Accueil » Blog » Actu » AES : une diplomatie commune pour peser sur la scène internationale

AES : une diplomatie commune pour peser sur la scène internationale

0 comments 25 views 3 minutes read

La Confédération des États du Sahel a tenu samedi dernier sa première réunion ministérielle consacrée à sa diplomatie commune. Entre affirmation de souveraineté et dénonciations des ingérences extérieures, Bamako s’impose comme le nouveau centre de gravité d’un projet géopolitique inédit.

C’est un rendez-vous discret, mais dont les enjeux débordent largement les couloirs feutrés du protocole diplomatique. Le samedi 20 juin 2026, les ministres des Affaires étrangères des trois États membres de la Confédération des États du Sahel (AES) — Mali, Burkina Faso, Niger — se sont retrouvés à Bamako pour une session ministérielle consacrée à ce qu’ils appellent le « pilier Diplomatie » de leur feuille de route commune. Une réunion qui, pour la première fois, donne une chair institutionnelle à l’ambition diplomatique d’une confédération née sur les décombres de trois ruptures avec Paris.

La session s’est ouverte sous la présidence du Burkinabè Karamoko Jean Marie Traoré, dont le pays assure la présidence tournante de la Confédération. Autour de la table, Abdoulaye Diop pour le Mali et Bakary Yaou Sangaré pour le Niger — trois hommes qui, chacun à sa manière, ont personnifié la rupture de leurs États respectifs avec la France et les institutions régionales traditionnelles comme la CEDEAO.

Deux jours de travaux préparatoires

La réunion ministérielle de ce samedi n’est pas tombée du ciel. Elle a été précédée, les 17 et 18 juin, d’une réunion des hauts fonctionnaires des trois pays — les cadres techniques qui ont planché sur les documents politiques, juridiques et diplomatiques soumis ce jour à la validation des ministres. Ce processus en deux temps — experts d’abord, ministres ensuite — signale une volonté de construction institutionnelle méthodique, loin de l’improvisation que certains observateurs extérieurs prêtaient volontiers à cette confédération née dans l’urgence des changements de régimes intervenus dans ces pays.

L’ordre du jour est centré sur l’adoption d’une « approche commune et solidaire » dans la mise en œuvre du pilier diplomatique de la feuille de route de ce qu’ils appellent l’« An II » de la Confédération — comprenez la phase de consolidation, après une première année consacrée à l’architecture sécuritaire et aux ruptures symboliques.

Diop : entre bilan et offensive rhétorique

Le ministre malien Abdoulaye Diop n’a pas manqué l’occasion de hausser le ton. Saluant les « avancées notables » dans la construction confédérale — sur les volets défense, diplomatie et développement —, il a également dénoncé avec vigueur ce qu’il a qualifié de « désinformation, manipulation, apologie du terrorisme et relai médiatique orchestré par des sponsors étatiques étrangers, nostalgiques d’un impérialisme international ou d’une hégémonie régionale ». Une formulation qui, sans nommer personne, vise clairement Paris — et dans une moindre mesure les institutions onusiennes et certains médias occidentaux régulièrement accusés de biais par les gouvernements de transition sahéliens.

Diop a également fermement condamné les récentes attaques terroristes perpétrées au Mali et au Niger, dans un contexte sécuritaire qui reste explosif malgré les affirmations de succès des armées confédérées contre les groupes terroristes actifs dans la région.

Bamako, capitale d’un nouvel axe

Ce que cette réunion révèle, au fond, c’est l’ambition d’une Confédération qui ne veut plus être seulement une alliance militaire de circonstance. En s’attaquant au pilier diplomatique, les trois États cherchent à parler d’une seule voix sur la scène internationale — dans les forums multilatéraux, dans les négociations commerciales, dans les crises régionales. C’est un saut qualitatif considérable pour des pays qui, jusqu’à leur rupture avec la CEDEAO en janvier 2025, n’avaient pas de cadre commun de politique étrangère.

Ce qui est certain, c’est que Bamako s’impose progressivement comme la capitale symbolique de ce nouvel ordre sahélien. La ville accueille ce sommet moins d’une semaine après avoir reçu plusieurs délégations diplomatiques venues de Moscou, Pékin et Ankara. Le calendrier n’est pas anodin. La réunion de ce samedi envoie un signal clair : l’AES n’est pas une parenthèse née de trois coups d’État successifs. Elle entend s’inscrire dans la durée, avec ses propres codes, ses propres alliances, et sa propre lecture du monde.

A.D


En savoir plus sur Sahel Tribune

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Veuillez laisser un petit commentaire pour nous encourager dans notre dynamique !