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Exode rural
ActuAnalyses

Jeunesse rurale malienne : partir ou rester, le grand choix

by Sahel Tribune 10 juin 2026
written by Sahel Tribune 5 minutes read

Ils ont entre 18 et 35 ans, ont grandi dans les villages du Sahel, regardé partir leurs frères et cousins, et se posent aujourd’hui la même question : faut-il rester sur la terre de leurs ancêtres ou tenter sa chance à Bamako, à Dakar, ou plus loin encore ? Cette interrogation, des centaines de milliers de jeunes Maliens la portent en silence. Elle est au cœur d’une crise silencieuse qui redessine les campagnes maliennes.

Au Mali, la migration rurale n’est pas un phénomène nouveau. Depuis des générations, les hommes partent en saison sèche pour travailler dans les villes ou en Côte d’Ivoire, avant de rentrer avec quelques billets pour la famille, se payer du luxe ou encore préparer un mariage. Mais ce qui se joue aujourd’hui est d’une autre nature : des jeunes, de plus en plus nombreux, partent sans retour prévu.

Selon les estimations, environ 60 % de la population malienne vit encore en zone rurale. Pourtant, Bamako croît à un rythme de 5 à 6 % par an, portée en grande partie par cet afflux de migrants internes. Les régions de Ségou, Mopti, Kayes et Sikasso sont les plus touchées par ce départ massif de leurs forces vives.

Ce n’est pas l’aventure qui pousse ces jeunes à partir. C’est, bien souvent, l’absence de perspectives : des terres appauvries par des décennies de sécheresse, peu d’emplois, des infrastructures défaillantes, et le sentiment que l’avenir est ailleurs.

Les racines du départ : entre crise climatique et manque d’opportunités

Le premier facteur qui pousse les jeunes ruraux maliens vers les villes est d’ordre climatique. La pluviométrie irrégulière, la désertification rampante du Sahel et la dégradation des terres réduisent chaque année les rendements agricoles. Des familles qui se nourrissaient et vivaient de l’agriculture se retrouvent dans l’incapacité de subvenir à leurs besoins.

Les jeunes, qui auraient autrefois hérité de la parcelle familiale et perpétué les savoir-faire agricoles, se retrouvent face à une terre qui ne peut plus les nourrir. Le changement climatique n’est pas une abstraction pour un paysan du Sahel : c’est la récolte qui diminue d’année en année, le puits qui se tarit, le troupeau qui maigrit.

Au-delà de l’agriculture, c’est l’absence quasi totale d’activités économiques diversifiées en milieu rural qui condamne les jeunes à l’exode. Peu d’industries, peu de PME, peu d’artisanat organisé capable d’absorber une main-d’œuvre jeune et croissante. Les zones rurales maliennes manquent cruellement d’investissements structurants.

À cela s’ajoute la question de l’éducation. De nombreux jeunes qui ont suivi une scolarité complète, parfois jusqu’au baccalauréat, ne trouvent aucune application locale à leurs compétences. Ils se retrouvent dans une situation paradoxale : trop formés pour la vie rurale traditionnelle, pas encore assez armés pour le marché de l’emploi urbain.

Partir pour quoi ? La réalité de l’exode

La ville n’est pas toujours l’eldorado imaginé. Beaucoup de jeunes migrants ruraux rejoignent l’économie informelle à Bamako : vendeurs ambulants, maçons, gardiens, conducteurs de moto-taxi. Ils survivent, envoient quelques francs au village, et nourrissent l’espoir d’une promotion qui tarde souvent à venir.

Les bidonvilles et quartiers périphériques de Bamako — Kabala, Faladié, Niamakoro — concentrent ces populations fragilisées, souvent sans accès aux services de base. L’exode rural résout rarement la pauvreté : il la déplace géographiquement et la transforme.

Pourtant, ces jeunes migrants jouent un rôle économique essentiel. Les sommes qu’ils envoient à leurs familles restées au village constituent, pour beaucoup de ménages ruraux, la principale source de revenus monétaires. Ces transferts informels, invisibles dans les statistiques officielles, sont un pilier discret de l’économie malienne.

Rester : une résistance qui s’organise

Face à l’exode, des initiatives locales et nationales tentent de créer les conditions d’un avenir possible en zone rurale. Des programmes d’appui à l’entrepreneuriat agricole, soutenus par l’État malien et des partenaires locaux, permettent à certains jeunes de moderniser leurs exploitations et d’en vivre dignement.

La culture maraîchère irriguée, l’aviculture, la transformation de produits locaux : ces filières, longtemps négligées, offrent des perspectives réelles pour une jeunesse qui accepte de réinventer le rapport à la terre. Des coopératives de jeunes, dans plusieurs régions, montrent qu’il est possible de vivre et de prospérer au village.

L’extension progressive de la couverture réseau mobile au Mali ouvre également des perspectives inédites. Des jeunes ruraux formés aux métiers du numérique — maintenance informatique, commerce en ligne, community management — peuvent désormais exercer depuis leur village des activités qui étaient autrefois réservées aux citadins.

Ces expériences restent encore marginales, mais elles dessinent une voie possible : celle d’un développement rural qui ne demande plus aux jeunes de choisir entre leur terre et leur avenir.

