Accueil » Blog » A la Une » À Lomé, le Mali appelle à « travailler avec le Sahel », pas à sa place

À Lomé, le Mali appelle à « travailler avec le Sahel », pas à sa place

0 comments 1 views 3 minutes read

Lors du lancement de la stratégie Sahel du Togo, le chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Diop, a plaidé pour une refonte des approches internationales dans la lutte contre le terrorisme. Au cœur de son message : souveraineté, coopération régionale et rejet des modèles imposés de l’extérieur.

Réuni à Lomé le 18 avril, à l’occasion du lancement de la stratégie Sahel du Togo, le ministre malien des Affaires étrangères a salué une initiative « inclusive » et adaptée aux réalités sécuritaires de la région. Devant les autorités togolaises et plusieurs partenaires internationaux, Abdoulaye Diop a insisté sur la nécessité d’une action concertée, respectueuse des États directement concernés.

Le diplomate a notamment transmis les remerciements des autorités maliennes, à leur tête le général d’armée Assimi Goïta, au président togolais Faure Gnassingbé pour son engagement en faveur de la stabilité régionale.

Le Sahel, « victime de crises venues d’ailleurs »

Dans un discours aux accents politiques, Bamako a rappelé sa lecture des crises sahéliennes. Pour le Mali, celles-ci ne sont pas uniquement endogènes. Abdoulaye Diop a pointé des facteurs externes, évoquant notamment l’intervention occidentale en Libye comme élément déclencheur d’une instabilité durable.

Au-delà du diagnostic, il a appelé à une compréhension globale du phénomène terroriste, intégrant ses dimensions sécuritaires mais aussi sociales, économiques et géopolitiques. Une approche « holistique », selon ses termes, qui guide désormais l’action des pays sahéliens.

L’Alliance des États du Sahel comme pivot

Le ministre a longuement défendu la dynamique de l’Alliance des États du Sahel (AES), créée en juillet 2024 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Il a mis en avant les résultats obtenus en matière de sécurité, de diplomatie et de développement, autour d’un triptyque devenu central : défense, diplomatie et développement.

Aux côtés du capitaine Ibrahim Traoré et du général Abdourahamane Tiani, le président malien incarne, selon Bamako, une nouvelle vision régionale fondée sur l’intégration et la souveraineté.

Une critique assumée des interventions extérieures

Le cœur du message malien réside dans une remise en cause des stratégies internationales. Trop nombreuses, mal coordonnées et parfois déconnectées du terrain, ces initiatives doivent, selon Bamako, être repensées.

« Travailler avec le Sahel et non sur le Sahel », a insisté Abdoulaye Diop, appelant les partenaires à soutenir les politiques nationales plutôt qu’à s’y substituer. Une critique directe des approches jugées paternalistes, voire contre-productives.

Le ministre a également évoqué la nécessité de développer des mécanismes de sécurité « endogènes », financés et pilotés par les Africains eux-mêmes.

La question sensible de la confiance régionale

Autre point central : la coopération sécuritaire. Si celle-ci est jugée indispensable, elle reste entravée par un déficit de confiance entre États. Bamako appelle à des partenariats pragmatiques, d’abord bilatéraux, avant d’élargir progressivement la coopération.

Le ministre a aussi évoqué, sans les nommer, certains pays accusés de soutenir ou d’abriter des groupes armés, soulignant que la lutte contre le terrorisme exige une définition commune de la menace.

Vers une recomposition géopolitique ouest-africaine

Dans un contexte marqué par la coexistence de blocs régionaux, le Mali appelle à une nouvelle articulation entre les différentes organisations d’Afrique de l’Ouest. L’objectif : préserver les intérêts des populations tout en évitant la fragmentation des initiatives.

« Nos destins sont liés », a conclu Abdoulaye Diop, plaidant pour une coopération fondée sur la solidarité, la transparence et le respect mutuel.

Au-delà du cadre diplomatique, l’intervention malienne à Lomé s’apparente à une déclaration de doctrine. Elle confirme l’orientation stratégique de Bamako : affirmation de la souveraineté, rejet des ingérences et promotion d’un partenariat redéfini avec la communauté internationale.

Dans une région en recomposition, le Sahel entend désormais peser sur les règles du jeu.

A.D


En savoir plus sur Sahel Tribune

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Veuillez laisser un petit commentaire pour nous encourager dans notre dynamique !