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Mali : Bamako et Koulikoro interdisent les camions-bennes la nuit après les attaques terroristes

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Trois semaines après des attaques simultanées d’une ampleur inédite qui ont frappé plusieurs grandes villes du pays et coûté la vie au ministre de la Défense Sadio Camara, les gouverneurs de Koulikoro et du District de Bamako ont interdit par arrêté la circulation nocturne des camions-bennes. Une mesure qui s’inscrit dans un dispositif sécuritaire plus large.

Deux décisions administratives, signées le 15 mai 2026 à Koulikoro et à Bamako, officialisent ce que beaucoup pressentaient : le renforcement du dispositif sécuritaire afin de resserrer l’étau autour des terroristes et les handicaper dans leur capacité de nuisance. L’objectif est de les traquer jusque « dans leur retranchement ». 

Les textes sont sobres, formulés dans la langue froide du droit administratif. Mais leur portée est considérable. Le colonel Lamine Kapory Sanogo, gouverneur de la région de Koulikoro, et Abdoulaye Coulibaly, gouverneur du District de Bamako, ont chacun signé une décision portant « interdiction temporaire de circulation des camions benne » sur leurs territoires respectifs, de 20 heures à 6 heures du matin. Les arrêtés, numérotés respectivement N°2026-00189/GRK-CAB et N°2026-0789/GDB-CAB, prennent effet dès leur date de signature et sont transmis à l’ensemble des forces de sécurité de la zone — gendarmerie, police, garde nationale, protection civile.

Ce que disent les arrêtés

  • Interdiction de circuler pour tous les camions-bennes de 20h à 6h du matin
  • Motif officiel : « raisons d’ordre public »
  • Périmètre : toute l’étendue de la région de Koulikoro et l’intégralité du District de Bamako
  • Exécution confiée aux préfets, sous-préfets, maires, commandants militaires et de gendarmerie, directeurs de la police et de la protection civile
  • Durée : non précisée — la décision est dite « temporaire » sans terme fixé

La raison profonde de ces mesures n’est pas écrite dans les textes, mais elle est lisible en filigrane dans l’histoire récente du Mali. Le 25 avril 2026, des attaques simultanées, coordonnées et d’une ampleur inédite ont frappé plusieurs grandes villes du pays, dont Kati et Bamako. Ce jour-là, des groupes armés terroristes et leurs sponsors internes et externes —affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), branche sahélienne d’Al-Qaïda — ont démontré leur capacité à frapper en plusieurs points du territoire de façon synchronisée.

Parmi les victimes de cette journée noire figure Sadio Camara, ministre de la Défense et des anciens Combattants, l’une des figures-clés de la transition militaire malienne depuis le coup d’État de 2021. Sa mort, survenue lors de ces attaques, a représenté un choc politique et symbolique majeur pour le régime du général d’armée Assimi Goïta.

Un dispositif sécuritaire qui va bien au-delà des camions-bennes

L’interdiction nocturne des camions-bennes n’est qu’un élément d’un arsenal de mesures restrictives déployées par les autorités maliennes dans les semaines qui ont suivi le 25 avril. Dans plusieurs régions du pays, les cortèges de mariage — rassemblements festifs pouvant réunir des centaines de personnes — ont également été suspendus par arrêté préfectoral. Des couvre-feux ont été instaurés ou renforcés dans des zones jugées sensibles. Les contrôles aux entrées et sorties des grandes agglomérations ainsi que les patrouilles à l’intérieur des villes ont été intensifiés.

La mort du général Sadio Camara, ministre de la Défense, lors des attaques du 25 avril a représenté un choc politique et symbolique majeur pour le Mali. Officier de l’armée malienne, Sadio Camara était l’un des acteurs centraux du coup d’État du 18 août 2020 qui a porté le général Assimi Goïta à la tête du pays, en juin 2021, après l’épisode Bah Ndaw. Ministre de la défense depuis lors, il incarnait le visage militaire et idéologique de la transition, étroitement associé au rapprochement avec la Russie et à l’éviction des forces françaises du territoire malien. Sa disparition lors des attaques du 25 avril 2026 constitue la perte la plus élevée en grade subie par le régime depuis son installation.

Koulikoro et Bamako, au cœur du dispositif

L’interdiction des camions-bennes la nuit s’inscrit dans une logique tactique précise : ces véhicules de grande taille, à la benne ouverte ou couverte, peuvent servir à transporter discrètement du matériel, des armes ou des hommes en armes. Les groupes terroristes opérant au Mali ont, par le passé, utilisé des véhicules banalisés pour acheminer combattants et équipements à proximité de leurs cibles avant de lancer des assauts. En fermant la nuit la route aux camions-bennes dans les zones les plus urbanisées et les plus peuplées du pays, les autorités entendent réduire ce vecteur de vulnérabilité.

Le choix des deux territoires concernés par ces premiers arrêtés est significatif. Bamako est la capitale, la vitrine politique et économique du régime, dont la sécurité constitue un impératif existentiel. La région de Koulikoro, qui ceinture le District de Bamako, en constitue la première couronne et représente une porte d’entrée stratégique pour quiconque chercherait à approcher la capitale depuis le nord, l’est ou l’ouest. 

A.D


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