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Ecoles-privees-au-Mali
A la UneÉducation

Former des citoyens ou reproduire des sujets ? L’éducation civique au Mali, enjeu de souveraineté

by Chiencoro 13 mai 2026
written by Chiencoro 7 minutes read

Dans un pays traversé par des crises institutionnelles profondes et des ingérences extérieures répétées, la question de ce que l’on enseigne à l’école — et au nom de quoi — est devenue un acte politique majeur.

Il existe, dans chaque nation, un moment où l’école cesse d’être un simple outil d’alphabétisation pour devenir le lieu où se joue la définition même du peuple. Le Mali vit aujourd’hui l’un de ces moments. Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, depuis la rupture avec la France et le recentrage souverainiste du régime de transition, une question traverse les couloirs des ministères, les amphithéâtres universitaires et les classes de quartier : que doit-on enseigner aux Maliens pour qu’ils se pensent Maliens — et pas seulement des administrés ?

La question de l’éducation civique n’est jamais innocente. Partout dans le monde, les programmes scolaires sont des terrains de bataille idéologique. Mais au Mali, elle prend une résonance particulière, car elle croise plusieurs fractures simultanées : une crise de légitimité de l’État, une défiance profonde envers les institutions héritées de la colonisation, une jeunesse démographiquement écrasante et une pression des puissances étrangères — anciennes comme nouvelles — pour modeler à leur avantage la conscience politique malienne.

Statistique du taux d'alphabétisation au Mali.
Statistique du taux d’alphabétisation au Mali. ©Image générée par IA.

L’héritage colonial, une blessure encore ouverte dans les programmes

L’école malienne, dans sa structure profonde, reste largement un héritage de l’administration coloniale française. Les programmes, les manuels, les examens, la langue d’enseignement : tout ou presque a été pensé, à l’origine, pour former des auxiliaires de l’empire, pas des citoyens d’une République souveraine. Indépendance proclamée en 1960, cette architecture n’a été que partiellement réformée.

La langue française, imposée comme vecteur exclusif de l’instruction officielle, est symptomatique de cette persistance. Dans un pays où le bambara est parlé par plus de la moitié de la population, où le peul, le dogon, le soninké et le songhaï structurent des millions de vies, l’enseignement exclusivement en français constitue, pour beaucoup d’enfants ruraux, une première forme d’exclusion. On leur enseigne la citoyenneté dans une langue qui n’est pas celle de leur foyer, de leurs rêves, de leur rapport au monde.

Selon le Pédagogue éducateur et penseur suisse, pionnier de la pédagogie moderne, Johann Heinrich (Jean-Henri) Pestalozzi, « On aura beau faire des lois meilleures, dit-il, ce ne sera point assez ; l’avenir des nations est dans les écoles ; ce sont les écoles qu’il faut réformer. ». Cette phrase était inscrite au fronton de l’école « Jules Ferry » de Batna en Algérie.

Des expériences pédagogiques novatrices tentent de corriger cette trajectoire. Depuis les années 1990, des écoles dites « communautaires » ou « à curriculum convergent » intègrent les langues nationales dans les premières années d’apprentissage, avant d’introduire le français progressivement. Les résultats, documentés par plusieurs études, sont probants : meilleure compréhension, taux de déperdition scolaire réduit, sentiment d’appartenance renforcé. Mais ces programmes restent marginaux, insuffisamment financés, souvent dépendants de bailleurs étrangers.

« Un peuple qui perd sa langue devient colonisé par le ou les pays de la langue qu’il a adoptée », a déclaré Montesquieu, pour souligner la place centrale que joue la langue dans la décolonisation des esprits et dans la quête de la souveraineté.Conscientes de cet état de fait, les autorités maliennes de la transition ont accordé une place considérable aux langues nationales élevées au rang de langues officielles tandis que le français est relégué au rang de langue de travail. 

Que transmettre ? La bataille des valeurs nationales

Au-delà de la langue, c’est le contenu même de l’éducation civique qui est en débat. Quelles valeurs nationales enseigner ? Sur quelles références morales et historiques fonder le sentiment d’appartenance à la République du Mali ?

Pendant des décennies, les manuels scolaires maliens ont reproduit un récit national construit autour de quelques grandes figures — Soundiata Kéïta, fondateur de l’empire du Mali au XIIIe siècle ; Modibo Kéïta, premier président de la République — et d’un panthéon républicain importé de la tradition jacobine française : liberté, égalité, fraternité. Ces valeurs ne sont pas sans fondement dans l’histoire malienne, mais elles peinent à dialoguer avec les réalités vécues, notamment les solidarités communautaires, les hiérarchies sociales, les pratiques religieuses qui structurent profondément la vie quotidienne. 

La question se pose avec une acuité particulière dans le contexte sécuritaire actuel. Les groupes armés terroristes qui sévissent dans le nord et le centre du pays ont développé leur propre offre éducative — écoles coraniques radicalisées, endoctrinement des jeunes désœuvrés. Former à la citoyenneté est aussi, dans ce contexte, un acte de résistance contre la propagande des groupes extrémistes.

Dans les régions de Mopti, Ségou, Gao et Ménaka, des centaines d’écoles publiques ont été fermées ou abandonnées depuis 2012 sous la pression des groupes armés. UNICEF estimait en 2024 que plus de 1,2 million d’enfants maliens se trouvaient privés d’accès à l’éducation du fait des violences. Le vide ainsi créé est souvent comblé par des structures confessionnelles radicales qui offrent gîte, couvert et un récit identitaire aux jeunes les plus vulnérables.

Les autorités maliennes de la transition ont entamé une réforme profonde dans ce sens en interdisant en 2025 l’enseignement de la Révolution française de 1789 dans les écoles maliennes. Aussi faut-il rappeler que le but recherché derrière le Programme national d’éducation aux valeurs (PNEV) est précisément la revalorisation de l’éducation civique et morale dans les établissements scolaires.  

