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La confirmation de la condamnation d'Ousmane Sonko pourrait remettre en cause sa candidature pour la présidentielle de février 2024.
A la UneExclusifPolitique

Sénégal : Diomaye Faye vire Sonko, son mentor devenu rival

by Sahel Tribune 22 mai 2026
written by Sahel Tribune 5 minutes read

Le président sénégalais a mis fin vendredi soir aux fonctions de son Premier ministre, quelques heures après que ce dernier l’avait publiquement contredit à l’Assemblée nationale. Une rupture au sommet de l’État entre deux hommes qui incarnaient ensemble la promesse d’alternance de 2024.

C’est une rupture consommée en direct, sous les caméras de la télévision nationale. Vendredi 22 mai 2026, peu avant 22 heures, Oumar Samba Ba, secrétaire général de la Présidence de la République du Sénégal, lisait sur la RTS le texte du décret n°2026-1128 : le président Bassirou Diomaye Faye mettait fin aux fonctions d’Ousmane Sonko, entraînant ipso facto la dissolution de l’ensemble du gouvernement. Les membres du cabinet sortant sont chargés d’expédier les affaires courantes dans l’attente d’un nouvel exécutif.

Quelques heures plus tôt, dans la matinée, Sonko s’était présenté à l’Assemblée nationale pour la séance des questions d’actualité au gouvernement. Et là, l’impensable : le Premier ministre avait créé la surprise en affichant publiquement une divergence de vues majeure avec le président de la République sur la question sensible des fonds politiques et de leur contrôle. Face aux députés, il avait estimé que le chef de l’État avait « fait une erreur » sur ce dossier, tout en espérant un changement de posture de sa part. « Le président a fait une erreur concernant les fonds politiques et j’ai espoir qu’il revienne à la raison. Je ne suis pas d’accord avec lui sur cette question », avait-il lancé sans détours, sous les yeux médusés des parlementaires.

La réponse de Diomaye Faye n’a pas tardé. Quelques heures suffisaient.

Le mentor et le disciple

Pour comprendre l’ampleur de la rupture, il faut remonter à 2024. Empêché de se présenter à l’élection présidentielle par le régime sortant de Macky Sall — qui l’avait fait emprisonner —, Ousmane Sonko avait désigné Bassirou Diomaye Faye, son secrétaire général au sein du parti Pastef, pour le remplacer comme candidat. Cette décision avait ouvert la voie à une victoire dès le premier tour de la présidentielle de mars 2024. Faye à l’Élysée, Sonko à Matignon sénégalais : le tandem semblait indestructible, porté par une promesse commune de rupture avec l’ancien régime.

Mais presque chaque jour que Dieu fait, le tandem entre le président Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko battait de l’aile. La relation entre les deux hommes, présentée comme fraternelle pendant la campagne, s’était progressivement muée en bras de fer. Sonko avait même évoqué la possibilité de retirer son parti du gouvernement si les désaccords persistaient, qualifiant leur arrangement de « soft power-sharing situation ».

Fonds politiques, dialogue national : les fractures à ciel ouvert

Les sujets de friction s’étaient accumulés. Sur les fonds politiques — ces budgets discrétionnaires à disposition de l’exécutif que Pastef avait toujours promis d’encadrer strictement —, Sonko avait affirmé que son parti défendait cette idée depuis 2014 et qu’elle figurait déjà dans son programme présidentiel de 2019, avant d’être reprise dans celui de la coalition Diomaye Président. Que Faye s’en écarte constituait donc, pour Sonko, une trahison programmatique.

Sur le dialogue national, les deux hommes avaient également affiché des visions divergentes. Dans un contexte de tensions latentes entre les deux chefs de l’exécutif sénégalais, Diomaye Faye avait décidé de proposer dix jours de concertations avec la société civile, les partis politiques, les ONG ou encore les chefs traditionnels et religieux — une initiative que Sonko semblait regarder avec un détachement croissant.

En structurant sa propre coalition, Bassirou Diomaye Faye s’était approché d’un point de non-retour, les tensions avec son Premier ministre dessinant les contours d’un affrontement politique aux conséquences incertaines. Dès mai 2026, des limogeages dans l’entourage présidentiel — notamment le remplacement du porte-parole de la présidence, un homme de Sonko, par un profil proche de Faye — avaient signalé que la présidence était entrée dans une logique de reconquête de son autonomie.

« Alhamdoulillah »

Dans une réaction publiée après son départ, Ousmane Sonko a déclaré : « Alhamdoulillah. Ce soir je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui. » Ni amertume affichée, ni appel à la résistance — du moins pour l’instant. Un soulagement, presque. Celui d’un homme qui, depuis des mois, semblait suffoquer dans un costume de Premier ministre qui l’empêchait d’être ce qu’il est fondamentalement : un tribun de l’opposition, pas un gestionnaire de coalition.

Car Sonko n’a jamais caché ses ambitions. Dès décembre 2025, il avait déclaré qu’il serait candidat à la prochaine présidentielle — alors même que Diomaye Faye, constitutionnellement, conserve le droit de briguer un second mandat. Une provocation ouverte qui avait encore creusé le fossé entre les deux hommes.

Et maintenant ?

Le Sénégal entre dans une période d’incertitude institutionnelle. La nomination d’un nouveau Premier ministre ainsi que la formation d’un nouvel exécutif devrait intervenir dans les prochains jours ou les prochaines heures. Aucun nom n’avait filtré à l’heure où ces lignes étaient écrites.

