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Remise du projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale au président de la transition
A la UneSécurité

Mali : comment la Charte nationale pour la paix donne un rôle clé aux femmes, aux jeunes et aux personnes handicapées

by Sahel Tribune 21 mai 2026
written by Sahel Tribune 7 minutes read

En inscrivant dans la loi la participation active des groupes les plus vulnérables au processus de réconciliation nationale, les autorités de la Transition posent un acte politique courageux et historique. Une rupture assumée avec les pratiques du passé.

Il y a des textes qui marquent une époque. Des documents qui, bien au-delà de leur dimension juridique, disent quelque chose de profond sur la vision qu’un peuple a de lui-même et de son avenir. La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale, promulguée le 22 août 2025 par le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, est de ceux-là.

Parmi ses nombreuses innovations, l’une mérite une attention particulière : pour la première fois dans l’histoire institutionnelle du Mali, les femmes, les jeunes et les personnes vivant avec un handicap sont reconnus non pas comme de simples bénéficiaires de la paix, mais comme ses artisans à part entière. Une révolution silencieuse, mais profonde.

Un choix politique assumé

On ne mesure pas toujours ce que représente, dans un texte fondamental, le fait d’être nommé. D’exister. D’être reconnu comme acteur et non comme spectateur.

Les autorités de la Transition ont fait ce choix délibéré. Tout au long de la Charte, à chaque fois qu’il est question d’initiatives pour la paix, de conditions pour la réconciliation, de mécanismes pour la cohésion sociale, les mêmes groupes sont cités, systématiquement, avec la même insistance : les personnes âgées, les femmes, les jeunes, les personnes vivant avec un handicap.

Ce n’est pas une formule rhétorique. C’est une orientation politique. Le texte prévoit concrètement leur « implication dans le processus de paix », leur « participation aux instances de prise de décision », l’« accélération de leur autonomisation » et la mise en place de « mesures spécifiques » en leur faveur. Il va jusqu’à exiger que la Charte elle-même soit traduite en braille et en langue des signes, pour que nul ne soit exclu de sa connaissance.

Qui, avant la Transition, avait pensé à cela ?

Les femmes maliennes : de l’ombre à la lumière

Le Mali a toujours su, au fond de lui-même, que les femmes étaient les gardiennes silencieuses de sa cohésion sociale. Dans les villages, dans les quartiers, dans les familles traversées par des deuils ou des disputes, ce sont elles qui cousent, qui réconcilient, qui maintiennent le lien quand tout menace de se défaire.

La Charte dit cette vérité à voix haute. Elle reconnaît que la paix durable nécessite « l’instauration d’une justice économique à travers un accompagnement des femmes » et « l’épanouissement de l’enfant et l’accélération de l’autonomisation des femmes. » Elle prévoit de « faciliter l’accès des femmes au financement pour la création et le renforcement de leur entreprise. » Elle inscrit leur représentation dans « les instances de prise de décisions » comme un impératif, non comme une option.

C’est la reconnaissance officielle et solennelle d’un rôle que les femmes maliennes jouent depuis toujours, mais que les institutions peinaient à voir. Les autorités de la Transition ont eu l’intelligence et l’honnêteté de le mettre en lumière.

Dans les zones affectées par les conflits, dans le centre et le nord du pays, les femmes ont été de véritables ambassadrices de la paix, maintenant des ponts entre communautés que la guerre cherchait à séparer définitivement. La Charte leur rend justice. Elle transforme leur engagement quotidien en mandat national.

La jeunesse : de terreau du désespoir à force de refondation

Le diagnostic que pose la Charte sur la situation des jeunes est d’une lucidité remarquable. Elle reconnaît sans détour que le chômage, l’exclusion et le manque de perspectives constituent « un terreau favorable à l’émigration irrégulière, au recrutement des jeunes par les groupes armés terroristes et à d’autres comportements déviants. »

Mais là où d’autres textes s’arrêtent au constat, la Charte propose une vision. Les jeunes n’y sont pas décrits comme un problème à gérer, mais comme une solution à mobiliser. Le texte appelle à « la formation massive et qualitative des jeunes en entrepreneuriat », à « faciliter l’accès des jeunes au financement », à « promouvoir l’auto-emploi », à « renforcer le partenariat entre les structures de formation professionnelle et les entreprises. »

Plus encore, la Charte confie aux jeunes une responsabilité morale et civique explicite. Elle les invite à « adopter des pratiques d’exploitation durable des ressources naturelles », à « participer à la lutte contre la cybercriminalité et le terrorisme », à « participer à la préservation du cadre de vie. » Ce n’est pas une mise sous tutelle. C’est une invitation à la souveraineté.

Les autorités de la Transition ont compris ce que trop de gouvernements africains ont mis du temps à admettre : qu’une jeunesse sans avenir est une bombe à retardement, mais qu’une jeunesse mobilisée et valorisée est la plus puissante des forces de construction nationale.

Les personnes handicapées : une inclusion historique

C’est peut-être là que la Charte accomplit son geste le plus audacieux. Dans l’histoire des politiques publiques maliennes, les personnes vivant avec un handicap ont trop souvent été réduites au statut d’assistées, quand elles n’étaient pas tout simplement invisibles dans les textes officiels.

La Charte rompt avec cette tradition d’exclusion silencieuse. Elle les cite nominalement comme acteurs du processus de paix, aux côtés des femmes et des jeunes. Elle prévoit des « mesures spécifiques » en leur faveur, exige que le texte de la Charte soit accessible en braille et en langue des signes, et insiste sur leur participation aux initiatives de cohésion sociale.

Ce faisant, les autorités de la Transition envoient un message fort : la réconciliation nationale ne sera complète que si elle est inclusive. Que si elle atteint celles et ceux que la société a trop longtemps laissés sur le bord du chemin. Qu’une paix qui exclut une partie de ses citoyens n’est pas une paix, mais une trêve.

C’est une conception exigeante, et c’est précisément pour cela qu’elle est juste.

L’observatoire : une garantie institutionnelle

Pour que ces engagements ne restent pas lettre morte, la Charte prévoit la mise en place d’un observatoire rattaché à la Présidence de la République, chargé de veiller à sa promotion et à sa mise en œuvre. Cette instance institutionnelle, déjà créée, est chargée de veiller à l’application de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation, issue du Dialogue inter-maliens. Il est présidé par l’ancien Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga. C’est une décision sage. La création de l’observatoire traduit la conscience des autorités que les bonnes intentions ne suffisent pas, et qu’un mécanisme de suivi rigoureux est indispensable pour transformer les mots en actes.