La refondation civique, projet politique ou programme scolaire ?

Le gouvernement de transition malien a affiché, depuis 2021, une ambition de « refondation » nationale. Cette rhétorique irrigue désormais les discours officiels sur l’éducation : il s’agit de former de nouveaux citoyens maliens, fiers de leur identité, débarrassés de la « mentalité coloniale », capables de bâtir un État fort. 

Le ton est donné à travers la décision du président de la transition, le général d’armée Assimi Goïta de faire de la période 2026-2027 « l’année de l’éducation et de la culture ». L’ambition des autorités maliennes est la formation d’« un citoyen nouveau, patriote, compétent et responsable, capable de porter le destin du Mali avec dignité et excellence ». Mais aussi il s’agit d’engager « un effort national déterminé pour refonder durablement notre école et investir dans le capital humain », pour une « prospérité partagée ».

Car la refondation civique par l’école suppose un consensus sur les valeurs que l’on souhaite transmettre. C’est toute la portée du Programme national d’éducation aux valeurs (PNEV). Qui prend en compte toute la diversité du pays, composé d’une mosaïque de communautés ethniques, religieuses et régionales dont les histoires, les mémoires et les aspirations divergent parfois radicalement. 

Vers une souveraineté éducative assumée

Ce que le Mali affronte, en définitive, n’est pas une question pédagogique mais une question philosophique et politique : de quoi est fait un peuple ? Sur quoi repose le lien national lorsque les frontières héritées de la colonisation ne correspondent à aucune réalité ethnique ou culturelle préexistante, lorsque les puissances extérieures continuent de disputer à la société malienne le droit de se définir elle-même ?

La réponse ne peut pas venir de l’extérieur — ni des anciens colonisateurs, ni des nouveaux partenaires qui proposent simplement de substituer une dépendance à une autre. Elle doit émerger d’un dialogue intérieur, difficile, entre toutes les composantes de la société malienne : les enseignants et les parents, les élus locaux et les chefs traditionnels, les théologiens et les philosophes laïques, les femmes et les jeunes qui portent l’essentiel du poids de la crise.

Former des citoyens, au Mali comme ailleurs, c’est parier sur l’avenir d’un peuple capable de se gouverner lui-même. C’est l’acte de souveraineté le plus profond qui soit — et sans doute le plus urgent. C’est le veste chantier ouvert par les autorités maliennes de la transition. 

Chiencoro Diarra 

13 mai 2026 0 comments
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François Burgat sur le suprémacisme blanc
A la UneOpinion

François Burgat : « Le cancer du monde aujourd’hui, c’est l’agonie du suprémacisme blanc »

by Sahel Tribune 13 mai 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Au Forum mondial de la décolonisation à Istanbul, le politologue François Burgat analyse les crises internationales à travers l’héritage colonial et dénonce « l’agonie du suprémacisme blanc ».

Invité du Forum mondial sur la décolonisation organisé à Istanbul les 11 et 12 mai, le politologue français François Burgat a livré une analyse globale des rapports de domination contemporains. Son intervention a relié la question palestinienne, les débats sur la décolonisation et les recompositions géopolitiques à l’œuvre dans l’ordre international.

La décolonisation comme grille de lecture du monde actuel

Pour le chercheur français, la décolonisation ne doit pas être réduite à la seule période historique des indépendances africaines ou à l’histoire coloniale classique. Selon lui, elle constitue aujourd’hui l’une des clés d’analyse des tensions internationales. « La décolonisation est l’un des concepts les plus centraux actuellement », a-t-il expliqué lors de son intervention.

Ainsi, il considère que de nombreuses crises contemporaines, notamment au Moyen-Orient, doivent être comprises à la lumière des héritages coloniaux et des rapports de domination persistants. « Le problème du monde aujourd’hui, le cancer du monde aujourd’hui, c’est l’agonie du suprémacisme blanc », a-t-il affirmé, estimant que cette dynamique se manifeste aussi bien dans la guerre à Gaza que dans certaines évolutions politiques occidentales.

Selon lui, ce suprémacisme, bien qu’affaibli, continue d’influencer les relations internationales et peut encore produire des effets déstabilisateurs.

De la domination coloniale à la domination impériale

Le politologue met surtout l’accent aussi sur la continuité entre colonisation et impérialisme. Pour lui, les indépendances nationales n’ont pas nécessairement mis fin aux rapports de domination. « À la domination coloniale a succédé la domination impériale », estime-t-il, évoquant notamment l’influence géopolitique américaine qui aurait remplacé certaines structures héritées des empires européens.

Dans cette analyse, les effets culturels et idéologiques de la colonisation continuent de structurer les imaginaires politiques, même après la fin des occupations militaires ou administratives.

Entre rejet du colonial et dynamiques internes

François Burgat met toutefois en garde contre une lecture strictement binaire de l’héritage colonial. Selon lui, les sociétés anciennement colonisées doivent distinguer les éléments imposés par la domination occidentale de ceux qui auraient pu émerger de manière autonome.

Il cite notamment l’exemple de l’Afghanistan, où les talibans rejettent l’éducation des femmes en la considérant comme une importation occidentale.

Pour le chercheur, ce type de position traduit parfois une réaction « instinctive » face à l’hégémonie culturelle occidentale, qui peut freiner des transformations sociales susceptibles d’émerger de manière endogène.

Dans sa réflexion, il se réfère également au penseur égyptien Tarek el-Bichri. Celui-ci estimait que certaines sociétés ont cessé de « s’auto-réformer » lorsque leur système symbolique a été perçu comme menacé par la domination occidentale.

