Interrogé en marge du lancement du salon, le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop a réagi avec prudence aux révélations du Washington Post sur une possible intervention militaire américaine contre le JNIM. Il a réaffirmé les conditions maliennes du dégel avec l’Algérie.
« Le Mali n’est pas assis en train d’attendre que d’autres viennent régler ses problèmes. » La formule du ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a résumé à elle seule l’esprit du lancement, jeudi à Bamako, de la deuxième édition du salon international de la défense et de la sécurité BAMEX, sous le haut patronage du ministre de la Défense et des Anciens combattants.
Le Mali n’est pas assis en train d’attendre que d’autres viennent régler ses problèmes.
Après une première édition qui avait réuni, en 2025, une vingtaine d’entreprises turques du secteur de l’armement, parmi lesquelles Aselsan, Baykar et Roketsan, l’événement, organisé par la société turque Prontaron Savunma Sanayi (The Peak Defense), se tiendra cette année en novembre. La cérémonie de lancement, à l’hôtel Azalai, a réuni plusieurs membres du gouvernement malien, dont le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop, le ministre délégué à la Défense Oumar Diarra, le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le général Daoud Aly Mohammedine, et le ministre de la Jeunesse et des Sports, Abdoul Kassim Ibrahim Fomba, aux côtés de l’ambassadeur de Türkiye au Mali, Efe Ceylan, et du directeur de BAMEX, Harun Sarac.
Une réponse mesurée aux révélations du Washington Post
Face à la presse, Abdoulaye Diop a été interrogé sur l’article publié la veille par le Washington Post, selon lequel l’administration américaine évaluerait une action militaire contre le groupe jihadiste JNIM au Mali. Le chef de la diplomatie malienne s’est montré prudent : « Cette information, nous l’avons tous appris hier par voie de presse. Nous n’avons aucune confirmation officielle des États-Unis. » Il a toutefois tenu à réaffirmer la doctrine sécuritaire des autorités de la Transition depuis leur arrivée au pouvoir : « Le Mali n’est pas assis en train d’attendre que d’autres viennent régler ses problèmes. Le Mali compte sur lui-même, sur son intelligence, sur ses ressources et sur ses forces de sécurité pour régler ses problèmes. »
Cette information, nous l’avons tous appris hier par voie de presse. Nous n’avons aucune confirmation officielle des États-Unis.
Le dégel avec l’Algérie confirmé, sous conditions
Interrogé également sur l’état des relations avec l’Algérie, quelques jours après l’annonce d’une levée du blocus aérien entre les deux pays, Abdoulaye Diop a plaidé pour une approche pragmatique. « Le Mali est condamné à travailler et à chercher des solutions pour une coexistence pacifique avec tous nos voisins. Des premiers pas ont été posés pour le dégel de nos relations avec l’Algérie et reconstruire la confiance entre nos deux pays », a-t-il déclaré, posant toutefois des conditions claires à la poursuite de ce rapprochement : « Tout ce que le Mali souhaite, c’est que notre pays soit respecté, que sa souveraineté soit observée et qu’on ne s’ingère pas dans ses affaires intérieures. »
Un partenariat turc en pleine expansion
Au-delà de ces prises de position diplomatiques, cette deuxième édition de BAMEX illustre surtout la profondeur prise par le partenariat sécuritaire entre Bamako et Ankara ces dernières années. La présence de groupes turcs de premier plan comme Baykar, concepteur des drones Akıncı et Bayraktar largement utilisés par l’armée malienne, ou Aselsan et Roketsan, témoigne d’une diversification assumée des partenariats sécuritaires maliens, aux côtés des livraisons russes déjà bien documentées. La tenue de ce salon à Bamako, plutôt qu’une simple participation malienne à des foires organisées à l’étranger, marque une étape supplémentaire dans l’ambition du Mali de se positionner comme une plateforme régionale pour l’industrie de défense turque en Afrique de l’Ouest.
La rédaction
