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Bénin-Burkina Faso
A la UnePolitique

Le Bénin tend la main à l’AES : vers la fin de la crise entre Porto-Novo, Niamey et Ouagadougou ?

by Sahel Tribune 2 juin 2026
written by Sahel Tribune 6 minutes read

Le 2 juin 2026, le président béninois Romuald Wadagni a effectué en un seul jour deux visites officielles à Niamey et à Ouagadougou. Un geste diplomatique d’une portée considérable, qui referme deux ans de tensions ouvertes entre le Bénin et les pays de l’Alliance des États du Sahel — frontière fermée, pipeline bloqué, accusations mutuelles de déstabilisation.

En un seul mardi, le président du Bénin a posé deux gestes diplomatiques que beaucoup jugeaient improbables il y a encore six mois : une visite officielle à Niamey, chez le général Abdourahamane Tiani, puis un déplacement à Ouagadougou, chez le capitaine Ibrahim Traoré. Deux capitales de l’Alliance des États du Sahel (AES), deux hommes arrivés au pouvoir par des coups d’État militaires — et avec lesquels le Bénin de Patrice Talon avait entretenu des relations pour le moins glaciales. Romuald Wadagni, successeur de Talon depuis le 24 mai, a visiblement décidé d’écrire une autre page.

Le contexte : deux ans de rupture ouverte

Pour mesurer la portée de ce double déplacement, il faut rappeler ce que furent les relations entre le Bénin et ses voisins sahéliens depuis le coup d’État qui renversa Mohamed Bazoum au Niger, le 28 juillet 2023. Porto-Novo fut l’un des pays qui appliqua le plus strictement les sanctions décidées par la CEDEAO — fermeture de la frontière, suspension des flux commerciaux. Niamey, en retour, maintint sa frontière fermée avec le Bénin bien après la levée des sanctions régionales, brandissant une accusation grave. « Le Bénin abrite des bases françaises destinées à entraîner des terroristes pour déstabiliser le Niger. », expliquait le Gouvernement de transition du Niger, en 2023-2024 — accusation réfutée par Paris et Porto-Novo. 

Cette accusation empoisonna durablement les relations bilatérales. Elle s’accompagna d’une crise économique et énergétique aux conséquences concrètes : le pipeline Niger-Bénin, infrastructure colossale de 2 000 kilomètres construite pour 6 milliards de dollars afin d’acheminer le pétrole brut d’Agadès jusqu’au terminal de Sèmè-Kpodji, fut pris en otage par la brouille diplomatique.

L’arme du pipeline : quand le pétrole devient otage

Le pipeline Niger-Bénin est l’une des infrastructures les plus stratégiques d’Afrique de l’Ouest. Mis en service en mars 2024, il avait permis le chargement du premier navire en mai 2024 — une étape historique pour le Niger, qui exportait ainsi pour la première fois son pétrole brut sur le marché international. Les projections tablaient sur 90 000 barils par jour, soit un potentiel de plusieurs milliards d’euros de recettes annuelles pour Niamey.

Mais dès le 6 juin 2024, le général Tiani ordonnait la fermeture totale des vannes. La raison officielle invoquée : l’arrestation par les autorités béninoises de cinq ressortissants nigériens pour « atteinte à la sécurité de l’État ». La raison de fond : une rupture diplomatique totale, dans laquelle le pipeline devenait l’instrument de pression d’un régime aux abois économiquement mais déterminé à ne pas céder sur le terrain symbolique.

Un pipeline bloqué, une frontière fermée, des accusations de complot. En un seul jour, Wadagni a tenté de refermer deux ans d’hostilité ouverte.

Niamey : la frontière comme premier chantier

C’est à Niamey que le signal le plus concret a été envoyé. Le communiqué conjoint Niger-Bénin du 2 juin 2026, signé à l’issue des entretiens entre Wadagni et Tiani, mentionne explicitement l’engagement des deux pays à lever « tous les obstacles au renforcement de la coopération », et cite nommément la « réouverture de la frontière Bénin-Niger ». Un comité d’experts a été mandaté pour recenser ces obstacles, avec un délai de quinze jours pour rendre son rapport aux deux chefs d’État.

C’est peu, et c’est beaucoup. La frontière Bénin-Niger est fermée depuis bientôt trois ans du côté nigérien. Sa réouverture débloquerait non seulement les flux commerciaux terrestres — le Bénin est l’un des corridors d’approvisionnement naturels du Niger enclavé — mais ouvrirait la voie à une reprise des exportations pétrolières via le pipeline, dont la valeur économique pour Niamey est considérable.

« Les deux Présidents ont réaffirmé leur commune volonté de dynamiser la coopération bilatérale, pour la hisser à la hauteur de leurs ambitions et des attentes légitimes de leurs peuples respectifs, qui aspirent à la paix, à la sécurité et au développement. », selon le Communiqué conjoint Niger-Bénin, Niamey, du 2 juin 2026. 

Ouagadougou : le port de Cotonou comme levier

À Ouagadougou, l’enjeu est d’une autre nature. Le Burkina Faso est un pays enclavé qui dépend très largement du port autonome de Cotonou pour son approvisionnement en biens importés. Le communiqué conjoint burkinabé-béninois l’énonce sans détour : les deux chefs d’État ont « apprécié le rôle stratégique du port autonome de Cotonou dans l’approvisionnement du Burkina Faso » et se sont engagés à renforcer la coopération en matière de transit, de transport et de logistique.

Pour le capitaine Traoré, qui a rompu avec la France et multiplié les ruptures diplomatiques depuis son arrivée au pouvoir en 2022, le maintien d’un corridor commercial fiable vers la mer est une nécessité économique vitale. Pour Wadagni, le rôle de Cotonou comme hub régional — menacé par les tensions avec l’AES sous Talon — est une priorité stratégique. Les deux intérêts convergent.

Ce que dit ce double geste de Wadagni

Au-delà des dossiers bilatéraux, la journée du 2 juin 2026 est un signal politique fort adressé à toute la sous-région. Wadagni, à peine élu, choisit de faire de la réconciliation avec l’AES l’un de ses premiers actes de politique étrangère. Ce faisant, il rompt avec la posture de Talon — qui avait maintenu le cap des sanctions CEDEAO et refusé toute normalisation tant que la frontière restait fermée — et envoie un message à Paris, Washington et Bruxelles : le Bénin peut dialoguer avec les régimes sahéliens sans pour autant renier ses alliances occidentales.

Pour les pays de l’AES, la visite de Wadagni est un succès diplomatique réel. Elle valide leur stratégie de résistance aux pressions de la CEDEAO et montre que même les États qui avaient appliqué les sanctions les plus strictement reviennent à la table. Le général Tiani a répondu à l’invitation de Wadagni : il se rendra officiellement au Bénin à une date à fixer par voie diplomatique. Le capitaine Traoré a fait de même pour Ouagadougou.

Les zones d’ombre qui subsistent

Pour autant, il serait prématuré de parler de réconciliation accomplie. Le communiqué de Niamey est prudent : il crée un comité d’experts, fixe un délai de quinze jours, mais ne prend aucun engagement ferme sur la réouverture effective de la frontière ni sur la reprise des exportations pétrolières. Les accusations nigériennes sur les « bases françaises » au Bénin n’ont jamais été officiellement retirées. Le pipeline reste à l’arrêt.

