Les fêtes de fin d’année au Mali, moments de réjouissances et de partage, révèlent souvent des comportements marqués par des excès, notamment chez les jeunes. À travers une analyse philosophique, j’explore les dynamiques de la passion, du plaisir et de la démesure, tout en interrogeant les défis sociaux et culturels qui entourent ces célébrations.
Les fêtes de fin d’année au Mali, symboles de réjouissances et de convivialité, dévoilent des comportements souvent marqués par des excès. Des pratiques telles que l’abus d’alcool, les relations extraconjugales, la prostitution et les délits mineurs interrogent profondément sur la nature humaine. Ces célébrations, qui devraient être des moments de partage et d’introspection, s’accompagnent de dérives liées à la passion, à la quête du plaisir et à la démesure. Une analyse philosophique, enrichie des pensées d’Aristote, d’Épicure, de Kant, de Rousseau et de Freud, permet d’éclairer ces dynamiques humaines.
Les passions : forces libératrices ou enchaînements ?
La passion, souvent perçue comme une force irrationnelle, est au cœur de l’expérience humaine. Pour Baruch Spinoza, la passion résulte de notre dépendance aux influences extérieures : « Les hommes se croient libres parce qu’ils ont conscience de leurs actions et ignorent les causes qui les déterminent. » Dans le contexte des fêtes de fin d’année, les jeunes maliens, submergés par des passions, se laissent guider par des désirs immédiats et incontrôlés. Ces comportements traduisent une incapacité à harmoniser leurs actions avec la raison, plongeant dans des excès qui portent préjudice à leur bien-être et à celui de la société.
Rousseau, dans Émile ou de l’éducation, met en garde contre les passions non régulées qui asservissent l’homme. Pour lui, l’éducation doit cultiver des passions modérées, transformant les désirs en moteurs d’amélioration de soi plutôt qu’en sources de désordre. Dans le cadre malien, une éducation communautaire pourrait jouer un rôle crucial pour guider les jeunes vers une gestion équilibrée de leurs passions.
La quête du plaisir : entre jouissance éphémère et bonheur durable
Épicure distingue les plaisirs nécessaires et les plaisirs superflus, appelant à une recherche modérée du bonheur. « Le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse, mais il doit être mesuré. » Pourtant, au Mali, les fêtes sont souvent l’occasion d’une quête effrénée de plaisirs éphémères : consommation excessive, dépenses ostentatoires, ou encore recherche de statut social à travers des comportements risqués.
Sigmund Freud, dans Malaise dans la civilisation, rappelle que la quête du plaisir est essentielle à l’humanité, mais qu’elle s’accompagne d’un conflit constant avec les exigences sociales et morales. Les jeunes, en particulier, peuvent ressentir une tension entre leurs désirs individuels et les normes communautaires, les poussant parfois à des comportements transgressifs pour s’affirmer.
La démesure : un déséquilibre dangereux
La démesure, selon Aristote, est une rupture de l’équilibre, un excès nuisible à l’individu et à la société. « La vertu est un juste milieu entre deux vices, l’un par excès, l’autre par défaut. » Lors des fêtes de fin d’année, la démesure s’observe dans des comportements autodestructeurs : alcoolisme, endettement ou violence. Ces dérives témoignent d’un déséquilibre qui non seulement met en péril les individus, mais menace également la stabilité sociale.
Kant, dans Fondements de la métaphysique des mœurs, insiste sur le devoir moral de l’individu envers lui-même et les autres. Pour Kant, céder aux plaisirs excessifs revient à instrumentaliser son propre corps et celui des autres, violant ainsi la dignité humaine. Les pratiques comme la prostitution, souvent motivées par des contraintes économiques, posent des dilemmes éthiques majeurs dans cette perspective.
Le contexte socio-économique : une dynamique complexe
Le Mali, comme d’autres pays en développement, est marqué par des défis socio-économiques qui exacerbent les comportements excessifs. La pauvreté, le chômage et la déscolarisation forcent de nombreux jeunes à rechercher des échappatoires dans des plaisirs éphémères.
Selon Frantz Fanon, les inégalités sociales et les oppressions systémiques contribuent à un mal-être collectif qui se traduit par des comportements autodestructeurs. La société malienne, confrontée à des pressions économiques croissantes, doit donc réfléchir à des solutions structurelles pour réduire ces dérives.
Une approche communautaire et morale
Jean-Jacques Rousseau, dans son concept de contrat social, souligne l’importance de l’interdépendance entre l’individu et la société. Une approche communautaire des fêtes pourrait recentrer ces moments sur des valeurs de partage, d’entraide et de célébration collective. La restauration des rituels traditionnels et la valorisation de la culture locale pourraient également offrir des alternatives aux influences occidentales qui encouragent la consommation ostentatoire et les comportements excessifs.
Enfin, la pensée de Martin Buber sur la relation « Je-Tu » invite à repenser les interactions humaines pendant les fêtes. En cultivant des relations fondées sur la réciprocité et la dignité mutuelle, plutôt que sur l’exploitation ou la domination, les Maliens pourraient transformer ces célébrations en moments d’unité et d’enrichissement collectif.
Une réflexion pour l’avenir
Les fêtes de fin d’année, bien qu’étant des moments de joie et de lumière, révèlent des dynamiques complexes liées à la nature humaine. Entre passions incontrôlées, quête de plaisir et démesure, elles invitent à une introspection collective.
En s’appuyant sur des figures philosophiques comme Aristote, Épicure, Kant ou Rousseau, le Mali peut repenser ces célébrations dans une optique de modération et de responsabilité. Il s’agit d’éduquer les jeunes, de valoriser les traditions culturelles et de promouvoir une éthique du partage, pour que les lumières des fêtes brillent aussi dans les cœurs et les esprits.
F. Togola