Les politiques publiques face au défi

Les autorités maliennes ont pris la mesure du phénomène. Plusieurs programmes nationaux ciblent spécifiquement la jeunesse rurale, comme la formation professionnelle agricole, la construction d’infrastructures dans les zones isolées.

Ces efforts méritent d’être amplifiés. Car l’enjeu est double : il s’agit à la fois de retenir les jeunes qui souhaitent rester et de créer des conditions dignes pour ceux qui choisissent de revenir après une expérience urbaine. Le village de demain sera celui qui sait accueillir des compétences nouvelles.

La question de la jeunesse rurale est, au fond, celle de la souveraineté alimentaire et du modèle de développement malien. Un pays qui vide ses campagnes de ses jeunes perd bien plus que de la main-d’œuvre agricole : il perd la mémoire vivante de ses territoires et la capacité de les faire fructifier.

Le choix entre partir et rester que vivent des centaines de milliers de jeunes Maliens n’est pas un choix individuel : c’est le symptôme d’un déséquilibre profond entre les territoires. Relever ce défi nécessite des politiques volontaristes, des investissements durables et une écoute sincère de ceux qui font encore le pari du village. Car c’est dans les campagnes, autant que dans les villes, que se joue l’avenir du Mali. Les autorités maliennes de la Transition l’ont bien compris et travaillent déjà pour y rémédier à travers plusieurs initiatives. 

A.D

10 juin 2026 0 comments
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Journées nationales du patrimoine culturel 2026
A la UneSeko ni Donko

Au Mali, les Danbe Kolosibaw gardiens d’une identité culturelle sous pression

by Sahel Tribune 10 juin 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Les Journées nationales du Patrimoine culturel, prévues les 18 et 19 juin 2026 à Bamako, mettront à l’honneur les « porteurs de dignité » — ces garants traditionnels des valeurs culturelles maliennes. Une initiative qui dit autant sur la fragilité du patrimoine immatériel que sur la volonté des autorités de la Transition d’en faire un pilier de l’identité nationale.

Ils s’appellent les Danbe Kolosibaw — littéralement les « gardiens de la dignité » en bambara. Ce sont les porteurs de valeurs traditionnelles maliennes, héritiers d’une longue chaîne de transmission culturelle qui court des empires du Ghana, du Mali et du Songhaï jusqu’à nos jours. Le 9 juin 2026, le ministre malien de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, M. Daffe, les a réunis dans ses services à Bamako pour préparer les Journées nationales du Patrimoine culturel, prévues les 18 et 19 juin au Centre international de conférences de Bamako (CICB).

La démarche est délibérément participative. Avant de fixer le programme de l’événement, le ministre a voulu entendre les associations culturelles — celles qui, sur le terrain, font vivre le patrimoine immatériel malien : les griots, les chasseurs dozo, les groupes d’artisans, les associations de transmission des savoirs traditionnels. Les échanges ont permis à ces représentants d’exprimer leurs attentes et de formuler des propositions pour enrichir le contenu des Journées.

Les Danbe Kolosibaw : qui sont-ils ?

Le choix du thème de cette édition 2026 — « Rôle et responsabilité du Corps des Danbe Kolosibaw dans la transmission des valeurs du patrimoine culturel » — mérite une explication pour qui n’est pas familier de la culture malienne. Les Danbe Kolosibaw sont des figures de la société traditionnelle mandingue chargées de préserver et de transmettre les valeurs morales, sociales et culturelles de la communauté : le respect, la dignité, la solidarité, la gestion des conflits par le dialogue.

Ces garants de la tradition ne sont pas des fonctionnaires de la culture. Ce sont des personnes désignées par leurs communautés pour incarner, dans leur comportement quotidien, les valeurs que la société juge fondamentales. Ils jouent un rôle comparable à celui des « hommes de parole » documentés par les anthropologues dans toute l’Afrique de l’Ouest — figures de médiation, de mémoire et de cohésion sociale que la modernisation des sociétés a fragilisées sans les effacer.

« L’objectif de cette rencontre est de recueillir les avis et propositions des participants pour une meilleure appropriation de cet événement majeur par les organisations de la société civile culturelle. », a déclaré le ministre Daffe, lors de la réunion préparatoire des Journées nationales du Patrimoine culturel, le 9 juin 2026. 

Un patrimoine sous pression

La convocation des Danbe Kolosibaw au cœur des Journées nationales du Patrimoine culturel n’est pas anodine. Elle dit quelque chose de l’état du patrimoine immatériel malien — un patrimoine sous pression multiple : urbanisation rapide, influence des réseaux sociaux et des cultures numériques globales, déplacements forcés liés à l’insécurité qui arrachent des communautés à leurs terroirs et interrompent les chaînes de transmission intergénérationnelle.

Le Mali est l’un des pays au monde qui possède la plus grande densité de patrimoine culturel immatériel reconnu : les Manuscrits de Tombouctou, le Bogolan, les chants de chasseurs, la musique des Peuls et des Dogon — autant d’expressions culturelles inscrites ou candidates aux listes de l’UNESCO. Mais la reconnaissance internationale ne suffit pas à assurer la transmission locale. C’est précisément ce que les Journées nationales du Patrimoine culturel entendent adresser.