Cet observatoire reflète la diversité que la Charte promeut. Il est composé d’une équipe pluridisciplinaire, selon le décret présidentiel du 2 mars 2026, signé par le général d’armée Assimi Goïta, président de la Transition. On y retrouve des figures comme Zeïni Moulaye, ancien ministre des Affaires étrangères, expert en diplomatie, ainsi que Fatoumata Sékou Dicko, ex-ministre chargée des Réformes politiques et institutionnelles. Le guide religieux Thierno Hady Thiam siège également au sein de cette instance. L’Observatoire intègre également des représentants de la classe politique, de l’administration et de la société civile.

Les autorités de la Transition ont montré, en adoptant ce texte, qu’elles avaient la volonté politique de changer les choses. L’observatoire sera le lieu où cette volonté se traduira en résultats mesurables.

Une page nouvelle pour le Mali

Le Mali traverse depuis plus d’une décennie une crise multidimensionnelle d’une rare intensité. Crise sécuritaire, crise institutionnelle, crise de confiance entre l’État et ses citoyens. Nombreux étaient ceux qui doutaient que ce pays puisse se relever, se retrouver, se réconcilier.

La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale, issu du dialogue inter-maliens, est une réponse à ce doute. Elle dit que oui, le Mali peut se réconcilier. Que oui, les blessures peuvent cicatriser. Et que cette guérison passera par celles et ceux que l’on avait si longtemps négligés : les femmes qui tiennent les familles debout, les jeunes qui portent l’avenir du pays dans leurs mains, les personnes handicapées dont la résilience force le respect.

En leur donnant une place centrale dans le grand récit de la reconstruction nationale, les autorités de la Transition ont accompli un acte fondateur. Elles ont dit à ces millions de Maliennes et de Maliens : vous comptez. Vous êtes la paix.

Il appartient désormais à chacun, à tous les niveaux de la société, de transformer cette promesse en réalité. La Charte a tracé le chemin. Le peuple malien, dans toute sa diversité, saura le parcourir.

A.D

21 mai 2026 0 comments
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Sommet Russie-Afrique
ActuPolitique

Troisième sommet Russie-Afrique : Moscou prépare l’après et renforce sa stratégie africaine

by Sahel Tribune 21 mai 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Prévu les 28 et 29 octobre à Moscou, le troisième sommet Russie-Afrique se profile comme un rendez-vous politique majeur. Pendant que l’Occident se ferme, la Russie mise sur une relation de long terme avec le continent.

Moscou, discrètement mais méthodiquement, prépare son prochain grand rendez-vous avec l’Afrique. La première réunion du comité d’organisation du troisième sommet Russie-Afrique s’est tenue dans la capitale russe sous la présidence de Iouri Ouchakov, conseiller du Kremlin — le même homme qui supervise depuis des années le dossier africain. Le ton donné d’emblée : pas de communication fracassante, mais un travail de fond, concret, orienté vers des résultats durables.

Dépasser le stade des déclarations d’intention

« Les sommets de 2019 et 2023 ont, en substance, donné un nouvel élan à la coopération russo-africaine », a déclaré Ouchakov à l’ouverture de la réunion. « Nous avons désormais devant nous un travail considérable et de grande envergure. Il est important d’accorder une place particulière à la dimension économique de nos relations. »

La dimension économique, justement. C’est le grand chantier annoncé. Après deux sommets qui ont posé les bases politiques d’un rapprochement — Sotchi en 2019, Saint-Pétersbourg en 2023 —, Moscou veut désormais passer à la vitesse supérieure : de nouveaux mécanismes de coopération, un réseau diplomatique russe élargi sur le continent, des commissions intergouvernementales. Autant d’outils concrets pour structurer une relation qui dépasse le stade des déclarations d’intention.

Un « héritage » revendiqué

Le mot employé par Anton Kobiakov, autre conseiller du président russe, mérite attention. « Notre objectif est de laisser un héritage durable de cette troisième rencontre », a-t-il affirmé, visant un ensemble de « décisions signées dans les domaines de l’économie, du commerce, des investissements, de la culture et de l’éducation ». Un héritage — le terme n’est pas anodin dans une relation historique complexe, faite de solidarités réelles au temps de la décolonisation et de malentendus plus récents.

Car c’est l’une des lignes de force de ce rapprochement : la Russie joue la carte de la mémoire longue. Celle des indépendances soutenues, des cadres formés à Moscou ou à Léningrad, des armes livrées aux mouvements de libération. Une rhétorique que l’Occident ne peut pas tenir — et qui continue de faire recette dans de nombreuses capitales africaines, de Bamako à Harare.

Un sommet qui s’annonce très représentatif

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a indiqué début mai s’attendre à ce que « la grande majorité des pays du continent » soit représentée les 28 et 29 octobre. Si cette prévision se confirme, elle sera en elle-même un signal politique fort. À l’heure où plusieurs puissances occidentales peinent à remplir les salles de leurs propres forums avec l’Afrique, une participation massive au sommet de Moscou dirait beaucoup sur l’état réel des équilibres diplomatiques mondiaux.

Vladimir Poutine a personnellement choisi Moscou comme lieu d’accueil et ordonné la création du comité d’organisation en mars dernier — un engagement présidentiel direct qui tranche avec la gestion technocratique que l’Europe réserve souvent à ses relations avec le continent.

Ce que l’Afrique y gagne — ou espère y gagner

La question mérite d’être posée sans détour. Les pays africains qui s’engagent dans cette relation ne le font pas par sympathie idéologique pour Moscou. Ils y voient plusieurs avantages pragmatiques : un accès à des céréales et à des engrais à des conditions négociées, des partenariats militaires sans conditionnalités liées aux droits humains, des votes favorables au Conseil de sécurité de l’ONU, et une reconnaissance de leur souveraineté de décision que les partenaires traditionnels leur ont longtemps refusée.

La coopération russo-africaine n’est pas exempte de tensions ni de contradictions — et aucun regard lucide ne saurait l’idéaliser. Mais elle répond, au moins partiellement, à une demande réelle : celle de pays qui refusent de choisir un camp et entendent diversifier leurs alliances. Dans un monde où les grandes puissances se disputent l’influence africaine, Moscou a compris que l’Afrique n’était plus un théâtre passif mais un acteur à courtiser.

