOM-Mali, la branche malienne du Conseil international des musées.

Les musées ont été présentés comme des acteurs essentiels de cohésion sociale, de transmission des savoirs et de promotion du vivre-ensemble.

Cette édition 2026 revêt une portée symbolique particulière. Elle s’inscrit dans le cadre de l’« Année de l’éducation et de la culture au Mali 2026-2027 », décrétée par le Général d’Armée Assimi Goïta, Président de la Transition, avec pour ambition affichée de renforcer l’éducation, la culture et l’unité nationale.

Créée en 1977 par l’ICOM et célébrée chaque 18 mai dans le monde entier, la Journée internationale des musées prend donc, au Mali, une résonance toute particulière. Dans un pays en quête de réconciliation et de reconstruction identitaire, le choix de mettre les institutions culturelles au premier plan n’est pas anodin. Il témoigne d’une volonté de renouer avec ce qui unit plutôt qu’avec ce qui divise.

A.D

19 mai 2026 0 comments
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Homme en détresse psychologique dans un couple au Mali, illustration des violences conjugales invisibles envers les hommes
A la UneÉchos d'amour

Couple au Mali : pourquoi les hommes victimes de violences conjugales restent invisibles 

by Sahel Tribune 19 mai 2026
written by Sahel Tribune 6 minutes read

Psychologique, financière, sociale — la violence des femmes envers les hommes existe. Elle se tait, elle se nie, elle se normalise. Il est temps d’en parler.

Au Mali, la violence conjugale est presque toujours évoquée au féminin — et pour cause, les femmes en sont les premières victimes. Mais une réalité parallèle, moins visible et presque jamais nommée, existe : celle des hommes victimes de violences exercées par leurs conjointes. Violence psychologique, manipulation, emprise financière, humiliation publique — ces formes d’abus restent enfouies sous le poids du silence, de la honte et d’une culture qui interdit à l’homme de se plaindre.

Un sujet qui n’existe pas — officiellement

Cherchez des statistiques sur les hommes victimes de violence conjugale au Mali. Vous n’en trouverez presque pas. Les études, les rapports des ONG, les campagnes de sensibilisation se concentrent — légitimement — sur les violences faites aux femmes, qui représentent la grande majorité des cas documentés. Mais cette focalisation nécessaire a un effet secondaire : elle rend les hommes victimes statistiquement invisibles.

Ce n’est pas parce qu’ils n’existent pas. C’est parce qu’ils ne parlent pas. Et s’ils ne parlent pas, c’est parce que la société malienne ne leur en laisse pas vraiment la possibilité.

Un homme qui se plaint de sa femme est un homme qui a perdu le contrôle. Un homme qui dit souffrir dans son couple est un homme faible. Ces jugements, intériorisés dès l’enfance, agissent comme un verrou puissant. Résultat : les hommes encaissent, se taisent, et beaucoup finissent par croire eux-mêmes que ce qu’ils vivent n’est pas de la violence — juste des « problèmes de couple« .

La violence psychologique : quand les mots blessent autant que les coups

La forme de violence la plus répandue envers les hommes au Mali est sans doute psychologique. Elle prend des visages multiples : humiliations répétées en privé ou devant les enfants, dénigrement permanent des capacités du mari, comparaisons blessantes avec d’autres hommes, mépris affiché pour ses efforts ou ses décisions.

Dans une société où l’homme est censé incarner l’autorité et la dignité, être rabaissé quotidiennement par sa propre épouse constitue une blessure profonde — d’autant plus douloureuse qu’elle est impossible à avouer. Certains hommes décrivent une érosion lente de leur estime de soi, une fatigue psychologique qui s’installe insidieusement, un sentiment de ne plus être respecté dans leur propre maison.

La manipulation émotionnelle est une autre forme courante : chantage affectif, menaces de partir ou d’emmener les enfants, utilisation des enfants comme monnaie d’échange dans les conflits conjugaux. Ces pratiques, quand elles sont exercées de manière systématique, relèvent de l’emprise — même si ce mot est rarement utilisé pour qualifier ce que vivent les hommes.

La violence financière : un phénomène méconnu

La violence financière envers les hommes est peut-être la moins connue, mais elle est réelle et documentée dans d’autres contextes africains similaires. Elle peut prendre plusieurs formes.

La première est le contrôle et le détournement des ressources du mari. Dans certains ménages, la femme gère l’ensemble des finances du foyer et prive l’homme d’accès à son propre argent, créant une dépendance économique inversée. La seconde est l’exploitation délibérée : une conjointe qui contracte des dettes au nom du mari, dilapide les économies familiales, ou utilise le mariage comme levier d’extraction de ressources sans intention réelle de construire un projet commun.

Au Mali, où la pression sur l’homme pourvoyeur est immense, cette forme de violence est particulièrement destructrice. Un homme dépouillé financièrement par sa femme ne peut souvent en parler ni à sa famille — qui lui demandera pourquoi il n’a pas su s’imposer — ni aux autorités, faute de cadre légal adapté.