Du côté burkinabé, la Cinquième Commission mixte de coopération a été programmée « dans les meilleurs délais » — une formulation diplomatique qui peut signifier beaucoup ou rien. L’AES reste, structurellement, dans une posture de méfiance envers les États membres de la CEDEAO, dont le Bénin fait partie.

Mais dans une sous-région où les ruptures s’accumulent depuis 2020 — cinq coups d’État, deux alliances rivales, une fragmentation croissante des espaces économiques —, la journée du 2 juin 2026 marque quelque chose de rare : deux pays qui choisissent de parler, et d’écouter. C’est un début.

Oumarou Fomba 

2 juin 2026 0 comments
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Tik Tok et vie de couple.
A la UneÉchos d'amour

TikTok et le mariage au Mali : quand les réseaux sociaux font exploser les foyers

by Chiencoro 2 juin 2026
written by Chiencoro 5 minutes read

Entre fantasmes numériques et réalités conjugales, les jeunes Maliennes naviguent dans un monde en collision.

Elles ont entre 16 et 25 ans, un téléphone entre les mains, et des heures de vidéos TikTok dans la tête. Elles se marient avec des rêves façonnés par des influenceuses lointaines, des couples idéalisés, des modes de vie inaccessibles. Et quand la réalité du foyer malien se heurte aux injonctions des algorithmes, c’est le mariage qui éclate. Les divorces précoces se multiplient au Mali, et les réseaux sociaux en sont l’un des carburants les plus puissants — et les moins nommés.

L’écran comme fenêtre sur un monde parallèle

Il fut un temps où une jeune mariée malienne apprenait les codes du foyer auprès de sa mère, de ses tantes, de ses aînées. Elle entrait dans le mariage armée d’une culture conjugale transmise de génération en génération, ancrée dans les réalités de son milieu, de son quartier, de sa communauté.

Ce temps-là n’est pas révolu. Mais il coexiste désormais avec un autre monde : celui de TikTok, d’Instagram, de YouTube. Un monde où des femmes filment leur quotidien conjugal en tenue soignée, dans des appartements lumineux, avec des maris attentionnés qui leur apportent le petit-déjeuner au lit. Un monde où les challenges viraux dictent comment parler à son mari, comment le tester, comment réagir à une infidélité supposée. Un monde qui ne ressemble en rien à une chambre unique ou à une cour commune d’un quartier périphérique de Bamako.

Le problème n’est pas que les jeunes Maliennes regardent ces vidéos, souvent générées par Intélligence artificielle. Le problème, c’est que personne ne leur a appris à les regarder avec un regard critique. Et que ce qu’elles y voient, elles tentent parfois de le reproduire — avec des conséquences que l’algorithme, lui, n’affiche jamais.

Des pratiques importées, des foyers explosés

Les exemples se multiplient dans les tribunaux de Bamako. Des jeunes femmes qui exigent de leur mari un appartement indépendant parce qu’une influenceuse a expliqué que « vivre avec la belle-famille, c’est toxique ». Des épouses qui testent la fidélité de leur conjoint avec des mises en scène copiées de vidéos étrangères, semant la méfiance là où il n’y avait que maladresse. Des jeunes femmes qui refusent les tâches domestiques au nom d’une émancipation qu’elles ont découverte sur un écran, sans avoir les outils économiques ou les structures sociales qui permettent à cette émancipation d’exister concrètement dans leur vie.

Ce n’est pas l’aspiration à plus de dignité qui pose problème — elle est légitime, nécessaire, juste. C’est le décalage brutal entre un modèle consommé en ligne et une réalité qui n’a pas évolué au même rythme. Une jeune femme qui regarde des vidéos de couples américains ou européens ne regarde pas sa propre vie. Elle regarde une fiction soigneusement montée, filtrée, monétisée — et qui ne dit rien des compromis, des conflits, des équilibres fragiles que tout foyer, partout dans le monde, doit négocier au quotidien.

TikTok ne montre pas les lendemains

C’est là le cœur du problème. TikTok — comme tous les réseaux sociaux — est une machine à produire de l’idéal. On y voit les fiançailles, jamais les disputes d’argent. On y voit le voyage de noces, jamais la belle-mère envahissante. On y voit les cadeaux, jamais les dettes. L’algorithme récompense ce qui est beau, ce qui est fluide, ce qui donne envie — et punit tout ce qui est complexe, difficile, ambigu.

Les jeunes Maliennes qui s’abreuvent de ce contenu ne consomment pas de la réalité. Elles consomment de l’aspiration pure, sans mode d’emploi, sans contextualisation culturelle, sans ancrage dans leurs propres conditions de vie. Et quand leur mari ne se comporte pas comme le compagnon idéal d’une vidéo à deux millions de vues, la déception peut être foudroyante — et le divorce, précipité.

Des études conduites dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne commencent à documenter ce phénomène. Au Mali, les acteurs du secteur judiciaire et les travailleurs sociaux observent depuis plusieurs années une hausse des divorces dans les premières années de mariage, avec une corrélation croissante entre conflits conjugaux et tensions liées aux attentes nées de la consommation de contenus numériques. Ce lien n’est pas encore formellement quantifié dans les données maliennes.

La question qui dérange : à qui la faute ?

Il serait trop simple — et profondément injuste — de pointer du doigt les jeunes femmes. Elles ne sont coupables de rien, sinon de chercher dans un écran ce que leur environnement immédiat ne leur offre pas toujours : des modèles de relations respectueuses, de la tendresse visible, de la réciprocité affichée.

La vraie question est celle des responsabilités systémiques. Celle des plateformes numériques, qui déversent sur des adolescentes maliennes des contenus calibrés pour des marchés occidentaux, sans la moindre adaptation culturelle ni le moindre avertissement. Celle des familles et des communautés, qui marient des jeunes filles sans les préparer aux réalités conjugales ni leur donner les outils pour traverser les crises. Celle de l’État malien, qui n’a pas encore intégré l’éducation aux médias et à la vie numérique dans ses politiques publiques de manière sérieuse et systématique.

Et celle, enfin, des hommes — trop souvent absents de ce débat — qui n’ont pas non plus été préparés à des formes de conjugalité évolutive, plus dialoguée, plus égalitaire.

Pour une éducation numérique qui parle au ventre

La solution n’est ni d’interdire TikTok — ce serait vain — ni de condamner les aspirations des jeunes Maliennes — ce serait cruel. Elle est ailleurs : dans une éducation aux médias qui commence dès le collège, qui apprend aux jeunes filles — et aux jeunes garçons — à distinguer la mise en scène de la réalité, à comprendre les mécanismes économiques qui produisent ces contenus, à développer un regard critique sur ce qu’ils consomment.

Elle est aussi dans la création de contenus alternatifs, en bambara et en langues nationales, portés par des voix maliennes, qui racontent des couples réels, des ajustements réels, des bonheurs ordinaires — sans filtre, sans ring light, sans algorithme de séduction.

