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Thierno Habib Hann -MD SHAFDB
ActuClimat et environnement

Logement abordable en Afrique : Rabat accueille la 45e Assemblée générale de Shelter Afrique

by Sahel Tribune 5 juin 2026
written by Sahel Tribune 2 minutes read

La capitale marocaine abrite du 9 au 11 juin la 45e Assemblée générale annuelle de la Banque de développement Shelter Afrique, réunissant ministres, investisseurs et urbanistes autour d’un défi continental : financer des villes africaines plus vertes, plus inclusives et plus résilientes.

Rabat s’apprête à devenir, le temps de trois jours, la capitale africaine du logement et de l’urbanisme durable. Le Sofitel Jardin des Roses accueillera du 9 au 11 juin la 45e Assemblée générale annuelle (AGA) de la Banque de développement Shelter Afrique (ShafDB), institution panafricaine dédiée au financement du logement et des infrastructures urbaines sur le continent.

Placée sous le thème « L’avenir des villes : financer un développement urbain inclusif, vert et résilient », la rencontre réunira des délégués des 44 États membres de la banque, ainsi que des représentants d’institutions multilatérales, de partenaires de développement et d’acteurs du secteur privé. Au programme : un symposium annuel, une table ronde ministérielle, les réunions statutaires de l’institution, des visites de terrain et une série d’échanges commerciaux centrés sur le financement du logement et la transformation urbaine. « Une plateforme stratégique pour repenser l’avenir des villes et renforcer les partenariats qui favoriseront un développement urbain inclusif et résilient à travers le continent. », a déclaré Thierno Habib Hann, directeur général de la banque Shelter Afrique. 

Le Maroc, vitrine d’une transformation urbaine continentale

Le choix de Rabat n’est pas anodin. Le Maroc, qui a engagé ces dernières décennies d’importants programmes de résorption de l’habitat insalubre et de développement de villes nouvelles, entend utiliser ce forum pour partager son modèle. La ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, du Logement et de la Politique de la ville, Fatima-Zahra Mansouri, a insisté sur la volonté du royaume de « partager son expérience en matière de transformation urbaine tout en approfondissant les partenariats qui soutiennent un logement abordable et résilient au changement climatique à travers l’Afrique ».

Ms. Fatima-Zahra Mansouri
ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, du Logement et de la Politique de la ville, Fatima-Zahra Mansouri.

Cette édition intervient dans un contexte d’urbanisation accélérée sur le continent. Selon les projections des Nations unies, l’Afrique subsaharienne pourrait abriter près d’un milliard de citadins supplémentaires d’ici 2050, exerçant une pression considérable sur les infrastructures, le foncier et les services de base. Face à ce défi structurel, ShafDB — fondée en 1981 à Lusaka et dont le siège est à Nairobi — est l’un des rares instruments financiers multilatéraux entièrement dédié à cette problématique.

Quatre leviers de financement

L’institution opère à travers quatre lignes d’activité complémentaires : le financement des institutions financières partenaires, le financement de projets, les partenariats souverains et public-privé, et la gestion de fonds. Un spectre large qui lui permet d’intervenir aussi bien côté offre — promoteurs, constructeurs — que côté demande, en facilitant l’accès au crédit immobilier pour les ménages.

Oumarou Fomba 

5 juin 2026 0 comments
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Amadou Sy Savané, ministre de l'Education nationale, rappelle l'interdiction du châtiment corporel.
ActuÉducation

Le Mali construit deux lycées d’excellence pour réformer son enseignement secondaire

by Sahel Tribune 5 juin 2026
written by Sahel Tribune 2 minutes read

Le Conseil des ministres a approuvé le 3 juin deux marchés de construction d’un montant total de près de 7,8 milliards de francs CFA à Ségou et à Badougou Nafadji, dans la région de Koulikoro. Un investissement dans la qualité de l’éducation, au cœur du projet de refondation nationale.

Deux chantiers scolaires, deux régions différentes, un même objectif : réformer par le haut l’enseignement secondaire malien. Le Conseil des ministres réuni le mercredi 3 juin 2026 à Koulouba, sous la présidence du général d’armée Assimi Goïta, a approuvé deux décrets portant sur la construction de lycées d’excellence, l’un à Ségou et l’autre à Badougou Nafadji, dans le cercle de Kati, région de Koulikoro.

Un délai d’exécution fixé à neuf mois 

Le marché relatif au Lycée d’Excellence de Ségou est attribué au Groupement d’Entreprises PRO BTP-CHECEC pour un montant de 4 milliards 369 millions 469 mille 894 francs CFA, toutes taxes comprises. Celui de Badougou Nafadji revient à la Société Soudanaise de Construction et de Promotion Immobilière et de Commerce (SSCPIC) pour 3 milliards 394 millions 125 mille 328 francs CFA. Au total, ce sont donc près de 7,8 milliards de francs CFA — soit environ 12 millions d’euros — que l’État malien engage pour ces deux établissements, avec un délai d’exécution fixé à neuf mois pour chacun.

La notion de « lycée d’excellence » renvoie à un modèle d’établissement secondaire conçu pour concentrer les meilleurs élèves et les doter d’un cadre pédagogique et d’infrastructures de qualité supérieure. Dans le contexte malien, où le système éducatif a été fragilisé par des années d’instabilité, de grèves répétées et de fermetures d’établissements liées aux crises sécuritaires dans le nord et le centre du pays, l’annonce de ces deux chantiers constitue un signal politique autant qu’éducatif.