La violence sociale : l’arme de la réputation

Dans une société où l’honneur et la réputation sont des valeurs cardinales, la violence sociale est une arme redoutable. Elle consiste à ternir délibérément l’image d’un homme auprès de sa famille, de ses amis, de sa communauté ou de ses collègues.

Fausses accusations, rumeurs propagées dans l’entourage, humiliations infligées lors de réunions familiales, révélation d’informations intimes destinées à nuire — ces comportements constituent une forme de violence qui peut avoir des conséquences dévastatrices sur la vie professionnelle et sociale d’un homme. Dans certains cas extrêmes, des accusations infondées ont conduit à des ruptures familiales, des licenciements, voire des crises suicidaires.

Pourquoi le silence ?

Plusieurs facteurs expliquent pourquoi les hommes maliens victimes de violence conjugale se taisent massivement.

La construction sociale de la masculinité est le premier obstacle. Depuis l’enfance, les garçons sont éduqués dans l’idée qu’un homme ne pleure pas, ne se plaint pas, ne montre pas sa vulnérabilité. Admettre que sa femme lui fait du mal, c’est admettre une faiblesse fondamentale — ce que la plupart ne peuvent pas se permettre socialement.

Dans son ouvrage Féminitude : Musoya, Fousseni Togola explique comment la société éduque les enfants à la domination et à la soumission à travers une disparition inégalitaire des rôles dans la famille et même à travers les jeux qu’on offre et l’habillement des enfants.  

L’absence de structures d’accueil est le deuxième facteur. Il n’existe au Mali aucun dispositif spécifiquement dédié aux hommes victimes de violences conjugales. Pas de ligne d’écoute, pas de centre d’hébergement, pas de procédure juridique adaptée. Un homme qui voudrait porter plainte contre sa femme pour violences psychologiques se heurterait à un vide juridique et institutionnel presque total.

Enfin, la pression communautaire joue un rôle déterminant. La famille élargie, les amis, les voisins — tous sont susceptibles de minimiser la souffrance d’un homme ou de le ridiculiser s’il ose l’exprimer. Cette violence du regard social pousse au silence bien plus sûrement que n’importe quelle menace directe.

Nommer pour exister

Parler de la violence faite aux hommes n’est pas minimiser celle faite aux femmes. Ce n’est pas une posture antiféministe, ni une tentative de rééquilibrage artificiel d’un débat qui ne se pose pas dans les mêmes termes. C’est simplement reconnaître que la souffrance n’a pas de genre, et que toute violence mérite d’être nommée — quelle qu’en soit la direction.

Le Mali a besoin d’un débat mature et nuancé sur les violences conjugales dans toutes leurs formes. Cela suppose de créer des espaces où les hommes peuvent parler sans honte, de former les professionnels de santé et les juristes à identifier ces situations, et d’adapter le cadre légal pour qu’il protège toutes les victimes — sans exception.

Un homme qui souffre en silence dans son foyer n’est pas moins victime parce qu’il est un homme. Il est juste moins entendu. Et ça, c’est aussi une violence.

A.D

19 mai 2026 0 comments
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« Désinformation et fake news sur smartphone à l’ère des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle »
A la UneLes démystificateurs du Sahel

Deepfakes, propagande, algorithmes : comment résister au mensonge industriel

by Fousseni TOGOLA 19 mai 2026
written by Fousseni TOGOLA 10 minutes read

La désinformation n’est pas simplement un problème de médias ou de technologie. C’est une crise de la connaissance elle-même. En détruisant les critères qui permettent de distinguer le vrai du faux, elle frappe au cœur de la démocratie. Face à ce défi, le philosophe Karl Popper nous offre une arme : le doute systématique.

Il y a quelques semaines, plusieurs médias internationaux affirmaient que les autorités maliennes auraient libéré des détenus accusés de terrorisme en échange d’un approvisionnement en carburant. L’information a circulé à grande vitesse, reprise, amplifiée, commentée. Quelques jours plus tard, l’armée malienne démentait catégoriquement. Qui avait raison ? Peu importe, en un sens. Ce qui importe, c’est ce que cet épisode révèle : nous vivons dans un monde où le mensonge circule à la vitesse de la lumière et où la vérité marche à pied.

Ce n’est pas nouveau. Mais ce qui est nouveau, c’est l’ampleur du phénomène, sa sophistication, et surtout sa nature profonde. Car la désinformation contemporaine n’est pas simplement un problème de médias mal régulés ou de réseaux sociaux irresponsables. C’est un problème épistémologique — un problème qui touche à la manière dont nous produisons, évaluons et transmettons la connaissance.

La vérité n’est plus manifeste

Pendant des siècles, les philosophes ont cru que la vérité était, pour ainsi dire, à portée de main. Descartes estimait que l’idée « claire et distincte » se présente d’elle-même à l’esprit attentif. Bacon voyait dans la nature un Grand Livre que l’homme pouvait apprendre à lire par l’observation. Spinoza affirmait que « la vérité est norme d’elle-même et du faux, comme la lumière se fait connaître elle-même et fait connaître les ténèbres ».

