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Afrique : le journalisme environnemental face à la précarité et à l’intelligence artificielle

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Selon la deuxième édition de l’enquête d’Africa 21 menée auprès de 171 journalistes dans 37 pays, la profession reste marquée par la précarité économique et les atteintes à la liberté de la presse, tout en adoptant rapidement l’intelligence artificielle.

Un nouveau rapport de l’association Africa 21, publié en juillet 2026, dresse un état des lieux préoccupant du journalisme environnemental sur le continent. Fondée sur les réponses de 171 journalistes issus de 37 pays africains, cette deuxième édition de l’enquête, qui fait suite à une première édition menée en 2024, dépeint une profession confrontée à une fragilité économique persistante, à des atteintes récurrentes à la liberté de la presse, mais aussi engagée dans une transformation technologique accélérée, portée notamment par l’essor de l’intelligence artificielle.

Une précarité économique généralisée

Le constat économique dressé par l’enquête est sans appel. Une part importante des journalistes interrogés se considère en situation de précarité, et 88,4 % d’entre eux estiment ne pas disposer des ressources nécessaires pour exercer leur métier dans de bonnes conditions. Près de 43 % exercent une activité professionnelle complémentaire, par choix ou par nécessité financière, allant de l’enseignement à l’agriculture en passant par la communication.

Cette fragilité individuelle reflète celle des médias eux-mêmes. 82,6 % des répondants rapportent que leur média a connu des difficultés financières au cours des trois dernières années : l’effondrement des revenus publicitaires, le retrait de bailleurs internationaux. Plusieurs témoignages évoquent directement les conséquences du démantèlement de l’USAID, et l’inflation figurent parmi les causes les plus citées. Face à ce constat, les journalistes plaident pour une diversification des modèles économiques, un soutien public renforcé et une professionnalisation de la gestion des médias.

Une liberté de la presse fragilisée

Le rapport documente également un environnement professionnel marqué par l’insécurité. Plus de 60 % des journalistes déclarent avoir été confrontés, au cours des trois dernières années, à au moins une violation de leurs droits (violences physiques, arrestations arbitraires, censure ou pressions politiques). Environ 38 % rapportent des menaces physiques directes. Un journaliste sur cinq (19,2 %) juge la liberté de la presse « catastrophique » dans son pays, et 22 % la qualifient de « médiocre », soit plus de 41 % de perceptions négatives contre seulement 10,7 % d’avis positifs.

Les témoignages recueillis évoquent des situations particulièrement dures en zones de conflit, notamment en République démocratique du Congo, au Sahel et dans la région des Grands Lacs, où plusieurs répondants rapportent des enlèvements, des actes de torture ou l’impossibilité d’exercer dans certaines zones tenues par des groupes armés.

L’intelligence artificielle, déjà largement adoptée

Sur le plan technologique, le rapport confirme une intégration rapide de l’intelligence artificielle dans les pratiques journalistiques. 70,3 % des répondants déclarent déjà l’utiliser, principalement pour la recherche documentaire, la correction et l’amélioration rédactionnelle, la vérification des faits ou encore la transcription et la traduction. Loin d’être perçue comme une menace existentielle, l’IA est majoritairement décrite comme un outil d’assistance, qui ne remplace pas la responsabilité éditoriale du journaliste. Les réseaux sociaux, eux, sont utilisés par 95,3 % des répondants à toutes les étapes du travail journalistique, de la collecte d’informations à la diffusion des contenus.

La désinformation comme thème central de l’édition 2025

Le rapport consacre un chapitre spécial à la lutte contre la désinformation, thème retenu pour cette édition. Selon l’enquête, 72,1 % des journalistes déclarent avoir déjà été confrontés à des situations de désinformation dans l’exercice de leur métier, qu’ils en aient été témoins ou victimes. Les cas cités touchent aussi bien les campagnes électorales que les crises sanitaires ou les conflits armés, avec des exemples allant de fausses annonces de décès de chefs d’État à des rumeurs sur les vaccins anti-Covid. Si la notion de désinformation reste inégalement maîtrisée par les professionnels eux-mêmes, l’écrasante majorité des répondants (98,7 %) se dit prête à suivre une formation en éducation aux médias et à l’information.

Le journalisme environnemental, un accès encore inégal au terrain

Concernant spécifiquement le traitement de l’environnement, 67 % des journalistes estiment que ces sujets suscitent un intérêt croissant du public, porté notamment par les conséquences concrètes du dérèglement climatique sur l’agriculture et la sécurité alimentaire. Mais leur production reste freinée par le manque de financement pour les déplacements sur le terrain, la difficulté d’accès aux données et aux experts, ainsi que, dans certains contextes, des risques sécuritaires liés à la couverture de l’exploitation illégale des ressources naturelles.

Le rapport formule au total vingt et une recommandations, parmi lesquelles la création d’un fonds africain de soutien au journalisme environnemental et d’un programme continental de renforcement des capacités, porté par un consortium associant Africa 21, l’Unesco et d’autres partenaires internationaux.

Chiencoro Diarra 

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