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Aide publique au développement : vers la fin d’un modèle à bout de souffle ?

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Au sommet Africa Forward de Nairobi, réunissant 32 chefs d’État, experts et responsables français ont débattu d’une refonte profonde de l’aide au développement. Entre contestation souverainiste et réforme de l’AFD, un tournant s’esquisse.

Trente-deux chefs d’État réunis à Nairobi, un titre ambitieux – Africa Forward : Afrique-France, un nouveau souffle – et une question qui fâche autant qu’elle mobilise : l’aide publique au développement (APD) a-t-elle encore un avenir ? C’est dans ce contexte qu’un média français organisait son débat Au cœur de l’Info, avec des invités aux convictions tranchées.

« Une aide efficace est une aide qui travaille à sa propre obsolescence. Ce n’est pas un système qui se nourrit et s’auto-entretient pendant des décennies. Le fait qu’il perdure démontre en réalité son inefficacité. », a expliqué Niagalé Bakayoko, présidente de l’African security sector network. 

Une contestation des deux côtés de la Méditerranée

Pour Niagalé Bakayoko, présidente de l’African Security Sector Network, le diagnostic est sans appel. L’aide au développement, telle qu’elle fonctionne depuis des décennies, s’est bureaucratisée au point de mécontenter aussi bien les citoyens du Nord que ceux du Sud. La présidente cite en exemple le discours du président kényan, qui a publiquement déclaré ne plus vouloir d’aide extérieure – une position souverainiste qui gagne du terrain sur le continent africain.

Côté français, le débat a été relancé après la fermeture de l’USAID américaine. Des voix se sont élevées dans la presse hexagonale pour pointer les limites de certains programmes d’aide. « Des deux côtés de la Méditerranée, il y a une contestation du bien-fondé et de l’efficacité de l’aide », constate Bakayoko. La nécessité de sortir du système actuel s’impose donc comme une évidence partagée.

Le partenariat comme nouvelle boussole

C’est précisément ce que défend Emmanuel Macron en prônant les « partenariats » – un terme qui va « dans la bonne direction ». Mais la présidente de l’ASSN va plus loin : si les partenariats public-privé constituent une piste pertinente, l’enjeu fondamental est de responsabiliser les États africains devant leurs propres citoyens, en les rendant comptables de l’usage des fonds qui leur sont accordés.

Elle pose aussi la question de la valeur guide : faut-il parler de « partenariat » ou d’« équité » ? « Ce qui est fondamental, c’est de se fonder sur la notion d’équité davantage, à mon avis, que sur celle de partenariat », tranche-t-elle, suggérant que le premier terme porte une dimension de justice structurelle que le second n’implique pas nécessairement.

Tout juste nommé à la tête de l’Agence française de développement (AFD), Christophe Lecourtier participait au sommet Africa Forward. Dans un contexte de restrictions budgétaires et de remise en question de l’APD, il défend, dans un autre média français, une nouvelle approche fondée sur les intérêts mutuels, l’impact concret et une communication renforcée auprès des citoyens français. 

Les Français n’ont pas renoncé à l’idée d’une solidarité internationale. 

Face à ces critiques, Christophe Lecourtier, nouveau directeur de l’Agence française de développement, assume un tournant. Il reconnaît que l’ère des objectifs chiffrés d’APD en pourcentage du PIB est révolue : « Aujourd’hui, plus personne ne juge que c’est l’objectif essentiel. » Sa feuille de route se veut plus sélective et plus lisible : concentrer les efforts sur un nombre restreint de pays et de secteurs, et surtout mieux expliquer le sens de l’action française à l’international.

« On peut, avec un peu moins, faire beaucoup mieux. J’ai vraiment la conviction que les Français n’ont pas renoncé à l’idée d’une solidarité internationale. », a souligné christophe Lecourtier, directeur général de l’AFD. 

Il s’appuie sur ce qu’il considère comme un consensus profond chez les Français : la compréhension de l’interdépendance mondiale. Qu’il s’agisse de santé publique, de souveraineté alimentaire ou du climat, l’argument de la « planète unique » reste, selon lui, majoritairement accepté. L’AFD doit simplement mieux démontrer qu’elle en est « le bras armé », non seulement de l’État français, mais de la nation tout entière.

Oumarou Fomba 


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