C’était une vision optimiste — presque touchante — de la connaissance humaine. Et pas entièrement fausse : il y a bien des choses que nous pouvons connaître avec certitude, pour peu que nous exercions notre raison avec rigueur. Mais à l’ère des algorithmes, des deepfakes et de l’intelligence artificielle générative, cette lumière naturelle de la vérité se heurte à une industrie du mensonge sans précédent. La caverne de Platon a changé de forme : elle est aujourd’hui faite d’écrans, de fils d’actualité, de statistiques soigneusement sélectionnées. Les ombres projetées sur nos murs numériques se parent de chiffres, de graphiques, d’expertises. Elles ont l’apparence de la vérité. C’est précisément ce qui les rend dangereuses.

Ce que la désinformation contemporaine accomplit de plus redoutable, c’est de n’utiliser plus le mensonge brut. Elle s’est raffinée. Elle présente des données vraies dans des contextes faux, des faits réels privés de leur sève, des chiffres sortis de leur cadre. Myret Zaki, journaliste économique, appelle cela la « désinformation venant d’en haut » : celle qui se niche dans les rapports officiels, les communiqués institutionnels, les statistiques gouvernementales. Le Grand Livre de la vérité, pour reprendre Bacon, est devenu le Grand Livre du mensonge.

Pourquoi nous y croyons : le piège de l’induction

Il faut aller plus loin. La désinformation ne triomphe pas malgré nos facultés cognitives — elle triomphe à travers elles. Elle exploite les mécanismes mêmes qui, dans d’autres circonstances, nous permettent d’apprendre et de nous orienter dans le monde.

Le philosophe Karl Popper avait identifié le problème central : nous sommes des créatures inductives. Nous généralisons à partir des cas particuliers. Nous faisons confiance à ce que nous avons déjà vérifié. Nous croyons ce que tout le monde croit. Si plusieurs personnes disent la même chose, nous pensons qu’il y a un fond de vérité. Si une source nous a informés correctement hier, nous lui faisons confiance aujourd’hui. Ce sont des heuristiques raisonnables dans la vie ordinaire — mais des portes ouvertes à toutes les manipulations.

La désinformation industrielle a compris ce mécanisme avant les épistémologues. En multipliant la diffusion d’un même message à travers des canaux apparemment distincts, elle simule l’accumulation d’observations indépendantes. La répétition crée l’apparence de la preuve. La fréquence tient lieu de vérité. Le philosophe écossais David Hume avait raison : c’est l’habitude, et non la raison, qui guide la plupart de nos jugements. Et l’habitude se fabrique.

Orwell l’avait vu dans 1984 : « le mensonge passait dans l’histoire et devenait la réalité ». Ce qui est aujourd’hui, c’est que la technologie permet de faire passer ce processus à l’échelle industrielle, en temps réel, avec une efficacité que les régimes totalitaires du XXe siècle auraient enviée.

La réponse de Popper : apprenons à réfuter

C’est ici que Karl Popper entre en scène. Non pas comme un philosophe poussiéreux sorti des rayons d’une bibliothèque universitaire, mais comme un penseur dont la méthode a une valeur pratique immédiate dans notre époque.

Popper a proposé, au lieu du critère de vérifiabilité, un critère de falsifiabilité. Une proposition est scientifique — et plus généralement crédible — non pas parce qu’elle a été confirmée par de nombreuses observations, mais parce qu’elle peut être réfutée. Elle prend un risque. Elle dit : voici ce qui pourrait la rendre fausse. Si rien ne peut la réfuter, si elle s’adapte à toutes les situations, si elle se réforme en permanence pour éviter la contradiction, alors ce n’est pas de la connaissance — c’est du dogme.

Appliqué à l’information, ce critère est révolutionnaire. Une information falsifiable est une information précise : elle dit ce qu’elle dit, et pas autre chose. Elle nomme des faits vérifiables, des dates, des chiffres situés dans leur contexte. Elle donne les moyens de sa propre réfutation. À l’inverse, une information vague, qui s’accommode de toutes les interprétations, qui se présente sans source traçable, qui gagne en crédibilité par la seule répétition — voilà le portrait-robot de la désinformation.

Le philosophe des sciences Gaston Bachelard avait mis le doigt sur un autre aspect du problème : les « obstacles épistémologiques ». Nos préjugés, nos habitudes, nos certitudes confortables constituent autant de freins à la connaissance rigoureuse. La première étape du progrès intellectuel, c’est de les identifier. Le premier geste contre la désinformation, c’est de savoir que nous y sommes vulnérables — tous, sans exception.

Qui contrôle les informations contrôle les esprits

Le problème ne serait que demi-mal s’il n’était que cognitif. Mais la désinformation est aussi une affaire de pouvoir. Noam Chomsky et Edward Herman ont montré, dans leur analyse des médias américains, que la production de l’information est structurée par des rapports de force économiques et politiques. Les propriétaires des médias définissent, volontairement ou non, les frontières du dicible. Myret Zaki le formule crûment : « Les milliardaires sont, en quelque sorte, les rédacteurs en chef du monde. »

Cette concentration du pouvoir informationnel est un défi épistémologique autant que démocratique. Car elle crée l’illusion de la pluralité : de nombreux médias semblent donner des informations indépendantes, mais convergent vers les mêmes angles, les mêmes omissions, les mêmes représentations. C’est ce que Popper appelait, dans un autre contexte, la « régression à l’infini » : cherchez la source derrière la source, et vous trouvez souvent la même main.