Culture et refondation nationale : un lien assumé

La tenue de ces Journées nationales s’inscrit dans un contexte politique particulier. Les autorités de la Transition ont fait de la renaissance culturelle l’un des piliers de leur projet de refondation nationale. Le Programme national d’éducation aux valeurs (PNEV), lancé en 2024, puise dans les mêmes sources que les Danbe Kolosibaw : la Charte de Kurukanfuga, les valeurs de la civilisation mandingue, les principes de cohésion sociale et de respect de l’autre codifiés dans les traditions maliennes précoloniales.

Cette valorisation de l’identité culturelle propre s’accompagne d’un discours de rupture avec les héritages culturels issus de la colonisation — rupture dont le retrait du français comme langue officielle unique dans la nouvelle Constitution de 2023, remplacé par la co-officialité des langues nationales, est l’expression institutionnelle la plus visible. Les Journées du Patrimoine culturel participent de la même logique : réancrer l’identité nationale dans ses propres racines avant d’aller chercher des modèles ailleurs.

Cette démarche intervient dans le cadre de la période dédiée à la valorisation de « l’éducation et de la culture » par les autorités maliennes de la Transition.

Oumarou Fomba 

10 juin 2026 0 comments
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Romuald Wadagni et Assimi Goïta
A la UnePolitique

Après sa visite à Bamako, Romuald Wadagni convie Assimi Goïta au Bénin

by Sahel Tribune 9 juin 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Le président béninois Romuald Wadagni a effectué mardi une visite d’amitié et de travail à Bamako. Reçu avec les honneurs par le général d’armée Assimi Goïta, le chef de l’État béninois a affiché, avec son homologue malien, une volonté commune de renforcer les relations bilatérales et de coordonner davantage les efforts face aux défis sécuritaires qui secouent l’Afrique de l’Ouest.

Le Mali et le Bénin entendent ouvrir un nouveau chapitre de leur coopération. En visite de travail et d’amitié à Bamako ce mardi 9 juin, le président béninois Romuald Wadagni a été accueilli au palais de Koulouba par le président de la Transition malienne, le général d’armée Assimi Goïta, dans une séquence diplomatique qui témoigne du rapprochement entre les deux États.

À son arrivée à l’aéroport international de Bamako, le chef de l’État béninois a été reçu personnellement par son homologue malien. Les hymnes nationaux des deux pays ont été exécutés avant la présentation des corps constitués et des représentants de la communauté béninoise vivant au Mali.

Après un premier entretien dans le pavillon présidentiel, les deux dirigeants ont poursuivi leurs échanges au palais de Koulouba lors d’une séance de travail élargie aux délégations ministérielles et diplomatiques des deux pays.

Une relation bilatérale appelée à se renforcer

Selon le communiqué conjoint publié à l’issue de la rencontre, les discussions ont porté sur les relations bilatérales, les enjeux sécuritaires régionaux ainsi que les défis politiques et économiques auxquels sont confrontés les deux pays.

Le général Assimi Goïta a saisi cette occasion pour féliciter son homologue béninois pour son accession à la magistrature suprême et lui réaffirmer sa disponibilité à approfondir les liens historiques qui unissent Bamako et Cotonou.

Les deux chefs d’État ont notamment convenu de donner un nouvel élan à leur coopération économique, commerciale et culturelle. Ils ont également décidé d’accélérer la tenue de la deuxième session de la Grande Commission mixte de coopération Bénin-Mali, considérée comme un instrument clé pour dynamiser les échanges entre les deux pays.

Cette volonté de rapprochement intervient dans un contexte de recomposition des relations diplomatiques en Afrique de l’Ouest, où plusieurs États cherchent à renforcer les partenariats bilatéraux au-delà des cadres régionaux traditionnels.

Le terrorisme au cœur des préoccupations

La question sécuritaire a occupé une place importante dans les échanges. Les deux présidents ont examiné la situation au Sahel et en Afrique de l’Ouest, marquée par la persistance des groupes armés terroristes et l’extension de la menace terroriste vers les pays côtiers.

Le président béninois a présenté ses condoléances au peuple malien après les attaques terroristes du 25 avril 2026 qui ont frappé le pays et coûté la vie à plusieurs personnes, dont le général d’armée Sadio Camara, alors ministre d’État chargé de la Défense.

Dans leur déclaration commune, les deux dirigeants ont souligné la nécessité de renforcer la coordination régionale dans la lutte contre le terrorisme et de préserver les conditions d’une coopération efficace entre les États de la sous-région.

Ils ont également réaffirmé leur attachement aux principes de souveraineté nationale, d’intégrité territoriale et de non-ingérence dans les affaires intérieures des États.

Une convergence de vues sur les enjeux régionaux

Au-delà des questions bilatérales, les deux chefs d’État ont évoqué les grands dossiers régionaux et internationaux. Le communiqué conjoint souligne une « convergence de vues » sur plusieurs questions multilatérales d’intérêt commun.

Pour Bamako, cette visite constitue un signal diplomatique important. Elle traduit la volonté des autorités maliennes de maintenir un dialogue actif avec les pays de la région malgré les recompositions institutionnelles observées ces dernières années.

Du côté béninois, ce déplacement confirme également l’importance accordée au dialogue avec le Mali, acteur central des équilibres sécuritaires sahéliens.

