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FIFA et climat : pourquoi la Coupe du monde 2026 pourrait être la plus polluante de l’histoire

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Un rapport publié en juillet 2025 par le New Weather Institute, en partenariat avec des scientifiques et des ONG environnementales, dresse un réquisitoire sévère contre la FIFA. La Coupe du monde 2026 en Amérique du Nord s’annonce comme l’événement sportif le plus polluant de l’histoire, tandis que le partenariat avec Aramco génèrerait à lui seul plus d’émissions que tout le tournoi.

Le football est le sport le plus populaire de la planète. Mais selon un rapport accablant publié en juillet 2025 par le New Weather Institute, en collaboration avec Scientists for Global Responsibility, l’Environmental Defense Fund et le réseau Cool Down, il pourrait aussi devenir l’un des sports les plus dévastateurs pour le climat — du moins si la FIFA maintient la trajectoire qu’elle a choisie. Le document, intitulé FIFA’s Climate Blind Spot (« L’angle mort climatique de la FIFA »), passe au crible les trois prochaines éditions de la Coupe du monde masculine — 2026 en Amérique du Nord, 2030 en Espagne-Portugal-Maroc, 2034 en Arabie saoudite — et conclut à une aggravation systématique de leur empreinte carbone.

Le verdict central est sans appel : la Coupe du monde 2026, qui se joue depuis le 11 juin aux États-Unis, au Canada et au Mexique, générera au minimum 9 millions de tonnes d’équivalent CO₂ — soit le double de la moyenne des quatre tournois précédents (2010-2022). Un record absolu pour un événement sportif, qui s’explique principalement par l’expansion du nombre d’équipes, passé de 32 à 48, et les immenses distances séparant les villes hôtes sur un continent de 5 000 kilomètres d’est en ouest.

Le transport aérien, principal coupable

Le rapport décompose les sources d’émissions avec précision. Sur les 9,02 millions de tonnes de CO₂e attribuées au tournoi 2026, 7,72 millions proviennent du seul transport aérien — soit quatre fois plus que la moyenne historique. L’absence de réseaux ferroviaires à grande vitesse entre les villes hôtes nord-américaines rend l’avion incontournable pour les équipes, les officiels, les médias et les millions de supporters. Faute d’alternative, l’organisation a conçu un « tour climatique de la vulnérabilité » selon les auteurs du rapport, en programmant des matchs dans les zones les plus exposées de l’Amérique du Nord pendant leur saison la plus dangereuse — chaleur extrême, ouragans, incendies de forêt.

Les chiffres pourraient même être bien plus élevés. Des recherches scientifiques récentes suggèrent que l’effet chauffant des émissions aériennes en haute altitude est trois fois supérieur au seul CO₂. En appliquant ce coefficient, les émissions du tournoi 2026 pourraient atteindre 15 millions de tonnes — l’équivalent de 3,25 millions de voitures américaines roulant pendant un an.

Aramco, le partenaire qui pèse plus que le tournoi

Le rapport réserve ses critiques les plus vives au partenariat commercial signé entre la FIFA et Aramco, la compagnie pétrolière d’État saoudienne, pour la Coupe du monde 2026. Appliquant une méthodologie économique pour calculer les « émissions induites » par la publicité — soit les volumes supplémentaires de carburant fossile consommés grâce à la visibilité accrue du sponsor —, les auteurs estiment que ce seul deal générerait environ 30 millions de tonnes de CO₂e, soit plus de trois fois les émissions directes du tournoi lui-même.

Cette conclusion est particulièrement embarrassante au moment où la FIFA prétend mener une politique climatique ambitieuse. Lancée lors de la COP26 en 2021, sa stratégie promettait de réduire de 50 % ses émissions organisationnelles d’ici 2030 et d’atteindre la neutralité carbone en 2040. Mais selon les auteurs, seules 2 des 18 actions prévues ont été menées à bien, 2 autres n’ont enregistré que des progrès limités, et 14 n’ont enregistré aucun progrès visible — soit un taux d’exécution de 11 % en trois ans.

Le Maroc 2030 : un bilan plus favorable, mais fragile

Dans ce tableau sombre, l’édition 2030 — dont une partie se jouera au Maroc, en Espagne et au Portugal, avec trois matches symboliques en Amérique du Sud — apparaît comme la moins polluante des trois tournois à venir, avec une empreinte estimée à 6,09 millions de tonnes de CO₂e, en hausse de 29 % par rapport à la moyenne historique mais nettement en deçà de 2026 et 2034.