Les algorithmes des plateformes numériques aggravent le phénomène. Ils ne cherchent pas la vérité — ils cherchent l’engagement. Et ce qui engage, c’est l’émotion : la colère, la peur, l’indignation. La désinformation est émotionnellement efficace. Comme le disent des spécialistes en fact-checking : « Le mensonge court plus vite que la vérité. Les algorithmes mettent en avant les contenus sensationnels qui génèrent plus d’engagement. Et cela sert leurs intérêts économiques. »

Douter, c’est un acte politique

Que faire ? La réponse ne peut pas être uniquement technique. Les filtres algorithmiques, les labels de fact-checking, les lois contre la désinformation — tout cela est nécessaire, mais insuffisant. Car ces dispositifs ne touchent pas au cœur du problème : notre rapport individuel et collectif à la connaissance.

Ce qu’il faut, c’est ce que Kant appelait — dans un texte de 1784 qui n’a rien perdu de son actualité — « le courage de se servir de son propre entendement ». « Sapere aude » : ose savoir. Ose douter. Ose demander : qui a produit cette information ? Dans quel intérêt ? Quelles seraient les conditions dans lesquelles elle serait fausse ? Est-ce que les sources sont véritablement indépendantes, ou s’agit-il du même message relayé en boucle ?

Ce n’est pas du scepticisme paralysant. C’est du rationalisme critique. Popper ne disait pas qu’on ne peut rien savoir. Il disait que le savoir progresse par la critique, par la mise à l’épreuve, par l’élimination progressive des erreurs. Appliquer ce principe à notre consommation quotidienne d’information, c’est un acte de résistance — et un acte démocratique.

La démocratie, en effet, ne peut fonctionner que si les citoyens sont capables de former des jugements rationnels fondés sur des informations fiables. Quand l’espace public est saturé de mensonges sophistiqués, c’est la condition même du débat démocratique qui s’effondre. Ce n’est pas une métaphore : on l’a vu lors des élections américaines de 2016, lors de la pandémie de Covid-19, où la guerre informationnelle a précédé et accompagné tous les processus.

Refonder les critères du vrai

Mais le doute seul ne suffit pas. Il faut aussi reconstruire. Reconstruire des critères de crédibilité adaptés à notre époque. Non plus la simple vérifiabilité — trop facilement simulée — ni la seule répétition — trop facilement organisée — mais une exigence plus exigeante : celle de la réfutabilité précise, de la traçabilité des sources, de la transparence des intérêts, de la révisabilité déclarée.

Une information digne de ce nom dit ce qu’elle est prête à admettre comme réfutation. Elle dit d’où elle vient. Elle dit qui l’a produite et pourquoi. Elle dit ce qui la rendrait fausse. C’est un standard élevé. Mais c’est le minimum pour naviguer dignement dans l’océan informationnel contemporain.

Cela suppose aussi de reconstruire des institutions. Non des institutions qui décideraient autoritairement ce qui est vrai — ce serait remplacer une tyrannie par une autre — mais des institutions qui organisent la critique collective : des rédactions indépendantes du pouvoir financier et politique, des organismes de vérification dotés de méthodes transparentes, des formations à l’esprit critique dès l’école, des règles de responsabilité pour les plateformes qui amplifient sans discernement.

En Afrique de l’Ouest, où j’ai ancré ma réflexion, ces enjeux prennent une acuité particulière. Les conflits armés, les transitions politiques, les crises sanitaires s’accompagnent d’avalanches de désinformation qui peuvent coûter des vies. Les journalistes qui font ce travail de vérification — et ils sont nombreux, courageux, souvent peu soutenus — méritent d’être reconnus comme des acteurs essentiels non seulement de l’information, mais de la démocratie elle-même.

La vérité n’est pas une destination : c’est un chemin

Popper aimait à dire que « toute vie est résolution de problèmes ». La désinformation est le problème de notre époque. Non pas un problème que l’on résout une bonne fois pour toutes, mais un problème qu’on affronte chaque jour, dans chaque information qu’on consomme, partage ou produit.

La vérité n’est pas manifeste. Elle ne se révèle pas d’elle-même à l’esprit distrait. Elle exige un effort : l’effort du doute, de la vérification, de la mise à l’épreuve critique. Cet effort n’est pas réservé aux philosophes ni aux journalistes. Il appartient à tout citoyen qui refuse de laisser d’autres penser à sa place.

Voltaire aurait peut-être reformulé aujourd’hui son serment célèbre ainsi : je ne sais pas si ce que vous dites est vrai, mais je me battrai pour que nous ayons les moyens de le vérifier. C’est cela, dans notre monde saturé de mensonges industriels, l’acte de résistance le plus fondamental.