Le mariage malien traverse une crise profonde. Les réseaux sociaux n’en sont pas la cause unique, ni même principale. Mais ils en sont un accélérateur puissant, silencieux, et encore largement ignoré des politiques publiques. Il est temps de le nommer. Il est temps d’en débattre. Avant que d’autres foyers — et d’autres jeunes vies — n’explosent sous le poids d’images qui ne leur ressemblent pas.

Chiencoro Diarra 

2 juin 2026 0 comments
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Remise du projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale au président de la transition, ce 22 juillet 2025, par le président de la Commission, Ousmane Issoufi Maïga.
ActuSécurité

Mali : pourquoi la Charte nationale fait le pari des pratiques ancestrales contre les conflits

by Sahel Tribune 1 juin 2026
written by Sahel Tribune 9 minutes read

En inscrivant dans la loi les pratiques ancestrales de résolution des conflits, les autorités maliennes de la Transition font un choix civilisationnel audacieux. Loin des modèles importés, elles misent sur ce que les communautés ont toujours su faire : se parler, s’écouter, se réconcilier.

Il y a une scène que l’on observe encore dans certains villages du delta intérieur du Niger, dans le Manden ou sur les rives du fleuve Sénégal. Deux familles en litige, une terre disputée, des mots durs échangés depuis des semaines. Et puis un matin, un vieux arrive. Pas un juge. Pas un gendarme. Un vieux, respecté, connu de tous, porteur d’une mémoire longue comme le fleuve. Il s’assoit. Il parle peu. Il écoute beaucoup. Et le soir, les deux familles mangent ensemble.

Ce vieux, la Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale du Mali vient de lui donner un titre officiel. Et avec ce titre, une légitimité institutionnelle que des décennies de gouvernance à l’occidentale lui avaient déniée.

Promulguée le 22 août 2025 par le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, la Charte consacre un titre entier aux « mécanismes endogènes de règlement des conflits ». Commissions foncières, diplomatie coutumière, médiation des notables, parenté à plaisanterie, conventions locales sur les ressources naturelles : tout ce que les communautés maliennes pratiquent depuis des siècles sans attendre la permission de l’État est désormais reconnu, valorisé, intégré dans l’architecture institutionnelle de la paix.

C’est un tournant. Et il mérite qu’on s’y arrête.

Le constat d’échec d’un modèle importé

Pour comprendre pourquoi ce choix est important, il faut d’abord comprendre pourquoi il était nécessaire. Pendant des décennies, la gestion des conflits au Mali a reposé sur des institutions héritées de la colonisation : tribunaux formels, forces de l’ordre, administration centrale déconcentrée. Des structures légitimes en théorie, mais souvent inaccessibles, lentes, coûteuses, et culturellement étrangères à la majorité de la population.

Dans les zones rurales, là où vivent la plupart des Maliens, le chemin vers le tribunal le plus proche peut représenter plusieurs jours de voyage. Le coût d’un avocat dépasse souvent plusieurs mois de revenus. Et la langue juridique, abstraite et technique, reste hermétique à ceux qui n’ont jamais fréquenté l’école française.

Résultat : les conflits fonciers, les disputes intercommunautaires, les litiges pastoraux ont prospéré dans le vide laissé par des institutions trop lointaines. Et dans ce vide, les groupes armés ont prospéré, proposant leur propre justice, expéditive et violente, mais au moins immédiate et compréhensible.

Les autorités de la Transition ont lu ce diagnostic avec lucidité. La Charte le formule sans ambages : il faut « le recours privilégié aux modes alternatifs et aux mécanismes endogènes de prévention, de gestion et de règlement des conflits. » Non pas pour remplacer la justice formelle, mais pour la compléter, la rapprocher, la rendre enfin accessible.

Les commissions foncières : une justice de proximité qui a fait ses preuves

Le foncier est, au Mali comme dans une grande partie du Sahel, la mère de toutes les querelles. Terres agricoles convoitées par les éleveurs en transhumance, espaces pastoraux réduits par l’avancée des cultures, zones d’orpaillage disputées entre communautés, périmètres irrigués dont les droits d’eau sont sources de conflits permanents : la question foncière est au cœur d’une violence qui ne dit pas toujours son nom.

Les Commissions foncières — les COFO — existent au Mali depuis les années 2000. Instances multi-acteurs regroupant représentants de l’administration, élus locaux, chefs coutumiers, organisations paysannes et éleveurs, elles ont pour mission de prévenir et gérer les conflits liés à la terre avant toute saisine des tribunaux. Leurs décisions, consignées dans des procès-verbaux, peuvent être homologuées par un juge.

Sur le terrain, leur bilan est globalement positif là où elles fonctionnent réellement. Dans plusieurs communes de la région de Mopti, les COFO ont permis de désamorcer des conflits agriculteurs-éleveurs qui, sans leur intervention, auraient pu dégénérer en affrontements meurtriers. Leur force tient à leur composition : tout le monde est autour de la table, tout le monde se connaît, et les décisions prises reflètent les réalités locales mieux que n’importe quel texte de loi rédigé à Bamako.

La Charte renforce leur rôle et leur légitimité. Elle prévoit que « les décisions obtenues d’accord-parties, en matière de conciliation ou de médiation, peuvent être consignées par écrit, certifiées et enregistrées par l’Administration en vue de leur homologation par la justice. » Un pont solide entre la coutume et le droit, entre le village et l’État.

La diplomatie coutumière : l’art de la paix sans témoin

Plus discrète mais tout aussi efficace, la diplomatie coutumière est peut-être le mécanisme le plus original que la Charte reconnaisse. Le texte la définit comme « un ensemble de pratiques informelles conduites par les Autorités et Légitimités traditionnelles, conformément aux us et coutumes », reposant sur « des traditions et d’autres valeurs partagées pour mener des conciliabules, des conciliations, des médiations, des arbitrages, des missions de bons offices et des intermédiations. »

Concrètement, c’est le chef de village qui traverse la nuit pour aller parler à son homologue du village voisin avant que les jeunes ne s’affrontent à l’aube. C’est le doyen de la famille qui convoque une palabre et fait asseoir les belligérants jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé. C’est la délégation de notables qui se rend auprès d’un groupe armé pour négocier la libération d’otages ou le retrait d’une zone habitée.

Ces pratiques ont permis de sauver des vies là où les forces de sécurité ne pouvaient pas intervenir. Dans le centre du Mali notamment, des chefs coutumiers ont joué un rôle crucial de médiation entre communautés dogon et peule, entre agriculteurs et éleveurs, entre populations civiles et groupes armés. Souvent au péril de leur vie. Toujours sans reconnaissance officielle.

La Charte répare cette injustice. Elle reconnaît que « lorsqu’elles sont adoptées, de manière continue et généralisée par les communautés, ces pratiques deviennent des règles implicites de comportement » ayant une légitimité propre. C’est une révolution conceptuelle dans un pays où le droit positif a longtemps regardé la coutume avec condescendance.

La parenté à plaisanterie : le rire comme armure contre la haine

Parmi les mécanismes endogènes valorisés par la Charte, la parenté à plaisanterie mérite une mention particulière, tant elle illustre le génie propre des sociétés sahéliennes face au conflit.