Le troisième sommet Russie-Afrique sera, à cet égard, un test : celui de la capacité de Moscou à transformer un rapprochement politique en coopération tangible pour les populations du continent. L’annonce est faite. Le calendrier est fixé. Reste à savoir si, derrière les discours, les actes suivront.

A.D

21 mai 2026 0 comments
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Poutine et Xi Jinping
A la UnePolitique

Monde multipolaire : pourquoi l’Afrique a tout à gagner du rapprochement sino-russe

by Sahel Tribune 20 mai 2026
written by Sahel Tribune 5 minutes read

Vladimir Poutine et Xi Jinping ont signé à Pékin, mercredi 20 mai 2026, une déclaration commune appelant à un ordre mondial plus juste, fondé sur le respect mutuel et le refus de l’hégémonie. Pour l’Afrique, ce rééquilibrage des forces mondiales n’est pas une menace — c’est une opportunité historique à saisir.

Pendant trois décennies, l’Afrique a vécu sous un ordre international que personne ne lui avait demandé d’approuver. Conditionnalités du FMI, ingérences militaires sous couvert de droit d’ingérence humanitaire, politiques commerciales asymétriques imposées par l’OMC, veto systématique de toute réforme du Conseil de sécurité favorable au continent : l’ordre libéral occidental s’est souvent appliqué à l’Afrique comme une contrainte, rarement comme une promesse tenue.

C’est dans ce contexte qu’il faut lire la déclaration conjointe signée à Pékin le 20 mai 2026 par Vladimir Poutine et Xi Jinping. Les deux dirigeants y affirment leur volonté de construire un monde multipolaire, de défendre la Charte des Nations unies « dans toute son exhaustivité », de s’opposer à « toutes les manifestations d’unilatéralisme et d’hégémonie ». Pour les dirigeants africains qui réclament depuis des décennies une réforme de la gouvernance mondiale, ce langage n’est pas étranger — c’est le leur.

Un soutien concret dans les enceintes multilatérales

Au-delà des mots, la posture sino-russe dans les institutions internationales a des effets tangibles pour le continent. À l’ONU, la Chine et la Russie ont régulièrement bloqué des résolutions autorisant des interventions militaires non sollicitées en Afrique, défendant le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États souverains. Ce n’est pas une position abstraite : elle a préservé à plusieurs reprises la marge de manœuvre de gouvernements africains face à des pressions extérieures.

Dans les BRICS élargis, dont font désormais partie l’Éthiopie, l’Égypte et l’Afrique du Sud, Moscou et Pékin soutiennent activement la montée en puissance des économies du Sud. La déclaration du 20 mai réaffirme la volonté des deux pays de coordonner leurs positions au G20, à l’OMC, à la Nouvelle Banque de développement — autant d’enceintes où une voix africaine portée par des alliés puissants pèse davantage qu’une voix isolée.

Poutine a également exprimé le soutien de la Russie aux priorités de la présidence chinoise de l’APEC, dont le sommet se tiendra à Shenzhen. C’est le signe d’une coordination géopolitique qui dépasse la seule relation bilatérale et dessine les contours d’un bloc du Sud cohérent — dont l’Afrique est partie prenante.

Une alternative économique réelle

L’axe sino-russe offre à l’Afrique ce que l’Occident lui a souvent refusé : des partenariats sans conditionnalités politiques, des financements d’infrastructures à grande échelle, des transferts technologiques dans des secteurs stratégiques.

La déclaration de Pékin met en avant une coopération économique bilatérale qui a franchi le cap des 240 milliards de dollars d’échanges annuels, avec une progression de 20 % sur les quatre premiers mois de 2026. Ce dynamisme est le fruit d’une volonté politique claire : construire des chaînes de valeur indépendantes des circuits financiers occidentaux, régler les échanges en monnaies nationales pour s’affranchir de la domination du dollar. Pour les pays africains qui subissent de plein fouet les effets des politiques monétaires américaines — hausse des taux, fuite des capitaux, dépréciation des monnaies locales — cette alternative mérite attention.

Sur le plan énergétique, Rosatom construit des centrales nucléaires civiles en Chine et est déjà présent sur plusieurs marchés africains. La déclaration évoque également une coopération renforcée dans les énergies renouvelables et les technologies vertes. Pour un continent qui cherche à industrialiser son économie tout en répondant à l’urgence climatique, disposer d’un partenaire technologique supplémentaire — hors du duopole occidental — est un atout, non un risque.

La modernisation des corridors de transport eurasiatiques — Route de la mer du Nord, Transsibérien, initiative « Ceinture et Route » — crée par ailleurs de nouvelles voies logistiques qui peuvent relier les économies africaines à des marchés jusqu’ici difficilement accessibles. L’intégration progressive de ces réseaux avec les corridors continentaux africains est une perspective concrète, pas une utopie.

Le multilatéralisme comme outil d’émancipation

Xi Jinping a mis en avant dans sa déclaration quatre « initiatives mondiales » portées par la Chine : sur la sécurité, le développement, la civilisation et l’intelligence artificielle. Ces cadres conceptuels, qui recueillent un soutien croissant dans les pays du Sud, proposent une vision du monde où la coopération prime sur la compétition, où les États ont le droit de choisir leur modèle de développement sans se voir imposer des standards venus de l’extérieur.

C’est précisément ce que l’Afrique demande depuis l’époque des mouvements de libération nationale. Le droit au développement, la souveraineté permanente sur les ressources naturelles, le refus de la hiérarchie entre civilisations — ces principes, longtemps marginalisés dans les institutions dominées par l’Occident, trouvent un écho croissant dans un monde où la Chine et la Russie pèsent de tout leur poids diplomatique.

La déclaration commune cite explicitement l’opposition aux « tentatives de retour en arrière sur l’histoire » et à la « résurrection des signes du fascisme et du militarisme ». Pour des pays africains dont la mémoire coloniale reste vive, dont les populations ont subi certaines des pires violences du XXe siècle au nom de projets civilisationnels occidentaux, ce positionnement n’est pas anodin.