La question politique, elle, est posée plus brutalement : que devient Pastef, le parti que les deux hommes présidaient ensemble ? Sonko en est le leader historique, le fondateur, l’âme. Faye en est le président élu. Leur rupture institutionnelle annonce-t-elle une rupture partisane ? Les prochaines semaines diront si le Sénégal, qui croyait avoir tourné la page des guerres de clans, vient simplement d’en ouvrir une nouvelle.

Bassirou Diomaye Faye, 46 ans, est président du Sénégal depuis avril 2024. Ousmane Sonko, 51 ans, était Premier ministre depuis le 3 avril 2024.

Oumarou Fomba 

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ActuSeko ni Donko

De Bamako à Dioïla : comment la Transition décentralise sa politique culturelle au Mali

by Sahel Tribune 22 mai 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Au Palais de la Culture Amadou Hampâté Bâ de Bamako, une quarantaine de créateurs maliens ont été honorés jeudi lors de la 5e cérémonie d’hommage aux sociétaires du BUMDA. Un rituel annuel devenu symbole d’une politique culturelle que les autorités de la Transition entendent ériger en pilier de la souveraineté nationale.

Le décor est rodé. Chaque année depuis 2022, le Palais de la Culture Amadou Hampâté Bâ se pare de ses plus beaux atours pour accueillir la cérémonie d’hommage aux sociétaires du Bureau Malien du Droit d’Auteur (BUMDA). Jeudi 21 mai 2026, la 5e édition s’est tenue dans cette même salle symbolique, sous la présidence du ministre de l’Artisanat et de la Culture, Mamou Daffé, entouré d’autorités politiques, coutumières et d’acteurs du monde culturel malien. Une quarantaine de créateurs — auteurs-compositeurs, comédiens, musiciens — ont été honorés pour leur contribution au rayonnement artistique du pays.

Le rituel est désormais bien huilé : attestations de reconnaissance, trophées, mais aussi vivres et moutons distribués aux bénéficiaires. Pour bénéficier de ces actions sociales, il faut être sociétaire du BUMDA, être une personne âgée ou être atteint d’une maladie. Un critère qui dit beaucoup sur la réalité de la condition artistique au Mali : derrière la solennité de la cérémonie, c’est souvent la précarité des créateurs que ces gestes cherchent à compenser.

Une tradition née sous la Transition

Le BUMDA organise depuis quatre ans une cérémonie d’actions sociales et de promotion culturelle à l’endroit de certains de ses sociétaires. La première édition remonte donc à 2022, soit peu après l’installation des autorités maliennes de la transition au pouvoir. Le BUMDA est un service public créé en 1978 et rattaché à la Direction Nationale des Arts et de la Culture. Pendant des décennies, il s’est surtout consacré à la gestion des droits d’auteur, sans développer ce volet d’actions sociales désormais mis en avant.

Le changement de braquet est significatif. Le ministre Daffé a insisté sur l’importance de célébrer les hommes et femmes de culture, qui ont consacré leur vie à la promotion des arts et de la musique malienne, précisant que « cette dynamique s’inscrit pleinement dans la vision du général d’armée Assimi Goïta, qui nous a exhortés à renforcer la solidarité sociale pour protéger l’ensemble du Mali ».

Cette 5e édition est placée sous le thème « Droit d’auteur et éducation : bâtir l’avenir par la valorisation des créateurs » — un intitulé qui illustre le glissement progressif de ces cérémonies, d’un geste de solidarité vers une affirmation politique plus large. Elle s’inscrit dans le cadre de l’Année de l’Éducation et de la Culture 2026-2027, décrétée par le général Goïta, qui fait de la culture « un pilier du développement endogène et de la dignité des créateurs maliens ».

La décentralisation culturelle, nouveau leitmotiv

Au-delà des remises de prix, la soirée a été marquée par un geste qui sort de l’ordinaire : la remise de matériels d’orchestre à la région de Dioïla, en appui au Baniko Jazz, au nom du Président de la Transition. Ce n’est pas la première fois que ce type de dotation accompagne la cérémonie du BUMDA. En 2025, la 4e édition avait été notamment marquée par la remise d’un lot important de matériel à l’Orchestre Mystère Jazz de Tombouctou, une formation emblématique appelée à jouer un rôle de premier plan lors de la Biennale Artistique et Culturelle du Mali. L’année précédente, c’est l’orchestre Kanaga de Mopti qui avait bénéficié d’une dotation en matériels, et un hommage avait été rendu à feu Sory Bamba, le maestro de cet orchestre emblématique.

Le patron de région en 2026 est Dioïla — moins célèbre que Tombouctou ou Mopti, mais qui traduit la même logique : diffuser la politique culturelle au-delà de Bamako, donner des preuves concrètes d’une décentralisation que les autorités placent au cœur de leur discours depuis 2021. La cérémonie a aussi confirmé que la prochaine Biennale Artistique et Culturelle se tiendra en 2027 à Bougouni, ville du sud du pays, dans cette même dynamique de rééquilibrage territorial.

La notion de « souveraineté culturelle », martelée jeudi par le ministre Daffé, n’est pas anodine dans le contexte malien. Depuis la rupture avec la France et le départ des forces Barkhane, de la Minusma et de Takuba, les autorités de la Transition ont largement misé sur un nationalisme culturel pour la renaissance de l’âme malienne. Valoriser les artistes maliens, doter les orchestres régionaux, proclamer une Année de la Culture puis une Année de l’Éducation et de la Culture — tout cela participe d’un même récit : le Mali se réapproprie son destin, y compris par ses créateurs.

