Home A la Une Espaces carcérales : le Mali se dote d’une politique pénitentiaire face à la surpopulation et à la radicalisation

Espaces carcérales : le Mali se dote d’une politique pénitentiaire face à la surpopulation et à la radicalisation

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Le Conseil des ministres a pris acte, le 12 août 2026, de la nouvelle Politique nationale pénitentiaire et de son premier plan d’actions, couvrant la période 2026-2030. Conçu pour répondre à l’engorgement chronique des lieux de détention et à la menace de radicalisation en milieu carcéral, ce document d’orientation s’inscrit dans la vision 2063 et doit désormais transformer en actes une administration pénitentiaire sous tension depuis plusieurs années.

C’est un secteur longtemps resté en retrait des grands chantiers de réforme de l’État malien qui se voit aujourd’hui doté d’un cadre stratégique formel. Sur le rapport du ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, garde des Sceaux, Mamoudou Kassogué, le Conseil des ministres réuni le 12 août 2026 à Koulouba a pris acte d’une communication écrite relative à la Politique nationale pénitentiaire et à son plan d’actions pour la période 2026-2030. Selon le communiqué officiel publié à l’issue de la réunion, ce document doit désormais servir de référence et d’orientation à l’ensemble de l’administration pénitentiaire malienne, dans le respect des normes nationales et internationales applicables à la détention.

Une administration sous pression, entre surpopulation et menace sécuritaire

Le texte adopté reconnaît explicitement les difficultés auxquelles se heurte l’administration pénitentiaire dans l’accomplissement de ses deux missions cardinales : la sécurisation des personnes détenues et leur réinsertion sociale. Le Gouvernement cite notamment les défis liés à l’extension de la carte pénitentiaire, à la lutte contre le terrorisme, la criminalité transnationale organisée, ainsi qu’à la radicalisation et à l’extrémisme violent en milieu carcéral. 

Ces défis ne sont pas nouveaux. Depuis plusieurs années déjà, la Direction nationale de l’administration pénitentiaire et de l’éducation surveillée (DNAPES) travaille, avec l’appui de partenaires internationaux, à la formation de ses agents à l’identification des profils à risque et à la prévention du prosélytisme radical dans les établissements. 

La Maison centrale d’arrêt de Bamako, conçue à l’origine pour héberger quelques centaines de détenus, en accueille aujourd’hui plusieurs fois ce nombre. Une situation d’engorgement qui complique à la fois la sécurisation des lieux et le suivi individualisé des personnes incarcérées, dont une partie a été condamnée ou est poursuivie pour des faits liés au terrorisme. Le pays a par ailleurs connu, ces dernières années, plusieurs tentatives d’évasion visant spécifiquement à libérer des détenus liés aux groupes armés actifs dans le centre et le nord du territoire. Ce qui confère à la sécurisation des établissements une dimension proprement sécuritaire, au-delà de la seule gestion pénitentiaire classique.

Trois axes stratégiques pour refonder le secteur

Élaborée en cohérence avec le référentiel « Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma » et avec la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable 2024-2033, la nouvelle politique s’articule autour de trois axes. Le premier porte sur le développement institutionnel et la gouvernance du secteur pénitentiaire, appelé à se doter d’outils de pilotage et de gestion plus robustes. 

Le deuxième vise le renforcement de la sécurité et de la sûreté des structures pénitentiaires elles-mêmes. Un axe qui recoupe directement les enjeux de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée évoqués plus haut. Le troisième, enfin, est consacré à l’humanisation des conditions de détention, à la préparation de la réinsertion sociale des personnes détenues et à leur suivi après leur sortie de prison. Un volet qui, selon les standards internationaux en la matière, conditionne largement la prévention de la récidive et, en milieu sensible, celle de la radicalisation post-carcérale.

Cette approche par les trois axes traduit une volonté de sortir d’une gestion uniquement sécuritaire ou uniquement humanitaire du fait carcéral, pour articuler les deux dimensions dans un même document de planification. La déclinaison opérationnelle de cette politique reposera sur des plans d’actions successifs, dont le premier, adopté pour la période 2026-2030, doit permettre d’engager les premières réalisations concrètes en termes d’amélioration des infrastructures existantes, des projets d’extension de la carte pénitentiaire évoqués dans le communiqué, du renforcement des capacités humaines de la DNAPES et de la structuration des dispositifs de suivi post-carcéral.

Un chantier à la mesure des attentes du secteur

En dotant pour la première fois le pays d’un document d’orientation pénitentiaire de portée nationale, les autorités maliennes de la Transition entendent inscrire la réforme du secteur dans la durée plutôt que dans la gestion de l’urgence qui a longtemps prévalu. 

L’enjeu, désormais, sera la mobilisation des financements nécessaires à la mise en œuvre du plan d’actions 2026-2030, dans un secteur où les besoins en infrastructures, en personnel qualifié et en dispositifs de sécurisation demeurent importants. Ce chantier vient compléter les réformes engagées par ailleurs par le ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, notamment la modernisation numérique des procédures judiciaires et la création de juridictions spécialisées, dans le cadre plus large de la refondation de l’État portée par les autorités de la Transition.

A.D

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