À Bamako, quatre comités syndicaux de l’enseignement supérieur ont saisi la Direction générale du Budget au sujet d’heures supplémentaires et de tâches d’examens dont le règlement tarde à intervenir. Réunis au sein d’une synergie syndicale, ils privilégient encore le dialogue, tout en menaçant de déposer un préavis de grève si aucune avancée concrète n’est enregistrée avant la rentrée universitaire.
C’est une lettre au ton mesuré, mais assortie d’un avertissement sans détour, qu’ont adressée, le 10 septembre, les comités syndicaux de quatre structures de l’enseignement supérieur malien au directeur général du Budget. Réunis au sein d’une « synergie des syndicats », les comités du Syndicat national de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (Snesup) de la Faculté des lettres, des langues et des sciences du langage (FLSL), de la Faculté des sciences humaines et des sciences de l’éducation (FSHSE), de l’Institut des sciences appliquées (ISA) et de l’Université Kurukanfuga de Bamako (UKB) y dénoncent « la lenteur constatée dans le traitement » de leurs dossiers relatifs aux heures supplémentaires et aux tâches liées aux examens.
Selon le courrier, ces dossiers seraient en instance depuis un certain temps au niveau du Budget, sans que les intéressés disposent d’informations précises sur leur état d’avancement ni sur leur date de règlement. Une situation que les syndicats qualifient de violation de la loi n° 98-012 du 19 janvier 1998 et de son décret d’application du 30 décembre 2003. Tout en indiquant vouloir « privilégier le dialogue » et éviter une grève, les quatre comités signataires (pour la FLSL, le docteur Kaba Keïta ; pour la FSHSE, le docteur Siaka Koné ; pour l’ISA, le docteur Balla Dianka ; et pour l’UKB, un secrétaire général également signataire) préviennent qu’ils se réservent le droit de déposer un préavis de grève « si aucune avancée concrète n’est enregistrée avant la rentrée ».
si aucune avancée concrète n’est enregistrée avant la rentrée
Un contentieux ancien, régulièrement à l’origine de grèves
Ce différend n’a rien d’inédit dans le paysage universitaire malien. Le paiement des heures supplémentaires et des frais liés aux tâches d’examens (secrétariat, surveillance, correction des copies) figure depuis plusieurs années parmi les principaux motifs de mobilisation du Snesup. Dès 2020, les enseignants de la FLSL, de la FSHSE et de l’Institut universitaire de technologie de l’Université des lettres et des sciences humaines de Bamako avaient déjà menacé d’une série de grèves pour réclamer, entre autres, le paiement intégral d’arriérés remontant aux années universitaires 2017-2018 et 2018-2019. En mars 2025, le syndicat avait de nouveau observé un arrêt de travail jusqu’au paiement intégral des heures supplémentaires, avant un mouvement de grève de 144 heures en juillet de la même année, le secrétaire général du Snesup, Alou Diarra, dénonçant alors une « indifférence persistante » du gouvernement face aux revendications syndicales.
Ces tensions salariales s’inscrivent plus largement dans un climat social parfois heurté au sein de l’enseignement supérieur malien. En janvier 2025, une semaine de grève nationale avait déjà mobilisé les enseignants-chercheurs autour d’une prime de recherche instaurée huit ans plus tôt mais jugée insuffisamment revalorisée, tandis qu’un arrêt de travail de 72 heures avait plus récemment touché la Faculté des sciences techniques, en juillet 2026, après des violences ayant coûté la vie à un étudiant.
Une administration sous pression avant la rentrée
En choisissant d’adresser leur protestation directement au directeur général du Budget plutôt qu’à leur seule tutelle ministérielle, les quatre comités syndicaux mettent la pression sur le maillon administratif jugé responsable du blocage financier de leurs dossiers, à un moment stratégique du calendrier universitaire. La lettre, dont l’accusé de réception porte la date du 11 septembre, laisse d’ores et déjà planer la menace d’une nouvelle grève dans les facultés concernées si aucune réponse concrète n’intervient avant le début de l’année universitaire. Un scénario que les autorités maliennes chercheront vraisemblablement à éviter, au regard de la récurrence de ce type de mouvements ces dernières années.
Chiencoro Diarra