Fousseni Togola 

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AFRICOM au Nigeria : les États-Unis profitent-ils de la crise au Sahel pour reconquérir l’Afrique ?
A la UneAnalyses

AFRICOM au Nigeria : les États-Unis profitent-ils de la situation sécuritaire au sahel pour reconquérir l’Afrique ?

by Sahel Tribune 18 mai 2026
written by Sahel Tribune 6 minutes read

Après les frappes d’AFRICOM au Nigeria, Washington tente de prouver son efficacité sécuritaire pendant que le Mali et certains pays africains traversent une crise majeure. Analyse d’une rivalité d’influence entre États-Unis, France et Russie au Sahel.

Deux frappes en deux jours. Les 16 et 17 mai 2026, l’AFRICOM — le commandement militaire américain pour l’Afrique — a annoncé en grande pompe avoir éliminé Abou Bilal al-Minuki, présenté comme « le terroriste le plus actif au monde» et directeur des opérations internationales de l’État islamique, lors d’opérations menées dans le nord-est du Nigeria en coordination avec les forces armées nigérianes. Le général Dagvin Anderson, patron de l’AFRICOM, n’a pas caché sa satisfaction : « Soyez-en assurés, nos deux nations poursuivront et neutraliseront sans relâche les menaces terroristes. »

Le message est clair. Peut-être trop.

Un théâtre d’opérations, une vitrine commerciale

Car derrière la rhétorique antiterroriste, il faut lire ce que ces opérations signifient réellement sur l’échiquier géopolitique africain. Washington frappe au Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, puissance économique régionale, membre influent de la CEDEAO — et le fait savoir. Deux communiqués officiels en quarante-huit heures : l’Amérique ne mène pas seulement une opération antiterroriste, elle organise une démonstration de force à destination de l’ensemble du continent.

Le timing n’est pas fortuit. Pendant que les drones et les forces spéciales américaines s’activent dans le nord-est du Nigeria, à quelques milliers de kilomètres de là, au Mali, l’Africa Corps — le bras armé de Moscou en Afrique, successeur du groupe Wagner — vit l’un des moments difficiles de son engagement sahélien. Le 25 avril 2026, une offensive coordonnée du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et du Front de libération de l’Azawad (FLA) a frappé simultanément Bamako, Kati, Mopti, Sévaré, Gao et Kidal. Le ministre de la Défense malien, le Général Sadio Camara, a été tué dans l’attentat kamikaze qui a soufflé sa résidence à l’aube. Et depuis Kidal, les efforts restent concentrés autour de Kidal, symbole de la reconquête du Nord malien en 2023.

La “faillite russe” comme argument de vente américain

Ce parallèle n’est pas un simple hasard calendaire. Il constitue le fond de commerce de la stratégie américaine de reconquête africaine.

Car l’Africa Corps, présenté par les autorités maliennes de la transition ainsi que par le peuple malien comme une panacée à la crise sécuritaire malienne après le retrait unilatérale de la force française Barkhane en 2022, semble montré ses limites, voire échoué, selon des observateurs de la scène politique et sécuritaire malienne. Mais les faits sont là, implacables. 

Les morts attribuables aux groupes islamistes militants au Mali augmentent, rappelle le Centre d’études stratégiques de l’Afrique. Le groupe Wagner, que l’Africa Corps a remplacé depuis juin 2025, « n’est pas parvenu à neutraliser l’insurrection » — et « cet échec a eu une influence néfaste sur l’armée malienne », soulignait dès décembre 2025 le rapport The Sentry. C’est ce tableau que Washington agite devant les gouvernements africains afin de mieux huilé sa stratégie d’influence sur ce continent en proie à des crises sécuritaires persistantes.

L’art de vendre ce qu’on a déjà raté ailleurs

Mais l’Amérique a-t-elle le droit de se présenter en alternative crédible ? La question mérite d’être posée avec la même sévérité.

L’AFRICOM a été créé en 2007 avec des ambitions similaires — partenariats sécuritaires, formation, renseignement partagé. Deux décennies plus tard, les résultats sont nuancés. En Somalie, malgré des années d’opérations et des centaines de frappes de drones contre Al-Shabaab, l’organisation contrôle encore de larges pans du territoire. Au Sahel, les États-Unis ont formé pendant des années des officiers malgré tout la crise sécuritaire demeure. L’opération au Nigeria, aussi spectaculaire soit-elle, ne résout pas le problème structurel : sans gouvernance locale solide, sans réconciliation politique, aucune frappe — américaine, française ou russe — ne saurait combler le vide que les terroristes s’empressent de remplir.

L’élimination d’Abou Bilal al-Minuki est une victoire tactique réelle. Mais l’État islamique, comme Al-Qaïda, a montré depuis vingt ans une capacité redoutable à régénérer ses cadres dirigeants. Chaque chef éliminé laisse un vide que ses successeurs s’emploient aussitôt à occuper.

Le Nigeria, pivot d’une reconquête d’influence

Ce que cherche véritablement Washington au Nigeria, c’est un point d’appui solide dans un Ouest africain en pleine recomposition. Avec Lagos comme capitale économique continentale, Abuja comme partenaire diplomatique fiable et une armée nigériane en demande de coopération face à Boko Haram et à l’État islamique en Afrique de l’Ouest, le Nigeria représente exactement le partenaire dont l’AFRICOM a besoin pour incarner un modèle alternatif aux partenariats existant sur le continent.