Volonté de rééquilibrage géographique de l’offre éducative

Ségou est un centre historique et économique du pays. Badougou Nafadji, dans le cercle de Kati — ville-garnison à quelques kilomètres de Bamako, siège du camp Soundiata — représente une zone de densité démographique croissante, liée à l’étalement urbain de la capitale. Implanter un lycée d’excellence dans chacune de ces deux localités témoigne d’une volonté de rééquilibrage géographique de l’offre éducative de qualité, jusqu’ici concentrée dans le district de Bamako.

Ces investissements s’inscrivent dans le cadre plus large du projet de refondation nationale porté par les autorités de Transition, qui ont fait de la formation d’une élite intellectuelle et technique nationale — illustrée également par la création récente du Centre d’intelligence artificielle et de robotique, ou par l’introduction de modules de formation en énergie solaire dans l’enseignement supérieur — l’un des axes de leur politique éducative. Les délais d’exécution de neuf mois fixés par les marchés laissent entrevoir des livraisons prévues pour le premier trimestre 2027, à temps pour la rentrée scolaire suivante.

Oumarou Fomba 

5 juin 2026 0 comments
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Parlement eurorpéen
A la UneOpinion

Afrique et Europe : pourquoi deux démocraties portant le même nom ne sont pas la même chose

by Chiencoro 5 juin 2026
written by Chiencoro 9 minutes read

Leibniz avait posé qu’il ne peut exister dans l’univers deux choses parfaitement identiques. Appliqué à la politique, ce principe interdit de transposer la démocratie européenne en Afrique comme si le même mot désignait la même réalité. Il ne le désigne pas.

Dans les archives de la Bibliothèque nationale de Hanovre, Gottfried Wilhelm Leibniz consigna un principe qui aurait dû rendre les politologues plus humbles : aucun objet dans l’univers n’est parfaitement identique à un autre. Ce que l’on appelle indifféremment « démocratie » en France et au Sénégal, en Allemagne et au Mali, au Royaume-Uni et en Côte d’Ivoire, n’est pas la même chose. Le même mot. Des réalités radicalement différentes. Et prétendre les superposer, c’est commettre l’erreur que Leibniz avait précisément désignée comme la source de toute confusion : croire que deux choses sont identiques parce qu’elles portent le même nom.

Le principe et son scandale philosophique

Le principe d’identité des indiscernables est formulé par Leibniz dans la Monadologie (1714) et dans ses Nouveaux essais sur l’entendement humain (1765, posthumes). Sa formulation est d’une précision redoutable : il ne peut exister dans l’univers deux substances qui soient entièrement semblables et où il ne soit possible de trouver une différence interne ou fondée sur une dénomination intrinsèque. Autrement dit, si deux choses sont en tout point identiques, elles ne sont pas deux choses distinctes — elles sont une seule et même chose.

La réciproque, moins connue mais tout aussi puissante, est ce qu’on appelle parfois le principe des indiscernables des identiques : si deux choses diffèrent — même d’un seul prédicat, même d’une seule propriété — elles ne peuvent pas être identiques. La ressemblance partielle n’est pas l’identité. La parenté nominale n’est pas la parenté ontologique.

Pourquoi ce détour par la métaphysique du XVIIe siècle ? Parce que le débat politique contemporain sur la démocratie en Afrique souffre précisément de ce que Leibniz appelait la confusion des noms et des choses. On croit discuter de la même réalité — la démocratie — parce qu’on utilise le même mot. On ne discute pas de la même réalité. Et cette confusion nourrit l’une des formes les plus insidieuses de domination intellectuelle que le continent africain ait eu à subir depuis les indépendances.

En paraphrasant l’argument des feuilles de Gottfried Wilhelm Leibniz, nous pouvons dire que  si deux feuilles de plante ne peuvent jamais être parfaitement semblables, à plus forte raison deux individus, deux peuples, alors deux histoires ne peuvent-ils pas être gouvernés par les mêmes formes sans que quelque chose d’essentiel ne soit trahi.

La démocratie européenne : une singularité historique présentée comme universelle

La démocratie libérale telle qu’elle s’est développée en Europe occidentale depuis le XVIIIe siècle n’est pas une idée abstraite tombée du ciel. C’est un objet historique singulier, produit par une configuration particulière de forces économiques, religieuses, philosophiques et institutionnelles qui ne se retrouvent pas ailleurs — ou pas de la même manière. La Révolution française, la Réforme protestante, l’individualisme cartésien, le développement du capitalisme marchand, l’émergence de la bourgeoisie comme classe politique : autant de préconditions qui ont rendu possible un certain type de rapport entre l’individu et l’État, entre la citoyenneté et le marché, entre la liberté formelle et la liberté réelle.

Ce modèle a ses vertus — la séparation des pouvoirs, la liberté de la presse, le pluralisme partisan — mais aussi ses impensés. Il a été construit sur l’exclusion : des femmes, des colonisés, des prolétaires. La démocratie athénienne s’appuyait sur l’esclavage. La démocratie européenne du XIXe siècle s’est financée par la colonisation. La démocratie américaine s’est bâtie sur la ségrégation. Ces faits ne sont pas des accidents de parcours. Ils font partie de la constitution historique du modèle — ils le définissent autant que ses principes proclamés.