Oumarou Fomba 

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Mali : qui sont les « Danbé Kolosibaw », nouveaux gardiens du lien social lancés par la Transition ?

by Sahel Tribune 22 mai 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Moins d’un mois après les attaques coordonnées contre le pays, les autorités maliennes préparent les Journées nationales du patrimoine culturel. À l’occasion, un corps inédit de médiateurs sociaux — les « Danbé Kolosibaw » — sera officiellement lancé. Une réponse culturelle à une crise qui dépasse le militaire.

La salle de conférence du ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme était loin de ressembler à un état-major. Pourtant, c’est bien d’une stratégie qu’il s’agissait. Ce jeudi 21 mai, le ministre Mamou Daffé a réuni autour de lui la coordination des chefs de quartiers du District de Bamako pour préparer les Journées nationales du patrimoine culturel (JNPC) 2026, prévues les 18 et 19 juin dans la capitale malienne. Un cadre de concertation trimestriel, certes. Mais un rendez-vous qui prend cette année une résonance particulière.

La réunion intervient en effet moins d’un mois après les attaques coordonnées du 25 avril 2026, les plus graves qu’ait connues le Mali depuis des années. Ce jour-là, des groupes armés ont lancé des attaques quasi-simultanées contre des installations militaires et des sites stratégiques dans plusieurs régions du Mali — à Bamako, Kati, Gao, Kidal, Mopti et Sévaré. Le ministre de la Défense Sadio Camara a été tué dans l’assaut de Kati. Face à l’ampleur du choc, les autorités de la Transition ont multiplié les signaux de résilience. La culture est l’un d’eux.

Les gardiens du « danbé »

Le temps fort des JNPC 2026 sera le lancement officiel du corps des « Danbé Kolosibaw » — littéralement, en bambara, les « gardiens de la dignité ». Présenté comme un corps de nouveaux médiateurs sociaux et de transmetteurs du patrimoine culturel immatériel, le dispositif vise à promouvoir les valeurs sociétales et à renforcer les liens communautaires. Il découle des recommandations issues des États généraux de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, tenus dans le cadre du processus Bamako Fugaba.

Mis en place le 4 mai 2026, ce mécanisme repose sur un réseau de médiateurs sociaux chargés de promouvoir le patrimoine culturel immatériel et d’encadrer des cellules de veille patriotique, les « Sigida Kolosibaw ». Ces structures ont pour mission de favoriser le dialogue communautaire, de prévenir les tensions sociales et d’encourager la mobilisation citoyenne autour de la paix et du vivre-ensemble.

Le thème choisi pour l’édition 2026 des JNPC — « Rôle et responsabilité des Danbé Kolosibaw dans la transmission des valeurs du patrimoine culturel immatériel » — dit clairement l’intention : faire des chefs de quartiers, des griots, des porteurs de mémoire traditionnelle les relais d’une politique de cohésion sociale portée par l’État. Lors de la réunion du 21 mai, le ministre Daffé a souligné que les chefs de quartiers et de villages « sont les garants du Danbé et du Maaya » — ces deux notions fondamentales de la philosophie sociale malienne, qui recouvrent respectivement la dignité, l’honneur et l’humanisme du vivre-ensemble.

La délégation de la coordination des chefs de quartiers, conduite par son coordinateur général Seydou Sangaré, a répondu favorablement à cette invitation. Elle a « insisté sur l’importance de la transmission des valeurs sociétales à travers des conférences et des activités de sensibilisation », selon le compte rendu officiel du ministère. Une convergence de vues qui n’est pas anodine : en associant les autorités traditionnelles de proximité à ses actions, le ministère de la Culture entend atteindre les communautés là où ni l’État administratif ni l’armée ne peuvent suffisamment pénétrer.

La culture comme réponse aux défis multidimensionnels

Cette stratégie s’inscrit dans un cadre plus large. La démarche s’inscrit dans l’Année de l’éducation et de la culture 2026-2027, lancée par le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, avec pour objectif de renforcer le capital humain, la souveraineté culturelle et la cohésion nationale.

Ce n’est pas la première fois que les autorités maliennes mobilisent le patrimoine immatériel comme outil politique. Lors des Journées nationales du patrimoine culturel 2025, le ministre Daffé avait annoncé que le « Maaya » et le « Danbé » seraient bientôt introduits dans le programme scolaire malien. Une annonce qui avait suscité l’attention des milieux éducatifs, dans un pays où le système scolaire reste fragilisé par des décennies de sous-investissement et de crise.

La ville de Sikasso, désignée capitale culturelle du Mali, avait accueilli les assises nationales du patrimoine 2025, où la réflexion avait porté sur le rôle des valeurs fondamentales — le Maaya et le Danbé — dans l’édification du « Maliden Kura », le nouveau citoyen malien. L’édition 2026, qui retourne à Bamako, marque une étape supplémentaire en institutionnalisant ces médiateurs culturels en corps constitué.

A.D

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ActuClimat et environnement

Bamako : Quand les vagues de chaleur urbaines deviennent une urgence de santé publique

by Chiencoro 22 mai 2026
written by Chiencoro 7 minutes read

En avril 2024, Bamako a enregistré des températures dépassant 45 °C pendant plusieurs jours consécutifs. Ce record n’était pas une anomalie : c’est le nouveau visage d’une capitale sahélienne transformée en four urbain. Entre béton surchauffé, délestages électriques et système de santé sous tension, la chaleur extrême est désormais une menace silencieuse qui tue — et que les politiques publiques ignorent encore trop souvent.

