Home A la Une À l’ONU, Doumbouya donne voix à une doctrine souverainiste qui dépasse désormais le seul Sahel

À l’ONU, Doumbouya donne voix à une doctrine souverainiste qui dépasse désormais le seul Sahel

0 comments 222 views 3 minutes read

À la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, le président guinéen Mamadi Doumbouya a défendu une gouvernance adaptée aux réalités africaines et mis en avant les investissements financés par les ressources nationales. De la Guinée au Sahel, ce discours témoigne de la place croissante des références à la souveraineté économique et institutionnelle dans les débats africains sur le développement.

Il y a un exercice de lecture comparée que la presse n’a, jusqu’ici, pas vraiment tenté sur le discours prononcé mardi par Mamadi Doumbouya devant l’Assemblée générale des Nations unies. Le président guinéen y a dressé un bilan économique conséquent. Plus de mille kilomètres de routes bitumées, mégaprojet minier de Simandou entré en exploitation après trois décennies d’attente, trois raffineries d’alumine en construction, cycle électoral intégralement autofinancé par le Trésor national. Mis en regard avec la rhétorique développée depuis deux ans par les autorités de transition maliennes, burkinabè et nigériennes, réunies au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ce discours prend un relief particulier. Celui d’une doctrine de développement souverainiste qui, née dans le Sahel, semble désormais infuser bien au-delà de cette seule région.

Une même grille de lecture du développement

Le parallèle s’observe dès les premières lignes. « Le modèle de gouvernance importé, sans adaptation, sur notre continent, peinait à porter les fruits attendus par nos populations », affirme Mamadi Doumbouya, reprenant une critique déjà formulée à cette même tribune en 2023. Cette insistance sur l’adaptation des modèles de développement aux réalités locales constitue précisément l’un des axes que les autorités de transition sahéliennes ont placés au cœur de leur propre communication institutionnelle depuis 2023, qu’il s’agisse de la promotion de ce que Bamako appelle des « solutions maliennes aux problèmes maliens » ou de la valorisation systématique des grands chantiers nationaux.

“

Le modèle de gouvernance importé, sans adaptation, sur notre continent, peinait à porter les fruits attendus par nos populations

Autre écho notable : l’insistance sur le financement intégralement national des processus électoraux et des grands projets d’infrastructure. « L’intégralité de son cycle électoral […] financée à cent pour cent par le Trésor guinéen », souligne Doumbouya avec fierté, quand les communiqués officiels maliens rappellent régulièrement que tel hôpital militaire, tel centre de recherche en intelligence artificielle ou tel état-major de forces spéciales a été « entièrement financé sur le budget national ». Dans les deux cas, l’autofinancement devient la preuve la plus tangible d’une souveraineté effectivement recouvrée.

“

L’intégralité de son cycle électoral […] financée à cent pour cent par le Trésor guinéen

L’Asie et le Golfe comme nouveaux points de repère

Le passage le plus révélateur du discours guinéen reste celui où Mamadi Doumbouya invite ses pairs à « regarder l’Asie » et « certains pays du Proche-Orient », qui auraient su, selon lui, s’inspirer de l’expérience universelle « tout en l’adaptant à leur propre génie national » pour accomplir « en une génération » ce que d’autres ont mis un siècle à réaliser. Cette référence aux trajectoires de développement accéléré de Singapour, des Émirats arabes unis ou de la Chine s’inscrit dans un mouvement plus large de relecture, par plusieurs dirigeants africains, des grilles classiques du développement. Un mouvement où l’appropriation nationale des choix économiques et institutionnels est présentée comme la condition d’une croissance véritablement bénéfique aux populations.

Ce n’est sans doute pas un hasard si Mamadi Doumbouya avait fait le déplacement, en novembre dernier, pour l’inauguration du site de Simandou, aux côtés du Rwandais Paul Kagame et du Gabonais Brice Oligui Nguema. Deux autres dirigeants dont les trajectoires nationales sont, elles aussi, régulièrement citées en exemple de transformation économique rapide portée par un État volontariste. En convoquant l’Asie et le Golfe plutôt que le seul exemple sahélien, le président guinéen inscrit sa démarche dans une généalogie plus large que celle de l’AES, tout en articulant, dans le fond, une vision du développement largement partagée par ses homologues du continent.

Ce discours illustre, en définitive, la manière dont un vocabulaire de souveraineté économique et institutionnelle, expérimenté d’abord dans le Sahel, gagne progressivement d’autres capitales africaines, chacune l’adaptant à son propre contexte national et à ses propres priorités de développement.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

Donnez-nous votre avis

FR|EN FR|EN