Cette institution, que les anthropologues ont longtemps étudiée avec fascination, établit entre certains groupes ethniques ou familles des relations codifiées où l’insulte rituelle, la moquerie assumée et la provocation bienveillante sont non seulement tolérées mais attendues. Entre un Coulibaly et un Traoré, entre un Keita et un Kouyaté, les piques fusent librement. Mais précisément parce qu’elles sont ritualisées, elles désamorcent les tensions réelles avant qu’elles ne deviennent dangereuses.

Dans les zones de tension intercommunautaire, ce mécanisme a parfois été le seul pont qui subsistait entre des groupes que tout semblait opposer. Un Peul et un Dogon qui se taquinent mutuellement sur leurs noms de famille se battront moins facilement qu’un Peul et un Dogon qui se regardent comme des ennemis héréditaires.

La Charte inscrit cette sagesse dans le marbre de la loi. Elle reconnaît que la parenté à plaisanterie permet « de réduire les tensions, les risques de conflit et de régler des litiges » et contribue « au renforcement de la coexistence pacifique. » Ce faisant, elle valide des siècles d’intelligence sociale que la modernité postcoloniale avait tendance à traiter avec désinvolture.

La coopération transfrontalière : la paix sans frontières

La Charte va plus loin encore en intégrant la coopération transfrontalière dans les mécanismes endogènes de paix. Le Mali partage ses frontières avec sept pays, et nombre de ses conflits ont une dimension transfrontalière évidente : les éleveurs peuls qui transhumaient librement avant que les frontières coloniales ne tracent leurs lignes artificielles, les familles séparées par des lignes sur une carte qui ne correspondent à aucune réalité culturelle, les réseaux criminels qui exploitent précisément la porosité de ces mêmes frontières.

Le texte valorise le « principe de bon voisinage » et le concept de « pays-frontière », qui « consiste à faire des frontières des portes ouvertes et non des barrières séparant les peuples. » Il cite en exemple la zone du Liptako-Gourma, espace partagé entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger, aujourd’hui réunis au sein de la Confédération des États du Sahel, où la coopération sécuritaire, économique et diplomatique prend une nouvelle dimension.

C’est là une vision géopolitique cohérente : les mécanismes endogènes de paix ne s’arrêtent pas à la frontière nationale. Ils sont par nature transfrontaliers, comme le sont les conflits qu’ils cherchent à résoudre.

Entre reconnaissance et mise en œuvre : le défi qui reste

La Charte accomplit donc quelque chose d’historique : elle réconcilie l’État malien avec sa propre culture. Elle dit que la modernité n’est pas l’abandon de la tradition, mais sa mise au service du présent. Elle dit que les vieux sages, les chefs coutumiers, les griots médiateurs ne sont pas des reliques d’un passé révolu, mais des acteurs essentiels d’un avenir à construire.

Mais une reconnaissance juridique, aussi solennelle soit-elle, ne suffit pas à elle seule. Les commissions foncières manquent souvent de moyens pour fonctionner correctement. Les autorités traditionnelles ont besoin de formation pour adapter leurs pratiques aux nouvelles formes de conflit. Les mécanismes endogènes doivent être articulés avec le système judiciaire formel sans que l’un étouffe l’autre.

Les autorités de la Transition ont conscience de ces défis. La Charte prévoit le « renforcement des capacités des élus et des Autorités et Légitimités traditionnelles », la « formation des acteurs locaux à la résolution des conflits », et la mise en place de plateformes numériques pour accompagner ces mécanismes dans l’ère contemporaine.

C’est un chantier immense. Mais il commence sur de bonnes bases : la conviction que la paix au Mali ne viendra pas de l’extérieur, qu’elle ne s’importera pas avec des modèles étrangers, et qu’elle ne se décrètera pas depuis Bamako.

Elle émergera des villages, des palabres, des palabreurs. Des vieux qui savent écouter. Des griots qui savent raconter l’histoire commune. Des communautés qui, malgré tout, se souviennent qu’elles ont toujours su vivre ensemble.

La Charte leur dit simplement : continuez. L’État est avec vous.

A.D

1 juin 2026 0 comments
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Azawad
A la UneEnquête

Azawad : autopsie d’un mythe géopolitique

by Sahel Tribune 1 juin 2026
written by Sahel Tribune 10 minutes read

Depuis 2012, le monde répète le mot Azawad comme s’il désignait une nation. La géographie, l’ethnologie et le droit international disent autre chose : un pâturage devenu prétexte, une minorité qui parle au nom de peuples qu’elle ne représente pas, une revendication qui s’étend désormais jusqu’au centre du Mali.

Depuis 2012, le terme Azawad circule dans les chancelleries, les médias internationaux et les résolutions onusiennes comme s’il désignait une réalité géographique, historique et ethnique cohérente. Il n’en est rien. Un examen rigoureux des sources académiques — géographes, ethnologues, anthropologues, historiens — révèle qu’Azawad est d’abord un terme pastoral limité, devenu par une opération politique délibérée le nom d’un « État » revendiqué sur un territoire immense, multiethnique et fondamentalement malien.

Ce que dit vraiment la géographie : un pâturage, pas un État

Commençons par l’étymologie et la géographie physique, qui sont sans ambiguïté. Le terme Azawad — ou Azaouad dans sa graphie francisée — est d’origine berbère. Il vient du tamasheq et signifie littéralement « zone de pâturage » ou « territoire de transhumance ». C’est ce que rappelle le Père de Foucauld dans son dictionnaire touareg-français (1940) : « Azaouaġ/Azaouad, région située au nord de Tombouctou. »

Le géographe Théodore Monod (1958), l’une des autorités les plus respectées sur le Sahara, est encore plus précis. Il définit l’Azawad comme « toute la région des dunes mortes au nord du Niger, de Tombouctou à Bemba et jusqu’au 19e parallèle nord ». Les travaux de Heinrich Barth (1858) et du colonel Cortier (1914) convergent vers la même délimitation. La synthèse de ces sources académiques est formulée clairement par Poussibet (1961) : l’Azawad est « un complexe botanique, physionomique et humain, somme toute assez bien défini, ses limites demeurant sujet à caution selon les interlocuteurs ».

« En définitive, l’Azawad est un « Sahara utile » dont le nom pour le nomade est lié à une idée de nomadisation possible (pâturages, puits) qui se situe grossièrement entre 18°/18°30 et 19°30 N. », explque-t-on dans Encyclopédie berbère, OpenEdition Journals — article « Azawad », d’après Théodore Monod, 1958. 

Il faut lire cette définition avec attention. L’Azawad des géographes est une zone de dunes fixées, pourvue de puits, réservée à l’élevage camelin et ovin. Son étendue est approximativement bornée au nord de Tombouctou, entre des latitudes bien précises. C’est un espace pastoral, pas une entité politique. Ses limites varient selon les interlocuteurs — ce qui est précisément l’inverse de ce que requiert la définition d’un État. Nous comprenons dès lors que l’Azawad des géographes est une zone de pâturage au nord de Tombouctou et que l’Azawad des indépendantistes occupe les deux tiers du Mali.

La fabrication politique d’un terme : qui a inventé l’Azawad politique ?

