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Sénégal-FMI : un accord à 2,2 milliards de dollars, mais une confiance encore à reconstruire

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Près de trois ans après la suspension de leur précédent programme, le Fonds monétaire international et Dakar se sont accordés sur le principe d’un nouveau prêt de 36 mois. Un soulagement pour un pays étranglé par une dette équivalente à 132 % du PIB, mais un accord encore suspendu à plusieurs conditions politiques et financières.

Le Fonds monétaire international (FMI) et le Sénégal ont annoncé, mardi 1er septembre, un accord de principe sur un prêt de 2,2 milliards de dollars (environ 1 240 milliards de francs CFA), destiné à appuyer Dakar dans le rétablissement de sa santé financière. Le pays reste aux prises avec une dette publique vertigineuse, évaluée à 132 % du produit intérieur brut. L’accord, conclu au terme d’une mission menée à Dakar du 19 août au 1er septembre par Mercedes Vera Martin, porte sur un programme de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), équivalant à 475 % de la quote-part du Sénégal auprès de l’institution.

La dette cachée, origine de la rupture entre Dakar et le FMI

L’accord n’a toutefois rien d’acquis. Il doit encore être soumis à l’approbation de la direction, puis du conseil d’administration du FMI. Mercedes Vera Martin a précisé que cette validation exigeait au préalable la mise en œuvre de « mesures correctives résolues » pour appuyer la demande de dérogation formulée par les autorités sénégalaises dans le dossier des déclarations erronées de données, ainsi que la réception d’assurances de financement de la part des partenaires du pays. Autrement dit, Dakar doit encore convaincre le Fonds, et ses créanciers, que l’épisode de la dette dissimulée appartient bien au passé.

Cette prudence institutionnelle s’explique par l’origine même de la crise. La décision de mardi intervient près de trois ans après la suspension par le FMI de son précédent programme avec Dakar, doté de 1,8 milliard de dollars, à la suite de la révélation d’une dette cachée contractée sous l’administration de l’ex-président Macky Sall, au pouvoir de 2012 à 2024. Un audit de la Cour des comptes, publié en septembre 2024 après l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et de son premier ministre sortant Ousmane Sonko, avait mis au jour des engagements non déclarés depuis longtemps évalués à plusieurs milliards de dollars, faisant grimper le ratio dette/PIB officiel bien au-delà des chiffres jusque-là communiqués. La révélation a entraîné plusieurs dégradations successives de la note souveraine du pays par les agences Moody’s et Standard & Poor’s, ainsi qu’un effondrement de la valeur des euro-obligations sénégalaises sur les marchés internationaux.

Trois ans de méfiance à reconstruire avec les créanciers

Le chemin vers cet accord a été semé d’à-coups politiques, qui ont directement pesé sur la confiance des investisseurs. Ces derniers mois, chaque prise de parole des autorités sénégalaises sur l’hypothèse d’une restructuration de la dette a fait bondir ou chuter le cours des obligations du pays. L’ancien premier ministre Ousmane Sonko avait ainsi publiquement écarté cette option, qu’il jugeait trop coûteuse à long terme et risquée pour l’image du pays auprès des investisseurs. Ces déclarations, conjuguées à l’incertitude qui a longtemps entouré l’issue des négociations avec le FMI, ont nourri une prime de risque durable sur la dette sénégalaise, renchérissant le coût de tout retour du pays sur les marchés internationaux.

Sur le plan macroéconomique, la conjoncture offre quelques motifs d’optimisme prudent. L’économie sénégalaise a progressé de 6,7 % en 2025, portée par la première année complète de production pétrolière du pays. La croissance hors hydrocarbures, elle, avait ralenti à 2,2 % sur la même période, avant de rebondir à 4,7 % au premier trimestre 2026, soutenue par la consommation des ménages. Des indicateurs que Dakar met en avant pour démontrer la capacité du pays à honorer un programme de réformes budgétaires exigeant, sur fond de dépenses sociales à préserver et d’un espace budgétaire durablement rétréci par le poids de la dette.

Le FMI de retour, les marchés toujours dans l’attente

Au-delà du chiffre, cet accord constitue un test politique pour le gouvernement issu de la coalition Pastef. Arrivé au pouvoir en promettant la rupture avec les pratiques budgétaires de ses prédécesseurs, l’exécutif de Bassirou Diomaye Faye doit désormais démontrer sa capacité à gérer les grands équilibres macroéconomiques sans renier son discours de souveraineté économique. Le retour du FMI, longtemps présenté par une partie de la classe politique sénégalaise comme un aveu de dépendance, est aussi un signal adressé aux bailleurs bilatéraux et aux marchés : celui d’un pays qui accepte la surveillance de ses comptes publics en échange d’un accès retrouvé au financement international.

Ce dossier s’inscrit plus largement dans une série de tensions entre plusieurs États ouest-africains et leurs créanciers internationaux, sur fond de coûts d’emprunt élevés et de marges de manœuvre budgétaires réduites. Sahel Tribune a régulièrement documenté la manière dont la dette souveraine pèse sur les trajectoires de développement de plusieurs pays de la région, entre exigences des créanciers et priorités sociales des gouvernements.

Reste désormais à savoir dans quel délai le conseil d’administration du FMI pourra examiner ce dossier. Reuters avait fait état, la veille de l’annonce, de développements jugés « positifs » attendus à l’issue de la mission, sans toutefois lever toutes les incertitudes qui entourent la mise en œuvre des conditions posées par l’institution.

Chiencoro Diarra 

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