Il fut un temps où la saison chaude au Mali était une contrainte connue, gérée par des architectures adaptées, des rythmes de vie ralentis et une végétation qui offrait ombre et fraîcheur. Ce temps est révolu. Selon les données de Mali Météo et des stations de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), Bamako a connu au cours des dix dernières années une augmentation moyenne de 1,5 °C de ses températures maximales en saison sèche — soit un rythme deux fois supérieur à la moyenne mondiale.

En mai 2026, période qui charrie généralement des promesses de pluie, le Niger, le Mali et le Burkina Faso — pays réunis au sein de la Confédération des États du sahel (AES) — ont subi des pics de chaleur, avec, par endroits, 45 degrés Celsius, voire 47°.

Une ville qui brûle : les faits

Mais la température seule ne dit pas tout. C’est l’effet combiné de la chaleur et de l’humidité — mesuré par l’indice de chaleur ressentie — qui constitue la véritable menace sanitaire. À Bamako, lors des pics de mars à juin, la chaleur ressentie peut dépasser 50 °C dans les quartiers populaires densément bâtis comme Banconi, Magnambougou ou Sotuba. Dans ces zones, les toits en tôle transforment les habitations en véritables étuves après le coucher du soleil, privant des milliers de familles d’un sommeil réparateur — condition pourtant essentielle à la récupération physiologique.

À cela s’ajoute le phénomène d’îlot de chaleur urbain (ICU), bien documenté dans les métropoles du Sud global. Bamako, dont la population a été multipliée par cinq en trente ans pour atteindre plus de 3,5 millions d’habitants, illustre ce phénomène avec une acuité particulière : l’imperméabilisation des sols, la disparition du couvert végétal, la multiplication des surfaces réfléchissantes et la chaleur rejetée par les générateurs électriques créent un différentiel de température pouvant atteindre 6 à 8 °C entre le centre-ville et les zones périurbaines encore boisées.

Un fardeau sanitaire invisible

La chaleur extrême est le tueur climatique le plus meurtrier au monde, devant les inondations et les cyclones. Pourtant, elle est aussi le moins visible : elle ne laisse pas de décombres, ne fait pas de « une » spectaculaire. Ses victimes meurent d’insuffisance cardiaque, de déshydratation sévère, d’aggravation de maladies chroniques — des causes de décès qui ne figurent jamais dans les registres sous la rubrique « vague de chaleur ».

Au Mali, les données épidémiologiques sur la mortalité liée à la chaleur sont quasi inexistantes — et c’est précisément là que réside le premier problème. Sans mesure, pas de mobilisation. Quelques études menées au niveau régional par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et des universités africaines commencent toutefois à établir des corrélations troublantes : dans les grandes villes sahéliennes, les semaines de chaleur extrême sont systématiquement associées à une surmortalité significative, notamment chez les nourrissons, les personnes âgées et les travailleurs du secteur informel.

À Bamako, ces derniers représentent la grande majorité de la population active : vendeurs de rue, maçons, mécaniciens, porteurs des marchés. Ces travailleurs passent dix à douze heures par jour en plein soleil, sans protection, sans accès à l’eau potable en quantité suffisante, sans couverture maladie. Lorsque la chaleur frappe, ils n’ont pas le luxe de « rester chez soi ». Leur corps paie le prix d’une économie qui n’a pas prévu l’urgence climatique.

L’aggravation systémique : énergie, eau, inégalités

La chaleur extrême ne frappe pas au hasard. Elle frappe les pauvres. À Bamako, les délestages électriques — qui peuvent atteindre huit à douze heures par jour durant les pics de consommation estivale — privent de climatisation ceux qui en possèdent, et de réfrigération ceux qui conservent nourriture et médicaments. Les climatiseurs eux-mêmes, accessibles à une minorité, aggravent localement l’effet d’îlot de chaleur en rejetant de l’air chaud vers les rues.

L’eau potable constitue un autre point de rupture. La chaleur accroît les besoins en hydratation au moment précis où les nappes phréatiques sont les plus basses et où la pression dans le réseau de distribution chute. Dans de nombreux quartiers périphériques, les habitants — souvent des femmes et des enfants — parcourent de longues distances pour s’approvisionner. Cette eau, lorsqu’elle est stockée dans des récipients exposés au soleil, atteint des températures incompatibles avec la sécurité alimentaire.

Les établissements de santé eux-mêmes ne sont pas épargnés. Plusieurs hôpitaux et centres de santé communautaires de Bamako fonctionnent sans climatisation dans les salles d’hospitalisation. Les médicaments thermosensibles — vaccins, insuline, solutés — sont régulièrement exposés à des températures dépassant les seuils de conservation. La chaleur fragilise donc non seulement les patients, mais aussi l’appareil de soins censé les prendre en charge.

Ce que les villes africaines peuvent faire — et ne font pas assez

Face à ce tableau, le fatalisme serait une erreur autant qu’une faute. Des solutions existent, éprouvées à des latitudes comparables, adaptables au contexte sahélien. Le premier impératif est celui de la connaissance : il est urgent de mettre en place des systèmes de surveillance épidémiologique sensibles à la chaleur, capables de détecter en temps réel les pics de mortalité et de morbidité liés aux températures. Sans données, aucune politique cohérente n’est possible.

Le deuxième champ d’action est urbanistique. La végétalisation urbaine — toitures végétalisées, alignements d’arbres, parcs de quartier — est l’un des leviers les plus efficaces et les moins coûteux pour lutter contre l’effet d’îlot de chaleur. Des villes comme Medellín en Colombie ou Ahmedabad en Inde ont démontré qu’une augmentation de 10 % du couvert végétal pouvait réduire la température locale de 2 à 3 °C. À Bamako, la disparition progressive des grands arbres des boulevards au profit du bitume est une régression qu’il faut inverser en urgence.