L’histoire de la politisation du terme Azawad est elle-même révélatrice. Selon le général El Hadj Ag Gamou, gouverneur de la région de Kidal et ancien chef militaire touareg, le terme a été introduit pour la première fois dans le champ politique lors des accords de Tamanrasset en 1991 par le secrétaire général du Front islamique arabe (FIA), un acteur venu de Mauritanie. Le général Ag Gamou a déclaré publiquement que ni lui-même ni Iyad Ag Ghali, figure historique des rébellions touarègues, n’avaient connaissance de ce terme avant ces accords.

Cette révélation est décisive. Le nom qui prétend incarner une identité territoriale millénaire des Touaregs du Mali aurait donc été introduit dans le vocabulaire politique par un acteur extérieur, dans le cadre d’une négociation de paix, en 1991. Ce n’est pas une identité immergée qui remonte à la surface : c’est une construction politique récente, opérée dans un contexte géopolitique précis, avec des acteurs précis et des intérêts précis. 

« Le terme Azawad a été introduit pour la première fois lors des accords de Tamanrasset par le Secrétaire Général du Front Islamique Arabe, venant de Mauritanie. Ni moi-même ni Iyad Ag Ghali n’avions connaissance de ce terme avant ces accords. », a expliqué le Général El Hadj Ag Gamou, gouverneur de la région de Kidal — cité par Maliactu.net, en mars 2025. 

En 1990, le terme n’existait pas dans le vocabulaire revendicatif des mouvements armés du nord du Mali. En 1991, il apparaît. En 2012, il devient le nom d’un État proclamé unilatéralement. Ce processus de création toponymique au service d’une revendication politique mérite d’être analysé pour ce qu’il est : une opération de construction identitaire a posteriori, et non la reconnaissance d’une réalité préexistante.

La géographie humaine contredit la thèse séparatiste : qui vit dans l’Azawad revendiqué ?

L’argument le plus dévastateur contre la cohérence du projet d’Azawad est démographique. Le MNLA, dans sa déclaration d’indépendance du 6 avril 2012, revendique un territoire correspondant aux trois régions administratives maliennes de Kidal, Tombouctou et Gao. En 2026, le Front pour la libération de l’Azawad (FLA) étend cette revendication aux régions de Ménaka et à des parties de Mopti, au centre du pays. De quel peuple ce territoire est-il donc peuplé ?

Les chiffres du recensement de 2009 sont sans appel. La région de Gao compte 544 120 habitants, la région de Tombouctou 681 691 habitants, la région de Kidal 67 638 habitants — soit un total d’environ 1,3 million de personnes pour les trois régions initiales. La composition ethnique de cet ensemble est une mosaïque : Songhay, Peuls, Arabes, Touaregs, Bellah, Kounta, Maures.

L’anthropologue américain William G. Moseley, de Macalester College, est particulièrement clair sur ce point dans son analyse publiée par la Society for Cultural Anthropology en 2013. La notion d’État ethnique est d’origine européenne — elle fut le principe organisateur de plusieurs États d’Europe de l’Est après la Première Guerre mondiale. Appliquée à l’Afrique, et particulièrement au Mali, elle se heurte à une réalité fondamentale : le paysage africain est d’une diversité remarquable, avec différents groupes qui poursuivent des stratégies d’existence distinctes et complémentaires.

« The reality is that the Tuareg are an ethnic minority in much of the territory claimed as Azawad within Mali. A complicating factor is that ethnic territories have rarely existed in much of Africa. » (La réalité est que les Touaregs sont une minorité ethnique dans une grande partie du territoire revendiqué comme Azawad au Mali. Un facteur compliqué estque les territoires ethniques ont rarement existé dans une grande partie de l’Afrique.), souligne William G. Moseley, géographe, Macalester College, dans « Azawad: A Problematic African Ethnic Territory » (Azawad : un territoire ethnique africain problématique), publié dans la revue Society for Cultural Anthropology, en 2013. 

Cette réalité est confirmée par le géographe Charles Grémont de l’IFRI, dont les travaux sur les Touaregs et les Arabes du nord-Mali font autorité : les Songhay, les Arma et les Peuls constituent « la majorité démographique des régions de Tombouctou et de Gao ». Le MNLA revendique donc des territoires où sa propre base ethnique est numériquement minoritaire. Cette contradiction n’a jamais été sérieusement résolue.

L’extension vers Mopti : quand le mythe dévore le centre

Ce qui rend la situation de 2026, voire depuis 2012, particulièrement grave, c’est l’extension des revendications vers le sud. Si le terme Azawad pouvait, à la rigueur, être défendu comme désignant un espace pastoral du nord du Mali — même en forçant considérablement la définition géographique originelle —, son extension aux parties de Mopti, région du centre du pays, constitue une rupture qualitative qui révèle la logique de conquête territoriale à l’œuvre.

Mopti, c’est la région des falaises de Bandiagara, le pays Dogon, la vallée du Delta intérieur du Niger, l’une des zones agricoles et culturelles les plus riches du Mali. Elle n’a jamais, dans aucune source académique, dans aucun texte d’historien, de géographe ou d’anthropologue, été incluse dans la zone pastorale désignée par le terme Azawad. L’étendre jusqu’à Mopti, c’est abandonner toute prétention à une légitimité géographique ou historique pour entrer dans la pure revendication expansionniste. Quand le « territoire de pâturage » de Théodore Monod devient un État s’étendant jusqu’au centre du Mali, nous ne sommes plus dans la géographie. Nous sommes dans la géopolitique de la fragmentation.

Le droit international et la règle de l’uti possidetis : le cadre juridique qui tranche

Sur le plan du droit international, la question est également résolue — et depuis longtemps. Le principe de l’uti possidetis juris, consacré par la Charte de l’Organisation de l’unité africaine de 1963 et confirmé par la Cour internationale de justice dans l’affaire Burkina Faso c. Mali de 1986, établit que les frontières issues de la décolonisation sont intangibles. Ce principe n’est pas un hommage nostalgique au colonisateur : c’est une règle de stabilité adoptée par les États africains eux-mêmes pour éviter que le continent ne sombre dans une série de guerres de redécoupage territorial aux conséquences imprévisibles.

La déclaration d’indépendance du MNLA du 6 avril 2012 n’a reçu aucune reconnaissance internationale — ni de l’Union africaine, ni de la CEDEAO, ni des Nations unies, ni d’un seul État au monde. Ce rejet unanime n’est pas le fruit d’un complot antiafricain ou d’une solidarité aveugle avec Bamako : il reflète l’application d’un principe juridique fondamental que les États africains ont eux-mêmes posé comme condition de leur coexistence pacifique.

« Le MNLA revendique l’autodétermination et l’indépendance de l’Azawad qui correspond aux trois régions maliennes de Kidal, Tombouctou et Gao. Le gouvernement malien refuse ces revendications, défendant l’intégrité du territoire malien. », lit-on dans Rébellion touarègue de 2012, sur Wikipedia. Un article qui résume les positions des parties

La perfidie d’une alliance avec le terrorisme

Un dernier élément mérite d’être nommé clairement. La rébellion de 2012 a été menée conjointement par le MNLA et le mouvement salafiste Ansar Dine, allié d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). C’est dans ce cadre que les villes de Kidal, Gao et Tombouctou ont été prises. Le MNLA s’est ensuite retrouvé rapidement marginalisé par ses alliés islamistes — preuves que les terroristes avaient leur propre agenda, qui n’avait rien à voir avec les droits des Touaregs.

