Lundi 5 octobre, à Bamako, le président du CNT, le général Malick Diaw, a ouvert la session budgétaire en proposant une image simple : en juin, les députés ont débattu du cap ; en octobre, ils votent la route. Derrière la formule, un calendrier constitutionnel, soixante-quinze jours de travail et une conviction : un budget est d’abord une promesse faite au peuple.
Il est des discours d’ouverture qui se contentent de saluer. Celui prononcé le 5 octobre 2026 devant le Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga, les présidents des institutions et le corps diplomatique a choisi de pédagogiser. En quelques phrases, le président du Conseil national de Transition a rappelé pourquoi la session d’octobre s’appelle « budgétaire » : la Constitution du 22 juillet 2023 la fait s’ouvrir le premier lundi ouvrable du mois et saisit aussitôt le Parlement du projet de loi de finances.
Du cap à la route
Le fil conducteur tient en une métaphore. Le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle 2027-2029, adopté en Conseil des ministres le 10 juin et débattu par les élus, fixait « le cap des trois prochaines années ». Le projet de loi de finances 2027 en est le deuxième acte. « En juin, nous avons débattu du cap. En octobre, nous votons la route. » La première mission des parlementaires sera donc de vérifier que les orientations de juin se retrouvent dans les chiffres, que les priorités annoncées sont financées et que les hypothèses de croissance et de recettes sont sincères.
En juin, nous avons débattu du cap. En octobre, nous votons la route.
La méthode est également explicitée. La loi de finances se vote en deux temps. D’abord les ressources, les plafonds de charges et l’équilibre. Ensuite la répartition des crédits entre programmes, la seconde partie ne pouvant être discutée avant l’adoption de la première. Depuis le passage au budget-programme, les élus ne votent plus seulement des montants mais des programmes, des objectifs et des indicateurs de performance. La question n’est plus « combien dépense-t-on ? » mais « pour quoi faire, et avec quels résultats ? »
Une promesse, ligne après ligne
Le président du CNT a voulu rappeler que chaque ligne budgétaire a un visage. Une salle de classe qui ouvre ses portes, un centre de santé doté de médicaments, un forage qui donne de l’eau à un village, une route qui désenclave un cercle, la prise en charge d’un soldat. Dans le même esprit, il a fait parler un enfant imaginaire, venu réclamer à la tribune « un maître, un banc, un cahier, et la paix pour apprendre », et cité Amadou Hampâté Bâ pour souhaiter que chaque école qui s’ouvre soit « une bibliothèque qui s’ouvre ». Il a aussi salué l’inauguration du Centre d’intelligence artificielle et de robotique du Mali, le 21 septembre, et le dixième titre africain des basketteuses U18, sacrées à Abidjan le 16 août.
Le calendrier est dense. Uutre le projet de loi de finances, plus d’une trentaine de projets de loi figurent à l’ordre du jour des commissions, auxquels s’ajoute la seconde délibération des lois organiques sur la Cour constitutionnelle, la Cour suprême, la Cour des comptes, le Conseil supérieur de la Magistrature et les langues nationales. Ces textes, a-t-il souligné, « achèvent de donner corps » aux institutions voulues par la Constitution de 2023, et la loi devra « parler aussi la langue de ceux qu’elle protège ».
Un parlement qui sort de ses murs
L’intersession, a rappelé le président, n’a pas été un temps de repos. Une délégation s’est rendue dans les entrepôts maliens des ports de Dakar, d’Abidjan et de Lomé pour examiner les conditions de stockage et la fluidité des approvisionnements. « Pays sans littoral, le Mali respire par ses corridors », a-t-il résumé. Les enseignements de cette mission nourriront l’examen du budget. La commission du Développement rural est allée à la rencontre des producteurs, éleveurs et pêcheurs, tandis que d’autres commissions ont organisé des séances d’écoute avec la société civile.
À l’extérieur, la diplomatie parlementaire a produit des résultats salués. L’élection d’Assane Sidibé, président de la commission des Mines, de l’Énergie et de l’Eau, à la tête du Réseau des parlementaires du Bassin de la Volta ; la participation d’une délégation de la commission des Finances à la conférence de la SADCOPAC à Mbabane, en Eswatini ; des missions en cours à Conakry et à Arusha, pour la 153e Assemblée de l’Union interparlementaire.
Niamey, première famille parlementaire du Sahel
Fierté particulière, enfin. La session inaugurale des parlements de la Confédération des États du Sahel, tenue à Niamey du 24 au 29 août. Pour la première fois, les représentants des trois États ont délibéré dans un même cadre, sur la sécurité, la coopération policière, le partage du renseignement, la libre circulation et les médias. Trois élus maliens y ont été portés à des responsabilités : Moussa Ag Acharatoumane à la présidence de la commission Défense et Sécurité, Boubacar H. Diallo à la vice-présidence de la commission Développement et Aïchata Alassane Cissé Haïdara comme rapporteure de la commission Diplomatie. « Le fleuve Niger traverse Bamako avant d’arroser Niamey », a rappelé le président du CNT. La politique, a-t-il ajouté, a fini par écrire ce que la géographie enseignait.
Contrôler, c’est servir
Reste la consigne adressée aux élus, qui sonne comme une devise de session : « Interrogeons, vérifions, proposons. Contrôler n’est pas s’opposer, c’est servir. » Dans un contexte qu’il reconnaît contraint, le président a plaidé pour qu’aucun arbitrage n’oppose défense du territoire et espérance sociale, « les deux exigences d’un même devoir ». Il a invité les élus à faire de ce mois d’octobre, consacré à la solidarité et à la lutte contre l’exclusion, un temps d’action concertée en faveur des plus vulnérables.
Interrogeons, vérifions, proposons. Contrôler n’est pas s’opposer, c’est servir.
Les députés disposent désormais de soixante-quinze jours, au plus, pour transformer le cap de juin en route de 2027.
Oumarou Fomba
