Home A la Une Au Mali, l’État bâtit un réseau de « vestibules » pour institutionnaliser la médiation traditionnelle

Au Mali, l’État bâtit un réseau de « vestibules » pour institutionnaliser la médiation traditionnelle

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Dix-huit mois après la pose de la première pierre, le Vestibule des autorités et légitimités traditionnelles de Ségou a été inauguré le 20 août, doté d’une autonomie énergétique et hydraulique complète. La région devient la troisième à achever cet équipement, dans le cadre d’un programme national qui prévoit d’en doter, à terme, chacune des dix-neuf régions du pays, pour un coût unitaire de plusieurs centaines de millions de francs CFA.

C’est un chantier d’infrastructure d’un genre particulier que les autorités maliennes déploient depuis 2025 : offrir à chaque région administrative du pays un bâtiment dédié à ses autorités coutumières. Le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, porte-parole du gouvernement, le général de brigade Issa Ousmane Coulibaly, accompagné du ministre chargé de la Culture, Mamou Daffé, a procédé jeudi 20 août à l’inauguration du Vestibule des autorités et légitimités traditionnelles de Ségou, en présence des Niamakala, détenteurs traditionnels de la parole, des autorités administratives et coutumières de la région.

Ségou devient ainsi la troisième région du pays à disposer d’un tel édifice achevé, après Koulikoro, inauguré fin février 2026, et Bougouni. Les premières pierres ont par ailleurs déjà été posées dans plusieurs autres régions, dont Tombouctou, Koutiala, San et, plus récemment, Bandiagara, en mars 2026, signe d’un déploiement désormais engagé sur une large partie du territoire national.

Un programme lancé en 2021, constitutionnalisé depuis

Ce programme trouve son origine dans une rencontre tenue le 12 novembre 2021 entre le président de la Transition et les légitimités traditionnelles des dix-neuf régions et du district de Bamako, dont le gouvernement a fait, depuis, une Journée nationale dédiée, instituée par décret le 4 mars 2022 et célébrée chaque 11 novembre. Le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, avait annoncé son intention de doter chaque région administrative d’une Maison des légitimités traditionnelles, présentée comme un outil destiné à bâtir des ponts entre institutions modernes et structures coutumières. Le principe a depuis été conforté par la nouvelle Constitution malienne, qui reconnaît formellement le rôle des autorités et légitimités traditionnelles.

La première pierre du chantier de Ségou avait été posée par le Premier ministre, le général de division Abdoulaye Maïga, en marge d’une visite officielle dans la région début 2025, la conception architecturale étant confiée à l’atelier Aldi Bioclimatic Designs, également maître d’œuvre du projet de Bandiagara. Réalisé par l’entreprise Aldi, le bâtiment principal de Ségou comprend une salle de réunion, un foyer, des bureaux et un local technique dédié aux installations solaires, complété par deux logements de passage, un bâtiment annexe et un mur de clôture sécurisant l’ensemble du site.

Une autonomie technique complète, à l’écart des réseaux publics

Sur le plan technique, l’infrastructure se distingue par son autonomie énergétique et hydraulique totale : deux mini-centrales solaires assurent une alimentation électrique continue, tandis qu’un forage équipé d’une pompe solaire et un château d’eau de 10 mètres cubes garantissent l’approvisionnement en eau du site, indépendamment des réseaux publics de distribution, souvent défaillants dans les régions de l’intérieur. Une voiture pick-up remise par la présidence de la République complète les moyens mis à la disposition des autorités coutumières de Ségou.

Le coût de ces équipements varie selon les régions : celui de San, dont la première pierre a été posée en juin 2025, avait été chiffré à plus de 742 millions de francs CFA, financé par le gouvernement à travers l’Agence nationale d’investissement des collectivités territoriales (ANICT), avec la contribution de la mairie de San et de la coopération financière allemande (KfW). Ce montage associant financement public national, collectivités locales et partenaires internationaux illustre la logique de décentralisation budgétaire dans laquelle s’inscrit ce programme, piloté administrativement par le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.

Un outil de médiation dans un contexte de crise sécuritaire

Au-delà de sa dimension architecturale, le vestibule renvoie à une institution ancienne du Mali? Un espace de dialogue, de médiation et de recherche de consensus, où les autorités coutumières peuvent traiter les différends communautaires en s’appuyant sur leur connaissance des réalités locales. Ce rôle prend un relief particulier dans le contexte sécuritaire actuel du pays. La cérémonie de Ségou a d’ailleurs été l’occasion de rendre hommage aux victimes civiles et militaires tombées pour la défense de la Nation, avec une mention spéciale pour le général d’armée Sadio Camara, ministre de la Défense tué lors des attaques coordonnées du 25 avril 2026.

Le geste symbolique le plus marquant de la cérémonie a été la remise, par les Niamakala aux autorités coutumières, d’une étoffe, d’une aiguille et d’un fil blanc. Une image traditionnelle de la réparation du tissu social et du rapprochement des parties séparées. Pour le gouvernement malien, ce réseau de vestibules régionaux constitue ainsi un outil de gouvernance à part entière, destiné à alléger la pression sur les mécanismes judiciaires formels en s’appuyant sur des structures de médiation déjà légitimes aux yeux des populations locales.

Chiencoro Diarra 

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