Victime de l’excision, « je ne pourrai pas donner naissance »

Victime de l’excision, « je ne pourrai pas donner naissance »
Une jeune fille triste. Image d'illustration. Crédit photo: Pixabay

Dans cet article, Fatoumata Z. Coulibaly prête sa plume à Kadidia [pseudonyme], une victime de mutilation génitale féminine, qui revient sur son passé. Un passé qui ruine de jour en jour sa vie conjugale. Ce qui l’a d’ailleurs conduit à s’engager farouchement dans la lutte contre les Mutilations Génitales Féminines.

« Âgée d’une trentaine d’années, je fais partie d’une famille conservatrice. L’excision est une tradition chez nous. Si une fille n’est pas excisée, elle devient la risée du village, a-t-on coutume de dire. Les gens vont jusqu’à la traiter de “Bilakoro-muso”, une manière de dire qu’elle n’est pas une femme accomplie ou pure. Ainsi, toutes les filles de notre tribu subissent l’excision, souvent, sous sa forme la plus grave : l’infibulation, c’est-à-dire la coupure totale des lèvres.

Plusieurs des femmes qui font cette pratique utilisent un seul couteau sur toutes les filles. La pratique est ainsi faite sans hygiène, ni anesthésie et autres soins intensifs. À l’époque, parler de ce sujet était vraiment tabou, surtout dans nos sociétés traditionnelles.

J’avais 8 ans

Je me rappelle comme si c’était hier, le jour où ma grand-mère m’a amené chez l’exciseuse traditionnelle de notre village. J’avais 8 ans alors que les filles de chez nous sont excisées généralement à l’âge de 2 ou 3 ans. Le fait de vivre en ville avec ma tante m’a temporairement épargnée.

C’est lors de ma venue au village pour passer les vacances que j’ai subi cette pratique. Ce jour-là, ma grand-mère avec qui je dormais m’a réveillé très tôt le matin pour me demander de l’accompagner chez la vieille du village – une de ses amies. Une fois arrivée, j’ai pu constater que j’étais la plus âgée parmi les filles présentes sur le lieu. Derrière une case, les vieilles amenaient les petites filles les unes après les autres.

Soit forte ! Soit forte !

J’entendais des cris. Soudain, je me vois entre leurs mains avec l’aide de ma grand-mère. Elles ont maintenu mes deux bras et mes jambes au sol avec l’aide d’une autre personne qui tenait ma tête pour que je ne bouge pas trop. J’ai senti qu’on m’enlevait une partie en moi. J’ai crié sans relâche. Par fini, je me suis vu baigner dans mon sang qui coulait. À peine, j’avais du mal à me relever pour marcher.

Le travail une fois exécuté sur mon appareil génital, la vieille a donné une poudre noire à appliquer sur la partie blessée chaque matin et au coucher. Après quelques heures de forte douleur et de pleurs, nous sommes rentrées à la maison. J’ai passé des jours avec ma grand-mère, je saignais. Et tout ce qu’elle trouvait à me dire : “soit forte ! Soit forte ! Tu es devenue maintenant une femme pure”.

Infection grave

Je me rappelle encore, des années après cette pratique néfaste et dangereuse, j’ai commencé à souffrir pendant mes menstruations. En plus de cela, j’ai contracté une infection grave.

J’ai donc fait des consultations gynécologiques. Une situation qui m’écœurait. Je voulais coûte que coûte suivre mes études. Car, j’étais la seule enfant de mes parents à avoir la chance d’aller en grande ville pour étudier. Hélas ! La situation dans laquelle je vivais ne m’a pas permis de réaliser mon rêve. Les séquelles de l’excision sur moi ont été la cause de l’abandon total de mes études.

Chambre de noce 

C’est le jour de mon mariage que j’ai su que j’étais confrontée à une situation délicate que j’ignorais. Ce jour-là, dans la chambre de noce, je n’ai pas pu faire le premier rapport sexuel avec mon mari. Les vieilles ont supposé que cela s’explique par le fait que je sois vierge.

Difficile pour une autre personne de comprendre ma douleur – la souffrance que je vis actuellement dans mon foyer. J’ai du mal dans l’intimité avec mon mari que je n’arrive même pas à satisfaire au lit. Pis encore, après huit ans de mariage, je n’arrive toujours pas à lui faire un enfant.

A cause de l’excision, je n’arrive pas à bien consommer mon mariage jusque-là où je vous fais cette confidence. Malgré tant de traitements gynécologique et même thérapeutique. De mon dernier résultat de consultation, il en ressort que je ne pourrai pas donner naissance parce que je souffre d’endométriose, une infection de l’utérus ».

Cri de cœur

Il est temps de mettre fin à cette pratique qui ne fait que nuire la vie de la jeune fille et de la femme. Jusqu’à ce jour, aucun bénéfice n’a été déclaré sur le côté sanitaire. La première des conséquences est l’hémorragie. L’excision est pratiquée par des personnes qui ne sont pas identifiées comme étant Agents de santé.

Je pense qu’il faut, sans plus tarder, une loi interdisant cette pratique dangereuse. Ainsi, l’appel que je lance aux autorités et aux exciseuses est : le vote et la mise en application stricte, pour le respect des droits humains, d’une politique nationale de lutte contre toutes pratiques traditionnelles néfastes sont nécessaires. Que le gouvernement multiplie les initiatives d’informations et de sensibilisation. Car les chiffres sont alarmants. 91 % des femmes de 15 à 49 ans ont été victimes de mutilations génitales féminines, selon l’enquête démographique et de santé au Mali réalisée en 2013.

À toutes celles qui la pratiquent, qu’elles sachent qu’elles portent atteinte à la vie humaine, que l’excision peut causer l’infertilité chez la femme.

Fatoumata Z. Coulibaly

Sahel Tribune

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