La communication autour des frappes des 16 et 17 mai — avec ses accents triomphants, ses références explicites à la « valeur exceptionnelle du partenariat américano-nigérian » — est à ce titre parfaitement calibrée. Elle ne s’adresse pas seulement à Abuja. Elle s’adresse à Accra, à Dakar, à Cotonou, à tous ceux qui observent la situation sécuritaire en Afrique de l’ouest et se demandent s’il existe une alternative à ces crises sécuritaires.

La réponse de Washington : nous sommes là, nous sommes efficaces, et regardez ce qui arrive quand vous choisissez des partenaires différents de nous. En un mot, Washington ou le chaos. 

L’Afrique entre deux miroirs brisés

Le problème est que ni l’un ni l’autre miroir n’est intact. En Afrique de l’ouest, tous les partenaires qui arrivent vendent la sécurité aux pays confrontés à l’insécurité , comme l’avait fait la France des années avant au Mali, sans que les résultats attendus ne soient toujours au rendez-vous. Les États-Unis vendent aujourd’hui leur savoir-faire en capitalisant sur ces échecs — sans pour autant garantir davantage que leurs prédécesseurs n’ont pu l’offrir en deux décennies de présence intermittente sur le continent.

Ce qui manque dans cette compétition d’influence à coups de frappes et de communiqués triomphaux, c’est précisément ce que ni Washington ni Moscou ni la France ne semblent disposés à offrir : un engagement patient dans la durée, aux côtés de sociétés civiles africaines, de gouvernements élus et d’armées professionnelles — et non en substitut de ces dernières.

Tant que la sécurité africaine sera traitée comme un marché à conquérir, elle restera un problème à perpétuer.

Foula D. Massé


Foula D. Massé est analyste politique. Il est auteur de l’essai Pour une paix rationnelle : de la théorie critique de la société à la réforme du pouvoir en Afrique, publié en 2025, chez les Editions du Net.

18 mai 2026 0 comments
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CNSS Togo-INPS Mali
A la UneÉconomie

INPS–CNSS du Togo : Bamako et Lomé renforcent la coordination des prestations sociales

by Sahel Tribune 18 mai 2026
written by Sahel Tribune 3 minutes read

La coopération entre institutions de sécurité sociale africaines franchit une nouvelle étape. À Bamako, l’Institut national de prévoyance sociale (INPS) et la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) du Togo ont lancé, ce lundi 18 mai 2026, une mission conjointe de vérification et d’harmonisation des comptes au titre de l’exercice 2025. Une démarche technique, mais stratégique, destinée à améliorer le suivi des prestations sociales entre les deux pays et à renforcer la coopération dans le cadre des engagements régionaux de protection sociale.

Reçu dans son bureau à Bamako, le directeur général de l’INPS, Idrissa Bakary Diarra, a accueilli une délégation de la CNSS togolaise conduite par Kpiki Atchalimondom. Celui-ci était accompagné de responsables administratifs et techniques, notamment en charge des finances, des pensions et de la comptabilité, signe de l’importance accordée à cet exercice de rapprochement institutionnel.

Cette mission de travail, prévue du 18 au 22 mai 2026, vise à examiner les paiements de prestations sociales effectués entre les deux organismes, dans un contexte de mobilité croissante des travailleurs ouest-africains et de nécessité d’assurer une meilleure continuité des droits sociaux au-delà des frontières nationales.

Une coopération technique au service de la protection sociale

Selon les responsables maliens, la mission s’inscrit dans le cadre du mécanisme de reddition des comptes entre les deux institutions pour l’exercice 2025. L’objectif est double : établir un état détaillé des prestations versées de part et d’autre, tout en identifiant les insuffisances administratives ou techniques susceptibles de ralentir l’efficacité des transferts et remboursements.

Pour Sidibé Rokiatou Touré, chargée de coordonner les travaux côté malien, les discussions permettront également de capitaliser sur les acquis de la coopération et de proposer des ajustements destinés à améliorer l’application de la convention multilatérale de la CIPRES.

Conférence interafricaine de la prévoyance sociale (CIPRES), dont le Mali et le Togo sont membres, constitue depuis plusieurs années un cadre juridique régional visant à harmoniser les systèmes de sécurité sociale dans plusieurs pays africains, notamment en matière de pensions, d’assurance vieillesse et de droits des travailleurs migrants.

Une réponse aux enjeux de mobilité régionale

Au-delà de l’aspect administratif, cette mission traduit un enjeu plus large : celui de la sécurisation des droits sociaux des citoyens africains vivant ou travaillant hors de leur pays d’origine.

Dans un espace régional marqué par d’importants flux migratoires professionnels, les institutions de prévoyance sociale sont confrontées à la nécessité d’assurer un suivi plus transparent des cotisations, pensions et autres prestations dues aux assurés sociaux.