Le troisième levier est celui de l’architecture bioclimatique. Les constructions traditionnelles maliennes et sahéliennes — en banco, à ventilation naturelle, orientées pour capter les brises — étaient des réponses intelligentes au climat. La pression démographique et l’imitation de modèles constructifs inadaptés ont marginalisé ce savoir. Il est temps de le réhabiliter, en l’intégrant aux normes de construction et aux programmes de formation des professionnels du bâtiment.

Enfin, des plans d’action chaleur, sur le modèle de ceux mis en place après la canicule européenne de 2003 ou en Inde après la catastrophe d’Ahmedabad en 2010, doivent être élaborés et financés au niveau municipal. Ces plans prévoient des espaces de rafraîchissement accessibles à tous, des protocoles d’alerte précoce, des cellules de crise sanitaire et la prise en charge prioritaire des populations vulnérables lors des pics thermiques.

La responsabilité des États et de la communauté internationale

Le Mali et les pays du Sahel portent une responsabilité infime dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre — moins de 0,1 % pour le Mali. Et pourtant, ils figurent parmi les nations les plus exposées aux conséquences du dérèglement climatique. Cette injustice fondamentale doit être au cœur des négociations climatiques internationales.

Les fonds d’adaptation climatique — Fonds vert pour le climat, Fonds d’adaptation, mécanisme de pertes et dommages acté à la COP27 — doivent être mobilisés de façon bien plus ambitieuse pour financer des infrastructures de résilience thermique en Afrique subsaharienne. Les montants engagés restent dérisoires au regard des besoins. Et les procédures d’accès, souvent conçues pour des États dotés d’une administration rodée aux standards internationaux, excluent de facto les pays les plus fragiles — ceux-là mêmes qui en ont le plus besoin.

Les gouvernements africains, de leur côté, doivent cesser de traiter la chaleur extrême comme un problème météorologique et non comme un enjeu de santé publique et de sécurité nationale. Cela implique des budgets dédiés, des institutions compétentes, des plans d’urbanisme contraignants et, surtout, une volonté politique de protéger en priorité les populations les plus vulnérables plutôt que de multiplier les climatiseurs dans les bureaux de l’administration.

Nommer le problème pour le résoudre

Bamako qui brûle n’est pas une métaphore. C’est une réalité physiologique vécue chaque jour par des millions de personnes dont les corps — les corps des pauvres, des enfants, des vieux — absorbent les conséquences d’un monde qui se réchauffe trop vite. La chaleur extrême est une urgence de santé publique. Elle mérite d’être traitée comme telle : avec des données, des ressources, des plans d’action et, avant tout, une reconnaissance politique à la hauteur de la menace.

Le Sahel ne peut pas attendre que le reste du monde finisse de débattre. Les corps des Bamakois n’attendent pas. Les politiques publiques, elles, doivent enfin prendre la mesure de l’urgence.

Chiencoro Diarra 

22 mai 2026 0 comments
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A la UneEnquête

Exode rural au Sahel : causes profondes, chiffres clés et perspectives d’avenir

by Sahel Tribune 22 mai 2026
written by Sahel Tribune 6 minutes read

Chaque année, des dizaines de milliers de Sahéliens quittent leurs villages pour rejoindre les capitales ou tenter l’aventure vers d’autres horizons. Ce mouvement, que l’on nomme exode rural, remodèle en profondeur les sociétés du Sahel, transforme les villes et fragilise les campagnes. Comprendre ses causes, mesurer son ampleur et imaginer des réponses adaptées : c’est l’enjeu de cette analyse.

L’exode rural au Sahel n’est pas un phénomène nouveau. Depuis des générations, les populations de la région ont pratiqué des migrations saisonnières, quittant les campagnes pendant la longue saison sèche — qui dure en moyenne huit à neuf mois — pour rejoindre les villes, avant de rentrer aux champs à la saison des pluies. Mais ce mouvement, autrefois temporaire et cyclique, tend aujourd’hui à devenir permanent pour un nombre croissant de familles.

Au Mali, la transformation est saisissante. En 1960, seulement 11 % de la population vivait en ville. En 2024, le taux d’urbanisation a franchi la barre des 30 %, avec une accélération continue depuis les années 1990. Les projections des Nations Unies indiquent que le Mali atteindra la parité entre population urbaine et rurale dès 2030, soit un basculement historique en l’espace de deux générations.

Bamako incarne cette transformation mieux que tout autre indicateur : la capitale malienne croît à un rythme de 4,3 % par an et concentre à elle seule plus de la moitié de la population urbaine nationale. En 2009 déjà, 42,6 % de ses résidents n’y étaient pas nés, confirmant le rôle de carrefour migratoire de la métropole sahélienne.

Les causes : une convergence de facteurs

La recherche d’opportunités économiques demeure la première cause de l’exode rural au Sahel. En zone rurale, l’agriculture reste l’activité principale, mais elle souffre de faibles rendements, d’un accès limité aux intrants agricoles modernes et d’une dépendance aux aléas climatiques. Pour un jeune adulte sans perspective d’héritage foncier, partir représente souvent la seule voie vers un revenu régulier.

Les villes, et Bamako en tête, concentrent l’essentiel de l’administration publique, du commerce et des rares opportunités d’emploi formel. Cet écart de développement entre monde rural et monde urbain constitue ce que les économistes appellent un « différentiel d’attractivité » qui attire irrésistiblement les populations jeunes.