Une expérience personnelle forgée dans le Sud

François Burgat a également évoqué son propre parcours intellectuel, marqué par de longues années passées dans plusieurs pays du Sud. Ces expériences auraient contribué à transformer sa perception des relations internationales. Il raconte notamment un voyage en Palestine à l’âge de 16 ans. Un jeune Palestinien lui aurait alors déclaré : « Les Juifs m’ont pris ma maison. »

Cette phrase, explique-t-il, lui aurait révélé l’absence d’une information équilibrée dans les récits auxquels il avait été exposé jusque-là. « Jamais, à l’âge de 16 ans, je n’avais eu une information équilibrée », affirme-t-il.

Selon lui, les études décoloniales cherchent précisément à corriger ce qu’il décrit comme un déséquilibre dans la production et la circulation du savoir, marqué par des « doubles standards » dans certaines analyses occidentales des relations internationales.

Un forum international sur les héritages coloniaux

L’intervention de Burgat s’inscrivait dans le cadre du World Decolonisation Forum, organisé à Istanbul. Cet événement a réuni chercheurs, intellectuels et représentants de la société civile autour des enjeux liés à l’héritage colonial, aux relations Nord-Sud et aux transformations de l’ordre géopolitique mondial.

Dans un contexte marqué par la multiplication des conflits et la remise en cause de certaines hiérarchies internationales, les débats ont mis en lumière l’importance croissante des approches décoloniales dans l’analyse du monde contemporain.

Oumarou Fomba 

13 mai 2026 0 comments
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Emmanuel Macron lors de la conference de presse du mardi 16 fevrier 2021
A la UnePolitique

Afrique : neuf ans après Ouagadougou, le bilan contesté d’Emmanuel Macron

by Sahel Tribune 12 mai 2026
written by Sahel Tribune 5 minutes read

Neuf ans après Ouagadougou, le président français célèbre son bilan africain avec une fierté qui laisse les principaux intéressés perplexes.

« Je suis hyper fier de ce bilan. » Cette formule, lâchée avec la désinvolture caractéristique d’un homme qui n’a pas à rendre compte aux peuples africains, résume à elle seule les sept ans d’une politique africaine française placée sous le signe de la rhétorique transformatrice et du statu quo pratique.

À Nairobi, en marge d’un sommet dont le nom — Africa Forward — semble davantage conçu pour les communiqués de presse que pour répondre aux crises sahéliennes, Emmanuel Macron a accordé quarante minutes d’entretien aux médias audiovisuels français dédiés à l’international. Quarante minutes pour célébrer une relation réinventée, un partenariat d’égal à égal, une jeunesse française destinée à l’Afrique. Quarante minutes, et aucune autocritique.

« Un partenariat d’égal à égal » — mais lequel des deux partenaires fixe unilatéralement les termes de la relation depuis Paris ?

Le discours de Ouagadougou, en novembre 2017, avait suscité des espoirs réels. Macron y promettait la fin de la Françafrique, un rapport de génération à génération, une rupture avec les vieilles habitudes néocoloniales. Neuf ans plus tard, le président parle toujours de « réinventer » — le verbe est resté, les structures de domination économique, elles, ont tenu bon.

Depuis 2017, la France a précipité, de façon unilatérale, son départ du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Tchad, et fermer sa base de Dakar. Ces départs ne sont pas le fruit d’une recomposition choisie : ils sont, dans la quasi-totalité des cas, la conséquence de l’échec des décennies de présence militaire française sur le sol africain.

Sur le retrait militaire, Macron adopte une posture révélatrice : ce qui était subi devient narré comme une vision. Les départs successifs de forces françaises du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Tchad et du Sénégal sont présentés comme un « partenariat de sécurité beaucoup plus sain et équitable ». L’histoire recomposée est commode : elle permet de transformer les défaites diplomatiques en choix stratégiques.

Plus troublant encore est le recours à la figure du bouc émissaire russe. Interrogé sur le rejet croissant de la France en Afrique, le président balaie d’un revers de main : ce serait l’œuvre d’« activistes » et de « récits fabriqués par d’autres puissances, les vrais colonisateurs du XXIe siècle ». La rhétorique est habile, mais elle est profondément malhonnête. Réduire l’antifrançalisme africain à une manipulation extérieure, c’est refuser d’entendre ce que des décennies de politique française ont engendré : méfiance, ressentiment, sentiment d’instrumentalisation. Le groupe Africa Corps au Mali appuie l’armée malienne dans sa lutte implacable contre les groupes armés terroristes soutenus par la France et ses alliés. Grâce au partenariat gagnant-gagnant, fiable et sincère avec Russie, l’armée malienne a changé de visage en quelques années. 

La souveraineté africaine dérange quand elle s’exprime sans avoir demandé l’autorisation de l’Élysée.

Sur le Mali précisément, Macron « pense au peuple malien » tout en rejetant la responsabilité de la situation sur les autorités de transition. Cette mécanique est révélatrice d’un angle mort persistant : la France a soutenu des régimes militaires sahéliens bien avant les coups d’État actuels, a maintenu des présences militaires qui ont alimenté les griefs populaires, et n’a pas su, malgré l’opération Barkhane, enrayer la progression terroriste. Ces faits ne disparaissent pas parce qu’on pointe désormais les généraux de Bamako.

Quant à l’enthousiasme sur « le continent le plus jeune, le plus dynamique au monde » — formule récurrente dans les discours européens sur l’Afrique — il sonne creux face à l’absence de toute mesure concrète sur la dette, les financements climatiques promis et non versés, ou la réforme de l’architecture financière internationale que réclamait, notamment, le sommet de Paris de 2023. L’Afrique est un « trésor pour le monde » : mais qui profite de ce trésor, et selon quelles règles d’échange ?

Lors du sommet de Paris en 2023, des engagements financiers significatifs avaient été annoncés pour le continent africain. Trois ans plus tard, les organisations de la société civile africaine rappellent régulièrement l’écart entre les montants annoncés et les décaissements effectifs. Le « partenariat d’égal à égal » reste à consolider dans les faits budgétaires.