Que les mausolées de Tombouctou — patrimoine mondial de l’humanité, témoins de la civilisation islamique de l’Empire Songhaï et de la puissance culturelle du Mali précolonial — aient été détruits méthodiquement par ces mêmes alliés dit tout sur la nature de ce projet. Il ne s’agissait pas de libérer un peuple : il s’agissait de détruire un État, une civilisation, une mémoire.

L’alliance objective entre séparatisme touareg et terroriste international n’est pas une anomalie de 2012 : elle s’est reproduite sous différentes formes jusqu’en 2026. Les groupes armés qui revendiquent l’Azawad opèrent dans les mêmes espaces, utilisent les mêmes routes, contrôlent les mêmes trafics que les organisations terroristes qui ensanglantent le Sahel. Cette co-présence n’est pas une coïncidence géographique. Elle est une convergence stratégique.

Ce que l’Azawad dit de nous

Déconstruire le mythe de l’Azawad n’est pas nier la diversité culturelle du Mali, ni minimiser les souffrances réelles des populations touarègues qui ont subi des politiques de développement inégales et, parfois, des répressions injustes. Ces réalités existent et méritent d’être prises au sérieux dans tout processus de réconciliation nationale.

Mais il y a une différence fondamentale entre reconnaître la diversité d’un État et légitimer sa fragmentation au profit d’une minorité ethnique qui prétend représenter des populations dont elle n’a jamais reçu le mandat démocratique. Le nord du Mali appartient à tous ceux qui y vivent : Songhay, Peuls, Arabes, Bellah, Touaregs. Il n’appartient pas exclusivement aux groupes armés qui ont choisi la violence comme mode de négociation.

L’Azawad des géographes — Théodore Monod, Heinrich Barth, le Père de Foucauld — est une zone pastorale limitée au nord de Tombouctou. L’Azawad des indépendantistes est un État imaginaire qui s’étend jusqu’au centre du Mali. Entre ces deux définitions, il n’y a pas un désaccord sémantique. Il y a un projet politique de démembrement d’un État souverain, habillé en revendication identitaire, soutenu par des acteurs extérieurs aux intérêts bien précis.

Les peuples africains méritent mieux que cela.

Foula D. Massé

1 juin 2026 0 comments
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Changement climatique en Afrique
A la UneClimat et environnement

Changement climatique au Sahel : comment sécheresse et désertification accélèrent l’exode rural

by Chiencoro 1 juin 2026
written by Chiencoro 6 minutes read

Hausse des températures, sécheresses à répétition, terres qui se stérilisent : dans le Sahel, le dérèglement climatique n’est pas une abstraction. C’est une réalité quotidienne qui vide des villages, épuise des éleveurs et pousse des familles entières sur les routes. Derrière les chiffres de la migration au Sahel, il y a des visages, des choix impossibles — et une urgence que le monde peine encore à mesurer à sa juste échelle.

Dans la région de Mopti, au cœur du Mali, les observations accumulées sur trente ans racontent une même histoire : les températures montent, les pluies se raréfient, le calendrier agricole se dérègle. Pour les agriculteurs de subsistance, qui dépendent presque entièrement des précipitations pour leurs récoltes, chaque saison est désormais un pari sur l’avenir. L’agriculture malienne est essentiellement pluviale, ce qui la rend structurellement vulnérable au moindre écart climatique. Les études scientifiques confirment que le dérèglement climatique a un effet globalement négatif sur les rendements céréaliers du pays.

Pour les éleveurs, la situation est tout aussi critique. Dans les vastes plaines de savane du centre Mali, la sécheresse menace chaque année un cheptel qui s’amaigrit. Les pâturages se réduisent, les points d’eau disparaissent, forçant les pasteurs à abandonner leurs routes de transhumance traditionnelles pour se sédentariser ou migrer. Un mouvement qui crée à son tour de nouvelles tensions avec les agriculteurs pour l’accès aux terres et aux ressources en eau. 

Des chiffres qui donnent le vertige

Le rapport 2023 de l’Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC) révèle que les catastrophes naturelles ont multiplié par six le nombre de déplacés internes en Afrique en l’espace de quatorze ans seulement : de 1,1 million en 2009 à 6,3 millions en 2023. Sur ce total, les inondations causent plus de 75 % des déplacements, tandis que les sécheresses en sont responsables d’environ 11 %.

À l’échelle du continent, les projections des Nations Unies tracent un tableau sombre : dans le scénario le plus pessimiste — celui où aucune politique climatique ni de développement sérieux n’est engagée — près de 86 millions de personnes pourraient être déplacées en Afrique subsaharienne d’ici 2050. Pour la seule Afrique de l’Ouest, le rapport Groundswell de la Banque mondiale estime à 32 millions le nombre de migrants internes potentiels d’ici cette même échéance, sous l’effet conjugué de la pénurie d’eau, de la baisse des récoltes et de la dégradation des écosystèmes.

« L’intensité et la fréquence des événements climatiques extrêmes augmentent à un rythme inquiétant. Ces perturbations, ajoutant aux vulnérabilités existantes, affaiblissent les infrastructures critiques et réduisent les ressources naturelles dans les régions les plus vulnérables. », note le GIEC, dans son Rapport 2021. 

La désertification, ennemie silencieuse des campagnes sahéliennes

Au Sahel, un habitant sur quatre est touché par la sous-alimentation, en partie en raison de la désertification qui annule les gains de croissance agricole. Au Mali, la pression est particulièrement forte : chaque année, environ 4 000 kilomètres carrés de couverture forestière disparaissent pour répondre aux besoins en bois de chauffage et en combustible d’une population en forte croissance. Cette déforestation accélère l’érosion des sols et réduit mécaniquement les terres cultivables disponibles.

Dans la région de Mopti et dans le delta intérieur du Niger, le changement climatique a profondément reconfiguré les équilibres entre agriculture et élevage. Les éleveurs, contraints de se sédentariser, entrent en compétition directe avec les agriculteurs pour des ressources de plus en plus rares. Ce stress sur les ressources naturelles génère des tensions communautaires qui, dans certaines zones, dégénèrent en conflits — ajoutant une dimension sécuritaire à une crise d’abord environnementale.

En 2024, les inondations en Afrique de l’Ouest ont affecté 960 000 hectares de terres cultivées et provoqué la perte de 128 000 têtes de bétail, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU. Un désastre agricole silencieux qui alimente directement les flux migratoires.

Une migration qui prend plusieurs visages

Traditionnellement, les populations rurales du Sahel pratiquaient une mobilité saisonnière : quitter le village pendant la saison sèche pour trouver un emploi en ville ou dans les champs irrigués, puis revenir à la saison des pluies pour cultiver. Le dérèglement climatique allonge et aggrave ces saisons sèches, transformant des départs temporaires en ruptures définitives. Ce glissement du provisoire vers le permanent est au cœur du changement en cours.