Or, c’est ce modèle — avec ses vertus, ses ambiguïtés et ses angles morts — qui a été exporté en Afrique au moment des indépendances. Non pas proposé : imposé. Avec des constitutions rédigées à Paris ou à Londres dans les mois précédant l’indépendance. Avec des partis politiques calqués sur les partis métropolitains. Avec des systèmes électoraux conçus pour des sociétés où l’individu-citoyen est l’unité de base de la délibération politique — sociétés qui n’existaient pas en Afrique, ou existaient différemment.

On a donné aux sociétés africaines le nom de la démocratie, l’enveloppe de la démocratie, les procédures de la démocratie — sans leur donner les conditions historiques qui avaient rendu la démocratie possible ailleurs.

Ce que le principe leibnizien révèle sur le mimétisme politique

Appliqué au politique, le principe d’identité des indiscernables produit un constat sévère : deux institutions portant le même nom mais évoluant dans des contextes différents ne peuvent pas être identiques. Une élection en France et une élection au Burkina Faso partagent le nom d’élection, le protocole du vote, le dépouillement des bulletins. Mais les substrats sociaux sont radicalement distincts : l’organisation lignagère, les allégeances communautaires, les économies morales du don et de la réciprocité, les structures de médiation entre individus et collectifs — tout ce que les sciences sociales africaines ont documenté depuis Cheikh Anta Diop jusqu’à Achille Mbembe — n’est pas intégré dans le modèle importé.

La conséquence est connue : dans de nombreux pays africains, l’élection ne désigne pas la délibération citoyenne entre programmes alternatifs. Elle désigne la mobilisation des réseaux clientélistes, l’activation des solidarités ethniques ou religieuses, la compétition pour l’accès aux ressources de l’État. Ce n’est pas une pathologie africaine — c’est exactement ce que prédisait le principe de Leibniz : si vous appliquez une forme à un contenu qu’elle ne correspond pas, la forme se déforme ou le contenu la subvertit.

Le politologue camerounais Achille Mbembe a saisi cette tension dans une formule restée célèbre : la politique africaine postcoloniale produit une « modalité d’action » qui n’est ni la démocratie libérale ni son contraire, mais quelque chose d’autre — une forme hybride, baroque, qui mêle les procédures importées aux logiques profondes des sociétés. Cette hybridité n’est pas un échec de l’africanisation. C’est la démonstration empirique du principe de Leibniz : deux choses ne peuvent pas occuper le même espace ontologique si elles diffèrent dans leurs propriétés essentielles.

L’arrogance de l’universel : quand l’Europe oublie sa propre singularité

Il y a dans le projet de démocratisation universelle porté par les institutions occidentales — Union européenne, OCDE, agences onusiennes — une forme d’oubli de soi qui est en même temps une forme de violence symbolique. L’Europe a oublié que sa propre démocratie a été le produit d’un processus historique de plusieurs siècles, marqué par des guerres civiles, des révolutions, des restaurations, des totalitarismes et des catastrophes. Elle a oublié que les démocraties occidentales actuelles n’ont atteint le suffrage universel — y compris pour les femmes — qu’au milieu du XXe siècle.

La Suisse, modèle de stabilité démocratique vantée urbi et orbi, n’a accordé le droit de vote aux femmes qu’en 1971 — soit onze ans après l’indépendance de la plupart des États africains. La France, qui donne des leçons de démocratie sur le continent, a maintenu des régimes coloniaux par la force jusqu’en 1962. Ces faits ne sont pas convoqués pour disqualifier les valeurs démocratiques — ils sont convoqués pour rappeler que la démocratie réelle est toujours une construction historique partielle, conflictuelle et inachevée.

Or, ce que l’Occident exporte en Afrique, c’est le produit fini — ou prétendu tel — sans exporter le processus qui l’a produit. Il vend le résultat sans vendre la méthode. Il exige l’aboutissement sans autoriser le chemin. Et quand les sociétés africaines, qui ont leurs propres processus de délibération collective — la palabre, les conseils des Anciens, les instances de médiation communautaire documentées par les anthropologues depuis Marcel Griaule jusqu’à Paulin Hountondji —, tentent de trouver leur propre chemin, on les accuse de régresser.

Ce que l’Afrique a que l’Europe a perdu

Le principe de Leibniz n’est pas seulement un outil de critique. C’est aussi un outil de reconnaissance. Si deux choses ne peuvent être identiques qu’en partageant toutes leurs propriétés, alors la différence africaine n’est pas un déficit démocratique — c’est un ensemble de propriétés spécifiques qui méritent d’être lues pour ce qu’elles sont, pas pour ce qu’elles ne sont pas.

Les sociétés africaines ont développé des formes de gouvernance fondées sur la délibération communautaire, le consensus, la médiation inter-générationnelle et la responsabilité collective qui ne correspondent pas aux catégories de la démocratie libérale — mais qui n’en sont pas moins légitimes. La Charte de Kurukanfuga, proclamée au XIIIe siècle dans l’Empire du Mali, protégeait la liberté d’expression, interdisait les mauvais traitements aux femmes et posait des limites au pouvoir des souverains — six siècles avant la Déclaration des droits de l’homme. Ce texte n’est pas la préhistoire de la démocratie. C’est une autre démocratie.

