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« L’Afrique ne cherche pas une place plus importante, elle revendique celle qui lui revient » 

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À l’occasion de la Journée de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf appelle à renforcer l’unité du continent. Cinq jours plus tôt, l’ONU avait adopté la résolution « Correct the Map », portée par le Togo au nom du Groupe africain, relançant le débat sur la représentation cartographique de l’Afrique et sa juste place dans le monde.

Il y a des formules qui prennent, par la grâce du calendrier, une signification qu’elles n’auraient pas eue une semaine plus tôt. « L’Afrique ne cherche pas à occuper une place plus importante dans le monde ; elle revendique la place qui lui revient de droit », a déclaré mercredi 9 septembre le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, à l’occasion de la Journée de l’UA, qui commémore chaque année la Déclaration de Syrte de 1999, point de départ de la transformation de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en Union africaine, officiellement lancée en 2002 à Durban. 

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L’Afrique ne cherche pas à occuper une place plus importante dans le monde ; elle revendique la place qui lui revient de droit

La paix, l’intégration économique et le renforcement de la voix africaine

Appelant les États membres, les institutions régionales, le secteur privé et la société civile à consolider l’unité du continent et sa capacité d’influence, il a réaffirmé que l’Agenda 2063 restait « la feuille de route globale » pour une Afrique intégrée, prospère et pacifique, ses priorités portant sur la paix, l’intégration économique et le renforcement de la voix africaine à l’échelle mondiale.

Cette année, pourtant, l’appel à occuper « la place qui revient » à l’Afrique ne relève plus seulement de la métaphore diplomatique. Cinq jours plus tôt, vendredi 4 septembre, l’Assemblée générale des Nations unies adoptait, par 164 voix pour, une seule voix contre, celle des États-Unis, et six abstentions, la résolution A/80/L.104, baptisée « Correct the Map » (« Corrigez la carte »). Portée par le Togo au nom du Groupe africain et soutenue unanimement par l’Union africaine, elle invite les États, les établissements scolaires, les organisations internationales et les entreprises technologiques à délaisser, chaque fois que la comparaison des superficies importe, la traditionnelle projection de Mercator au profit de représentations cartographiques dites « équivalentes », qui respectent les proportions réelles des continents.

Une carte vieille de cinq siècles, un continent rapetissé

Conçue au XVIᵉ siècle par le cartographe flamand Gerardus Mercator pour faciliter la navigation maritime, la projection qui porte son nom déforme mécaniquement les surfaces à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur, gonflant visuellement les territoires proches des pôles au détriment des régions équatoriales. Résultat, devenu un cas d’école dénoncé depuis des décennies par les géographes. Sur une carte de Mercator, l’Afrique, pourtant quatorze fois plus vaste que le Groenland, y apparaît à peu près de la même taille que cette île arctique. La résolution onusienne, elle, met en avant la projection Equal Earth, créée en 2018 et récemment adoptée par l’Union africaine elle-même comme référence institutionnelle, pour donner à voir la vraie mesure du continent. Plus de 30 millions de kilomètres carrés, soit la superficie combinée des États-Unis, de la Chine, de l’Inde, du Japon et de la quasi-totalité de l’Europe.

« Ce débat n’est pas un débat politique, c’est un débat scientifique », a insisté le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, artisan de cette diplomatie cartographique portée depuis plus d’un an par les 55 États membres de l’Union africaine, mandatée en avril dernier pour porter le texte devant l’ONU. Il y voit une étape vers ce qu’il qualifie de « justice cognitive » : corriger une distorsion visuelle qui, reproduite depuis des générations dans les salles de classe, les manuels scolaires et les outils numériques du monde entier, a durablement façonné une perception minorée du poids géographique, démographique et, in fine, géopolitique du continent africain.

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Ce débat n’est pas un débat politique, c’est un débat scientifique

Une résolution non contraignante, mais déjà des premiers effets

Si la résolution ne s’impose à aucun État, elle a déjà produit un premier effet concret. La France a annoncé, par la voix de son ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, l’abandon de la projection de Mercator au profit de représentations cartographiques plus fidèles aux superficies réelles. 

Pour l’Union africaine, ce vote constitue avant tout la démonstration d’une capacité, rare sur la scène multilatérale, à faire porter d’une seule voix une initiative commune à l’ensemble du continent, précisément l’ambition que Mahmoud Ali Youssouf assignait, ce mercredi, à la Journée de l’UA. Entre une carte enfin redressée et un agenda continental à concrétiser, l’Afrique aura, cette semaine, gagné sur les deux tableaux : celui, symbolique, de sa représentation visuelle, et celui, bien plus exigeant, de son unité politique.

Foula D. Massé 

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