Il n’est pas question ici de nier les ajustements réels opérés sous les deux mandats de Macron, ni la sincérité personnelle d’un président qui dit « aimer » l’Afrique. La question n’est pas celle de l’amour, mais celle du pouvoir : qui décide, qui profite, qui paye les coûts des choix stratégiques ? Un partenariat d’égal à égal n’est pas une formule de discours — c’est une architecture institutionnelle, économique et militaire qui reste, pour l’essentiel, à construire.

« L’Afrique va réussir et on réussira avec. » Peut-être. Mais le succès de l’Afrique se fera avec ou sans Paris — et c’est précisément ce que les expulsions diplomatiques des dernières années signifient. La vraie question pour la France, à un an de la fin du deuxième mandat de Macron, n’est pas de savoir si elle est « hyper fière » de son bilan. C’est de comprendre pourquoi une part croissante du continent africain ne partage pas cette fierté.

Oumarou Fomba 

12 mai 2026 0 comments
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Rencontre du ministre de la communication avec la presse
A la UneLes démystificateurs du Sahel

Mali : gouvernement et médias mobilisés contre la désinformation après les attaques du 25 avril

by Ibrahim Kalifa Djitteye 12 mai 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 5 minutes read

Le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, Alhamdou Ag Ilyene, a animé le lundi 11 mai 2026 un point de presse à la Maison de la Presse de Bamako. À ses côtés se trouvaient le président de la Haute Autorité de la Communication, Gaoussou Coulibaly, le président de la Maison de la Presse, Bandiougou Danté, ainsi que plusieurs responsables des faîtières et des organisations professionnelles. L’objectif était de sensibiliser les acteurs des médias sur la situation nationale.  

Cette rencontre s’est déroulée après les attaques du 25 avril et face à une recrudescence des campagnes de désinformation. La presse malienne, dans toutes ses composantes, était représentée : médias publics, privés, audiovisuels, écrits et en ligne. Cette mobilisation démontre la volonté des journalistes de participer activement à la défense des intérêts supérieurs du pays et au renforcement de la cohésion nationale.  

Dans son intervention, le ministre Alhamdou Ag Ilyene a rappelé la mission essentielle de la presse. Selon lui, « informer avec responsabilité, relayer avec professionnalisme et contribuer à la stabilité nationale » sont des devoirs incontournables. Il a ajouté que les médias doivent rester vigilants face aux campagnes de désinformation et jouer un rôle central dans la consolidation de la souveraineté nationale. Ses propos ont placé la presse au cœur de la riposte contre les manipulations hostiles.  

Unité et solidarité des journalistes maliens

Le président de la Maison de la Presse, Bandiougou Danté, a salué l’initiative du ministère et insisté sur l’unité des journalistes face aux défis actuels. Il a déclaré que « la diversité des médias est une richesse, mais elle doit être encadrée par des principes de responsabilité et de professionnalisme ». Il a également mis l’accent sur la solidarité entre les journalistes et la nécessité de préserver la liberté d’informer dans le respect des lois et des valeurs nationales.  

Bassaro Haïdara, représentant du syndicat, a dénoncé le déficit d’information auquel la presse malienne est confrontée. Selon lui, il est inconcevable que la population soit informée par des sources extérieures faute de données locales fiables. Il a rappelé que dans d’autres pays, les agences de presse jouent un rôle central. Au Mali, l’absence d’un tel dispositif fragilise la crédibilité et expose les journalistes à des risques dans l’exercice de leur métier.  

Responsabilité accrue dans la guerre médiatique

Le président de l’URTEL, Mahamoudou Bocoum, est surtout revenu sur la responsabilité de la presse dans la guerre médiatique actuelle. Il a affirmé que « les journalistes doivent déconstruire les narratifs hostiles au pays en produisant une information crédible et critique ». Selon lui, la presse reste le dernier rempart de la population, notamment dans les zones reculées. Il a plaidé pour un accompagnement de l’État afin de renforcer les capacités des médias et leur permettre de jouer pleinement leur rôle. 

Le directeur de l’AMAP, Alassane Souleymane, a rappelé le rôle central de son institution comme agence nationale d’information. Il a accentué son intervention sur la nécessité de consolider l’AMAP afin qu’elle puisse jouer pleinement sa mission dans la riposte médiatique. Selon lui, « l’agence doit être renforcée pour garantir une information crédible et coordonnée face aux campagnes hostiles ». Il a appelé à une meilleure organisation des médias publics pour soutenir la cohésion nationale.  

Importance des médias sociaux et jeunesse

Le président de l’APPEL Mali, Modibo Fofana, a centré son intervention sur les médias sociaux, qu’il considère comme le prolongement de l’armée dans la guerre médiatique. Il a dénoncé le matraquage subi depuis le 25 avril, marqué par la désinformation et l’usage de l’intelligence artificielle. Il a ajouté que « la tranche d’âge de 24 à 40 ans est la plus active sur internet et la plus exposée aux narratifs hostiles ».  

Le président de l’ASSEP, Boubacar Yalkoué, a rappelé, quant à lui, que les événements du 25 avril doivent renforcer la cohésion et l’unité entre les Maliens. Il a particulièrement mis l’accent sur la responsabilité collective des journalistes et des citoyens dans la défense des intérêts supérieurs du pays. Selon lui, « la presse doit rester vigilante face aux manipulations et contribuer à la stabilité nationale ». Il a appelé à la solidarité et à l’engagement patriotique pour surmonter les défis actuels.  

Synergie des médias maliens et AES

Salif Sanogo, représentant la télévision Tafouk (la chaîne de l’AES), a mis en avant les difficultés rencontrées par les télévisions locales face à la puissance des médias internationaux. Il a également insisté sur « la nécessité d’une synergie entre les médias maliens et ceux de l’Alliance des États du Sahel afin de renforcer la souveraineté médiatique et construire un narratif commun ». Cette coopération est jugée indispensable pour donner plus de force et de crédibilité à l’information nationale.  

