Réuni le 2 septembre à Koulouba, le Conseil des ministres a autorisé le premier renouvellement de quatre permis de recherche d’or à Bougouni, Sikasso, Kangaba et Kéniéba. Une décision technique en apparence, mais qui illustre la manière dont Bamako a choisi de reprendre en main son cadastre minier plutôt que de le brader.
Le Conseil des ministres malien, réuni le mercredi 2 septembre au Palais de Koulouba sous la présidence du général d’armée Assimi Goïta, a adopté quatre projets de décret portant premier renouvellement de permis de recherche d’or et de substances minérales du groupe 2. Sont concernées les sociétés Hongda Liujiu SARL à Ourounia, dans le cercle de Bougouni, cessionnaire d’un permis initialement attribué à Yiyuan Mines SARL ; A.NA.DI.S SARL à Dézébéla, dans le cercle de Sikasso ; et L’Horizon SARL, titulaire de deux permis distincts, à Faladié Nord (cercle de Kangaba) et Liberta Sud (cercle de Kéniéba).
Reprendre la main sur le secteur
Ces quatre permis, initialement délivrés entre 2019 et 2022, avaient été gelés par la vaste mesure de suspension du traitement des titres miniers décrétée fin novembre 2022 par les autorités de la transition. Pendant plus de deux ans, aucune demande d’attribution, de renouvellement ou de cession de titre minier n’a pu être instruite, le temps pour l’administration de mener un assainissement en profondeur du cadastre minier national. Ce n’est qu’à partir du 15 mars 2025 que le ministère des Mines a rouvert, de façon partielle et méthodique, le traitement des dossiers de renouvellement et de transition de la recherche vers l’exploitation.
Lue isolément, l’adoption de ces quatre décrets pourrait sembler anecdotique. Replacée dans la trajectoire engagée depuis 2022, elle prend une tout autre dimension : celle d’un État qui a choisi de reprendre la main sur un secteur longtemps considéré comme l’un des plus opaques du pays, avant de rouvrir, au cas par cas et sur la base de résultats géologiques vérifiés, la porte à des opérateurs jugés sérieux. Le communiqué du Conseil des ministres est explicite sur ce point : c’est parce que les travaux de recherche entrepris sur les périmètres concernés ont mis en évidence plusieurs anomalies minéralisées justifiant la poursuite des activités que les sociétés ont pu obtenir gain de cause, et non par simple reconduction administrative.
Capter la rente aurifère sans fermer la porte aux capitaux étrangers
Cette rigueur retrouvée s’inscrit dans la philosophie du nouveau Code minier, adopté le 29 août 2023, qui a durci sensiblement les conditions d’octroi et de renouvellement des titres. Le texte permet désormais à l’État malien de détenir jusqu’à 30 % du capital des projets miniers, dont 10 % à titre gratuit, tout en imposant une participation minimale de 5 % à des entreprises locales. Une loi complémentaire sur le contenu local oblige par ailleurs les sociétés minières à privilégier la main-d’œuvre, les fournisseurs et les sous-traitants maliens. C’est ce même cadre juridique, plus exigeant mais aussi plus prévisible, qui a servi de fondement légal aux quatre renouvellements accordés le 2 septembre.
Concrètement, les sociétés bénéficiaires pourront poursuivre leurs travaux de recherche pendant une nouvelle période de trois ans, renouvelable une fois. Un délai suffisant pour transformer des indices prometteurs en gisements réellement exploitables. Pour un secteur minier malien encore largement dominé par de grands groupes étrangers, ces décisions envoient un signal utile aux investisseurs, y compris les plus modestes : la voie du renouvellement, un temps bloquée, est de nouveau praticable pour qui respecte les nouvelles règles du jeu, sans que l’État renonce pour autant à son droit de regard sur la manière dont ses ressources aurifères sont explorées et valorisées.
L’or demeure, plus que jamais, la ressource stratégique du Mali Kura. Il représente l’écrasante majorité des recettes d’exportation du pays et un pilier des ambitions de souveraineté économique affichées par la transition. En articulant assainissement du cadastre, durcissement du Code minier et réouverture sélective des dossiers, le Mali cherche à démontrer qu’il est possible de mieux capter la rente aurifère sans pour autant fermer la porte aux capitaux étrangers.
A.D