L’ubuntu — la philosophie bantoue qui pose que l’individu n’existe qu’à travers la communauté — n’est pas un obstacle à la démocratie. C’est une conception différente de la délibération politique, fondée sur l’interdépendance plutôt que sur l’autonomie individuelle. Elle produit des formes de gouvernance différentes — qui ne sont ni supérieures ni inférieures au modèle libéral occidental, mais qui lui sont non identiques, au sens strictement leibnizien du terme.

« Umuntu ngumuntu ngabantu — « Je suis ce que je suis parce que vous êtes ce que vous êtes », « Je suis ce que je suis grâce à ce que  nous sommes tous », ou encore « Je suis parce que nous sommes » », Proverbe zoulou — fondement philosophique de la pensée ubuntu, cité par Desmond Tutu.

Pour une démocratie des indiscernables

La leçon du principe leibnizien appliqué au politique est double. Première leçon : il n’existe pas de démocratie universelle, pas de forme politique valable pour tous les temps et tous les lieux. La démocratie est toujours une démocratie-en-contexte, une démocratie-en-processus, une démocratie-en-conflit. Prétendre en avoir trouvé la formule définitive et vouloir l’exporter, c’est confondre une configuration historique particulière avec une vérité éternelle.

Deuxième leçon : la différence n’est pas l’échec. Quand les sociétés africaines produisent des formes politiques qui ne ressemblent pas aux démocraties libérales européennes, cela ne signifie pas qu’elles ont échoué à devenir ce qu’elles devraient être. Cela signifie qu’elles sont ce qu’elles sont — des sociétés avec leurs propres histoires, leurs propres logiques, leurs propres contradictions. Leibniz nous enseigne à reconnaître chaque chose dans sa singularité irréductible.

Ce n’est pas un plaidoyer pour le relativisme ou pour l’acceptation des autoritarismes. Les droits fondamentaux — à la vie, à la dignité, à la liberté d’expression — ne sont pas des propriétés culturellement relatives. Mais les formes institutionnelles à travers lesquelles ces droits s’exercent et se défendent le sont. Et l’Afrique a non seulement le droit, mais la responsabilité, d’inventer les siennes.

Il ne peut exister deux feuilles identiques, disait Leibniz. Dès lors, pourquoi exigerait-on que deux continents produisent la même démocratie ?

Chiencoro Diarra 

5 juin 2026 0 comments
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Assimi Goïta et son ministre délégué
A la UneAnalysesSécurité

Mali : quand l’État reprend le terrain — mètre carré par mètre carré, cylindrée par cylindrée

by Sahel Tribune 5 juin 2026
written by Sahel Tribune 6 minutes read

En vingt-quatre heures, Bamako a interdit les motos de plus de 125 cm³ sur l’ensemble du territoire et classé 39 forêts en zones militaires fermées. Deux décisions que les commentateurs pressés lisent comme des restrictions. Ce sont en réalité deux batailles dans une même guerre : celle de la reconquête de la souveraineté territoriale.

La guerre contre le terrorisme sahélien se gagne ou se perd dans les détails logistiques. Les groupes armés terroristes ne sont pas des armées conventionnelles dotées de chars et de pièces d’artillerie. Ce sont des réseaux de mobilité légère, d’infiltration forestière et de soutien civil contraint. C’est exactement ce que les deux arrêtés du 3 juin 2026 s’emploient à neutraliser, l’un en verrouillant les refuges naturels, l’autre en coupant l’accès aux vecteurs de déplacement rapide. Critiquer ces mesures sans comprendre leur logique opérationnelle, c’est lire la guerre avec des lunettes de temps de paix.

La moto : l’arme tactique que personne ne voulait réguler

Avant de parler de liberté commerciale ou de droits des importateurs, parlons stratégie. Dans tout le Sahel, la moto de forte cylindrée — 125 cm³ et plus — est devenue depuis dix ans l’arme tactique de prédilection des groupes armés terroristes. Elle est rapide, silencieuse comparée à un véhicule à moteur, capable de traverser des terrains que les véhicules militaires ne peuvent pas emprunter, facile à dissimuler, simple à entretenir et d’acquisition aisée sur les marchés locaux.

Les attaques de villages, les assassinats ciblés d’élus locaux, les enlèvements, les poses d’engins explosifs improvisés sur les pistes : dans l’immense majorité des cas documentés au Mali, au Burkina Faso et au Niger, ces actions ont été conduites par des hommes à moto. L’armée française, pendant l’opération Barkhane, avait identifié ce phénomène dès 2014 et tenté, avec des résultats limités, de cartographier les flux d’approvisionnement en motocyclettes dans la bande sahélo-saharienne.

La décision de Bamako d’interdire l’importation, le transit, la commercialisation et la distribution des motos de 125 cm³ et plus (arrêté interministériel n°2026-1313, signé par cinq ministères) n’est pas une mesure économique déguisée. C’est une décision de guerre. Elle vise à assécher l’approvisionnement en engins de combat légers des groupes armés qui opèrent sur le territoire malien. Le fait qu’elle pénalise également des usages civils légitimes — transport rural, artisanat, commerce — est un coût réel, assumé, dans le cadre d’une logique de guerre totale contre un ennemi qui se nourrit de la porosité des marchés civils.