Une relation à construire, pas à subir

Soutenir la coopération sino-russo-africaine ne signifie pas idéaliser ces partenariats ni fermer les yeux sur leurs limites. Il s’agit de reconnaître qu’ils offrent à l’Afrique quelque chose de précieux : un choix. Pendant trop longtemps, les dirigeants africains ont été contraints de s’aligner ou de payer le prix de leur indépendance. Un monde multipolaire, où plusieurs pôles se font concurrence pour l’attention et les ressources du continent, restitue à l’Afrique une capacité de négociation qu’elle n’a pas eue depuis la décolonisation.

La véritable question n’est pas de savoir si l’axe sino-russe est parfait. Elle est de savoir si l’Afrique peut se permettre de laisser passer ce moment de recomposition mondiale sans y peser de tout son poids. La réponse des chefs d’État qui choisissent d’approfondir ces partenariats est claire : non.

Le sommet de Pékin du 20 mai 2026 n’est pas seulement un événement bilatéral entre deux grandes puissances. C’est un signal adressé au monde entier — et l’Afrique serait mal inspirée de ne pas l’entendre.

Oumarou Fomba 

20 mai 2026 0 comments
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Moto-éléctrique-Afrique
A la UneClimat et environnement

Crise pétrolière et électromobilité : pourquoi l’Afrique mise sur les motos électriques

by Chiencoro 20 mai 2026
written by Chiencoro 7 minutes read

Le nouveau rapport de l’AIE sur les véhicules électriques, rendu public ce mercredi 20 mai 2026, révèle une fracture mondiale invisible dans les grands titres : ce sont les deux-roues et trois-roues électriques qui portent la transition dans les pays du Sud, pas la voiture. Un modèle africain émerge, discret mais puissant.

Il y a deux récits dans le rapport que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a rendu public ce mercredi. Le premier, celui qui occupe les unes des journaux occidentaux : les ventes mondiales de voitures électriques ont dépassé les 20 millions d’unités en 2025, représentant un quart du marché automobile mondial. L’Europe accélère, la Chine domine, les États-Unis tergiversent. Fascinant, certes. Mais il y a un deuxième récit, nettement plus africain, enfoui dans les chapitres du rapport : celui des deux-roues et des trois-roues électriques, qui progressent à une vitesse vertigineuse là où la voiture reste un luxe inaccessible.

En Afrique, les ventes de deux-roues électriques ont atteint environ 70 000 unités en 2025. Le chiffre peut sembler modeste. Il représente pourtant plus de 80 fois le niveau du début de la décennie. C’est une explosion, silencieuse, qui suit une logique implacable : là où les revenus sont faibles, c’est la moto, le tricycle et le scooter qui assurent la mobilité quotidienne — pas la berline familiale. La transition électrique, pour des millions d’Africains, ne ressemble pas à l’achat d’un véhicule neuf dans une concession. Elle ressemble à un conducteur de boda-boda à Kampala qui calcule qu’il économise 8 dollars par jour en passant à l’électrique.

Le Kenya et l’Ouganda, locomotives africaines

Le rapport de l’AIE distingue deux pays africains qui tirent l’ensemble du continent : le Kenya et l’Ouganda. Au Kenya, les ventes de deux-roues électriques ont plus que triplé en un an pour dépasser 25 000 unités, représentant désormais environ 15 % des nouvelles immatriculations de deux-roues dans le pays. La raison est arithmétique : un conducteur de moto-taxi dans le pays consacre entre 40 et 60 % de ses revenus quotidiens — soit 10 à 15 dollars par jour — au carburant thermique. Avec un deux-roues électrique, sa facture énergétique tombe à moins de 2 dollars par jour. Le calcul est limpide.

En Ouganda, c’est encore plus spectaculaire : les ventes ont dépassé 30 000 unités en 2025, après avoir décollé d’une base quasiment nulle en 2024. Le moteur de cette croissance ? Des programmes de financement innovants portés par des acteurs comme Spiro, entreprise basée à Nairobi, qui a déployé à grande échelle des systèmes d’achat progressif alignés sur les flux de trésorerie quotidiens des utilisateurs. La formule « ride-to-own » — rouler pour devenir propriétaire — permet d’acquérir un véhicule électrique sans capital initial, en remboursant par micro-paiements journaliers. Une révolution dans la révolution.

« Les deux-roues électriques représentent désormais 40 % de la flotte de Bolt en Afrique. La logique économique est trop évidente pour être ignorée. », indique l’AIE dans son rapport.

L’innovation africaine : le swap de batterie

La recharge lente reste un frein majeur dans les pays où les coupures de courant sont fréquentes et les journées de travail sans arrêt. La réponse africaine à ce problème s’appelle le « battery swapping » : au lieu de recharger la batterie, on l’échange contre une batterie déjà chargée en moins d’une minute, dans une station dédiée. L’AIE note que ce modèle, déjà courant en Chine, connaît un déploiement accéléré en Afrique orientale, notamment au Kenya et en Ouganda, précisément pour les deux-roues commerciaux. Spiro et Zembo Motorcycles — cette dernière financée par la banque de développement néerlandaise FMO — en ont fait leur cheval de bataille.

Ce modèle présente un avantage décisif : il découple l’achat du véhicule de la propriété de la batterie, qui représente entre un quart et un tiers du coût total. En louant la batterie plutôt qu’en l’achetant, le conducteur voit le prix d’entrée s’effondrer. C’est exactement le levier dont le continent a besoin pour déclencher une adoption de masse, sans attendre que les prix des voitures électriques s’alignent sur ceux de l’Asie.

La fracture mondiale en chiffres

Le contraste est saisissant lorsqu’on lit le rapport dans son ensemble. En Chine, 70 % des voitures électriques vendues en 2025 coûtaient moins cher que la moyenne des voitures thermiques. En Europe, les constructeurs se battent pour sortir des modèles sous les 25 000 euros. Pour les marchés africains, ces chiffres restent une réalité étrangère : selon le rapport, environ 60 % des additions annuelles au parc automobile africain sont des voitures d’occasion importées d’Allemagne, du Japon et des États-Unis. Le marché du neuf électrique reste concentré sur l’Égypte, le Maroc et l’Afrique du Sud — trois pays qui représentent à eux seuls près de 70 % des quelque 25 000 voitures électriques neuves vendues sur le continent en 2025.

Pour le reste du continent, c’est bien le deux-roues et le trois-roues électrique qui constituent la frontière réelle de la transition. Et leur potentiel est colossal : à l’échelle mondiale, le segment des 2/3 roues est déjà le plus électrifié de tout le transport routier, avec environ 10 % du parc mondial désormais électrique. Si l’Afrique reproduit la trajectoire du Vietnam — où les ventes ont doublé en un an pour franchir la barre des 20 % de part de marché —, le continent pourrait devenir l’un des épicentres inattendus de cette révolution silencieuse.