Le président de la Haute Autorité de la Communication, Gaoussou Coulibaly, a insisté sur « la responsabilité et le professionnalisme des journalistes face aux campagnes de désinformation ». Il a rappelé que la HAC doit protéger les acteurs des médias et garantir un cadre équilibré. Selon lui, la presse doit contribuer efficacement à la cohésion nationale et à la stabilité du pays, en restant fidèle à ses principes déontologiques.  

Le ministre Alhamdou Ag Ilyene a conclu la rencontre en réaffirmant la disponibilité du gouvernement à travailler avec l’ensemble des acteurs du secteur. Il a appelé à « la vigilance, la responsabilité et l’engagement patriotique de tous les journalistes ». Selon lui, « la presse doit rester un pilier de la cohésion nationale et un outil de défense des intérêts supérieurs du pays ». La rencontre s’est achevée sur un appel à la solidarité et à la mobilisation collective.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

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Monument à Bandiagara
ActuSécurité

Centre du Mali : nouvelles attaques dans la région de Bandiagara

by Mikailou Cissé 12 mai 2026
written by Mikailou Cissé 5 minutes read

Plusieurs attaques ont frappé la région de Bandiagara, au centre du Mali. Entre insécurité persistante, fragilité sociale et défis sécuritaires, les villages du pays dogon restent exposés aux violences des groupes armés.

La région de Bandiagara, au centre du Mali, a été frappée par une nouvelle série d’attaques meurtrières en mai 2026. À Gomossogou et Kori-Kori, plusieurs habitants ont été tués lors d’assauts attribués à des groupes armés. Ces violences rappellent la fragilité persistante de la sécurité dans le pays dogon, malgré les opérations militaires et les tentatives de retour à la normale dans plusieurs localités.

Des attaques meurtrières dans plusieurs villages

La région de Bandiagara, au centre du Mali, a de nouveau été secouée par une série d’attaques meurtrières en mai 2026. À Gomossogou, dans le cercle de Diallassagou, ainsi qu’à Kori-Kori, dans la commune rurale de Doucombo, plusieurs personnes ont été tuées lors d’assauts attribués à des groupes armés, selon des sources locales et administratives relayées par la presse.

Le gouverneur de la région a confirmé des pertes humaines, sans avancer de bilan définitif. Ces attaques rappellent la persistance de la conflictualité dans le centre du Mali. Dans plusieurs zones rurales, les groupes armés continuent d’exploiter l’isolement des villages, la faiblesse des dispositifs de protection et les difficultés de communication pour maintenir un climat de peur et imposer leur domination.

Une accalmie fragile brutalement remise en cause

Ces violences surviennent alors que certaines localités du centre malien avaient connu ces derniers mois une relative accalmie. Le retour progressif des forces de sécurité, la reprise des activités agricoles et le retour de certains déplacés dans le cercle de Bankass avaient nourri l’espoir d’une stabilisation progressive.

Mais cette résurgence des attaques fragilise ces efforts et ravive les inquiétudes dans une région marquée par des cycles récurrents de violences.

Au-delà du bilan humain, ces attaques réactivent une mémoire traumatique profondément ancrée dans les communautés. Les drames de Koulogon Peulh, Ogossagou et Sobane Da continuent en effet de hanter les mémoires collectives dans le centre du Mali.

Un équilibre social longtemps préservé dans le pays dogon

Longtemps, le pays dogon a pourtant représenté un espace de stabilité relative. La société locale reposait sur des mécanismes traditionnels de régulation sociale, des autorités coutumières reconnues et des traditions de coexistence entre communautés.

Jusqu’aux années 2000, l’autorité morale des Ogon, figures centrales de l’organisation sociale dogon, contribuait à maintenir un certain équilibre. L’influence des lignées religieuses héritières des grands foyers islamiques liés à El Hadj Oumar Tall participait également à cette régulation.

La localité de Degembéré demeurait notamment un important lieu de pèlerinage et de médiation religieuse dans la région.

Une population rurale confrontée à la peur

À Gomossogou, Moussa, un commerçant revenu de Côte d’Ivoire après les violences de Diallassagou, décrit une profonde désillusion. « On avait commencé à défricher les espaces abandonnés pour préparer les cultures de mil et de sorgho. Les champs étaient presque prêts pour l’hivernage. Mais les tirs ont repris là où personne ne s’y attendait. », explique-t-il. 

Selon lui, la présence de forces de sécurité à quelques kilomètres avait permis aux habitants d’adopter certaines mesures de survie. « On s’est cachés dans les maisons et dans la brousse, comme en 2022. Aujourd’hui, peut-on encore espérer cultiver ? », s’interroge-t-il. 

Ce témoignage illustre l’impact psychologique des attaques répétées sur les populations rurales.

Des dispositifs d’autodéfense aux moyens limités

Face à l’insécurité persistante, certains villages ont mis en place des dispositifs d’autodéfense communautaire pour pallier l’absence d’une présence militaire permanente.

Mais ces structures restent fragiles et disposent de moyens très limités. À Kori-Kori, Aïssata, veuve de 45 ans, raconte : « Mon mari participait à la protection du village avec les chasseurs des localités voisines. Les terroristes l’ont tué en décembre alors qu’il revenait de Bandiagara. Aujourd’hui, ils exécutent leurs menaces avec cette nouvelle attaque. »

Selon elle, les assaillants circulent à moto et disposent d’armes automatiques : « Les soldats passent parfois en convoi. Mais dès leur départ, les motos reviennent la nuit, phares éteints. », précise-t-elle. 