Une invitation à Cotonou

Au terme de la visite, Romuald Wadagni a invité officiellement le président de la Transition malienne à effectuer une visite d’amitié et de travail au Bénin.

Le général Assimi Goïta a accepté cette invitation, dont la date sera fixée ultérieurement par voie diplomatique.

Dans une région confrontée à de multiples défis sécuritaires, économiques et politiques, cette rencontre entre Bamako et Cotonou est une manifestation d’une volonté commune de privilégier le dialogue, la coopération et la concertation pour répondre aux enjeux de stabilité et de développement.

Chiencoro Diarra 

9 juin 2026 0 comments
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Conseil supérieur de l'agriculture
A la UneÉconomie

Agriculture au Mali : Assimi Goïta dévoile les mesures clés pour la campagne agricole 2026

by Sahel Tribune 9 juin 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Réuni à Koulouba à l’approche de la campagne agricole 2026, le Conseil supérieur de l’agriculture a fixé les grandes orientations du secteur. Entre subventions renforcées, soutien aux filières stratégiques et ambition de souveraineté alimentaire, les autorités maliennes affichent leur volonté de faire de l’agriculture l’un des piliers du « Mali Kura ».

À quelques semaines du lancement de la campagne agricole 2026, les autorités maliennes ont voulu envoyer un signal fort au monde rural. Réuni mardi 9 juin au palais de Koulouba sous la présidence du général d’armée Assimi Goïta, le Conseil supérieur de l’agriculture (CSA) a dessiné les contours d’une nouvelle offensive en faveur de la production agricole nationale.

Instituée par la Loi d’orientation agricole, cette rencontre annuelle rassemble les principaux acteurs du secteur : gouvernement, organisations professionnelles, chambres d’agriculture et représentants des filières de production. Un rendez-vous devenu stratégique dans un pays où l’agriculture demeure le principal pourvoyeur d’emplois et de revenus pour une large partie de la population.

L’agriculture au cœur du projet de refondation

Dans son intervention, le président de la Transition a placé l’agriculture au centre du projet de transformation économique porté par les autorités maliennes.

« C’est grâce au courage, à la résilience et à la détermination des producteurs que nous relevons progressivement le défi de la transformation et de la modernisation de notre agriculture », a déclaré Assimi Goïta devant les participants.

Le chef de l’État a réaffirmé sa volonté de faire du secteur agricole un moteur de croissance, de création de richesses et de stabilité sociale. Une ambition qui s’inscrit dans la Vision 2063 du Mali et dans la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable (SNEDD 2024-2033), dont l’un des axes majeurs repose sur le développement des chaînes de valeur agricoles à travers les futurs agropoles.

Dans un contexte régional marqué par les défis sécuritaires, climatiques et économiques, Bamako considère désormais la souveraineté alimentaire comme un enjeu stratégique au même titre que la sécurité nationale.

Des mesures concrètes pour la campagne 2026

Pour soutenir les producteurs face à la hausse des coûts de production et préserver la compétitivité des filières, plusieurs mesures d’accompagnement ont été annoncées.

Le prix subventionné du kilogramme de coton graine de premier choix est fixé à 300 FCFA. Les autorités maintiennent également une politique de soutien aux intrants agricoles avec un prix subventionné de 15 000 FCFA pour le sac de 50 kilogrammes d’engrais minéraux et de 3 000 FCFA pour les engrais organiques.

Les semences améliorées bénéficient elles aussi d’un accompagnement public. Le kilogramme de semence hybride de maïs est fixé à 1 500 FCFA tandis que le biostimulant OVALIS sera proposé à 17 500 FCFA le kilogramme.

Autre décision importante : le maintien de l’affectation de 10 % des graines de coton aux huileries agréées destinées à l’alimentation animale, une mesure saluée par les acteurs des filières élevage et agriculture.

Une résilience agricole malgré les difficultés

Malgré les contraintes sécuritaires et les aléas climatiques, les résultats provisoires de la campagne écoulée témoignent, selon les autorités, de la capacité de résistance du secteur.

Le ministre de l’Agriculture a présenté des chiffres encourageants : plus de 11,4 millions de tonnes de céréales produites, 433 700 tonnes de coton, près de 158 000 tonnes de viande contrôlée, plus de 17 000 tonnes de lait collecté et plus de 122 000 tonnes de poisson.

Des performances qui traduisent, selon le gouvernement, les effets des politiques de soutien engagées ces dernières années.

Le monde rural salue les efforts de l’État

Au nom des producteurs, le président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture du Mali (APCAM), Sanoussy Bouya Sylla, a salué les mesures prises par les autorités depuis cinq ans.

Il a notamment cité la récupération et la sécurisation des terres agricoles de Samanko, les programmes de subvention des tracteurs, la détaxation des aliments destinés à l’aviculture et à la pisciculture, la criminalisation du vol de bétail ou encore les achats institutionnels de riz directement auprès des producteurs.

Autant d’initiatives qui, selon les représentants du monde rural, ont contribué à améliorer les conditions de production et à renforcer la résilience des exploitations agricoles.

Les organisations professionnelles ont toutefois rappelé plusieurs défis à relever, notamment les difficultés d’approvisionnement en poussins d’un jour pour les éleveurs, les risques liés aux prévisions d’un hivernage déficitaire et la nécessité d’accélérer l’opérationnalisation du Fonds national d’appui à l’agriculture afin de faciliter l’accès au financement.