Dans les zones les plus touchées par la dégradation climatique et l’instabilité, la migration n’est plus un choix mais une contrainte. Des familles quittent leurs villages non par ambition mais par nécessité absolue, sans ressources ni réseau dans les villes d’accueil. Le HCR souligne que ces populations déracinées sont particulièrement exposées à de nouveaux risques en milieu urbain, notamment l’exploitation et la violence — avec une vulnérabilité accrue pour les femmes et les jeunes.

Ce que font le Mali et ses partenaires pour répondre

Face à cette urgence, les réponses se structurent progressivement. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM), en partenariat avec le gouvernement malien et l’Ambassade de Belgique, a lancé une initiative régionale dédiée au nexus environnement-migration, pour mieux documenter les déplacements liés au climat et renforcer la résilience des populations concernées au Mali et dans cinq autres pays du Sahel.

Sur le terrain, des programmes de restauration des terres agricoles sont engagés. Au Mali, la restauration des berges du fleuve Niger dans la commune de Méguétan illustre cette approche : stabiliser les sols, prévenir l’érosion et améliorer la qualité des ressources en eau pour rendre les zones rurales à nouveau viables. Ces actions locales, menées en concertation directe avec les communautés, représentent le type d’intervention à la fois le plus concret et le plus durable.

La Grande Muraille Verte — ce projet continental de reforestation qui traverse le Sahel d’est en ouest — demeure l’ambition la plus symbolique. Lente à se concrétiser, elle incarne néanmoins une vision : celle d’un Sahel qui résiste à la désertification par la végétalisation et la restauration des écosystèmes dégradés, ancrant durablement les populations sur leurs terres.

Une crise globale, une responsabilité partagée

Il serait injuste — et inexact — de réduire l’exode rural au Sahel à un seul facteur. Mais le changement climatique en est désormais l’un des moteurs les plus puissants et les plus structurels. Plus grave encore : le Sahel contribue marginalement aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais supporte une part disproportionnée des conséquences. Les pays sahéliens consacrent déjà 2 à 9 % de leur budget à la lutte contre les effets des phénomènes climatiques extrêmes — des ressources précieuses soustraites à l’éducation, la santé et le développement rural.

Cette équation fondamentalement inégale alimente une demande légitime des États africains pour des mécanismes de financement climatique à la hauteur des dommages subis. Le Mali et ses voisins sahéliens ne demandent pas la charité — ils réclament justice climatique et solidarité internationale dans une crise qu’ils n’ont pas créée mais qu’ils subissent de plein fouet.

Le changement climatique est désormais un moteur central de l’exode rural au Sahel. Sécheresses prolongées, désertification, érosion des sols et compétition pour des ressources naturelles de plus en plus rares : ces dynamiques environnementales poussent des millions de personnes hors de leurs terres. Pourtant, des solutions existent — restauration des écosystèmes, soutien à l’agriculture résiliente, financement climatique juste — à condition que la communauté internationale soit à la hauteur d’une responsabilité qu’elle porte largement.

Chiencoro Diarra 

1 juin 2026 0 comments
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Idrissa Bakary Diarra
A la UneÉconomie

Mali : l’INPS verse 2,1 milliards FCFA et accélère sa modernisation sous Idrissa Bakary Diarra

by Sahel Tribune 31 mai 2026
written by Sahel Tribune 3 minutes read

En cinq mois à peine, la nouvelle direction de l’Institut national de prévoyance sociale du Mali a versé plus de 2,1 milliards de FCFA d’allocations familiales à ses assurés. Un signal fort lancé par Idrissa Bakary Diarra, nommé directeur général en novembre 2025, qui entend faire de l’INPS un pilier renforcé de la protection sociale malienne.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Du 1er janvier au 20 mai 2026, l’Institut national de prévoyance sociale (INPS) du Mali a versé 2 milliards 124 millions de francs CFA d’allocations familiales à ses assurés. En moins de cinq mois, cette performance illustre la continuité opérationnelle d’une institution qui, malgré le contexte sécuritaire et économique difficile que traverse le pays, maintient fermement le cap de sa mission première : protéger les travailleurs et leurs familles.

Ce résultat intervient dans un contexte de transition managériale. Nommé le 26 novembre 2025 par décret du président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, Idrissa Bakary Diarra a officiellement pris les rênes de l’INPS le 30 décembre 2025, à l’issue d’une cérémonie de passation de service marquée par la sérénité et la rigueur qui caractérisent sa réputation de haut fonctionnaire. « L’INPS est un monument et un pilier du développement social. Rien n’est impossible à cœur vaillant ; les défis sont à notre portée. Vous pouvez compter sur moi. », a déclaré Idrissa Bakary Diarra, directeur général de l’INPS, lors de sa cérémonie de prise de fonction, le 30 décembre 2025

Un profil taillé pour les défis

Le choix d’Idrissa Bakary Diarra n’est pas le fruit du hasard. Né en 1971 à Bamako, administrateur civil de première classe, cet Officier de l’Ordre national — décoré Chevalier en 2018 puis promu Officier en 2024 — a passé plus de vingt ans à la Direction administrative et financière de la présidence de la République, en tant que directeur adjoint. Une carrière bâtie dans la discrétion, la loyauté institutionnelle et la maîtrise des rouages administratifs.

Ceux qui le connaissent le décrivent unanimement comme un cadre intègre, rigoureux et disponible, « uniquement guidé par le travail et le service à l’État ». La ministre de la Santé et du Développement social, Assa Badiallo Touré, dont l’INPS relève de la tutelle, lui a remis une feuille de route claire dès sa prise de fonction : restructurer en profondeur le système en appliquant pleinement le Code de prévoyance sociale, identifier les défis juridiques, institutionnels, techniques et financiers, et moderniser l’institution.

Terrain, dialogue et modernisation

En quelques mois, Idrissa Bakary Diarra a déjà posé des jalons concrets. En avril 2026, il a conduit une tournée dans les agences principales de Bamako — communes I et II — pour prendre la mesure des réalités du quotidien : état du personnel, des équipements, des conditions de travail. Des échanges directs avec les agents, dans un climat de franchise et de confiance mutuelle, ont marqué ce début de mandat sur le terrain.

Son prédécesseur, Ousmane Karim Coulibaly — qui a quitté l’institution après plusieurs années de service —, lui avait laissé un capital humain solide, qu’il avait qualifié de vivier de « pépites ». Sur ces fondations, le nouveau directeur général entend aller plus loin, en s’appuyant notamment sur l’intelligence artificielle comme levier de modernisation des services, un axe déjà évoqué lors de la passation de service.

Dans un Mali confronté à des crises multidimensionnelles, l’INPS reste l’un des rares filets de sécurité concrets pour des centaines de milliers de familles de travailleurs. Les 2,1 milliards de FCFA versés en moins de cinq mois ne sont pas qu’un chiffre : ils représentent autant de loyers payés, de scolarités assurées, de besoins couverts. Sous la direction d’Idrissa Bakary Diarra, l’institution a choisi de parler moins et de livrer plus.

Oumarou Fomba 

31 mai 2026 0 comments
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Détroit d'Ormuz
A la UneÉconomie

Crise du détroit d’Ormuz : 3 400 milliards de dollars d’investissements énergétiques bouleversés

by Sahel Tribune 31 mai 2026
written by Sahel Tribune 6 minutes read

Le rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie sur l’investissement mondial révèle que le conflit au Moyen-Orient et la fermeture effective du détroit d’Ormuz sont en train de remodeler en profondeur les stratégies énergétiques mondiales. Une deuxième crise majeure en cinq ans, aux conséquences potentiellement durables — et aux implications directes pour le continent africain.

