Badje Niangadou, vice-président du Haut Conseil des Maliens en Côte d’Ivoire, récemment élevé au grade de chevalier de l’ordre national du Mali par le président de la transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, exprime son soutien aux réformes menées par le gouvernement malien. Dans cette interview, il met en lumière les avancées significatives de la transition politique, telles que l’adoption de la nouvelle constitution et la création d’institutions comme la Confédération des États du Sahel (AES). Il souligne également l’importance stratégique de la diaspora dans la reconstruction du pays, notamment en termes d’investissements et de contribution à la modernisation des secteurs clés, dont celui des ressources minières.
Sahel Tribune : pouvez-vous nous parler de votre rôle en tant que vice-président du Haut Conseil des Maliens résidents en Côte d’Ivoire ?
Badje Niangadou : Mon rôle est d’assister le président dans la mise en œuvre de sa vision, qui est de travailler pour l’intérêt supérieur des Maliens résidant à l’étranger, en particulier ceux de la Côte d’Ivoire.
Quel était l’objectif principal du récent meeting de soutien au président de la transition, Assimi Goita, à Bougouni ?
En tant que Maliens, il est de notre devoir de soutenir une vision que nous savons bénéfique pour nous et pour notre pays. La vision actuelle du président de la transition est celle que l’ensemble des Maliens recherche pour un Mali souverain, respecté de tous. Ce meeting a donc pour objectif de montrer que nous sommes totalement d’accord avec ce nouveau Mali qui se dessine, et qui tracera un chemin sûr pour les générations futures. Voilà en somme l’objectif principal de ce meeting de soutien au président de la transition, le Général d’Armée Assimi Goita.
Comment évaluez-vous la transition politique en cours au Mali, notamment après les réformes majeures telles que l’adoption de la nouvelle constitution et la création de la Confédération des États du Sahel ?
Le bilan de la transition est positif. Le Mali est un pays miraculeux. Nous sommes venus de très loin. Aujourd’hui, nous avons un pays où l’on peut parler librement, un pays dirigé et contrôlé par nos dirigeants, où le président de la transition peut se déplacer librement à travers le pays, sans contrainte ni l’aval de quiconque. L’armée malienne se déplace partout sans demander la permission de qui que ce soit. L’évaluation de la transition montre que de grands progrès ont été réalisés. Le chemin est encore long, mais nous avançons dans la bonne direction. Les huit points d’orientation du président de la transition sont en cours de mise en œuvre, et le premier point, la sécurité et la paix sont essentiels. Sans sécurité et paix, il n’y a pas de développement. Donc, c’est notre priorité. Le gouvernement fait un bon travail, et pour l’année 2024 allant vers 2025, nous pouvons saluer les progrès accomplis.
Concernant la nouvelle constitution, elle apporte de nombreuses améliorations que les Maliens attendaient. L’ancienne constitution était largement inspirée de celle de la France de 1958, tandis que la nouvelle a été élaborée par des Maliens, sans intervention étrangère. Ce qui est particulièrement important, c’est le nouveau code minier, la création de la Cour des comptes et d’autres mesures qui n’existaient pas auparavant. Toutes ces réformes répondent aux aspirations des Maliens exprimées lors des Assises nationales de la Refondation. Cette constitution respecte nos valeurs ancestrales, notamment la reconnaissance des notabilités traditionnelles. Elle prend en compte la culture malienne, par exemple en faisant des langues nationales des langues officielles, avec le français comme langue de travail. En résumé, la nouvelle constitution est un grand pas en avant, une réalisation dont les Maliens peuvent être fiers.
Que pensez-vous de la création de l’AES ?