L’Inde offre un modèle instructif pour l’Afrique. Le pays est le plus grand marché mondial de trois-roues électriques, avec plus des deux tiers des ventes mondiales de ce segment. Les « e-rickshaws » ont transformé la mobilité urbaine de dizaines de millions d’Indiens aux revenus modestes, bien avant que la voiture électrique ne soit accessible. En 2025, plus d’un quart des trois-roues vendus dans le monde étaient électriques. L’Afrique n’en est qu’au début de cette trajectoire. Avec des politiques fiscales adaptées — à l’image des exonérations de TVA accordées en Ouganda pour les assembleurs locaux —, la décennie à venir pourrait marquer un basculement comparable.

Le continent doit s’emparer du sujet

Le rapport de l’AIE fait un constat que peu de gouvernements africains ont encore pleinement intégré : la crise pétrolière mondiale actuelle — née du conflit au Moyen-Orient — renchérit structurellement le coût des carburants fossiles, accélérant la rentabilité économique des deux-roues électriques dans des pays où les revenus sont faibles et la sensibilité aux prix du carburant extrême. Des pays d’Asie du Sud-Est comme le Vietnam ont déjà annoncé des incitations fiscales supplémentaires pour les véhicules électriques en réponse à la crise. L’Afrique, elle, hésite encore.

Le Kenya fait figure d’exception avec son code national du bâtiment de 2024 exigeant que 5 % des parkings des nouveaux immeubles soient équipés pour la recharge électrique. L’Ouganda a mis en place des exonérations fiscales pour les assembleurs locaux de véhicules électriques. Mais ces initiatives restent isolées sur un continent où la majorité des gouvernements n’ont pas encore élaboré de stratégie nationale d’électromobilité adaptée à la réalité de leurs populations : des millions de personnes qui se déplacent à moto, pas en berline.

Le risque est que la transition africaine reste, faute de vision politique, une importation de masse de deux-roues électriques chinois — reproduisant à l’échelle du vélo motorisé la dépendance qu’on cherche à surmonter avec le pétrole. L’Ouganda et quelques autres pays l’ont compris : l’enjeu n’est pas seulement de rouler électrique, mais d’assembler, voire de fabriquer électrique. C’est à cette condition que la révolution du deux-roues deviendra réellement africaine.

Chiencoro Diarra 

20 mai 2026 0 comments
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Honte-Mali-valeur
A la UneEnquête

Société malienne : la honte peut-elle encore jouer son rôle de régulateur moral ?

by Chiencoro 20 mai 2026
written by Chiencoro 8 minutes read

Au Mali, la « police de conscience » — cet antique mécanisme par lequel la société se disciplinait elle-même — est en lambeaux. Le Programme National d’Éducation aux Valeurs tente de comprendre pourquoi, et d’imaginer comment la ressusciter. Reportage au cœur d’une question qui touche à l’âme d’une civilisation.

Il y a une scène que Mariam Coulibaly, enseignante à la retraite à Bamako, ne peut raconter sans baisser la voix. Un jour, dans les couloirs d’une administration de la capitale, elle a vu un fonctionnaire glisser des billets dans sa poche, devant tout le monde, sans même se retourner pour vérifier si quelqu’un regardait. « Ce n’était pas la discrétion qui m’a frappée. C’est l’absence totale de gêne. Il n’avait pas honte. Pas du tout. » Elle marque une pause. « Chez nous, avant, ça n’existait pas. »

Ce « avant » qu’elle invoque, c’est celui d’une société où la honte — maloya en bamanankan — jouait un rôle que nul tribunal, nulle police, nulle loi écrite ne pouvait pleinement remplacer. Un rôle de régulateur. D’arbitre invisible. De dernier rempart avant la faute.

Aujourd’hui, ce rempart semble en ruine. Et c’est ce constat, brutal et mélancolique, qui fonde l’un des développements les plus originaux du Programme National d’Éducation aux Valeurs (PNEV), lancé par les autorités de la Transition malienne. Le texte y consacre plusieurs pages à ce que ses rédacteurs appellent, avec une formule à la fois froide et percutante, la « police de conscience ». Autrement dit : le système par lequel une société se surveille elle-même, avant que l’État n’ait besoin d’intervenir.

La honte, ce gendarme sans uniforme

Dans la conception traditionnelle malienne que décrit le PNEV, la honte n’est pas une faiblesse. C’est une architecture. Un édifice moral à plusieurs étages, bâti collectivement pour que chacun reste à sa place — non par peur de la prison, mais par peur du regard des siens.

Tout commence à l’intérieur : l’individu s’interdit certains actes parce qu’il se sait porteur d’un nom, d’une lignée, d’une réputation à préserver. La notion de yèrèdon — la connaissance de soi — est ici centrale. « Sodon, jiridon, yèrèdon de niogôn tè », disait une sagesse malienne.  Savoir qui l’on est, c’est savoir ce qu’on ne peut pas se permettre. L’homme qui vole, qui trahit, qui humilie, ne trahit pas seulement une règle abstraite. Il trahit ses ancêtres. Il souille son patronyme. Il se rend indigne de l’estime de sa famille, de son quartier, de sa classe d’âge.

Mais la honte personnelle ne suffit pas toujours. C’est pourquoi la société malienne traditionnelle avait développé un dispositif de contrôle social en cercles concentriques, décrit avec une précision quasi ethnographique dans le PNEV. En cas de manquement grave, les sanctions s’enchaînaient selon un protocole rigoureux : d’abord la réprimande de l’épouse ou du mari, ensuite l’admonestation des amis, puis le retrait des camarades de classe d’âge, la mise à l’index par les chefs religieux, la dénonciation publique, et enfin — sanction suprême — l’excommunication de la communauté. Le bannissement. L’effacement social.

« La famille tenait plus à la préservation de son honneur qu’à celle du lien avec le membre qui l’avait déshonorée », résume sobrement le programme. Une formule qui dit tout sur la violence de cette régulation — et sur son efficacité redoutable.

Quand l’argent a mis la honte en fuite

Alors, qu’est-il arrivé ?