Une stratégie d’insécurité dans les zones rurales

Ces violences surviennent pourtant dans un contexte marqué par des opérations militaires coordonnées menées fin avril et par des annonces officielles de réorganisation sécuritaire.

Malgré cette pression, les groupes armés conservent une capacité de nuisance importante dans les espaces ruraux. Tandis que l’armée concentre ses opérations autour des centres urbains et des axes stratégiques, les assaillants ciblent les villages périphériques.

Cette stratégie vise à fragiliser le tissu social, perturber les activités agricoles et maintenir un climat d’insécurité durable.

Restaurer la paix au-delà de la réponse militaire

Dans la région de Bandiagara, la restauration durable de la paix ne peut se limiter à une logique strictement militaire ou humanitaire.

Elle suppose également une reconstruction sociale et politique fondée sur la confiance, la légitimité des acteurs locaux et le rétablissement progressif de l’autorité publique.

Cela implique notamment la réactivation des mécanismes locaux de médiation associant chefs coutumiers, autorités religieuses, chefs de terre et structures traditionnelles encore influentes dans les communautés rurales.

Une présence étatique crédible dans les villages, sur les pistes rurales et dans les zones agricoles apparaît aujourd’hui essentielle pour restaurer durablement la stabilité dans le centre du Mali.

Mikaïlou Cissé

12 mai 2026 0 comments
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Kouroufouga
A la UneÉducation

La Charte de Kurukanfuka, 800 ans plus tard : les valeurs maliennes ont-elles une mémoire ?

by Chiencoro 12 mai 2026
written by Chiencoro 9 minutes read

Lancé en 2024 à l’initiative du Président de la Transition, le général Assimi Goïta, le Programme National d’Éducation aux Valeurs (PNEV) est le fruit d’une vaste consultation nationale impliquant experts, société civile, autorités religieuses et traditionnelles. Son objectif est de reconstruire le lien entre le citoyen malien et les valeurs fondatrices de sa nation, pour faire de la refondation de l’État non seulement un chantier institutionnel, mais d’abord un chantier humain. Comment donc le PNEV puise dans les sources historiques endogènes — la Charte de Kurukanfuka (1236), les lois de la Diina, les manuscrits de Tombouctou — pour bâtir un référentiel moral et civique à l’heure de la refondation. Analyse. 

Il y a près de huit siècles, au lendemain de la bataille de Kirina (1235) qui consacra la victoire de Soundiata Keïta sur Soumaoro Kanté, les représentants des peuples coalisés de l’Ouest africain se réunirent dans la plaine de Kurukanfuka, dans le mandé. De cette grande assemblée naquit une charte — la Charte impériale de Kurukanfuka —, véritable pacte fondateur posant les bases de la vie en commun : les droits, les devoirs, l’organisation sociale, les règles de la paix civile. Certains historiens n’hésitent pas à la qualifier de première « constitution » de l’Afrique subsaharienne voire de première charte des droits de l’homme dans le monde.

Aujourd’hui, en 2025, cette charte millénaire est convoquée au cœur d’un chantier gouvernemental d’une portée inédite : le Programme National d’Éducation aux Valeurs (PNEV), initié par les autorités de la Transition sous l’égide du Ministère de la Refondation de l’État. Son ambition : forger « un Malien de type nouveau », en puisant non dans les modèles importés, mais dans le socle endogène de la civilisation malienne. Le pari est aussi culturel que politique. Et il soulève une question fondamentale : les valeurs ont-elles une mémoire ? Et si oui, peut-on la réactiver ?

De Kirina à Bamako : une transmission fracturée

La Charte de Kurukanfuka n’est pas seulement un document historique. Pour les rédacteurs du PNEV, elle représente la preuve que les sociétés maliennes ont, de tout temps, su formaliser leurs principes de gouvernance et de vie collective. La charte, résumée en 134 articles et exhumée grâce aux travaux du savant guinéen Souleymane Kanté — inventeur de l’écriture N’ko — y est décrite comme déterminant « les principes de vie, le droit, l’organisation sociale, les règles applicables, les valeurs essentielles, les nécessités du pouvoir et les conditions de la paix civile ».

Mais entre la plaine de Kurukanfuka et les quartiers populaires de Bamako, il y a eu des siècles de bouleversements, de colonisation, de mimétisme et de ruptures. La transmission s’est fracturée. C’est précisément cette fracture que le PNEV entend réparer.

Le document fondateur du programme est sans ambages dans son diagnostic : « Les savoirs endogènes s’engloutissent dans les ténèbres des maîtres, qui disparaissent avec leurs sciences sans transmettre et sans laisser de trace. » Une hémorragie silencieuse, aggravée par « le mépris des valeurs endogènes et de leurs gardiens », que des décennies de gouvernance défaillante ont laissé prospérer.

Trois piliers historiques pour un seul référentiel

Le PNEV ne s’appuie pas sur un seul texte fondateur, mais sur une constellation de sources historiques, formant ensemble un référentiel cohérent. Trois d’entre elles méritent une attention particulière.

La Charte de Kurukanfuka (1236)

Premier pilier, et de loin le plus symbolique. La charte est souvent présentée comme une déclaration de droits avant la lettre. Elle proclamait l’inviolabilité de la vie humaine, interdisait la mutilation des individus en temps de paix, accordait aux femmes un statut de protection, régulait les rapports entre castes et corporations. Bref, elle organisait une forme de «contrat social » dans un empire multilingue et multiethnique.

Pour le PNEV, ce texte n’est pas qu’un objet de musée. Il est le socle sur lequel doivent se greffer les réformes actuelles. Le programme note d’ailleurs que « la grande bataille de Kirina de 1235 représentait une étape décisive dans l’affirmation d’une conscience nationale partagée » — et que la charte qui en est issue entendait précisément « annoncer la mise en place d’alliances sacralisées entre les diverses composantes des forces coalisées ». Un modèle de réconciliation et de pacte entre communautés qui résonne singulièrement dans le Mali d’aujourd’hui.