Les forêts comme théâtres de guerre : la logique de l’opération DOUGOUKOLOKO

Le second arrêté — n°2026-1311, signé le même jour sous l’égide de six ministères — est encore plus révélateur de l’évolution doctrinale de l’armée malienne. Trente-neuf forêts et parcs nationaux sont classés « Zones d’intérêt militaire d’accès interdit à la population civile ». L’accès y est strictement soumis à l’autorisation d’une autorité militaire locale, placée sous la responsabilité directe du chef d’état-major général des Armées. Seuls les militaires, les forces de sécurité, les Douanes et les Eaux et Forêts peuvent y pénétrer sur ordre de la hiérarchie.

Ce texte abroge et remplace l’arrêté de décembre 2023 qui gérait ces mêmes zones sous l’égide de l’opération « Maliko » avec un régime d’accès simplement limité. Le passage d’un accès limité à un accès strictement interdit marque un changement de doctrine fondamental : il ne s’agit plus de surveiller ces espaces, mais de les vider de toute présence civile pour y conduire des opérations militaires sans risque de dommages collatéraux.

La géographie des sites concernés dit tout de la stratégie. Les forêts visées couvrent l’ensemble du territoire malien, du nord au sud, de l’est à l’ouest : la forêt de la Faya à Zantiguila, les monts Manding à Faraba, les forêts de Keniebaoulé et Bossofala près de Bamako, le Parc national de la Boucle du Baoulé, la forêt de Wagadou à Nara, les forêts de Faïra à Ségou, de Sossebougou à Macina, de Tangadrin à Goundam. Ce sont les refuges naturels que les groupes armés exploitent depuis des années pour préparer leurs attaques, stocker des armes et se déplacer à l’abri des frappes aériennes.

La guerre asymétrique impose des réponses asymétriques. La liberté de circuler dans une forêt pèse peu face à la liberté de ne pas être massacré dans son village.

La doctrine de la reconquête : une cohérence stratégique

Ce qui frappe, dans la lecture conjointe de ces deux arrêtés, c’est leur cohérence doctrinale. Les groupes armés terroristes opèrent selon un triptyque bien documenté par les spécialistes du contre-terrorisme : mobilité, sanctuarisation, soutien logistique civil contraint. L’arrêté sur les motos s’attaque à la mobilité. L’opération DOUGOUKOLOKO s’attaque à la sanctuarisation. Les deux ensembles commencent à construire ce que les armées appellent un « environnement dégradé » pour l’ennemi — un espace dans lequel ses avantages comparatifs sont progressivement érodés.

Cette approche est cohérente avec l’évolution générale de la doctrine contre-insurrectionnelle dans les conflits asymétriques. Des opérations similaires ont été menées en Colombie contre les FARC, en Malaisie lors de l’urgence de 1948-1960, aux Philippines contre Abu Sayyaf. Dans chacun de ces cas, la reconquête territoriale est passée par la fermeture administrative des sanctuaires naturels et le contrôle des flux de mobilité des combattants.

Le Mali fait ce que d’autres ont refusé de faire

Il faut le dire clairement : ces décisions ont le mérite d’exister. Pendant des années, les gouvernements successifs du Mali — et les partenaires internationaux qui les accompagnaient — ont reculé devant les mesures contraignantes, par peur des réactions de l’opinion, des pressions économiques ou des critiques des organisations de défense des droits humains. Résultat : les groupes armés ont prospéré dans les forêts maliennes, se sont équipés sur les marchés maliens, se sont déplacés sur les pistes maliennes avec des motos achetées dans les villes maliennes.

Le gouvernement de Transition a décidé de rompre avec cette paralysie. Les arrêtés du 3 juin 2026 sont des actes de gouvernement assumés, signés conjointement par plusieurs ministères, avec des dispositifs de mise en œuvre et de contrôle. Ce n’est pas de la communication — c’est de la politique. Et cette politique, aussi douloureuse soit-elle pour certains acteurs économiques et certaines communautés rurales, s’inscrit dans une logique de reconquête de la souveraineté territoriale qui est la condition première de tout développement futur.

Le Mali fait la guerre. Pas métaphoriquement. Réellement. Et dans une guerre réelle, les mesures de temps de guerre s’appliquent. Ceux qui les critiquent depuis des capitales en paix feraient bien de regarder d’abord le prix que paient les populations maliennes pour l’absence de ces mesures depuis trop longtemps.

Foula D. Massé

5 juin 2026 0 comments
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Moussa Alassane Diallo, ministre de l'Industrie et du Commerce, évoque la Taxe spéciale de solidarité Mali.
A la UneÉconomie

Approvisionnement en hydrocarbures : 30,9 millions de litres réceptionnés, soit 15 % du ravitaillement national

by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 juin 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 minutes read

La 23e réunion hebdomadaire de concertation État‑secteur privé sur les hydrocarbures a eu lieu ce jeudi 4 juin 2026. La rencontre était présidée par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo. Elle a permis de faire le point sur l’approvisionnement du pays en produits pétroliers, avec des données encourageantes présentées par le directeur en charge du commerce. Les échanges ont mis en lumière les efforts en cours pour améliorer la disponibilité des carburants et renforcer la régulation du secteur.