La souveraineté alimentaire comme horizon

Au terme de cette 16ᵉ édition du Conseil supérieur de l’agriculture, un consensus émerge : face aux défis économiques et géopolitiques, le Mali entend faire de son agriculture un instrument de souveraineté.

À travers le projet structurant « Farafinna Jigine » et la Vision 2063, les autorités misent sur la modernisation des exploitations, l’industrialisation des filières agricoles et la valorisation des productions locales pour réduire la dépendance alimentaire du pays.

Dans un contexte de recomposition économique et politique, l’agriculture apparaît plus que jamais comme l’un des leviers majeurs de la stratégie de refondation portée par les autorités de la Transition. Une ambition qui devra désormais se mesurer aux réalités du terrain et aux défis climatiques qui attendent la campagne 2026.

Oumar Fomba

9 juin 2026 0 comments
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Romuald-Wadagni
ActuPolitique

Visite officielle de Romuald Wadagni : le Mali renforce son influence dans la sous-région

by Sahel Tribune 9 juin 2026
written by Sahel Tribune 3 minutes read

La visite du président béninois Romuald Wadagni à Bamako, le 9 juin 2026, moins de trois semaines après son investiture, dit quelque chose d’essentiel sur le Mali d’aujourd’hui : un pays qui attire, qui dialogue et qui construit, loin des caricatures.

Il y a quelque chose de significatif dans le choix du président Romuald Wadagni de faire du Mali l’une de ses premières destinations à l’étranger. Investi le 24 mai 2026, le nouveau chef de l’État béninois a d’abord visité le Nigeria, puis le Niger, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire — et maintenant Bamako. Ce tour du voisinage immédiat, accompli en moins d’un mois, est un message de réconciliation adressé à toute une région. Et le Mali y occupe une place de choix.

Ce n’est pas un hasard. En cinq ans de refondation, le Mali a construit une diplomatie sur des principes cardinaux devenus constitutionnels: le respect de la souveraineté nationale, le respect des choix stratégiques et du choix des partenaires opérés et la défense des intérêts vitaux du peuple malien dans les décisions prises. C’est une diplomatie cohérente, fondée sur deux piliers indissociables : la souveraineté absolue et le dialogue sincère. Là où d’autres auraient choisi l’isolement ou la posture, Bamako a fait le pari de l’ouverture africaine. L’Alliance des États du Sahel (AES), fondée avec le Burkina Faso et le Niger en septembre 2023, en est l’expression la plus aboutie : un cadre de coopération sud-sud, sans tutelle extérieure, porté par des peuples qui ont décidé de prendre leur destin en main.

Une page tournée dans la sous-région

La visite de Wadagni a une dimension historique que l’on ne saurait minorer. Son prédécesseur Patrice Talon avait figuré parmi les voix les plus fermes en faveur d’une intervention armée de la CEDEAO contre le Niger. Les tensions qui s’en sont suivies — expulsions de diplomates, fermeture de consulats, crises aux frontières — ont profondément marqué la sous-région. La participation des représentants de l’AES à l’investiture du nouveau président béninois avait déjà été lue comme un signe. La visite de Bamako le confirme : une page se tourne, et le Mali en est acteur de premier plan.

Car le Mali n’a jamais coupé les ponts. Même au plus fort des tensions régionales, Bamako a maintenu avec Cotonou des relations dépourvues de toute tension bilatérale. Les liens historiques et culturels entre les deux peuples ont tenu. Et sur le plan économique, la coopération reste structurellement solide : les Entrepôts Maliens au Bénin (EMABE), opérationnels depuis 2016 sur les 15 000 m² mis à disposition par le gouvernement béninois dès 1983, témoignent d’une interdépendance ancienne et mutuellement bénéfique. Le port de Cotonou, à 1 500 kilomètres de Mopti, demeure le débouché maritime le plus proche pour les régions nord du Mali — une réalité géographique que la politique ne saurait effacer.

Le Mali, pivot de la recomposition africaine

Ce qui se joue à Bamako en ce 9 juin 2026 dépasse la simple courtoisie diplomatique. C’est la démonstration que l’AES n’est pas un bloc fermé sur lui-même, mais un pôle de gravité capable de dialoguer, de nouer des partenariats et d’impulser une nouvelle architecture régionale fondée sur le respect mutuel. Le général GOÏTA reçoit un homologue qu’il n’a pas attendu passivement — il l’a accueilli dans un pays qui se reconstruit, qui investit dans son peuple, et qui rayonne suffisamment pour être l’une des premières escales d’un chef d’État fraîchement élu.

Le Mali ne réclame pas de reconnaissance. Il la mérite, par ses actes et par sa constance.

C’est cela, la diplomatie de la souveraineté : non pas le repli, mais l’affirmation. Non pas la rupture, mais le dialogue exigeant. Le Mali a choisi de n’être le client de personne et le partenaire de tous ceux qui le respectent. Cette visite du président Wadagni en est la plus récente, et peut-être la plus éloquente, des validations.