Les lois de la Diina (1818–1844)

Deuxième pilier : les lois instituées par Sékou Amadou, fondateur de l’empire théocratique du Macina. Ces dispositions organisaient la gestion de l’espace pastoral du Delta intérieur du Niger, instituant notamment les Jowros — gardiens traditionnels des pâturages —, réglementant les passages des troupeaux et la traversée du fleuve vers le bourgou. En clair, un droit coutumier de l’eau et de la terre qui a régi les relations entre nomades et sédentaires pendant plus d’un siècle.

Longtemps ignorées ou reléguées au rang de curiosité anthropologique, ces lois témoignent d’une capacité remarquable des sociétés maliennes à produire des règles de droit adaptées à leur environnement, bien avant toute influence juridique occidentale. Le PNEV y voit une illustration de ce que le programme appelle les « instruments endogènes de régulation étatique et sociale ».

Les manuscrits de Tombouctou

Troisième pilier : les cahiers jurisprudentiels de Tombouctou. La cité des 333 saints a longtemps été la capitale intellectuelle de l’Afrique subsaharienne. Ses bibliothèques abritent des dizaines de milliers de manuscrits en arabe et en ajami, dont une partie importante est consacrée au droit islamique tel qu’il était pratiqué et interprété par les cadis, imams et jurisconsultes maliens — avant et après le célèbre exil forcé d’Ahmed Baba à Marrakech au XVIIe siècle.

Pour le PNEV, ces archives de jurisprudence ne sont pas de simples reliques. Elles constituent, selon le texte, « une source de droit » vivante, preuve que Tombouctou fut un foyer de production intellectuelle autonome, capable d’adapter les principes religieux universels aux réalités locales. Les récupérer, les valoriser, les enseigner : voilà ce que réclame le programme.

Le Do Kayidara : la mémoire vivante

Mais la source la plus originale du PNEV est peut-être celle que le grand public connaît le moins : le Do Kayidara, un système d’enseignement initiatique traditionnel que le programme qualifie de « patrimoine immatériel » d’une portée transversale exceptionnelle.

Du Sénoufo au Tamasheq, du Peul au Songhaï, en passant par le Soninké, le Dogon ou le Maure, chaque communauté du territoire malien décline le Do Kayidara dans sa propre langue. C’est, selon le PNEV, « le fondement du vivre ensemble » de ces communautés, « un lien social puissant » irrigué de valeurs communes malgré la diversité des expressions culturelles.

Concrètement, le Do Kayidara structure l’éducation de l’enfant autour de cinq valeurs cardinales — l’humanité (mogoya), la sociabilité (mogosèbèya), la filiation sociable, l’honorabilité (horonya) et la parenté élargie (sinankunya) — auxquelles s’articulent des principes d’organisation politique et une philosophie de la connaissance de soi (Yèrèdon). Ce dernier concept — se connaître soi-même avant de prétendre gouverner ou juger — est présenté comme la valeur première du Malien, celle qui conditionne toutes les autres.

Le voyageur arabe Ibn Battuta, qui avait séjourné dans l’Empire du Mali en 1352, avait déjà été frappé par ce qui lui semblait relever d’une extraordinaire discipline morale collective. Il notait dans ses chroniques « le petit nombre d’actes d’injustice » et « la sureté complète et générale dont on jouit dans tout le pays ». Pour les rédacteurs du PNEV, ce témoignage est une preuve que ce système de valeurs a jadis fonctionné — et qu’il peut fonctionner à nouveau.

Le risque du patrimoine instrumentalisé

Toute cette démarche ne va pas sans poser des questions légitimes. La convocation des sources historiques au service d’un projet politique est un exercice délicat : entre la réhabilitation sincère d’un patrimoine et l’instrumentalisation d’un passé mythifié, la frontière est parfois ténue.

Le PNEV lui-même signale quelques zones de vigilance. Autour de la Charte de Kurukanfuka, par exemple, le texte rappelle que les débats entre chercheurs sont vifs : certains contestent l’authenticité ou la datation de certaines versions de la charte, d’autres tentent de créer « la confusion entre la Charte de Kurukanfuka et la Charte du Mandé du Professeur Youssouf Tata Cissé ». Le programme note ces controverses avec une relative honnêteté, même s’il ne les tranche pas.

Par ailleurs, réactiver des valeurs traditionnelles dans un contexte contemporain implique de faire des choix. Toutes les pratiques ancestrales ne méritent pas d’être perpétuées. Le PNEV lui-même le reconnaît, évoquant des rites tels que l’excision, « de plus en plus abandonnés sous la poussée féministe et d’organisations de cette obédience ». La mémoire des valeurs implique donc aussi un travail critique de tri — ce que le document effleure sans toujours l’approfondir.

Une mémoire à reconstruire, non à restaurer

Ce qui distingue le PNEV d’une simple nostalgie du passé, c’est sa conscience que la transmission des valeurs n’est pas automatique. Elle se produit à travers des vecteurs — la famille, l’école, les médias, les lieux de culte, les griots, les classes d’âge — et ces vecteurs sont aujourd’hui profondément affectés, voire en crise.

L’une des personnalités consultées lors du processus d’élaboration du programme l’avait dit sans détour : « Cette nouvelle aventure de la réappropriation de notre culture passe par le redressement moral, intellectuel et spirituel des talibés de l’Occident. Ce sont eux — parents, gestionnaires des services de l’État ou des services privés — qui constituent un contre-modèle évident. Si nous sommes capables d’amélioration, de ressaisie, l’entreprise va marcher. Dans le cas contraire, le bavardage ne saurait suffire. »

C’est peut-être là que réside l’enjeu véritable de toute cette démarche mémorielle. La Charte de Kurukanfuka, les lois de la Diina, les manuscrits de Tombouctou et le Do Kayidara ne sauront reprendre vie dans les comportements quotidiens des Maliens que si ceux qui sont censés les incarner — les responsables politiques, les enseignants, les religieux, les chefs de famille — commencent eux-mêmes à en vivre les exigences.