Cette relative sobriété s’explique par plusieurs facteurs : la proximité géographique entre les pays hôtes européens et africains, l’hypothèse que les supporters voyageront en surface entre l’Espagne, le Portugal et le Maroc, et la construction d’un seul nouveau stade — à Casablanca. Pour l’Afrique, l’organisation de matchs au Maroc représente une occasion historique de positionner le continent comme hôte d’un Mondial, dans une configuration qui permet de limiter l’empreinte carbone. Le rapport ne manque pas de souligner, cependant, que les trois matches en Amérique du Sud ajoutent une dimension intercontinentale dont l’impact climatique risque d’être sous-estimé.

SOURCE2010-22 (MOY.)2026 AMÉR. NORD2030 ESPAGNE-MAROC2034 ARABIE SAOUDITE
Transport aérien1,82 Mt7,72 Mt4,78 Mt4,75 Mt
Construction stades1,89 Mt0,00 Mt0,27 Mt2,97 Mt
Autres sources1,00 Mt1,30 Mt1,04 Mt0,83 Mt
Total4,71 Mt9,02 Mt (+92 %)6,09 Mt (+29 %)8,55 Mt (+82 %)

2034 en Arabie saoudite : le pire encore à venir

Le tournoi 2034, attribué à l’Arabie saoudite dans des conditions que le rapport qualifie de « processus d’appel d’offres précipité et opaque », est décrit comme potentiellement le plus controversé de l’histoire de la compétition. Avec des températures estivales extrêmes obligeant à programmer les matches en novembre-décembre, et la nécessité de construire 11 nouveaux stades, les émissions liées à la construction seront les plus élevées jamais enregistrées pour un Mondial — 2,97 millions de tonnes, dépassant même la moyenne historique toutes sources confondues. Le rapport évoque un risque de « sportswashing » — l’utilisation d’un événement mondial pour redorer l’image d’un pays tout en contribuant à la crise climatique.

Les stades en danger : chaleur, inondations, incendies

Au-delà des émissions globales, le rapport évalue les risques climatiques spécifiques aux 16 stades de la Coupe du monde 2026 selon trois critères : stress thermique, risque d’inondation et exposition aux événements climatiques extrêmes. Le résultat est alarmant : la moitié des enceintes (8 sur 16) nécessitent une intervention environnementale immédiate, et 4 sont classées en « intervention critique ».

NRG Stadium à Houston enregistre l’indice WBGT le plus élevé — 28,96 °C en juillet, au-dessus du seuil de 27,78 °C au-delà duquel les médecins sportifs recommandent l’arrêt des activités athlétiques. AT&T Stadium à Dallas connaît en moyenne 37 jours par an au-dessus de 35 °C. Hard Rock Stadium à Miami est exposé à un risque d’inondation critique et à la saison des ouragans. SoFi Stadium à Los Angeles fait face à la double menace chaleur-incendies de forêt. Pour répondre à ces risques dans les six stades les plus exposés, le rapport chiffre les investissements nécessaires à 171 millions de dollars.

Ce que ce rapport dit à l’Afrique

Pour l’Afrique, ce rapport est à double lecture. D’un côté, il valide le choix du Maroc comme co-hôte 2030 : parmi les trois prochains tournois, c’est celui qui génère le moins d’émissions, notamment parce que la proximité géographique réduit la dépendance à l’avion. De l’autre, il soulève une question structurelle : comment le continent africain — qui contribue le moins aux émissions mondiales mais subit de plein fouet les conséquences du dérèglement climatique — peut-il peser sur la gouvernance d’une organisation comme la FIFA pour que ses choix de sites et de format intègrent enfin la réalité climatique ? Le rapport formule des recommandations concrètes : revenir à 32 équipes, abandonner les sponsors pétroliers, abaisser les seuils de capacité des stades pour limiter les nouvelles constructions, et instaurer un cadre de gouvernance climatique contraignant avec des pénalités financières allant jusqu’à 50 millions de dollars.

La FIFA, qui dispose d’un budget de 11 milliards de dollars pour la période 2023-2026, ne peut invoquer un manque de moyens pour justifier son inaction. Les auteurs du rapport l’accusent d’un « vide de gouvernance » profond et d’une résistance structurelle à toute réforme. En juin 2023, la Commission suisse pour la loyauté avait déjà infligé un « carton rouge » à l’organisation pour avoir affirmé que la Coupe du monde 2022 au Qatar était « neutre en carbone » — une affirmation jugée « fausse et trompeuse ».

La « belle époque » du football mondial, celle où l’on pouvait organiser la fête du ballon sans compter les émissions, est peut-être révolue. La question est de savoir si la FIFA choisira d’être à la hauteur de cette réalité — ou si elle continuera, comme ce rapport l’accuse de le faire, d’alimenter l’incendie qu’elle prétend éteindre.

A.D


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