Tchad : les inondations à N’Djamena renforcent la crise humanitaire et font craindre l’apparition d’épidémies

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Depuis mi-août, le centre et le sud du Tchad sont frappés par des graves inondations, les dernières touchant la capitale, N’Djamena, où deux fleuves ont débordé, laissant des quartiers entiers submergés par les eaux.

L’organisation internationale médicale Médecins Sans Frontières (MSF) a mis en place une réponse d’urgence pour faire face aux besoins les plus pressants des personnes ne disposant que d’un accès minimal aux services essentiels, et exposés à des risques accrus d’épidémies.

« Les dernières inondations viennent aggraver une situation humanitaire déjà terrible, explique Alexis Balekage, coordinateur du projet d’urgence MSF à N’Djamena. Le Tchad connait chaque année des inondations, mais en 2022, un nouveau seuil est franchi. Les crues ont conduit à des déplacements de populations à grande échelle et ont engendré des besoins immenses dépassant largement la réponse actuelle, le tout dans un pays qui continue d’être quasi invisible sur la scène internationale. »

Plus de 155 000 habitants sans domicile

La récente et dramatique montée du niveau des fleuves Chari et Logone, qui ont atteint jusqu’à 8,14 mètres près de leur confluence à N’Djamena, et qui les a fait déborder, est attribuée à des chutes de pluies exceptionnellement fortes dans le sud du pays. Au 15 novembre, plus de 155 000 habitants de la capitale ont été forcés de quitter leur foyer à cause des inondations, selon les Nations Unies. Ces personnes ont trouvé refuge dans différents sites de déplacés officiels ou informels. Cela les éloigne davantage des services essentiels, ce qui les rend plus vulnérables à des risques de santé sérieux, en particulier dans un contexte de pic saisonnier du paludisme.

« Les personnes déplacées vivent dans des conditions précaires et parfois de surpeuplement, avec un accès restreint à l’eau potable, à la nourriture et à une hygiène correcte, continue Alexis Balekage. Les eaux stagnantes risquent de devenir un lieu de reproduction pour les moustiques, ce qui va probablement favoriser la transmission du paludisme, une des premières causes de mortalité au Tchad. Nous craignons également l’apparition et la propagation d’autres maladies hydriques et infectieuses si le niveau des eaux ne diminue pas rapidement et que la réponse humanitaire n’est pas renforcée afin de subvenir aux besoins des populations. »

Menace contre la production agricole et la sécurité alimentaire

Depuis plusieurs semaines, des maisons, des écoles, des structures de santé et des marchés sont complètement submergés par les eaux. Des personnes utilisent des canons pour rejoindre certains quartiers inondés, et ces embarcations sont perçues par les hippopotames comme des dangers qu’ils attaquent. En une semaine seulement, cinq personnes, dont une femme enceinte, ont perdu la vie pour cette raison.

Les inondations ont également touché des infrastructures vitales comme le réseau d’approvisionnement en eau et les routes, et entraînent des conséquences graves sur les moyens de subsistance d’une population dépendant grandement de l’agriculture. Plus de 465 000 hectares de plantations ont ainsi été endommagés et plus de 19 000 têtes de bétail sont mortes, occasionnant des inquiétudes quant à la production agricole et à la sécurité alimentaire.

« Notre maison a été inondée. Dans les chambres, l’eau a atteint 1,2 mètre, témoigne Doglessa, qui a trouvé refuge dans le site de Walia Hadjarai, à N’Djamena. Ma famille et moi sommes partis ensemble. Nous vivons maintenant dans une tente, exposés au froid, aux moustiques et à tous les autres dangers. Notre unique hectare de riz a été englouti par les eaux et je suis donc sans emploi. À cause des inondations, nous ne pouvons pas nous rendre rapidement dans un centre de santé pour y voir un docteur. De plus, la consultation n’est pas gratuite et cela pose des problèmes alors que je suis sans revenu. Mon plus grand souhait est que le niveau des eaux baisse au plus vite pour que nous puissions rentrer chez nous. »

À Toukra, dans le sud de la capitale, un centre de santé soutenu par MSF a été complètement inondé, obligeant le personnel à transférer les patients et les activités dans un autre centre de soins.

L’appui du MSF et du ministère de la Santé

Les équipes MSF, en collaboration avec le Ministère de la Santé, mènent des cliniques mobiles dans les sites d’accueil des sinistrés et appuient des centres médicaux existants à proximité, comme dans les sites de Toukra, Ngueli, Guilmey, Melezi, Digangali, Karkanjeri, Miskine, Walia-Hadjarai et le lycée de Walia. En plus des soins de santé générale, d’un soutien nutritionnel et vaccinal, elles fournissent des services d’eau et d’assainissement.

Durant les dernières semaines, les équipes MSF ont effectué plus de 15 500 consultations, principalement des cas de paludisme, d’infections respiratoires et de diarrhées. Au moins 80 patients ont également été transférés à l’hôpital pour des soins spécialisés et 345 bébés ont été vaccinés contre des maladies infantiles courantes. Les équipes ont également fourni de l’eau potable ainsi que des biens de première nécessité, incluant des kits d’hygiènes et des kits de prévention du paludisme, aux familles déplacées.

Depuis début 2022, le Tchad est victime de conditions météorologiques extrêmes en lien avec le changement climatique, et cela prend la forme de graves sécheresses et de précipitations irrégulières. Selon les autorités de santé locales, plus d’un million de personnes à travers 18 des 23 régions du pays ont été affectées.

« Si l’on observe en particulier la situation à N’Djamena, nous anticipons que les conséquences dramatiques des inondations perdureront de nombreuses semaines encore, confie Sami Al Subaihi, Chef de Mission pour MSF au Tchad. Comme le niveau des eaux baisse lentement, il n’y a malheureusement pas de raison de penser que la situation va s’améliorer dans un avenir proche, ni même que les personnes pourront retourner chez elles. La réponse d’urgence MSF a pour but de subvenir aux besoins immédiats des populations, mais il est impératif de mobiliser des fonds additionnels ainsi que de développer un programme à plus long terme qu’une réponse durable et adaptée à cette crise puisse voir le jour. »

Source : MSF

Sahel Tribune
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