La dégradation des conditions climatiques amplifie ce mouvement. Au Sahel, la désertification progresse, les pluies se raréfient et deviennent imprévisibles, les terres arables se réduisent. Le HCR souligne que la région est confrontée à un exode rural sans précédent, alimenté par la réduction des zones agricoles productives et les multiples défis environnementaux qui privent les familles de leur base de subsistance.

« Le Sahel est confronté à un exode rural sans précédent, lié à la réduction des zones cultivables, à l’accès réduit à la terre et à la production agricole, et aux multiples défis environnementaux. », explique le Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (HCR)

Dans plusieurs zones du Mali, du Burkina Faso et du Niger, l’instabilité sécuritaire a transformé des exodes économiques en fuites forcées. Des villages entiers ont été abandonnés sous la pression des groupes armés, alimentant les flux vers les centres urbains. Des populations déracinées arrivent à Bamako, Niamey ou Ouagadougou avec peu de ressources et peu de liens dans des villes qu’elles ne connaissent pas, exposées selon le HCR à de nouveaux risques, notamment pour les femmes et les jeunes.

L’accès aux services de base constitue un facteur souvent sous-estimé. En 2022, 61,3 % des adultes (de 15 ans et plus) de Bamako avaient fréquenté l’école, contre seulement à 30 % en milieu rural, selon les données de l’institut national de la statistique. Cette inégalité d’accès à l’éducation pousse de nombreuses familles à s’installer en ville pour offrir à leurs enfants des perspectives que le village ne peut offrir. L’accès aux soins de santé, à l’électricité et aux réseaux numériques joue le même rôle d’attraction.

Les conséquences : un double déséquilibre

L’exode rural prive les zones rurales de leur force de travail la plus dynamique. Ce sont les jeunes en âge de produire qui partent en premier, laissant derrière eux des communautés vieillissantes, moins capables de maintenir les activités agricoles. Ce cercle vicieux contribue à l’affaiblissement progressif de la production vivrière, aggravant la dépendance alimentaire des villages envers les marchés urbains.

À Bamako comme dans les grandes villes sahéliennes, l’afflux de nouveaux arrivants dépasse la capacité d’absorption des infrastructures existantes. Routes saturées, quartiers périphériques qui s’étendent sans planification, pression sur les systèmes de santé et d’éducation, hausse des prix du logement : les défis sont immenses. Selon la Banque mondiale, cette urbanisation galopante peut constituer un frein à la croissance de la productivité urbaine si le niveau d’investissement public n’est pas suffisant.

En 2009, Bamako captait 61 % de la totalité des migrants internes au Mali. Cette concentration dans une seule ville témoigne d’un déséquilibre territorial profond que les autorités entendent aujourd’hui corriger en renforçant les villes secondaires comme Sikasso, Ségou et Mopti.

Les réponses : ce que font les autorités

Face à ce défi structurel, les autorités maliennes et leurs partenaires ont engagé plusieurs stratégies pour rendre les zones rurales plus attractives. Le Fonds International de Développement Agricole (FIDA) a soutenu depuis 1982 plus de treize projets au Mali pour un total de 537 millions de dollars, visant à moderniser l’agriculture, développer l’inclusion financière des petits producteurs et insérer les jeunes ruraux dans les filières agricoles.

Trois axes stratégiques structurent l’action publique : soutenir une agriculture résiliente face au changement climatique, promouvoir l’accès au crédit pour les entrepreneurs ruraux, et créer des opportunités économiques en milieu rural pour les jeunes. L’objectif est de réduire le différentiel d’attractivité entre ville et campagne, non en freinant l’urbanisation, mais en faisant du village un choix viable.

Le renforcement des villes secondaires représente un autre levier crucial. En développant Sikasso, Ségou ou Mopti comme pôles économiques régionaux, les autorités entendent redistribuer les flux migratoires et désengorger Bamako, tout en rapprochant les services des populations rurales.

Perspectives : quel Sahel en 2040 ?

Les projections dessinent un Sahel majoritairement urbain à l’horizon 2040-2043. Pour le Mali, les Nations Unies estiment qu’à cette échéance, près de 58 % de la population vivra en ville. Cette transformation est inéluctable, mais sa forme reste à écrire. Subie, elle engendre des métropoles ingérables et des campagnes abandonnées. Accompagnée par des politiques publiques volontaristes, elle peut devenir un levier de développement.

Le vrai enjeu n’est pas d’arrêter l’exode rural — ce serait aller contre l’histoire — mais de s’assurer que ceux qui restent en milieu rural vivent dignement, et que ceux qui migrent vers les villes trouvent les conditions d’une intégration réussie. C’est à cette double ambition que les États du Sahel, et le Mali en particulier, sont aujourd’hui confrontés.

L’exode rural au Sahel résulte d’une convergence de facteurs économiques, climatiques et sécuritaires. Au Mali, ce phénomène s’accélère : le pays devrait atteindre la parité urbain-rural dès 2030. Face à ce défi, les autorités maliennes misent sur la modernisation agricole, le développement des villes secondaires et l’inclusion économique des jeunes ruraux. L’objectif : transformer une migration subie en une mobilité choisie, au service du développement national.

Oumarou Fomba 

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Pr. Boureima Kansaye, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.
A la UneÉducation

Université à Koulikoro : le Mali poursuit sa stratégie de décentralisation du savoir

by Chiencoro 21 mai 2026
written by Chiencoro 5 minutes read

Le Conseil des ministres a adopté mercredi un décret affectant une parcelle de 100 hectares à Didiéni, dans la région de Koulikoro, pour la construction d’une nouvelle université. Une décision qui s’inscrit dans une politique systématique de régionalisation de l’enseignement supérieur, engagée depuis 2022 par les autorités de la Transition.