La coopération entre Bamako et Lomé s’inscrit ainsi dans une logique de gouvernance sociale régionale, où la coordination technique devient un levier essentiel pour limiter les retards de paiement, prévenir les doubles charges administratives et renforcer la confiance des affiliés dans les systèmes de sécurité sociale.

À l’issue des travaux, un procès-verbal devrait formaliser les constats, résultats et recommandations issus des échanges, avec l’ambition affichée d’améliorer l’effectivité de la convention CIPRES et la qualité des services rendus aux bénéficiaires.

Oumarou Fomba 

18 mai 2026 0 comments
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camions-bennes
A la UneSécurité

Mali : Bamako et Koulikoro interdisent les camions-bennes la nuit après les attaques terroristes

by Sahel Tribune 17 mai 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Trois semaines après des attaques simultanées d’une ampleur inédite qui ont frappé plusieurs grandes villes du pays et coûté la vie au ministre de la Défense Sadio Camara, les gouverneurs de Koulikoro et du District de Bamako ont interdit par arrêté la circulation nocturne des camions-bennes. Une mesure qui s’inscrit dans un dispositif sécuritaire plus large.

Deux décisions administratives, signées le 15 mai 2026 à Koulikoro et à Bamako, officialisent ce que beaucoup pressentaient : le renforcement du dispositif sécuritaire afin de resserrer l’étau autour des terroristes et les handicaper dans leur capacité de nuisance. L’objectif est de les traquer jusque « dans leur retranchement ». 

Les textes sont sobres, formulés dans la langue froide du droit administratif. Mais leur portée est considérable. Le colonel Lamine Kapory Sanogo, gouverneur de la région de Koulikoro, et Abdoulaye Coulibaly, gouverneur du District de Bamako, ont chacun signé une décision portant « interdiction temporaire de circulation des camions benne » sur leurs territoires respectifs, de 20 heures à 6 heures du matin. Les arrêtés, numérotés respectivement N°2026-00189/GRK-CAB et N°2026-0789/GDB-CAB, prennent effet dès leur date de signature et sont transmis à l’ensemble des forces de sécurité de la zone — gendarmerie, police, garde nationale, protection civile.

Ce que disent les arrêtés

  • Interdiction de circuler pour tous les camions-bennes de 20h à 6h du matin
  • Motif officiel : « raisons d’ordre public »
  • Périmètre : toute l’étendue de la région de Koulikoro et l’intégralité du District de Bamako
  • Exécution confiée aux préfets, sous-préfets, maires, commandants militaires et de gendarmerie, directeurs de la police et de la protection civile
  • Durée : non précisée — la décision est dite « temporaire » sans terme fixé

La raison profonde de ces mesures n’est pas écrite dans les textes, mais elle est lisible en filigrane dans l’histoire récente du Mali. Le 25 avril 2026, des attaques simultanées, coordonnées et d’une ampleur inédite ont frappé plusieurs grandes villes du pays, dont Kati et Bamako. Ce jour-là, des groupes armés terroristes et leurs sponsors internes et externes —affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), branche sahélienne d’Al-Qaïda — ont démontré leur capacité à frapper en plusieurs points du territoire de façon synchronisée.

Parmi les victimes de cette journée noire figure Sadio Camara, ministre de la Défense et des anciens Combattants, l’une des figures-clés de la transition militaire malienne depuis le coup d’État de 2021. Sa mort, survenue lors de ces attaques, a représenté un choc politique et symbolique majeur pour le régime du général d’armée Assimi Goïta.

Un dispositif sécuritaire qui va bien au-delà des camions-bennes

L’interdiction nocturne des camions-bennes n’est qu’un élément d’un arsenal de mesures restrictives déployées par les autorités maliennes dans les semaines qui ont suivi le 25 avril. Dans plusieurs régions du pays, les cortèges de mariage — rassemblements festifs pouvant réunir des centaines de personnes — ont également été suspendus par arrêté préfectoral. Des couvre-feux ont été instaurés ou renforcés dans des zones jugées sensibles. Les contrôles aux entrées et sorties des grandes agglomérations ainsi que les patrouilles à l’intérieur des villes ont été intensifiés.

La mort du général Sadio Camara, ministre de la Défense, lors des attaques du 25 avril a représenté un choc politique et symbolique majeur pour le Mali. Officier de l’armée malienne, Sadio Camara était l’un des acteurs centraux du coup d’État du 18 août 2020 qui a porté le général Assimi Goïta à la tête du pays, en juin 2021, après l’épisode Bah Ndaw. Ministre de la défense depuis lors, il incarnait le visage militaire et idéologique de la transition, étroitement associé au rapprochement avec la Russie et à l’éviction des forces françaises du territoire malien. Sa disparition lors des attaques du 25 avril 2026 constitue la perte la plus élevée en grade subie par le régime depuis son installation.

Koulikoro et Bamako, au cœur du dispositif

L’interdiction des camions-bennes la nuit s’inscrit dans une logique tactique précise : ces véhicules de grande taille, à la benne ouverte ou couverte, peuvent servir à transporter discrètement du matériel, des armes ou des hommes en armes. Les groupes terroristes opérant au Mali ont, par le passé, utilisé des véhicules banalisés pour acheminer combattants et équipements à proximité de leurs cibles avant de lancer des assauts. En fermant la nuit la route aux camions-bennes dans les zones les plus urbanisées et les plus peuplées du pays, les autorités entendent réduire ce vecteur de vulnérabilité.