A.D

9 juin 2026 0 comments
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La délégation malienne à la CIPRESS de Genève
A la UneÉconomie

CIPRES 2026 : à Genève, le Mali renforce son influence sur l’avenir de la protection sociale africaine

by Sahel Tribune 9 juin 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

La 40e session du Conseil des ministres de la CIPRES, réunie du 8 au 10 juin 2026, voit Bamako envoyer une délégation de haut niveau conduite par la ministre de la Santé. Un signal fort sur l’engagement du Mali — et de l’INPS — à réformer et moderniser ses systèmes de sécurité sociale.

Bamako n’a pas envoyé un observateur à Genève. Il a envoyé un signal. La délégation malienne présente à la 40e session ordinaire du Conseil des ministres de tutelle de la Conférence interafricaine de la prévoyance sociale (CIPRES), réunie du 8 au 10 juin 2026, est conduite par la ministre de la Santé et du Développement social, le colonel-major Assa Badiallo Touré. Autour d’elle : le directeur national de la Protection sociale et de l’Économie solidaire, et les directeurs généraux de l’ensemble des grandes institutions de sécurité sociale du pays — INPS, CANAM, CMSS et ANAM.

Cette composition n’est pas le fruit du hasard. Elle reflète une volonté claire : que le Mali soit présent, visible et actif dans les délibérations qui vont façonner l’avenir de la protection sociale dans les dix-huit pays membres de la CIPRES. À l’heure où l’institution fête sa 40e session ordinaire, Bamako choisit d’être dans la salle — et d’y peser.

Ce qui se joue à la 40e session

La session s’ouvre le 8 juin par les travaux du Comité d’experts, chargé d’examiner les dossiers techniques, administratifs et financiers soumis aux ministres. Les enjeux sont considérables. Les délégations se prononceront sur la gouvernance de l’institution — nomination du président et des membres de la Commission de surveillance, du chef de l’Inspection régionale et du Commissaire aux comptes —, mais aussi sur des réformes structurantes : révision du plan comptable de la CIPRES, harmonisation des indicateurs de gestion, mise en place de référentiels communs de performance.

Ces sujets peuvent paraître techniques. Ils ne le sont pas. Derrière chaque indicateur harmonisé et chaque référentiel commun, c’est la capacité des organismes de prévoyance sociale africains à être comparés, évalués, améliorés qui est en jeu. Et derrière cette capacité, c’est la protection concrète de millions de travailleurs — leurs retraites, leurs remboursements de soins, leurs allocations familiales — qui se construit ou se défait.

Les ministres examineront également le rapport d’activités du Secrétariat exécutif, les comptes de l’exercice 2025 et la situation des contributions des États membres. Un point sensible : dans toutes les organisations continentales, le niveau de contribution des États est un baromètre de leur engagement réel. Le fait que le Mali soit présent à Genève avec une délégation aussi complète dit quelque chose sur cet engagement.

L’INPS dans la dynamique régionale

Pour l’Institut national de prévoyance sociale du Mali, dont le nouveau directeur général Idrissa Bakary Diarra a pris ses fonctions fin décembre 2025, cette participation genevoise s’inscrit dans une dynamique de modernisation interne clairement affichée. En moins de six mois, l’INPS a versé plus de 2,1 milliards de francs CFA d’allocations familiales à ses assurés, réalisé des visites de terrain dans ses agences principales et engagé une réflexion sur le recours à l’intelligence artificielle pour améliorer la qualité de service.

La CIPRES supervise environ 28 organismes de prévoyance sociale dans ses 18 États membres. Elle constitue le cadre de référence pour la modernisation de ces institutions et la convergence de leurs pratiques. Y être présent activement — et non en observateur passif — est une condition pour influencer les normes qui s’appliqueront demain à l’INPS comme à ses homologues régionaux.

« À travers cette participation, le Mali réaffirme son engagement en faveur du renforcement de la protection sociale et de la modernisation de ses institutions de sécurité sociale, conformément aux orientations communautaires de la CIPRES et aux objectifs de couverture sociale des populations. », a expliqué le service de communication de l’INPS.

Vers le 2e Forum sur l’assurance maladie et le 5e Forum sur la retraite

La session genevoise préparera également deux rendez-vous continentaux majeurs : le deuxième Forum sur l’assurance maladie en zone CIPRES et le cinquième Forum international sur la retraite. Ces deux événements ont vocation à nourrir les réformes nationales par l’échange d’expériences et la confrontation de modèles. Pour un Mali qui cherche à étendre la couverture maladie universelle et à consolider ses régimes de retraite dans un contexte économique difficile, ces forums sont des occasions de benchmark et d’apprentissage politique précieuses.

La présence malienne à Genève n’est pas une formalité diplomatique. Elle est la traduction institutionnelle d’une priorité nationale : faire de la protection sociale un pilier du projet de refondation, non pas comme un luxe réservé aux économies stables, mais comme une condition du développement durable dans un pays en guerre contre le terrorisme et pour lui-même.

Oumarou Fomba 

9 juin 2026 0 comments
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Haval
A la UneÉconomie

La voiture verte roule sur des mines africaines : l’Afrique, elle, reste au bord de la route.

by Sahel Tribune 9 juin 2026
written by Sahel Tribune 9 minutes read

L’essor mondial des véhicules électriques repose massivement sur les sous-sols africains — cobalt, lithium, manganèse, cuivre. Mais la chaîne de valeur échappe presque entièrement au continent. Entre pillage organisé, dépendance à la Chine et premières résistances souveraines, l’Afrique se trouve à la croisée d’un choix historique.

