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Mali : le CNT valide Tafouk TV et Daandè Liptako pour contrer la désinformation

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Le Conseil national de Transition du Mali a adopté à l’unanimité, vendredi 10 juillet 2026, les lois autorisant la ratification des accords portant création de la télévision confédérale « Tafouk TV » et de la radio « Daandè Liptako ». Deux instruments de souveraineté narrative que le Mali présente comme une réponse directe aux campagnes de désinformation ciblant le Sahel.

C’est un vote sans surprise mais à forte portée symbolique. Le vendredi 10 juillet 2026, le Conseil national de Transition (CNT) du Mali a adopté à l’unanimité deux projets de loi autorisant la ratification des accords conclus entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger pour la création de leurs premiers médias audiovisuels communs : une télévision confédérale baptisée « Tafouk TV » (lumière en tamasheq), et une radio confédérale dénommée « Daandè Liptako » (la voix du Liptako), du nom de cette vaste région historique à cheval sur les trois pays.

C’est le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, qui a défendu ces textes devant les membres du CNT. Sa présentation a été suivie d’une séquence interactive avant le vote. Un vote acquis sans opposition, que le ministre a salué comme « l’expression de l’adhésion de la représentation nationale au projet confédéral ».

La guerre cognitive comme moteur du projet

Abdoulaye Diop n’a pas usé de circonlocutions diplomatiques pour expliquer la nécessité de ces deux médias. Le contexte, a-t-il dit, est celui de « campagnes de désinformation, de guerre cognitive et de récits hostiles ciblant l’espace sahélien ». Une formulation qui vise explicitement les médias occidentaux, et en particulier français, que les autorités des trois pays de l’AES dénoncent depuis plusieurs années de production d’une couverture partiale, voire hostile, des transitions sahéliennes.

Tafouk TV et Daandè Liptako sont présentées comme la réponse institutionnelle à ce défi informationnel. Des organes qui permettront à la Confédération AES de « porter son propre récit ». Une expression qui renvoie à la notion de souveraineté narrative, chère aux penseurs décoloniaux et de plus en plus mobilisée par les dirigeants sahéliens dans leur communication politique.

« Ces organes de presse audiovisuels permettent à la Confédération AES de porter son propre récit, de renforcer le sentiment d’appartenance à la vision confédérale, de contrer les campagnes de désinformation, de valoriser nos patrimoines culturels, notamment à travers nos langues nationales, et de défendre l’indépendance de nos États. », a expliqué Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères du Mali, devant les membres du CNT, réunis à Bamako, le 10 juillet 2026, lors de leur session plénière. 

Le financement endogène comme garantie d’indépendance

Sur la question du financement, souvent l’angle mort des projets médiatiques panafricains, Abdoulaye Diop a été précis : les deux médias seront financés « principalement de manière endogène », c’est-à-dire par les trois États membres. Un choix présenté comme une condition de l’indépendance et de l’impartialité de leur ligne éditoriale, qui évite la dépendance vis-à-vis de bailleurs extérieurs dont les intérêts pourraient entrer en contradiction avec la ligne confédérale.

Le ministre a également précisé que Tafouk TV et Daandè Liptako sont appelées à fonctionner « en étroite complémentarité » avec les médias nationaux existants, ORTM au Mali, RTB au Burkina Faso, ORTN au Niger, et non à les concurrencer ou à les absorber. La logique est celle d’une couche confédérale supplémentaire dans un paysage audiovisuel sahélien qui reste dominé par les radios communautaires et les télévisions satellitaires étrangères.

Un projet à inscrire dans une réalité médiatique difficile

L’ambition est réelle. Les défis le sont aussi. Les trois pays de l’AES figurent parmi ceux où l’accès à l’électricité et à internet reste limité. La couverture terrestre d’une télévision confédérale dans des territoires aussi vastes, le Mali seul représente 1,24 million de km², suppose des investissements en infrastructures de diffusion considérables. Et le choix des langues de diffusion, les trois pays comptent des dizaines de langues nationales, sera déterminant pour la capacité de ces médias à « renforcer le sentiment d’appartenance à la vision confédérale » que vante Abdoulaye Diop.

La ratification malienne ouvre la voie à l’opérationnalisation des deux médias. Il restera aux trois États à transformer ce cadre juridique en studios, en antennes, en rédactions et en programmes. C’est là que se jouera la véritable bataille de la souveraineté narrative.

Chiencoro Diarra 


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