Home A la Une Niger : 382 kalachnikovs, deux blindés, zéro coup d’État. Quelle déception pour certains

Niger : 382 kalachnikovs, deux blindés, zéro coup d’État. Quelle déception pour certains

0 comments 469 views 3 minutes read

Une mutinerie, un inventaire militaire digne d’un catalogue de VPC, et un silence gêné chez tous ceux qui avaient déjà préparé leur commentaire sur « l’effondrement inévitable » du Sahel confédéré. Billet d’humeur, à charge contre les prophètes de la débâcle.

Il y a des colis qu’on n’aime pas voir revenir aussi complets. Selon la télévision publique nigérienne RTN, les Forces de défense et de sécurité ont récupéré, après avoir maté en quelques heures la mutinerie de la base aérienne 101, un arsenal digne d’un petit État : 34 pick-up Toyota armés, deux véhicules blindés légers, 382 fusils d’assaut AK-47, 36 lance-roquettes RPG-7, 40 mitrailleuses, des fusils de précision, des pistolets, des munitions par caisses entières et de quoi équiper une véritable armée parallèle. Un inventaire à la Prévert, dressé avec un tel luxe de précision qu’on croirait un bon de livraison, sauf que la marchandise n’a, semble-t-il, quasiment pas servi.

Car c’est bien là toute l’ironie de l’affaire. L’unité à l’origine de cette mutinerie, le Bataillon spécial de renseignement du Commandement des opérations spéciales, était précisément taillée pour traquer le terrorisme et les trafics dans l’espace confédéral. Un bataillon d’élite, formé, équipé, financé pour défendre l’État, qui retourne une partie de son arsenal contre lui, et qui se retrouve, quelques heures plus tard, à devoir tout rendre, jusqu’au dernier chargeur, sans avoir renversé grand-chose d’autre que quelques certitudes. On cherche encore le scénario catastrophe promis par tant d’observateurs pressés.

Car il faut se souvenir de l’ambiance, cette nuit du 29 août. Sur certains plateaux et dans certaines chancelleries, on s’apprêtait déjà à commenter la chute d’un nouveau domino sahélien. Quelques tirs dans une caserne, et voilà ressorti le refrain connu sur l’AES au bord du gouffre, la « junte » fragilisée, le grand chambardement régional. Il a suffi de quelques heures et d’un ministère de la Défense qui fait simplement son travail pour que ce roman s’effondre plus vite que la mutinerie elle-même. Décidément, l’espace confédéral du Sahel confirme, mutinerie après tentative de coup avortée, sa réputation de « cimetière des aventuriers », pour emprunter l’expression à la presse régionale elle-même.

Aux déçus du jour, on doit tout de même quelques remerciements ironiques. C’est en grande partie grâce à leur besoin compulsif d’annoncer le pire que la rapidité de la reprise en main nigérienne paraît, par contraste, aussi éclatante. Le commandement des forces armées a remercié l’Africa Corps pour son appui, Moscou a exprimé sa solidarité, et l’AES, dans un communiqué sans détour, a qualifié la mutinerie de trahison plutôt que de céder au registre dramatique. Pendant que certains rédigeaient déjà la nécrologie de la Confédération, celle-ci se contentait de compter ses kalachnikovs récupérées. L’arsenal est sous scellés, les mutins sont sous contrôle, et les Cassandre du Sahel devront, une fois de plus, remettre leur article à plus tard. 

Oumarou Fomba 

Donnez-nous votre avis

FR|EN FR|EN