Le PNEV ne mâche pas ses mots. Il pointe, avec une franchise qui tranche sur le langage habituel des documents officiels, « la perte de la honte et la culture populaire du profit à tout prix » comme l’une des causes majeures de l’effondrement moral du pays. L’argent, écrit le texte, « a gangrené tous les espaces de la vie publique et privée », entraînant « un bouleversement social sans précédent » et « une inversion des valeurs ».

Ce qui était honteux est devenu enviable. Ce qui était enviable est devenu suspect. Les fonctions sociales jadis sanctuarisées — l’enseignant, le juge, le médiateur traditionnel, le religieux — ont toutes « cédé au pouvoir redoutable de l’argent ». Et le comble : « ce pourquoi l’on se donnait la mort avant, le vol, est devenu chose banale. » Le document rappelle, sans ironie mais avec une tristesse à peine contenue, que « de célèbres détenus font de la prison un lieu de fête ».

Fousseni Togola, professeur de philosophe et écrivain à Bamako, n’est pas surpris par ce diagnostic. Il l’a observé, pendant des années. « La honte fonctionnait parce que la communauté était le miroir dans lequel chacun se regardait. Or ce miroir s’est fragmenté. L’exode rural, l’anonymat des grandes villes, les réseaux sociaux — tout cela a créé un individu sans communauté. Et sans regard de l’autre, la honte n’a plus de prise. »

Il marque une pause, puis ajoute : « Il y a aussi une responsabilité des élites. Quand les gens qui devraient incarner la honte sont précisément ceux qui s’en affranchissent le plus ostensiblement, c’est toute la norme qui s’effondre. »

« Plutôt la mort que la honte » : une maxime oubliée

Le PNEV convoque une figure tutélaire pour illustrer ce que la honte, dans sa version héroïque, peut produire : Babemba Traoré, roi du Kénédougou, qui préféra mourir plutôt que de se soumettre aux forces coloniales françaises en 1898. Sa devise — « Plutôt la mort que la honte » — est citée dans le texte comme un exemple de ce que le sens de l’honneur peut engendrer de plus grand : le sacrifice de soi pour l’intégrité de soi.

Cette dimension n’est pas anecdotique. Dans la tradition malienne, la honte et l’honneur sont les deux faces d’une même médaille. L’horonya — l’honorabilité — est l’une des cinq valeurs cardinales de la citoyenneté telles qu’identifiées par le système d’enseignement initiatique Do Kayidara. Elle se vit dans le mérite, dans la dignité préservée génération après génération, dans l’exigence de « se montrer digne du patronyme reçu ». Ce n’est pas une posture. C’est une ontologie.

Or c’est précisément cette ontologie qui s’est effilochée. Quand les promotions se font par clientélisme, quand la réussite se mesure à l’épaisseur du portefeuille plutôt qu’à la rectitude de la conduite, quand les médias mettent en scène le luxe des délinquants plutôt que la sobriété des honnêtes gens — le langage de la honte perd sa grammaire.

Les gardiens se sont tus

Ce qui aggrave la situation, selon le PNEV, c’est que les gardiens traditionnels de la norme morale ont eux-mêmes renoncé à leur rôle. Les chefs religieux, dont l’autorité morale était autrefois incontestée, « tendent à la spéculation intéressée avec des accointances politiciennes qui les décrédibilisent ». Les leaders traditionnels voient leurs pouvoirs s’éroder face aux institutions formelles de l’État. Les parents, débordés, ont « abandonné la culture des enfants aux programmes de la télévision ».

Et la télévision, justement, a fait le travail inverse. En diffusant sans retenue les comportements déviants des puissants — dépenses ostentatoires, impunité affichée, mensonges non sanctionnés —, elle a envoyé un signal dévastateur aux plus jeunes : la honte ne paie pas. L’absence de honte, si.

Korotoumou Diarra, mère de quatre enfants à Fana, dans la région de Dioïla, en témoigne avec une lassitude qui ressemble à de la résignation. « J’essaie d’apprendre à mes fils que le vol, c’est honteux. Mais ils me regardent et ils disent : « Maman, celui-là a volé, et il roule en 4×4. » Qu’est-ce que je leur réponds ? » Elle regarde ses mains. « Avant, la communauté m’aidait à éduquer mes enfants. Aujourd’hui, je suis seule. » Justement, seule, parce que plus aucun parent ne souhaite voir ses enfants corriger par autrui, aussi bien dans la famille que dans la rue. La société vit un individualisme à outrance.  

Peut-on restaurer une honte perdue ?

C’est la question que le PNEV pose, sans tout à fait y répondre. Car restaurer la honte comme régulateur social n’est pas une question de loi ni de décret. C’est une question de reconstruction de la communauté comme espace de regard mutuel. Et cela prend du temps — beaucoup de temps.

Le programme parie sur plusieurs leviers simultanés : réhabiliter le rôle des aînés et des médiateurs traditionnels, réintroduire l’éducation civique et morale à l’école comme matière à part entière, revaloriser publiquement ceux qui font l’effort de l’intégrité, et sanctionner visiblement les comportements déviants des personnalités publiques.

Ce dernier point est crucial. La honte est contagieuse — dans les deux sens. Quand les puissants assument leur déshonneur sans en payer le prix, c’est toute la société qui se déshonore par procuration. Quand un juge est révoqué, un ministre poursuivi, un fonctionnaire condamné à rembourser — et que cela se voit, que cela se sait, que cela se dit — alors la norme reprend corps. La honte retrouve une adresse.

Le document conclut, avec une lucidité qui mérite d’être citée : « La police de conscience n’est pas tant garantie des valeurs qu’on le voudrait. » Ce n’est pas un aveu de faiblesse. C’est un appel à ne pas tout attendre d’elle. La honte ne peut fonctionner seule. Elle a besoin d’une justice qui condamne, d’une école qui forme, d’une famille qui transmet, et d’une société civile qui ose encore dire, à voix haute, ce qui se fait et ce qui ne se fait pas.

 La honte ne tue pas. Mais sans elle, on peut tout se permettre. Et quand on peut tout se permettre, on finit par tout perdre.

Chiencoro Diarra 

20 mai 2026 0 comments
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Mali : comment ATT Junior est devenu une référence du stand-up en Afrique

by Ibrahim Kalifa Djitteye 20 mai 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 7 minutes read

ATT Junior, de son vrai nom Djeli Moussa Kouyaté, est humoriste, acteur, réalisateur et metteur en scène malien. Figure incontournable du stand‑up, il s’impose par son style direct et son énergie sur scène. Reconnu au Mali comme à l’international, il incarne une génération d’artistes qui portent haut la culture malienne à travers l’humour et qui contribuent à inscrire le pays dans le paysage culturel mondial.  