Entre le 1er et le 4 juin 2026, le pays a enregistré l’arrivée de 663 citernes, représentant un volume total de 30 976 000 litres de produits pétroliers. Ce convoi était composé de 320 citernes d’essence, 288 de gasoil, 38 de fuel et 17 de gaz butane. Cette opération logistique témoigne d’un renforcement notable de l’entrée des hydrocarbures sur le territoire national, contribuant à stabiliser l’offre et à réduire les risques de pénurie.

Enjeux prioritaires pour stabiliser le marché

Grâce à cette arrivée massive, le taux de ravitaillement des stations‑service a atteint 15 % sur la période. Ce chiffre, bien qu’encore en deçà des besoins globaux, traduit une avancée significative dans la stratégie d’approvisionnement. Les consommateurs peuvent constater une amélioration progressive de la disponibilité des produits, ce qui contribue à apaiser les inquiétudes liées aux ruptures fréquentes observées ces derniers mois.

Lors des échanges, le ministre Moussa Alassane Diallo a insisté sur deux enjeux majeurs. Le premier concerne la lutte contre la fraude dans le secteur des hydrocarbures. Le second porte sur les mesures d’accompagnement mises en œuvre par l’État pour atténuer l’impact de la hausse des coûts des produits pétroliers. Ces deux axes sont considérés comme essentiels pour stabiliser le marché et protéger les populations.

Mesures d’accompagnement pour soutenir les populations

La fraude dans le domaine des hydrocarbures reste une menace sérieuse. Elle se manifeste par la spéculation, la contrebande et d’autres pratiques illicites qui fragilisent la chaîne d’approvisionnement. Le ministre a rappelé que des mesures fermes seront appliquées pour décourager ces comportements. L’objectif est de garantir une distribution équitable et transparente, au bénéfice des consommateurs et de l’économie nationale.

En parallèle, l’État a mis en place des mesures d’accompagnement pour réduire l’impact de la hausse des prix. Ces mesures visent à soutenir les ménages et les entreprises face aux fluctuations du marché international. Elles traduisent une volonté politique de préserver le pouvoir d’achat et de maintenir la compétitivité des secteurs économiques dépendants des hydrocarbures.

Concertation hebdomadaire pour renforcer la confiance

La hausse des coûts des produits pétroliers est liée aux tensions géopolitiques mondiales. Le conflit au Moyen‑Orient a provoqué une crise qui affecte l’ensemble des marchés. Le Mali, comme de nombreux pays, subit les conséquences de cette instabilité. Cette situation rend indispensable une stratégie nationale de résilience, capable de protéger l’économie et de garantir un approvisionnement régulier.

La tenue hebdomadaire des réunions de concertation entre l’État et le secteur privé joue un rôle clé. Ces rencontres permettent de suivre l’évolution de la situation, d’identifier les difficultés et de proposer des solutions adaptées. Elles renforcent la confiance entre les acteurs et favorisent une meilleure coordination pour sécuriser l’approvisionnement en hydrocarbures.

Défis à relever pour garantir la disponibilité

Les résultats obtenus au début du mois de juin témoignent d’une dynamique positive. L’arrivée de plus de 30 millions de litres de produits pétroliers constitue un signal fort. Cette performance logistique doit être consolidée pour assurer une continuité dans l’approvisionnement et éviter toute rupture future. Elle montre que les efforts entrepris portent déjà des fruits.

Le défi reste de maintenir ce rythme et d’augmenter progressivement le taux de ravitaillement des stations‑service. Les autorités envisagent de renforcer les partenariats avec les opérateurs privés et d’améliorer les infrastructures de stockage et de distribution. L’objectif est de garantir une disponibilité constante des produits sur l’ensemble du territoire national.

Vers une stabilité énergétique durable nationale

La réussite de cette stratégie repose sur une responsabilité partagée. L’État, les opérateurs privés et les consommateurs doivent chacun jouer leur rôle. La transparence et la discipline collective sont indispensables pour consolider les acquis. La lutte contre la fraude et le respect des règles de distribution sont des conditions essentielles pour une gestion durable du secteur.

La 23e réunion de concertation marque une étape importante vers la stabilité énergétique. Les chiffres encourageants sur l’approvisionnement et les mesures annoncées par le ministre Moussa Alassane Diallo traduisent une volonté ferme de surmonter les défis actuels. En renforçant la régulation et en soutenant les populations, l’État trace un cap vers une meilleure résilience face aux crises mondiales et vers une sécurisation durable du marché national des hydrocarbures.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

4 juin 2026 0 comments
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Des têtes de chefs terroristes mises à prix par le Mali
A la UneSécurité

Mali : jusqu’à 2 milliards FCFA de récompense pour retrouver Iyad Ag Ghaly et six chefs terroristes

by Sahel Tribune 4 juin 2026
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Le ministre malien de la Sécurité et de la Protection civile a publié ce 4 juin un communiqué officiel proposant des récompenses financières à quiconque fournirait des informations permettant l’arrestation ou la neutralisation de sept individus accusés d’implication dans des actes terroristes. En tête de liste : Iyad Ag Ghaly, chef historique du groupe Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM).

