Dans un monde où les économies vacillent sous le poids des crises, rares sont celles qui surprennent par leur endurance. Le Mali, lui, fait partie de cette catégorie. En novembre 2025, alors que la communauté internationale s’attendait à une énième alerte macroéconomique, c’est une note d’espoir qui est venue de Bamako : le Fonds monétaire international (FMI) a salué la résilience du pays et la solidité de sa trajectoire économique.
Sous le regard attentif de Wenjie Chen, cheffe de mission du FMI, la première revue du programme de référence signé en avril dernier a livré ses conclusions : le Mali tient bon, malgré les inondations de 2024, la crise du carburant, la tension énergétique et les séquelles d’un différend minier prolongé. Un signal fort, autant politique qu’économique.
Un pays éprouvé, mais debout
L’année 2024 aurait pu être celle de la rupture. Des villages noyés par les pluies, des routes emportées, des écoles détruites, un secteur aurifère en crise après la brouille avec Barrick Gold, et une inflation mondiale qui étranglait les importations. Pourtant, au lieu de ployer, Bamako a choisi de se battre.
Sous la direction du Général d’Armée Assimi Goïta, le pays a privilégié une ligne claire : refonder l’économie sans renoncer à sa souveraineté. C’est dans cet esprit que le gouvernement a conclu avec le FMI une Facilité de Crédit Rapide (FCR) de 72,9 milliards de FCFA, assortie de réformes structurelles exigeantes.
Et les résultats parlent d’eux-mêmes. Selon les chiffres validés par la mission du FMI, la croissance devrait atteindre 6,1 % en 2025, bien au-delà des prévisions initiales. Mieux encore, le déficit budgétaire a reculé à 2,6 % du PIB, tandis que l’inflation reste maîtrisée à +2,5 %, en dessous du seuil communautaire de l’UEMOA. “L’économie devrait enregistrer une accélération de la croissance en 2026 grâce à une reprise de la production aurifère et à une amélioration progressive des conditions de sécurité. La croissance du PIB devrait atteindre 5,5 % en 2026, tandis que l’inflation devrait fléchir à 2,5 %.”, explique le FMI.
La discipline budgétaire comme boussole
En dépit des chocs externes, le pays a consolidé ses finances publiques, maîtrisé sa dette (41,7 % du PIB) et poursuivi la diversification de son économie. Le secteur secondaire, particulièrement touché en 2024, affiche un rebond spectaculaire de 10,3 %.
À l’issue de la mission, Mme Wenjie Chen a fait la déclaration suivante : “Le Mali a été confronté à des défis importants en 2025. Les récentes perturbations de l’approvisionnement en carburant liées aux attaques terroristes ont limité l’activité économique et la mobilité dans le pays, tandis que les risques élevés liés à la baisse de la production d’or, aux coupures d’électricité récurrentes et à la réduction de l’aide au développement et humanitaire ont encore pesé sur l’économie. Bon nombre de ces défis devraient persister au cours des prochains mois.”
La Commission de l’UEMOA ne s’y est pas trompée : dans son rapport de surveillance multilatérale, elle félicite le Mali pour sa performance « exemplaire » — respectant tous les critères de convergence régionaux.
Un État stratège, un peuple résilient
L’enjeu n’est plus seulement économique. Derrière ces chiffres se dessine une philosophie politique : celle d’un État stratège, lucide et déterminé à tourner la page des dépendances extérieures.
Depuis trois ans, le gouvernement malien s’efforce de bâtir une économie résiliente, crédible et tournée vers l’avenir. La gestion du différend avec Barrick Gold, finalement résolue, a illustré cette volonté de défendre les intérêts nationaux sans compromettre l’attractivité du pays. “La politique budgétaire reste appropriée, mais elle est limitée par le contexte sécuritaire difficile et le financement extérieur limité. Le projet de loi de finances 2026 envisage un déficit budgétaire respectant le critère de 3 % du PIB fixé par l’UEMOA, soutenu par de solides efforts de mobilisation des recettes intérieures et une maîtrise prudente des dépenses courantes.”, explique le FMI.
Le FMI, longtemps perçu comme le symbole d’une tutelle financière intrusive, semble désormais saluer une autre réalité : celle d’un Mali qui négocie d’égal à égal, honorant ses engagements sans renoncer à son indépendance.
Vers un nouveau contrat de confiance
Les perspectives pour 2026 confirment cette tendance ascendante. La croissance devrait atteindre 6,3 %, portée par le redémarrage de la production aurifère, l’amélioration des infrastructures et la stabilisation du cadre sécuritaire. Le taux de chômage, quant à lui, poursuit sa baisse, à 4,7 %, contre plus de 6 % en 2021.
Pour les partenaires au développement, le Mali n’est pas en faillite, mais en mutation. Il construit pas à pas une économie fondée sur la rigueur, la souveraineté et le patriotisme économique — trois mots qui, depuis Koulouba, résument la nouvelle doctrine d’État.
L’économie au service de la souveraineté
Au fond, la réussite du Mali face au FMI n’est pas qu’une affaire de tableaux Excel ou de ratios financiers. C’est une victoire politique. Une démonstration que, même dans un environnement hostile, une gouvernance cohérente, disciplinée et centrée sur l’intérêt national peut inverser le cours des choses.
Comme l’a rappelé le communiqué final : le Mali tient le cap des réformes, malgré les chocs ; le Mali honore ses engagements, sans renoncer à son indépendance ; le Mali renforce les bases d’une croissance durable, fondée sur la transparence et la justice sociale.
Dans un Sahel où la souveraineté se mesure autant par la maîtrise du territoire que par celle des comptes publics, Bamako vient de marquer un point historique. Et, pour une fois, même le FMI applaudit.
A.D