Ses premiers pas remontent en 5e année fondamentale à l’école « Les Mains Unies » de Kalaban Coro, où le théâtre faisait partie du programme scolaire. Plus tard, au lycée, il se lance dans le hip‑hop avec le groupe Nègué Jazz, avant de revenir vers le théâtre et l’humour. Au quartier, il était surnommé « Vieux gaucher » pour son talent au football, vocation qui sera plus tard remplacée par l’humour, plus particulièrement le stand‑up. 

Premiers pas artistiques dans son parcours

Au lycée Massa Makan Dibaté, il intègre la troupe théâtrale et représente le Mali en Afrique du Sud en 2003. Inspiré par Bakary Bamba, Jamel Debbouze et Gad Elmaleh, il se tourne vers le stand‑up. Ce choix marque une rupture avec le théâtre collectif, lui permettant de s’affirmer seul sur scène. Il s’inspire aussi de Fabrice Eboué, Thomas N’gijol, Patson, Adama Dahico, ainsi que de contemporains africains comme Agalawal ou Boukari.  

Son surnom ATT Junior naît lors d’un enregistrement à l’ORTM. Djibril Diabaté, réalisateur de l’Éclat de Rire, lui attribue ce nom après une imitation du président Amadou Toumani Touré dans ses sketchs. Ce surnom devient un véritable tremplin pour celui qui fait aujourd’hui rayonner le Mali et l’Afrique sur la scène internationale. Entre 2008 et 2009, il participe au tournage de Bled Story 2 à Paris, réalisé par Toumani Sangaré et Ladji Ly. 

Un surnom devenu tremplin culturel durable

Sa participation au tournage de Bled Story 2 est un des moments clés de sa carrière. Après un spectacle en cabaret, un spectateur lui conseille de simplifier son humour et de retravailler son style pour être plus percutant. Ces remarques déterminantes l’ont aidé à améliorer son écriture et à affirmer son identité artistique. Cette étape constitue un véritable tournant dans sa carrière et une expérience fondatrice.  

Ses premières scènes internationales se déroulent au Burkina Faso, pays où il a grandi quatorze ans grâce au service de son père à la CEAO. Revenir en tant qu’humoriste dans ce pays de son enfance est une expérience marquante. Il y joue en Mooré, langue qu’il maîtrise, et retrouve ses racines. Cette reconnaissance internationale se poursuit en Côte d’Ivoire, où il partage la scène avec Paul Séré du Jamel Comedy Club.  

Premières expériences internationales marquantes

ATT Junior devient ensuite un habitué des spectacles du Jamel Comedy Club à Paris. Il y joue à chaque fois qu’il est de passage grâce à son ami Paul Séré, qui l’a introduit dans ce cercle prestigieux. Ses objectifs pour la nouvelle génération sont clairs : transmettre son savoir‑faire, conseiller et former les jeunes humoristes maliens. Il insiste sur l’importance de combiner spectacle vivant avec technologie pour moderniser l’humour et ouvrir de nouvelles perspectives.  

Ses influences artistiques sont multiples. ATT Junior s’inspire de la culture, de la science, de la philosophie ainsi que des expériences vécues dans divers pays. Cette ouverture lui permet de perfectionner son style et de transformer ses spectacles en véritables combats artistiques, porteurs de messages et de conseils, au‑delà du simple divertissement.  

Inspirations multiples dans son parcours artistique

Il est titulaire d’une maîtrise en philosophie obtenue en 2010, d’un master 2 en communication marketing en 2016, et d’un diplôme de l’École nationale de l’humour du Canada. Ces formations académiques et professionnelles lui donnent une base solide pour structurer son art, enrichir son écriture et donner une dimension internationale à sa carrière. Elles renforcent son profil d’humoriste complet, à la fois artiste et intellectuel.  

C’est dans cette logique qu’il crée le Festival International Mali du Rire (MDR). Fatigué d’être le seul humoriste malien à représenter le pays à l’international, il fonde ce festival pour former et promouvoir de nouveaux talents. Le MDR devient une plateforme de formation et d’ouverture, permettant aux jeunes humoristes maliens de se produire à l’étranger. Grâce à cette initiative, ATT Junior inscrit l’humour malien dans le paysage culturel mondial. 

Création du Mali du Rire comme plateforme

ATT Junior est vice‑président de la SAWA, fédération des promoteurs de festivals d’humour en Afrique francophone, Directeur artistique à Advance TV, collaborateur de l’ORTM ainsi que de la VOA. À travers ces fonctions, il offre des opportunités aux jeunes humoristes formés au Mali du Rire, supervise la création de programmes audiovisuels, et contribue à diversifier les supports de diffusion de l’humour. Il se positionne ainsi comme un mentor, un bâtisseur et un acteur majeur de la culture au Mali.  

Dans ses perspectives futures, ATT Junior souhaite s’investir pleinement dans le développement de projets artistiques d’envergure internationale au Mali. Il veut donner plus de moyens et d’idées novatrices pour faire de la culture un levier de développement. Convaincu que l’art peut contribuer à l’avancée du pays, il met son expérience et son réseau au service des institutions culturelles, afin de renforcer la place du Mali sur la scène internationale.

Engagements majeurs et leadership dans la culture

Son parcours est jalonné de distinctions. Il a été sacré Kewalé People meilleur artiste de l’année, a reçu le prix du jury et du public en France pour Bled Story 2, ainsi que des récompenses comme les Togo Awards, le trophée du Sénégal, la Nuit des humoristes au Niger, et le FHIRO Mérite au Burkina Faso. Ces distinctions, obtenues dans plusieurs pays, témoignent de la reconnaissance internationale de son talent et de son engagement artistique.  

ATT Junior a joué dans de nombreux pays lors de festivals et spectacles d’humour. Il a participé au Burkina Faso, Gabon, Cameroun, France, États‑Unis, Niger, Togo, Côte d’Ivoire, Sénégal, Guinée Conakry, Hollande, Tunisie, Mauritanie, Algérie et Canada. Il s’est également produit au festival tuSeo à Brazzaville au Congo ainsi qu’au festival tuSeo à Paris à deux reprises. Cette diversité géographique illustre l’ampleur de sa carrière et la reconnaissance internationale de son talent, qui dépasse largement les frontières du Mali. 