Il y a quelque chose d’obscène dans cette image. Sur les routes de Shanghai, de San Francisco ou de Francfort, des millions de voitures électriques circulent en silence, vantées comme le symbole d’un monde plus propre, d’une modernité réconciliée avec la planète. À quelques milliers de kilomètres, dans les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga, en République démocratique du Congo, des enfants de sept ans creusent la terre à mains nues pour en extraire le cobalt qui alimente ces mêmes batteries — pour moins de deux dollars par jour, selon une enqueête de la commission nationale des droits de l’homme de la République démocratique du Congo. La voiture verte roule. Sur leurs dos.

Le rapport que l’Agence internationale de l’énergie a publié en mai 2026 projette 23 millions de véhicules électriques vendus en 2026, et 510 millions en circulation d’ici 2035. Derrière ces chiffres vertigineux se cache une question que les grandes capitales préfèrent ne pas poser trop fort : d’où vient la matière dont ces voitures sont faites ? La réponse est africaine, pour l’essentiel. Et les conditions dans lesquelles cette matière est extraite, traitée et vendue constituent l’un des grands scandales silencieux de la transition énergétique mondiale.

Un continent assis sur un trésor qu’il ne contrôle pas

L’Afrique détient plus de 30 % des minéraux critiques essentiels à la fabrication des batteries de véhicules électriques. La RDC concentre à elle seule plus de 76 % de la production mondiale de cobalt — un métal dont la demande a bondi de 11 % en 2025, portée précisément par l’essor des batteries lithium-ion. Le Zimbabwe, premier producteur de lithium du continent, dispose de réserves estimées à 126 millions de tonnes, désormais au cœur de la bataille technologique entre la Chine et les États-Unis. L’Afrique du Sud concentre 85 % des réserves mondiales de manganèse et une part considérable du platine. La Zambie et la RDC ensemble assurent une part majeure du cuivre mondial, indispensable aux câbles et aux moteurs électriques.

Ces chiffres auraient dû faire de l’Afrique la grande puissance de la transition énergétique. La réalité est tout autre. Dans la chaîne de valeur qui mène du sol africain à la batterie d’une Tesla ou d’une BYD, l’Afrique occupe systématiquement le maillon le moins rémunérateur — l’extraction brute — et laisse les étapes de transformation, de raffinage et de fabrication à d’autres, principalement à la Chine. Moins de 10 % du cobalt produit en RDC est transformé localement. Le reste part à l’état brut vers les raffineries chinoises, qui concentrent entre 70 et 75 % de la capacité mondiale de transformation du cobalt. Ce que l’Afrique vend : de la terre. Ce que la Chine revend : de la technologie.

Le cobalt des enfants

Le coût humain de cette extraction mérite d’être dit sans euphémisme. L’exploitation minière artisanale représente entre 10 et 15 % de la production congolaise de cobalt — une fraction, dira-t-on. Mais c’est dans ce secteur que les violations les plus graves sont documentées. En 2024, l’OIT a identifié plus de 6 200 enfants travaillant dans des mines rien que dans les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba. Des ONG estiment que jusqu’à 40 000 enfants seraient impliqués dans l’ensemble de la filière artisanale congolaise, certains à peine âgés de sept ans. Ils transportent des charges, respirent la poussière de cobalt qui provoque des maladies respiratoires chroniques, travaillent sans équipement de protection, pour des salaires inférieurs à deux dollars par jour.

Ces enfants ne travaillent pas pour des seigneurs de guerre sans visage. Ils travaillent dans une chaîne d’approvisionnement qui aboutit aux batteries de Google, Tesla, Apple, BYD et des constructeurs automobiles européens. La Fair Cobalt Alliance — qui réunit Glencore, CMOC, Google, Tesla et des ONG comme Save the Children — tente d’apporter des réponses. Elle a extrait plus de 9 000 enfants des mines artisanales depuis 2022 et les a réinsérés dans des filières scolaires ou professionnelles. C’est réel. C’est insuffisant. Un pays qui fournit 70 % du cobalt mondial doit avoir son mot à dire sur les prix. 

La révolte des prix : RDC et Zimbabwe passent à l’offensive

Pendant trois ans, le prix du cobalt a chuté de plus des trois quarts, passant de 82 000 à moins de 22 000 dollars la tonne entre 2022 et début 2025. La cause : une surproduction mondiale orchestrée en grande partie par le géant chinois CMOC, qui représentait à lui seul 53 % de la production mondiale en 2024, et dont la production a encore bondi de 20 % au premier trimestre 2025. L’Afrique extrait, la Chine inonde le marché, les prix s’effondrent. Le modèle est cynique dans sa mécanique.

La RDC a décidé de briser ce cercle. En février 2025, Kinshasa suspend ses exportations de cobalt brut — une décision inédite qui fait immédiatement flamber les prix de plus de 100 %, atteignant 48 500 dollars la tonne fin novembre 2025. En octobre, un système de quotas d’exportation prend le relais, limité à 18 000 tonnes pour la fin de l’année — moins que la seule production annuelle de CMOC. L’objectif affiché est double : stabiliser les cours et pousser les investisseurs à construire des raffineries sur le sol congolais plutôt que d’exporter de la matière brute.