Concernant la création de l’AES, cela nécessiterait une journée entière pour en discuter en détail, car plusieurs chefs d’État africains ont tenté, au cours des 700 dernières années, de se réunir. Les tentatives ont échoué pour diverses raisons, notamment des assassinats ou des coups d’État. La balkanisation du continent africain a été décidée en 1885 pour diviser l’Afrique et créer des micro-États, ce qui a eu des conséquences néfastes pour le développement. Cela a permis à l’Occident d’exploiter les ressources africaines pendant la période de l’esclavage, contribuant à un déséquilibre démographique et à la faiblesse de la population en termes de densité. Aujourd’hui, cependant, l’Afrique dispose d’une jeunesse dynamique et d’opportunités pour développer ses infrastructures. La création de l’AES représente une chance de mutualiser nos forces de défense, créer des banques de développement et des opportunités économiques. En tant que vice-président du Haut Conseil des Maliens de Côte d’Ivoire, je vois cela comme une grande opportunité pour l’avenir.
Quelle est votre position sur le retrait du Mali de la CEDEAO ?
Beaucoup de gens ne se posent pas la question : pourquoi les trois pays de l’AES ont-ils décidé de se retirer de la CEDEAO ? C’est parce qu’ils ont été confrontés à des menaces de mort, des coups et blessures, des pressions économiques, ainsi que des sanctions illégales et illégitimes, imposées depuis la création de la CEDEAO, en 1975. À partir de 1990, avec l’émergence de la balkanisation politique du continent africain, orchestrée par la France sous François Mitterrand, les partis politiques ont été fragmentés. Prenez le cas du Mali : avec une population de 22 millions d’habitants, le pays compte plus de 300 partis politiques. Cette balkanisation a été mise en place en 1992, accompagnée d’un protocole additionnel à la CEDEAO, visant à interdire les coups d’État. Ce protocole était conçu pour maintenir les dirigeants occidentaux en place comme des pions au service de leurs intérêts. Ainsi, depuis 1990, la CEDEAO, qui devait être une communauté économique au service des peuples de la sous-région, est devenue un organe politique servant les intérêts de l’Occident, un outil utilisé pour imposer des volontés externes et exploiter nos ressources minières, tout en recourant à des menaces violentes. Ces actions n’ont rien à voir avec les principes fondateurs de la CEDEAO. C’est d’ailleurs ce contexte qui a précipité le retrait de ces trois pays de la CEDEAO.
Le nouveau code minier et des projets comme l’usine de Lithium de Goulamina représentent-ils une opportunité pour les Maliens de la diaspora ? Si oui, comment peuvent-ils y contribuer ?
Oui, c’est une véritable opportunité pour les Maliens de la diaspora. Le projet minier va générer des revenus importants pour le gouvernement malien, estimés à 680 milliards de francs CFA par an. Ce chiffre dépasse largement celui de certaines compagnies minières présentes au Mali. Les Maliens de la diaspora sont prêts à investir dans le pays, et le nouveau code minier encourage cet investissement avec un contenu local renforcé. Les Maliens établis à l’extérieur doivent saisir cette opportunité et contribuer à la croissance économique du Mali.
Quel rôle la diaspora doit-elle jouer pour soutenir la vision d’un Mali souverain, stable et prospère ?
Le rôle de la diaspora est crucial : sensibilisation, soutien et contribution. Nous, Maliens de l’extérieur, devons apporter notre expertise, nos ressources humaines et financières pour soutenir la transition politique en cours. Beaucoup de Maliens diplômés à l’étranger sont prêts à revenir au pays pour contribuer au développement du Mali, en particulier dans les secteurs où il existe un besoin urgent de compétences. Nous devons répondre à cet appel pour renforcer notre pays.
Quel message souhaitez-vous adresser à la communauté en Côte d’Ivoire en cette période de transition politique au Mali ?
Je leur dirais d’être sereins, résilients et de soutenir leur pays. Notre unité est essentielle. En étant divisés, nous aidons l’ennemi, mais si nous nous unissons, nous sommes plus forts. La sécurité, la justice et le bien-être sont les trois piliers du programme de transition. Toutefois, la paix et la sécurité doivent être les priorités. Nous souhaitons une bonne et heureuse année à tous les Maliens résidant à l’extérieur. Que cette année soit synonyme de paix et de progrès pour notre pays.
Interview réalisée et transcrite par Ibrahim Kalifa Djitteye