La mémoire des valeurs est là. Ce qui reste à construire, c’est la volonté de s’en souvenir.

Chiencoro Diarra 

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cérémonie de mariage au Mali
ActuÉchos d'amour

Dot et cérémonies : pourquoi le mariage coûte de plus en plus cher au Mali

by Fousseni TOGOLA 12 mai 2026
written by Fousseni TOGOLA 4 minutes read

Se marier au Mali n’est plus une simple union entre deux personnes — c’est une opération financière qui peut engloutir des années d’économies. Entre la dot, les cadeaux rituels, les tenues, les repas et les festivités qui s’étalent parfois sur plusieurs jours, le coût du mariage pèse de plus en plus lourd sur les familles. Une réalité qui pousse certains jeunes à repousser l’échéance, à s’endetter, ou tout simplement à renoncer.

Dans la culture malienne, le mariage est bien plus qu’un acte civil ou religieux. C’est un événement social majeur, un moment de représentation familiale, un marqueur de statut. Et comme tout marqueur de statut, il a un coût — un coût qui, selon de nombreux observateurs, n’a cessé d’augmenter ces dernières décennies.

La dot, appelée furu nafolo selon les communautés, constitue le premier poste de dépense. Versée par la famille du marié à celle de la mariée, elle peut varier considérablement selon les ethnies, les régions et les milieux sociaux. Chez certaines familles de Bamako, elle dépasse désormais plusieurs centaines de milliers de francs CFA, auxquels s’ajoutent des cadeaux en nature : tissus, bijoux, parfums, chaussures, électroménager. Une liste qui s’est considérablement allongée avec le temps.

La surenchère des cérémonies

Au-delà de la dot, c’est l’ensemble du dispositif cérémoniel qui grève les budgets. Un mariage malien traditionnel se déroule rarement en une seule journée. Il s’articule autour de plusieurs étapes — la demande officielle, la remise de la dot, la cérémonie religieuse, la fête — chacune nécessitant sa propre logistique : location de salle ou aménagement de la cour, sono, traiteur, photographe, vidéaste, tenues spécifiques pour chaque moment.

À Bamako, le coût total d’un mariage dit « correct » — c’est-à-dire conforme aux attentes sociales minimales du milieu — est estimé entre 1,5 et 5 millions de francs CFA, soit entre 2 300 et 7 600 euros. Pour un pays où le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) tourne autour de 40 000 francs CFA par mois, ce chiffre représente plusieurs années de revenus pour un ménage modeste.

L’endettement comme norme

Face à ces exigences, beaucoup de familles s’endettent. Tontines mobilisées, prêts contractés auprès de proches, crédits informels : les stratégies pour financer un mariage sont nombreuses, mais toutes ont un coût différé. Il n’est pas rare qu’un couple entame sa vie conjugale avec une dette significative, parfois remboursée sur plusieurs années.

Ce phénomène est bien documenté dans les études sur les pratiques matrimoniales en Afrique de l’Ouest. Des économistes et des sociologues tirent régulièrement la sonnette d’alarme sur les effets pervers de cette inflation cérémonielle : appauvrissement des ménages, report du mariage chez les jeunes hommes qui ne peuvent réunir les fonds nécessaires, et dans certains cas, pression accrue sur les femmes pour accepter des unions avec des hommes plus âgés et plus aisés.

Les jeunes hommes, grands perdants

C’est peut-être sur les jeunes hommes que la pression financière du mariage pèse le plus lourdement. Dans la tradition malienne, la charge des dépenses matrimoniales incombe quasi exclusivement à la famille du marié. Or, dans un contexte de chômage élevé et de précarité économique, réunir les fonds nécessaires relève souvent du parcours du combattant.

Nombreux sont ceux qui repoussent leur mariage jusqu’à la trentaine, voire au-delà, non par choix mais par nécessité. D’autres partent tenter leur chance en migration — vers les pays du Golfe, vers l’Europe — avec l’espoir de revenir avec suffisamment d’argent pour « se payer » un mariage. Le mariage devient ainsi un horizon économique autant qu’un projet de vie.

Des voix pour réformer

Face à cette dérive, des voix s’élèvent au sein même de la société malienne pour appeler à plus de sobriété. Des imams, des leaders communautaires, des associations de jeunes plaident pour un retour à des mariages plus simples, conformes à l’esprit islamique qui recommande la facilitation de l’union et non sa complication. Des campagnes de sensibilisation ont été menées dans plusieurs grandes villes, avec un succès encore limité mais réel.

Quelques familles font le choix assumé de la simplicité : une cérémonie à la mosquée, un repas en famille, sans faste ni surenchère. Ces mariages « discrets » restent minoritaires et sont parfois mal perçus dans l’entourage — synonymes, aux yeux de certains, d’un manque de considération pour la mariée ou d’une famille peu généreuse.

Un miroir des inégalités

Le coût du mariage au Mali fonctionne comme un révélateur des inégalités sociales. Pour les familles aisées, il est une vitrine du statut et de la réussite. Pour les classes moyennes, il est un effort collectif et consenti, parfois douloureux. Pour les plus pauvres, il est un obstacle qui peut conditionner toute une trajectoire de vie — repoussant l’accès à la stabilité conjugale, creusant les dettes, et parfois, poussant les filles vers des unions précoces avec des hommes capables de payer.

Se marier au Mali, c’est naviguer entre tradition et survie économique. Et tant que le prix de l’amour restera aussi élevé, ce seront toujours les plus vulnérables qui en paieront le vrai coût.

F. Togola 

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