En moins de quatre ans, le Mali aura posé les fondations juridiques et foncières de sept universités régionales, du désert de Tombouctou aux plaines du Kénédougou. Mercredi 20 mai, le Conseil des ministres réuni à Koulouba sous la présidence du Général d’Armée Assimi Goïta a adopté un nouveau décret d’affectation, attribuant au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique une parcelle de 100 hectares 49 ares à Didiéni, commune rurale du Cercle de Kolokani, dans la région de Koulikoro. Objectif : y construire une université destinée à « accroître les offres de formation en tenant compte des potentialités de la Région et des besoins du marché du travail ».

Ce décret est le dernier jalon d’une initiative présidentielle d’envergure qui constitue l’une des réformes structurelles majeures du « Mali Kura » —promise par Assimi Goïta depuis son arrivée au pouvoir en 2021.

Un maillage universitaire inédit

Le chantier a débuté en juillet 2022, lorsque le gouvernement malien a adopté simultanément trois lois portant création de l’Université de Sikasso, de l’Université de Gao et de l’Université de Tombouctou. Pour l’une des rares fois dans l’histoire du pays, des établissements d’enseignement supérieur public allaient voir le jour hors de Bamako, où sont historiquement concentrées les grandes universités maliennes — l’Université des Sciences sociales et de Gestion (USSGB), l’Université des Lettres et des Sciences humaines (ULSHB) ou encore l’École nationale d’ingénieurs Abderhamane Baba Touré.

La plus avancée à ce jour est l’Université de Sikasso, dont la première pierre a été officiellement posée le 22 juin 2024 par le chef de l’État lors de sa première visite officielle dans la capitale du Kénédougou. Bâtie sur une superficie de 400 hectares dans la commune de Gongasso, à 40 kilomètres de la ville, elle doit accueillir 8 facultés et 5 instituts, un campus numérisé, un internat pour 20 000 étudiants et des logements pour 700 professeurs. Son coût de réalisation est estimé à 133,24 milliards de francs CFA.

En février 2025, une ordonnance a créé l’Université polytechnique de Bandiagara, dans la région de Mopti, avant que la loi portant création de l’Université de Kayes ne soit adoptée en juin 2025. Pour cette dernière, le Conseil des ministres du 23 avril 2026 a affecté au ministère de l’Enseignement supérieur une parcelle de 200 hectares à Diyala, dans la commune rurale de Liberté Dembaya, destinée à accueillir le futur campus.

Avec le décret du 20 mai concernant Koulikoro, le Mali compte désormais sept universités régionales en cours de création ou de planification : Sikasso, Gao, Tombouctou, Bandiagara, Kayes, et à présent Koulikoro — sans compter les structures partielles déjà opérationnelles, comme l’Institut universitaire de développement rural de Sikasso, dont les activités ont été lancées dès janvier 2024 dans des locaux provisoires en ville, le temps que le campus définitif soit achevé.

Désenclaver par le savoir

La logique qui sous-tend cette politique est à la fois démographique et économique. Le Mali compte plus de 23 millions d’habitants, dont une majorité vit en dehors de Bamako. Les bacheliers des régions éloignées — Kayes à l’ouest, Gao et Tombouctou au nord — devaient jusqu’ici rejoindre la capitale pour accéder à l’enseignement supérieur public, engendrant des coûts prohibitifs pour de nombreuses familles et une pression croissante sur les campus bamakois, notoirement surchargés.

L’enseignement supérieur malien bénéficiera, selon les autorités, de la création d’universités régionales et de centres d’intelligence artificielle, dans le cadre d’une réforme plus large du système éducatif. Les États généraux de l’éducation, dont le rapport a été remis au président Goïta en mars 2024, ont confirmé cette orientation, préconisant une décentralisation profonde des opportunités de formation sur l’ensemble du territoire.

Chaque université est conçue pour s’articuler avec les ressources et les besoins spécifiques de sa région. Celle de Koulikoro devra ainsi valoriser les « potentialités » d’une région connue pour son agriculture, son élevage et sa proximité avec le fleuve Niger. Celle de Kayes devait répondre aux besoins d’une région minière, frontalière du Sénégal et de la Mauritanie, dont les populations entretiennent traditionnellement de forts liens avec la diaspora malienne en France.

Une réforme dans l’ADN du « Mali Kura »

Au-delà des chiffres, la politique de régionalisation universitaire est devenue l’un des symboles les plus visibles de la stratégie de légitimation intérieure des autorités de la Transition. En portant l’université hors de Bamako, le général d’armée Assimi Goïta envoie un signal fort aux populations des régions historiquement marginalisées dans l’accès aux services de l’État.

Pour de nombreux observateurs, la création de ces universités régionales constitue un signal fort adressé à la jeunesse malienne : celui d’un État qui prépare l’avenir par le savoir. Une lecture que les autorités de Bamako cultivent soigneusement. Le président Goïta a toujours fait savoir que cette transition est celle de la jeunesse. Pour l’avenement du Mali Kura, il faut le Maliden kura. Celui-ci ne pourrait voir le jour qu’à travers une formation adaptée. 

Chiencoro Diarra 

21 mai 2026 0 comments
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Véhicules électriques
A la UneÉconomie

Voitures électriques : comment la crise pétrolière mondiale accélère la transition énergétique

by Sahel Tribune 21 mai 2026
written by Sahel Tribune 5 minutes read

L’AIE a publié mercredi 20 mai 2026, ses Perspectives mondiales sur les véhicules électriques 2026. Un rapport record, dans un contexte de crise pétrolière mondiale, qui relance des questions sur les ressorts cachés de la transition énergétique.