Le monde face à sa plus grande crise de sécurité énergétique

En 2022, c’était l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui secouait les marchés de l’énergie. En 2026, c’est le conflit au Moyen-Orient et la fermeture effective du détroit d’Ormuz — par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial — qui redessine les priorités. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) le dit sans détour dans son rapport annuel publié le 28 mai : le monde traverse « la plus grande crise de sécurité énergétique à laquelle il ait jamais été confronté ».

Les conséquences sur les flux d’investissement sont immédiates et profondes. L’AIE prévoit que l’investissement énergétique mondial atteindra 3 400 milliards de dollars en 2026 — une légère progression par rapport à 2025, mais dont la composition et la géographie révèlent des reconfigurations majeures. Sur ce total, environ 2 200 milliards de dollars iront aux technologies propres, aux réseaux et à l’efficacité énergétique, et 1 200 milliards aux combustibles fossiles — pétrole, gaz et charbon.

« Nous sommes au milieu de la plus grande crise de sécurité énergétique que le monde ait jamais connue. Je crois que cela va remodeler les stratégies d’investissement à l’échelle mondiale, avec des parallèles aux chocs pétroliers des années 1970. », déclare Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE, dans le rapport World Energy Investment 2026.

Pétrole en recul, gaz en hausse : une inversion significative

L’un des paradoxes les plus saisissants du rapport : malgré la hausse des prix du pétrole liée aux tensions dans le Golfe, les investissements pétroliers devraient baisser pour la troisième année consécutive, tombant sous la barre des 500 milliards de dollars. L’incertitude sur la durée de la crise, les longs délais de livraison des grands projets, les contraintes des chaînes d’approvisionnement et la pénurie de plateformes offshore disponibles freinent les décisions d’investissement.

Le gaz naturel, en revanche, connaît une résurgence spectaculaire. Les investissements dans ce secteur devraient atteindre 330 milliards de dollars en 2026 — leur plus haut niveau depuis dix ans — portés par une vague de nouveaux projets de gaz naturel liquéfié (GNL), notamment aux États-Unis et au Qatar. La substitution gaz-pétrole, dans un contexte de routes maritimes perturbées, accélère cette tendance.

Le retour du charbon, le boom du nucléaire

Deux chiffres illustrent la brutalité des arbitrages sécuritaires auxquels les gouvernements font face. D’un côté, l’investissement dans le charbon devrait atteindre 180 milliards de dollars en 2026, son plus haut niveau depuis 2012. La Chine concentre à elle seule près de 70 % de ces dépenses mondiales. Certains pays asiatiques frappés par la perturbation des flux énergétiques envisagent de prolonger la durée de vie de leurs centrales à charbon pour sécuriser leur approvisionnement — quitte à sacrifier leurs objectifs climatiques à court terme.

De l’autre côté, le nucléaire confirme sa résurgence. Les investissements dans cette filière dépassent désormais 80 milliards de dollars par an, avec près de 80 gigawatts de nouvelle capacité en construction dans 15 pays. La sécurité énergétique et la souveraineté sur les ressources domestiques — arguments au cœur du plaidoyer de Rosatom sur le continent africain — trouvent ici un contexte mondial particulièrement favorable.

L’électricité, grande gagnante de la recomposition

Au-delà des combustibles, c’est l’électrification qui s’impose comme la tendance structurelle dominante. Les investissements dans l’approvisionnement électrique et les infrastructures devraient atteindre 1 600 milliards de dollars en 2026, et 2 000 milliards en incluant l’électrification des usages finaux. Les réseaux électriques, longtemps parent pauvre des stratégies énergétiques, bénéficient d’une hausse de près de 20 % d’une année sur l’autre, à 550 milliards de dollars. Le stockage par batteries franchit quant à lui le cap symbolique des 100 milliards.

Un facteur nouveau s’impose dans cette équation : l’intelligence artificielle et les centres de données. Aux États-Unis notamment, la demande électrique de ces infrastructures devient un moteur majeur des décisions d’investissement. Les commandes de nouvelles centrales à gaz ont atteint en 2025 leur plus haut niveau depuis 25 ans, en partie pour répondre à ces besoins. Un effet de tension qui se répercute jusqu’aux marchés des turbines, dont la disponibilité se réduit pour le reste du monde.

Ce que cela signifie pour l’Afrique

Le rapport de l’AIE ne consacre pas de chapitre spécifique à l’Afrique, mais ses conclusions ont des implications directes pour le continent. Première conséquence : la volatilité financière induite par le conflit au Moyen-Orient renchérit le coût du financement, en particulier pour les économies émergentes et en développement. Or les pays africains paient déjà des primes de risque nettement supérieures à celles des économies avancées pour financer leurs projets énergétiques.

Deuxième enjeu : la course mondiale à la diversification énergétique — nouvelles routes de pipelines, sources domestiques, renouvelables, nucléaire — crée à la fois des opportunités et des risques pour l’Afrique. Opportunités, parce que les ressources gazières du continent — Mozambique, Tanzanie, Sénégal, Mauritanie, Nigeria — retrouvent une attractivité renforcée dans un monde qui cherche des alternatives aux approvisionnements du Golfe. Risques, parce que la compétition mondiale pour les turbines, les équipements solaires et les financements verts s’intensifie au moment précis où l’Afrique en a le plus besoin.

Troisième signal à surveiller : la résurgence du charbon en Asie. Elle pourrait renforcer les arguments de certains gouvernements africains — notamment en Afrique du Sud, au Zimbabwe ou au Botswana — qui maintiennent leur dépendance au charbon face aux injonctions climatiques de la communauté internationale. La sécurité énergétique, désormais érigée en priorité absolue par les grandes économies elles-mêmes, offre une nouvelle légitimité à ces arbitrages.

« Les pays cherchent à répondre à la deuxième crise énergétique en cinq ans avec de nouvelles routes et des ressources disponibles au niveau national — des énergies renouvelables et du nucléaire au charbon, au pétrole et au gaz, dans certains cas. », explique l’AIE, dans ce nouveau rapport. 

La bifurcation

Le rapport de l’AIE dessine en creux une bifurcation mondiale : d’un côté, les économies avancées et quelques marchés émergents qui accélèrent leur transition énergétique tout en renforçant leur résilience par la diversification ; de l’autre, un ensemble de pays — dont beaucoup en Afrique — qui risquent de se retrouver piégés entre les exigences d’une transition qu’ils n’ont pas les moyens de financer et les impératifs d’une sécurité énergétique que les marchés internationaux ne leur garantissent plus.

La deuxième crise énergétique en cinq ans est aussi un révélateur. Elle montre que la dépendance aux routes maritimes et aux marchés pétroliers mondiaux n’est pas une fatalité géologique, mais un choix politique et d’investissement. Pour les pays africains qui disposent de ressources — solaire, éolien, gaz, hydro —, le moment est peut-être venu de transformer cette leçon en stratégie.

Oumarou Fomba 

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