C’est une démarche inédite par son ampleur dans le dispositif sécuritaire malien. Le général de division Daoud Aly Mohammedine, ministre de la Sécurité et de la Protection civile, a signé ce 4 juin un communiqué annonçant l’instauration d’un programme de récompenses financières destiné à obtenir des renseignements sur six individus activement recherchés par les services de sécurité du pays.

Selon le texte officiel, lu sur la télévision nationale (ORTM), ces personnes sont suspectées d’avoir participé à « la planification, l’organisation et l’exécution d’actes terroristes ayant porté atteinte à la sécurité des personnes et des biens sur le territoire national ». Le gouvernement appelle la population à « faire preuve de vigilance » et à transmettre toute information utile aux Forces armées et de sécurité.

Iyad Ag Ghaly en tête, à 2 milliards FCFA

La prime la plus élevée — 2 milliards de francs CFA, soit environ 3 millions d’euros — est offerte pour Iyad Ag Ghaly, dit Abou al-Fadel, figure fondatrice d’Ansar Dine et chef du JNIM, la principale coalition djihadiste active au Sahel et affiliée à Al-Qaïda. Son nom figurait déjà sur les listes de sanctions de l’ONU et du Trésor américain.

Viennent ensuite Hamadoun Hassan Sangaré/Barry, dit Amadou Kouffa ou Môbbô — chef de la Katiba Macina au Sahel central —, et Abdoulaye Mamoudou Bakaye Diallo, alias Jouleybib de Nampala ou Sidi, tous deux répertoriés à 1,5 milliard FCFA. Alghabass Ag Intalla, ancienne figure de la rébellion touarègue reconvertie dans les réseaux armés, est recherché pour 1 milliard FCFA.

Trois autres individus sont visés à 500 millions FCFA chacun : Sedane Ag Hita, qui opère sous plusieurs alias dont Outhman Al Ansari et Al Qayrawani ; Bilal Ag Acherif ; et Abderrahmane Al-Batna Al-Jazairi, dont le nom à consonance algérienne suggère une dimension transnationale au réseau ciblé.

INDIVIDU RECHERCHÉALIASRÉCOMPENSE
Iyad Ag GhalyAbou al-Fadel2 000 000 000 FCFA
Hamadoun Hassan Sangaré/BarryAmadou Kouffa / Môbbô1 500 000 000 FCFA
  
Abdoulaye M. B. DialloJouleybib de Nampala / Sidi1 500 000 000 FCFA
Alghabass Ag Intalla—1 000 000 000 FCFA
Sedane Ag HitaOuthman Al Ansari / Al Qayrawani500 000 000 FCFA
Bilal Ag Acherif—500 000 000 FCFA
Abderrahmane Al-Batna Al-Jazairi—500 000 000 FCFA

Ce type de programme de récompenses est une pratique bien établie dans la lutte antiterroriste internationale. Les États-Unis ont depuis longtemps recours à leur programme « Rewards for Justice » pour traquer les chefs djihadistes, et plusieurs pays africains ont mis en place des mécanismes similaires. Pour Bamako, il s’agit d’un signal fort adressé tant à la population — mobilisée comme relais de renseignement — qu’aux partenaires régionaux et internationaux.

La rédaction 

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Ouverture du Forum panafricain des médias
Actu

Forum Panafricain des Médias 2026 : comment l’Afrique veut reprendre le contrôle de son récit médiatique

by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 juin 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 6 minutes read

Le Centre International de Conférences de Bamako abrite, depuis le jeudi 3 juin 2026, la première édition du Forum Panafricain des Médias. Placé sous le haut parrainage du Général d’Armée Assimi Goïta, président de la Transition et chef de l’État, la cérémonie d’ouverture s’est tenue sous la présidence du Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga en présence du ministre de la Communication Alhamdou Ag Ilyene, des membres du gouvernement ainsi que des autorités administratives et politiques de Bamako.

Placée sous le thème : « Unir les voix, renforcer les liens entre médias d’Afrique », cette rencontre réunit plus de deux cents participants venus du District de Bamako, des régions du Mali et de plusieurs pays africains. Les travaux se poursuivent jusqu’au samedi 6 juin. L’objectif est de consolider la coopération panafricaine, de promouvoir la souveraineté narrative et de renforcer la capacité des médias africains à relever les défis économiques, technologiques et sécuritaires.

Une rencontre consacrée à la souveraineté narrative africaine

Le coordinateur général du forum, Bandiougou Danté, président de la Maison de la Presse, a rappelé que l’événement, prévu en mai, avait été reporté à cause des attaques terroristes du 25 avril. Il a salué la résilience du peuple malien et l’action des Forces armées qui ont permis de tenir ce rendez‑vous malgré les difficultés. Dans son allocution, il a proposé que la Maison de la Presse du Mali soit rebaptisée en hommage à Mahamane Hameye Cissé, disparu récemment.

Le gouvernement au Forum panafricain des médias
Des membres du gouvernement malien à l’ouverture du Forum panafricain des médias 2026, le 3 juin 2026. ©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

Il a insisté sur la nécessité de réfléchir à la souveraineté narrative et à la guerre de l’information. Il a aussi souligné l’importance de renforcer la coopération entre médias africains, de mutualiser les ressources et les expertises, et de bâtir des partenariats durables pour une meilleure circulation des contenus produits par les Africains eux‑mêmes. Les défis économiques et la protection des journalistes ont également été mis en avant comme des priorités urgentes.