Le choix des deux territoires concernés par ces premiers arrêtés est significatif. Bamako est la capitale, la vitrine politique et économique du régime, dont la sécurité constitue un impératif existentiel. La région de Koulikoro, qui ceinture le District de Bamako, en constitue la première couronne et représente une porte d’entrée stratégique pour quiconque chercherait à approcher la capitale depuis le nord, l’est ou l’ouest. 

A.D

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photo de famille
A la UneÉconomie

Afrique de l’Ouest : la Russie déploie une offensive bancaire stratégique depuis Kazan

by Sahel Tribune 17 mai 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Une trentaine de banques russes souhaitent s’implanter en Afrique de l’Ouest. Depuis le KazanForum, Moscou affiche une stratégie financière et géopolitique visant notamment le Ghana et les marchés régionaux.

À Kazan, lors du KazanForum, vitrine de la diplomatie économique russe vers le monde islamique et africain, une vice-présidente de l’Association des banques de Russie a levé le voile sur une ambition longtemps tue : la pénétration systématique des marchés financiers d’Afrique de l’Ouest.

Les banques russes sont prêtes à proposer des solutions fiables

La nouvelle ne vient pas d’un think tank occidental ni d’une fuite diplomatique. Elle est assumée, chiffrée, revendiquée. Elena Skvortsova, vice-présidente de l’Association des banques de Russie (ABR), a déclaré publiquement, depuis les travées du Forum économique international « Russie – Monde islamique : KazanForum », que « une trentaine de banques russes étudient activement les possibilités de pénétrer les marchés d’Afrique de l’Ouest ». Le forum, qui se tient à Kazan du 12 au 17 mai avec des délégations de plus de 90 pays, sert de tribune à cette offensive financière en bonne et due forme.

La démarche est encadrée au plus haut niveau. Mme Skvortsova a précisé que l’ABR travaille « en étroite coordination avec la Banque centrale et le ministère des Finances de la Fédération de Russie ». Ce n’est donc pas une initiative dispersée de quelques établissements aventureux : c’est une stratégie d’État, pilotée depuis Moscou, qui vise à trouver de nouveaux débouchés pour un système bancaire russe mis sous pression par les sanctions occidentales depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022.

Selon Elena Skvortsova, « Les banques russes sont prêtes à proposer des solutions fiables et flexibles, qui sont tout à fait légales et répondent à des normes élevées en matière de cybersécurité. » 

L’insistance sur la « légalité » et la « cybersécurité » des solutions proposées n’est pas anodine. Elle répond implicitement aux préoccupations des partenaires africains, conscients des risques de contournement des sanctions internationales que pourrait impliquer une coopération approfondie avec des banques russes. Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest entretiennent des relations commerciales significatives avec des partenaires occidentaux et avec des institutions financières internationales comme le FMI ou la Banque mondiale — relations qui pourraient être fragilisées par un ancrage bancaire russe.

Régler les échanges commerciaux en monnaies locales

Le Ghana est cité en tête des priorités. « L’Afrique de l’Ouest, et en particulier le Ghana, constitue l’une des priorités évidentes de notre orientation vers l’Afrique », a affirmé Mme Skvortsova. Le pays, qui a traversé une grave crise économique ces dernières années et négocié un programme de restructuration de sa dette, pourrait représenter une porte d’entrée stratégique pour les établissements russes, notamment via le Système de Paiement et de Règlement Panafricain (PAPSS), auquel plusieurs banques ghanéennes sont déjà connectées.

Pour rappel, le Système de Paiement et de Règlement Panafricain (PAPSS) est une infrastructure de paiement transfrontalière lancée sous l’égide de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Il vise à permettre aux pays africains de régler leurs échanges commerciaux en monnaies locales, réduisant ainsi la dépendance au dollar et à l’euro. Son intégration dans la stratégie bancaire russe soulève des questions sur le risque de contournement des mécanismes de surveillance financière internationale.

L’ABR dispose déjà d’un ancrage institutionnel sur le continent : en 2023, elle a signé un protocole d’accord avec l’Association des banques d’Afrique de l’Ouest. Fort de ce précédent, Mme Skvortsova plaide désormais pour l’établissement d’un dialogue bilatéral direct entre l’ABR et l’Association des banques du Ghana, assorti d’un accord formel entre les deux organisations. « Nous privilégions toujours les contacts directs », a-t-elle justifié.

Le poids de l’interlocuteur russe est loin d’être négligeable. L’Association des banques de Russie regroupe plus de 200 membres — établissements de crédit, compagnies d’assurance, cabinets d’avocats — représentant plus de 90 % des actifs bancaires du pays. Les secteurs visés en Afrique de l’Ouest vont au-delà de la simple finance : agriculture, industrie légère et infrastructures sont également dans le viseur des entreprises russes que l’ABR entend fédérer.

A.D

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