Mali : l’influent Imam Mahmoud Dicko livre des messages d’apaisement

Date:

Share post:

En hommage aux victimes du 10, 11, 12 juillet 2020, la CMAS de l’influent Imam Mahmoud Dicko a organisé, ce samedi 16 juillet à Badalabougou, une journée de lecture du Coran couplée d’un point de presse.

Les images sombres de la manifestation du 10, 11 et 12 juillet 2020, organisée par le mouvement hétéroclite M5-RFP, sont toujours dans les mémoires populaires des Maliens. Autrefois « autorité morale » de ce vaste mouvement, Imam Mahmoud DICKO a convié ce samedi 16 juillet l’ensemble de ses fidèles à une journée d’hommage aux victimes de cette manifestation appelant à la « désobéissance civile » contre le défunt régime d’Ibrahim Boubacar Kéïta.

Sous les balles présumées des forces de l’ordre, une vingtaine de jeunes y ont sombré, plus d’une centaine de blessés, à en croire certains responsables du mouvement. Officiellement, le dossier est désormais dans les mains des autorités judiciaires du pays. « C’est un devoir pour moi, aujourd’hui, de rendre un hommage à ces jeunes qui ont été des boucliers volontaires pour sauver ma vie. J’ai une dette envers eux jusqu’à ma mort », a déclaré Imam Mahmoud DICKO.

Tout est parti d’un appel retentissant du mouvement du 05 juin, qui a été à la base de la chute du régime IBK, à la désobéissance civile et pacifique afin de contraindre feu Ibrahim Boubacar Keita à la démission. Selon certains proches de l’Imam, « cette manière de faire ne plaisait pas à l’Imam à l’époque ». Or, ce jour-là, tous les ténors du mouvement étaient au rendez-vous au Boulevard de l’indépendance, épicentre des manifestations à Bamako.

Responsabilité partagée

Pendant trois jours, la capitale malienne a vécu un bras de fer presque total entre les manifestants et les forces de l’ordre. Les administrations étatiques et les lieux publics furent pris d’assaut par les manifestants, brûlés, saccagés et dépouillés de leurs objets.

Ensuite, la résidence et la mosquée de l’Imam à Badalabougou furent la cible d’une attaque des « forces de l’ordre » pendant deux jours. Pour protéger l’autorité morale du mouvement hétéroclite, des jeunes manifestants se sont portés volontiers. Certains y ont perdu la vie.

Depuis ce jour, aucune lumière n’a été émise sur cette affaire qui a défrayé toutes les chroniques, sauf une enquête de la Minusma publiée en septembre 2020. Cette enquête partage les responsabilités entre les organisateurs et l’État malien. Jusqu’à présent les familles des victimes attendent avec impatience l’issu sur cette affaire.

Messages d’apaisement

Nonobstant ses réserves sur la conduite de la phase 2 de la transition, l’influent Imam Mahmoud Dicko appelle toujours à l’union autour du Mali. « Nous avons fait la révolution, le parachèvement, la rectification et il reste le redressement qui se fera avec l’ensemble du peuple malien. Ce redressement ne se fera pas avec un individu ou groupe d’individus, mais avec tout le peuple malien. Il nous faut un minimum de consensus », a déclaré Imam Mahmoud Dicko lors du point de presse cet après-midi.

Pour lui, la refondation doit prendre en compte les valeurs fondamentales du pays. « Il faut qu’on implique tout le monde dans cette voie du Mali-Kura [Mali nouveau, qui] n’est pas possible sans perpétuer l’histoire, conseille-t-il. Personne ne se souvient plus du premier président démocratiquement élu du Mali. »

Par ailleurs, Imam Dicko s’est également exprimé sur le sujet d’actualité concernant l’arrestation des 49 soldats ivoiriens. Pour lui, il faut laisser « les autorités des deux pays frères et voisins gérer cette situation » Il poursuit : « Evitons d’envenimer le débat avec des messages haineux. Ne les mettez pas de pression. »

Mohamed Camara

Mohamed Camara
Mohamed Camarahttps://saheltribune.com
Mohamed Camara est détenteur d’une licence en lettres modernes, décrochée en 2019 à la Faculté des lettres, des langues et des sciences du langage (FSL), Université des lettres et des sciences humaines de Bamako (ULSHB). Il évolue dans la presse, son métier de prédilection, depuis 2018. En 2021, il est certifié journaliste culturel suite à une formation de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ). Il a travaillé pour plusieurs journaux dont le projet Kéniéba Média dont il était le coordinateur, et lemalien.com. Il travaille actuellement pour Reflet d’Afrique (Journal hebdomadaire local de Bamako, depuis 2020) et Sahel Tribune (mai 2022). Mohamed Camara aime la lecture, la musique et les échanges interindividuels afin de mieux affiner ses connaissances.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Articles similaires

Coups d’État récurrents : comment faut-il comprendre ce sort de l’Afrique ?

L’Afrique est le seul continent au monde qui a subi et n’a cessé de subir des malheurs et conflits sanglants depuis des millénaires voire des siècles. Des conflits dus généralement à des instabilités politiques, selon Bocar Harouna Daillo. Quel triste sort pour l’Afrique ! Qu’a-t-elle fait pour mériter autant de maltraitances ?

« Mercenaires ivoiriens » : ballet diplomatique au Mali depuis le sommet de la Cédéao

Après la conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), tenue à New York le 22 septembre 2022, en marge de la 77e tribune des Nations unies, l’on assiste à un véritable ballet diplomatique au Mali. Au menu des échanges, la question des « soldats » ivoiriens détenus au Mali.

Burkina Faso : retour sur le second coup d’État

Le Burkina Faso a connu, vendredi 30 septembre 2022, un second coup de force, en l’espace de huit mois. Le Lieutenant-Colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, arrivé au pouvoir par un putsch, le 24 janvier dernier, a été démis de ses fonctions par des militaires.

Burkina Faso : onze militaires tués et plus de cinquante civils portés disparus (communiqué)

Le terrorisme a encore fait des ravages dans le « pays des hommes intègres ». Le lundi 26 septembre 2022,...
%d blogueurs aiment cette page :