Les médias africains confrontés aux défis économiques

La baisse des revenus publicitaires, la dépendance financière, la précarité des rédactions et la fragilité des modèles économiques menacent la survie des médias. La protection des journalistes, particulièrement exposés dans les zones de crise, a été rappelée comme une exigence incontournable. Les discussions portent aussi sur les opportunités et les risques liés aux réseaux sociaux et à l’intelligence artificielle, appelant à en faire des leviers de progrès et non des menaces.

Salif Sanogo, président de la Commission d’organisation, a rappelé que les journalistes écrivent la première version de l’histoire. Il a comparé leur rôle à celui des griots dans les sociétés traditionnelles, qui transmettaient la parole des rois. Selon lui, le journalisme doit dépasser le divertissement pour éveiller la curiosité et approcher les réalités. La bataille du narratif est essentielle pour contrer la désinformation et la manipulation.

Le gouverneur du district au Forum panafricain des médias
Le gouverneur du district de Bamako à l’ouverture du Forum panafricain des médias 2026, le 3 juin 2026. ©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

La mobilisation des confrères pour une synergie africaine

Il a exprimé sa gratitude pour la mobilisation des confrères autour de ce projet commun. Il a insisté sur l’importance de créer une synergie d’action afin de donner aux médias africains la capacité d’infléchir les grandes décisions des États. Le programme du forum prévoit cinq panels, trois tables rondes et plusieurs sous‑thèmes animés par des experts et analystes reconnus. Ces sessions visent à enrichir les échanges et à permettre aux participants de débattre avec les panélistes.

La conférence inaugurale est animée par Martin Faye, journaliste sénégalais et expert en communication. Fort d’une longue expérience au sein de la RTS et de la Fondation Hirondelle, il a structuré son intervention autour de quatre axes : le nouveau visage des médias africains, l’indépendance face aux géants du web, l’innovation comme moteur de transformation et la souveraineté narrative. Il insiste sur la nécessité pour les médias africains de s’adapter aux mutations numériques.

Les mutations numériques dans le journalisme africain

Martin Faye décrit une mutation structurelle marquée par la fin du monopole de la parole. Le numérique transforme le journalisme en profondeur, imposant un pratique agile et multimédia. Le journaliste moderne doit désormais savoir écrire pour le web, produire des vidéos courtes pour TikTok ou des podcasts en langues nationales. Cette diversification des formats est essentielle pour toucher un public connecté et renforcer la proximité avec les populations africaines.

Ouverture du Forum panafricain des médias au Mali
Les doyens de la presse à l’ouverture du Forum panafricain des médias 2026, le 3 juin 2026. ©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

Selon lui, l’indépendance des médias africains ne peut se limiter à une posture morale. Elle doit reposer sur des infrastructures solides. Les géants du numérique, les GAFAM, captent plus de soixante-dix pour cent des revenus publicitaires, fragilisant les médias locaux. Posséder son propre canal de diffusion est une condition indispensable à la liberté de parole et à la souveraineté éditoriale. L’indépendance se joue à la fois sur le plan politique et économique.

L’innovation comme moteur de transformation souveraine

L’innovation, poursuit-il, n’est pas une option mais une nécessité de survie. Elle doit être adaptée aux réalités africaines, notamment par des applications mobiles légères, des podcasts en langues locales et l’usage de l’intelligence artificielle pour traduire et transcrire rapidement les contenus. L’innovation doit permettre de réduire les coûts de production, briser la barrière de l’analphabétisme et renforcer la proximité avec les populations.

Martin Faye insiste sur la nécessité de déconstruire le regard extérieur porté sur l’Afrique, souvent réduit aux conflits. La souveraineté narrative consiste à produire du sens local et à définir ses propres priorités médiatiques. Les médias africains doivent cesser de copier les dépêches internationales et valoriser leurs propres sources de terrain. Il s’agit de raconter l’Afrique à partir de ses réalités et de ses solutions endogènes.

Une étape fondatrice pour les médias africains

Le Premier ministre a rappelé que ce forum s’inscrit dans une dynamique de refondation nationale et de coopération panafricaine. Selon lui, les médias doivent jouer un rôle central dans la consolidation de la cohésion sociale et dans la lutte contre la désinformation. Il a insisté sur la responsabilité des journalistes à produire une information crédible et à accompagner les efforts de souveraineté narrative.

Il a également souligné que les médias africains doivent s’adapter aux mutations technologiques sans perdre leur identité. Pour le Premier ministre, l’innovation et l’indépendance sont des conditions essentielles pour bâtir une presse forte et respectée. Il a encouragé les participants à profiter de ce forum pour échanger des expériences, renforcer les partenariats et proposer des solutions concrètes aux défis économiques et sécuritaires.

Le FOPAME 2026 s’affirme comme une étape fondatrice pour les médias africains. En réunissant professionnels, experts et autorités, il pose les bases d’une coopération durable et d’une réflexion stratégique sur l’avenir du journalisme en Afrique. L’événement marque la volonté des médias panafricains de reprendre le contrôle de leur narration et de s’unir pour faire face aux défis économiques, technologiques et sécuritaires. Bamako s’impose comme une capitale culturelle et médiatique.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

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