Distinctions multiples dans plusieurs pays

Avec vingt‑deux ans de scène, ATT Junior est aujourd’hui une référence incontournable de l’humour malien. Initiateur du MDR, il incarne une carrière riche et diversifiée. Convaincu que l’avenir de l’humour malien est prometteur, il appelle les jeunes à se former et à travailler pour relever la compétition internationale et inscrire durablement le Mali dans le paysage culturel mondial.  

Il a également animé pendant cinq ans une émission à la radio Nassirawulé de Salif Keita intitulée « C’est pas sérieux ». Aujourd’hui, il présente « Il est 14h » sur Advance TV, une émission d’humour et de divertissement. Il est aussi créateur du concept « Les Jumeaux » avec Dassa Diskète et Adam, une série à succès sur TikTok, Facebook et YouTube. Ces projets montrent sa capacité à diversifier ses supports et à toucher un public varié.  

Son style d’humour repose sur le stand‑up, avec des spectacles écrits pendant six mois et travaillés avec des metteurs en scène ainsi que des ingénieurs lumière. Chaque spectacle dure environ une heure vingt et se joue en français pour atteindre un public international. Pour ATT Junior, l’humour malien a un avenir prometteur. Il croit en la formation et au travail des jeunes humoristes, convaincu que la relève assurera la place du Mali dans la compétition mondiale. ATT Junior est marié et père de quatre enfants, dont trois filles et un garçon. 

Ibrahim Kalifa Djitteye

20 mai 2026 0 comments
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Foula D. Massé : Pour une paix rationnelle, un essai pour repenser la paix et le pouvoir en Afrique

by Chiencoro 20 mai 2026
written by Chiencoro 4 minutes read

Nominé à la 13e édition de la Journée du manuscrit francophone en octobre 2025, Pour une paix rationnelle : de la théorie critique de la société à la réforme du pouvoir en Afrique de Foula D. Massé n’est ni un simple essai philosophique ni un manifeste politique ordinaire. 

L’ouvrage se situe à la frontière rare entre réflexion intellectuelle, critique institutionnelle et plaidoyer civique. Dans une Afrique traversée par les crises sécuritaires, les coups d’État, les tensions identitaires et les promesses démocratiques inachevées, l’auteur choisit un pari audacieux : convoquer Emmanuel Kant et Karl Popper pour penser la paix non comme slogan diplomatique, mais comme architecture rationnelle du vivre-ensemble. Dès les premières pages, Foula D. Massé installe une conviction forte : la violence n’est pas seulement affaire d’armes, elle procède aussi d’un échec intellectuel et institutionnel. Une idée qui irrigue tout le livre. Selon lui, là où le débat disparaît, la force prend le relais ; là où l’on ne peut plus critiquer, les conflits deviennent inévitables. Le rationalisme critique de Popper devient alors une méthode politique : apprendre à corriger les erreurs plutôt qu’à sacraliser le pouvoir. Le livre insiste ainsi sur une idée centrale : une paix durable suppose des institutions capables de supporter la contradiction, de protéger la liberté critique et d’encadrer le pouvoir plutôt que de le sanctifier.

La démocratie véritable ne se mesure pas au seul rituel électoral

L’un des grands mérites de l’ouvrage réside dans sa volonté de rendre la philosophie opératoire. Foula D. Massé ne se contente pas de commenter Kant ou Popper ; il africanise leurs intuitions. Les concepts de « société ouverte », d’État de droit ou de rationalisme critique deviennent des instruments pour interroger les réalités africaines contemporaines : constitutions modifiées au gré des ambitions, institutions domestiquées, démagogie politique, instrumentalisation de la peur et criminalisation de la critique. L’auteur rappelle qu’une démocratie véritable ne se mesure pas au seul rituel électoral, mais à la capacité des institutions à corriger les abus, protéger les contre-pouvoirs et accepter la contestation. Il affirme avec force qu’une paix imposée par la peur n’est qu’un silence provisoire, jamais une stabilité durable.

Mais Pour une paix rationnelle n’est pas un livre confortable. Sa lecture dérange parfois, parce qu’elle refuse les raccourcis idéologiques et les explications faciles. Foula D. Massé s’attaque frontalement aux récits simplificateurs, aux logiques complotistes et aux mythologies politiques qui, selon lui, empêchent de penser lucidement les causes profondes des crises africaines. Il met en garde contre les sociétés closes, ces systèmes où le doute devient suspect, la critique assimilée à une trahison et la vérité transformée en dogme d’État. Dans ces configurations, avertit-il, la violence n’est jamais accidentelle : elle devient le langage du pouvoir lui-même.

Penser avant de gouverner

Sur le plan littéraire, l’essai surprend par son ambition stylistique. L’écriture alterne rigueur universitaire et souffle pamphlétaire, citations philosophiques et formules incisives. L’auteur mobilise Kant, Popper, Montesquieu, Nietzsche ou encore Aldous Huxley avec une volonté manifeste de rendre accessible une réflexion souvent perçue comme réservée aux cercles académiques. Par moments, le ton devient volontiers professoral ou prescriptif, ce qui pourra rebuter certains lecteurs en quête d’un essai plus nuancé. Mais cette densité participe aussi à la singularité du texte : Foula D. Massé écrit comme un intellectuel engagé, convaincu que les idées ont encore un rôle à jouer dans le destin politique du continent.

Au fond, Pour une paix rationnelle pose une question simple et redoutable : comment construire une paix qui ne soit ni une parenthèse militaire, ni une illusion institutionnelle ? La réponse proposée par Foula D. Massé tient en une formule implicite : penser avant de gouverner, critiquer avant d’imposer, réformer avant d’exploser. Le livre ne promet ni miracle ni solution clé en main ; il appelle plutôt à une culture politique du doute, du débat et de la réforme progressive. En cela, cette nomination à la 13e Journée du manuscrit francophone apparaît moins comme une récompense symbolique qu’une reconnaissance d’un texte ambitieux, profondément ancré dans les fractures contemporaines de l’Afrique et résolument tourné vers la question essentielle : comment éviter que la paix ne reste un mot, quand elle devrait devenir une méthode ?

Chiencoro Diarra 

20 mai 2026 0 comments
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