Entre réclamations citoyennes et réalité du terrain, l’absence d’éclairage public sur l’un des axes les plus fréquentés de Bamako révèle une autre facette du problème : celle des équipements détruits presque aussitôt installés. Derrière la polémique, une question s’impose — à qui la faute, et surtout, à quoi bon investir sans changer les comportements ?
Sur la route de Kabala, la question de l’éclairage public revient comme un refrain. En avril encore, sur les ondes de l’émission « Allô Kledu » de la radio Kledu – ce micro ouvert où les auditeurs auscultent les maux du pays – plusieurs intervenants ont pointé l’absence de lampadaires solaires le long de cet axe stratégique menant à l’université. Le dernier en date, le 22 avril dernier, n’a fait que raviver une frustration devenue chronique.
Mais derrière la plainte, une réalité plus dérangeante : l’État n’est pas seul en cause. Car ces lampadaires, lorsqu’ils existent, ont une fâcheuse tendance à disparaître… sous les chocs répétés des véhicules. Conduite hasardeuse, excès de vitesse, manque de civisme : sur cette voie très fréquentée, les mâts solaires sont régulièrement renversés, parfois en quelques mois à peine.
Dès lors, une question s’impose : faut-il continuer à installer des équipements voués à être détruits ?
Le paradoxe est là. D’un côté, les autorités de la Transition ont fait de la sécurité et de l’éclairage public une priorité, multipliant les initiatives d’électrification solaire à Bamako, sur les grands axes, mais aussi dans les centres de santé et les hôpitaux. De l’autre, certaines zones comme Kabala semblent laissées dans une semi-obscurité, non par oubli, mais sûrement par pragmatisme.
Tension entre investissement public et responsabilité collective
Car investir dans des lampadaires sur cet axe, c’est prendre le risque de les voir disparaître à la vitesse d’une SOTRAMA mal maîtrisé ou d’un camion-benne lancé trop vite. Une politique publique confrontée, ici, à ses propres limites : comment équiper durablement un espace où les infrastructures ne sont pas respectées ?
Pour autant, Kabala ne peut être réduit à cette seule carence. Depuis 2021, le quartier a bénéficié de plusieurs réalisations dans le cadre des œuvres sociales du Président de la Transition, notamment en matière d’accès à l’eau potable. Le 10 avril 2026 encore, un forage – le 495e du programme – a été inauguré à Kabala-Est, au sein de l’église catholique. L’université elle-même a également été dotée de plusieurs infrastructures hydrauliques.
Difficile, dans ces conditions, de parler d’abandon. Mais l’épisode des lampadaires révèle autre chose : une tension entre investissement public et responsabilité collective.
À Kabala, la lumière ne manque peut-être pas de projets. Elle manque surtout de protection.
Oumarou Fomba
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