Les chiffres donnent le vertige. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié hier mercredi son rapport annuel Global EV Outlook 2026, et le tableau qu’il dresse est sans équivoque : la voiture électrique n’est plus un phénomène de niche. En 2025, plus de 20 millions de véhicules électriques ont été vendus dans le monde, représentant un quart de l’ensemble des voitures neuves écoulées sur la planète. Pour 2026, l’AIE projette 23 millions d’unités, soit près de 30 % du marché mondial.

L’Europe affiche une progression d’environ 30 % des ventes sur un an au premier trimestre 2026. L’Asie-Pacifique hors Chine bondit de 80 %. L’Amérique latine progresse de 75 %. En mars dernier, une trentaine de pays ont même battu des records mensuels de ventes. La dynamique est là, massive, et elle s’emballe dans un contexte de crise pétrolière mondiale née du conflit au Moyen-Orient.

La crise du pétrole, moteur inattendu de l’électromobilité

C’est l’un des paradoxes saisissants que soulève le rapport de l’AIE : la guerre au Moyen-Orient, en faisant flamber les prix du pétrole, accélère précisément la transition qu’elle semblait menacer. L’agence constate que les consommateurs, sensibles à la volatilité des prix à la pompe, se tournent de plus en plus vers les véhicules électriques, dont les coûts d’usage s’avèrent structurellement inférieurs à ceux des moteurs thermiques. En avril, les économies annuelles liées à l’utilisation d’un véhicule électrique en Europe ont crû de 35 % par rapport à 2025.

« La popularité croissante des véhicules électriques a marqué un tournant majeur pour les marchés automobiles et le système énergétique dans son ensemble, et apporte un certain soulagement face à la plus grande pénurie de pétrole de l’histoire », a déclaré Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE. Sans nouvelles politiques, le parc mondial de véhicules électriques devrait atteindre 510 millions d’unités d’ici 2035, contre 80 millions aujourd’hui.

« Le Sud risque de subir une transition par la pénurie. Les financements pour les hydrocarbures se tarissent, alors que les infrastructures locales tardent à émerger. », écrivait notre analyste Chiencoro Diarra, en octobre 2025, alors que le Mali subissait de plein fouet une pénurie d’approvisionnement en hydrocarbure. 

Le Mali, cobaye malgré lui d’une transition imposée ?

Dans ce contexte de bascule énergétique mondiale, la crise traversée par le Mali à l’automne 2025 mérite qu’on s’y arrête. Depuis fin septembre 2025, le pays vivait au rythme d’une grave pénurie de carburant : des attaques répétées du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, visaient les convois de camions-citernes acheminant l’essence depuis le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Bamako se retrouvait à six heures d’électricité par jour, les stations-service à sec, le marché noir florissant.

Nous avions alors consacré une enquête à la géopolitique cachée derrière la pénurie d’essence. Sa thèse : derrière les stations asséchées et les files d’attente à Bamako se jouerait « une bataille géopolitique mondiale entre puissances concurrentes, transition énergétique imposée et quête de souveraineté africaine ». Nous pointions notamment le tarissement des financements internationaux pour les hydrocarbures, au moment même où les infrastructures solaires ou gazières locales tardent à émerger. Notre conclusion était sans appel : le Mali, comme d’autres États africains enclavés, pourrait être « contraint d’évoluer non par choix, mais par manque ».

Cette lecture — celle d’une transition par la pénurie, contrainte et non choisie — résonne avec une acuité particulière à la lecture du rapport de l’AIE. Le document reconnaît lui-même que la crise pétrolière en cours « pourrait amener de nombreux pays à accélérer leurs politiques en faveur des véhicules électriques », en citant notamment des pays d’Asie du Sud-Est qui ont déjà annoncé des incitations fiscales supplémentaires en réponse à la crise énergétique. La mécanique est là, qu’elle soit délibérée ou non : la pénurie de pétrole pousse vers l’électrique.

La Chine, maître du jeu mondial

Reste à savoir qui profite de cette accélération. La réponse est sans ambiguïté dans le rapport de l’AIE : la Chine. Les constructeurs chinois ont fourni 60 % des véhicules électriques vendus dans le monde en 2025, tandis que les constructeurs européens et nord-américains en assuraient chacun environ 15 %. La Chine concentre plus de 80 % de la production mondiale de cellules de batteries et une part encore plus grande pour les matériaux critiques qui les composent. Ses exportations de voitures électriques ont doublé en un an, dépassant 2,5 millions d’unités, et dans les marchés hors des trois grandes zones (Chine, Europe, États-Unis), 55 % des électriques vendues étaient « Made in China ».

Pour les pays du Sahel et d’Afrique subsaharienne, cette réalité pose une question de souveraineté redoutable : sortir de la dépendance au pétrole importé pourrait signifier entrer dans une nouvelle dépendance, technologique celle-là, vis-à-vis de Pékin. La transition énergétique, aussi nécessaire soit-elle au regard du climat, ne saurait être pensée sans cette dimension stratégique.

En 2025, les ventes mondiales de camions électriques ont plus que doublé, représentant près d’un camion sur dix vendu dans le monde. L’AIE estime que le parc mondial de véhicules électriques a évité la consommation de 1,7 million de barils de pétrole par jour en 2025. Ce chiffre devrait tripler d’ici 2030, selon les projections de l’agence.

Oumarou Fomba 

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