Au Zimbabwe, la logique est identique mais radicale. Le 25 février 2026, Harare interdit l’exportation de l’ensemble de ses minerais bruts, lithium en tête — une décision appliquée immédiatement, y compris aux cargaisons déjà en transit. Le ministre zimbabwéen des Mines, Polite Kambamura, justifie la mesure « dans l’intérêt national ». Dans les faits, c’est la Chine qui se retrouve en première ligne : Pékin est le principal investisseur et acheteur dans le secteur minier zimbabwéen, et la totalité du lithium extrait était jusqu’alors expédiée vers ses raffineries. Les entreprises chinoises Sinomine Resource et Zhejiang Huayou Cobalt avaient bien commencé à construire des raffineries locales — mais pas assez vite.

Ce que valent vraiment les minerais africains

Le lithium brut extrait au Zimbabwe est vendu comme concentré. Le sulfate de lithium — produit après raffinage — se vend environ trois fois plus cher. L’hydroxyde de lithium pour batteries — l’étape suivante — coûte cinq à sept fois le prix du concentré brut. L’Afrique vend le concentré. La Chine vend l’hydroxyde. L’équation est simple et dévastatrice : la même tonne de lithium zimbabwéen génère au Zimbabwe environ 15 000 dollars. Elle en génère plus de 100 000 une fois transformée en Chine.

Pour le cobalt, la structure est identique. La RDC exporte principalement de l’hydroxyde de cobalt à environ 20 dollars la livre. Le sulfate de cobalt pour cathodes de batteries, produit par les raffineries chinoises à partir de cet hydroxyde, se vend deux à trois fois plus cher. Le rapport de l’AIE l’indique sans détour : la Chine contrôle plus de 80 % de la production mondiale de cellules de batteries, grâce précisément à cette maîtrise du raffinage qu’elle a construite pendant que les pays producteurs africains exportaient leur richesse à l’état brut.

La malédiction des ressources, version électrique

Ce que vivent aujourd’hui la RDC et le Zimbabwe n’est pas nouveau dans l’histoire africaine. C’est la même mécanique que le pétrole des années 1960 et 1970 — les ressources abondent sous le sol africain, les revenus en sont captés ailleurs, et le continent reste pauvre malgré ses richesses. L’économiste zambien Dambisa Moyo l’a nommée la « malédiction des ressources ». Le lithium et le cobalt en sont la réédition à l’ère électrique, avec les mêmes acteurs dans des rôles similaires — l’ancienne puissance coloniale remplacée par Pékin, le pétrole remplacé par les minerais verts.

La Banque de France, dans une note de 2023, estimait que dans un scénario de décarbonation mondiale à l’horizon 2050, les rentes de minerais critiques pourraient atteindre des montants équivalents au PIB actuel du Gabon pour certaines économies africaines — mais seulement si la transformation locale est assurée. C’est ce « si » qui concentre tout l’enjeu politique du prochain quart de siècle africain. La banque chinoise d’import-export a accordé 24,9 milliards de dollars de prêts liés à l’extractivité minière africaine au seul premier semestre 2025 — un record. Ces prêts financent des mines. Rarement des raffineries.

Ce que les gouvernements africains doivent exiger

Les décisions de la RDC et du Zimbabwe marquent une rupture psychologique et politique. Pour la première fois, des États africains producteurs utilisent le levier de l’offre — comme l’OPEP en son temps — pour reprendre la main sur la fixation des prix. C’est une nécessité, pas un luxe. Mais les quotas et les interdictions d’exportation ne suffisent pas. Ils créent de la pression sans créer de valeur, si la capacité de transformation locale n’est pas construite en parallèle.

Ce que l’Afrique doit exiger — et que le rapport de l’AIE ne dit pas, parce qu’il n’est pas son rôle de le dire — c’est une redéfinition des termes des contrats miniers. C’est l’obligation, pour tout investisseur extérieur exploitant des minerais critiques africains, d’y installer une unité de transformation locale correspondant à une part substantielle de sa production. C’est la création d’une Agence africaine des minerais critiques, dotée d’un pouvoir de régulation supranational sur les exportations. C’est la construction d’une industrie de la batterie africaine — une ambition aujourd’hui limitée à quelques projets épars au Maroc, en Afrique du Sud et en Zambie.

L’Union africaine a adopté en 2023 une stratégie sur les minéraux verts. Elle reste, à ce jour, un texte de principes sans mécanisme d’application. La Commission de l’UA a annoncé un cadre de gouvernance des minéraux critiques pour 2025 — il tarde à se concrétiser. Pendant ce temps, les banques chinoises signent des chèques, les mines s’ouvrent, et le lithium part brut vers Wuhan.

La voiture électrique est peut-être l’avenir de la mobilité mondiale. Mais si cet avenir continue de se construire sur l’extraction non rémunérée des sous-sols africains, sur le travail d’enfants congolais et sur des prix fixés à Pékin plutôt qu’à Kinshasa ou Harare, alors la « transition verte » mondiale n’aura été, pour l’Afrique, qu’un nouveau nom pour une très vieille histoire. L’heure n’est plus aux déclarations de principes. Elle est aux rapports de force.

Foula D. Massé 

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