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Troisième sommet Russie-Afrique : Moscou prépare l’après et renforce sa stratégie africaine

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Prévu les 28 et 29 octobre à Moscou, le troisième sommet Russie-Afrique se profile comme un rendez-vous politique majeur. Pendant que l’Occident se ferme, la Russie mise sur une relation de long terme avec le continent.

Moscou, discrètement mais méthodiquement, prépare son prochain grand rendez-vous avec l’Afrique. La première réunion du comité d’organisation du troisième sommet Russie-Afrique s’est tenue dans la capitale russe sous la présidence de Iouri Ouchakov, conseiller du Kremlin — le même homme qui supervise depuis des années le dossier africain. Le ton donné d’emblée : pas de communication fracassante, mais un travail de fond, concret, orienté vers des résultats durables.

Dépasser le stade des déclarations d’intention

« Les sommets de 2019 et 2023 ont, en substance, donné un nouvel élan à la coopération russo-africaine », a déclaré Ouchakov à l’ouverture de la réunion. « Nous avons désormais devant nous un travail considérable et de grande envergure. Il est important d’accorder une place particulière à la dimension économique de nos relations. »

La dimension économique, justement. C’est le grand chantier annoncé. Après deux sommets qui ont posé les bases politiques d’un rapprochement — Sotchi en 2019, Saint-Pétersbourg en 2023 —, Moscou veut désormais passer à la vitesse supérieure : de nouveaux mécanismes de coopération, un réseau diplomatique russe élargi sur le continent, des commissions intergouvernementales. Autant d’outils concrets pour structurer une relation qui dépasse le stade des déclarations d’intention.

Un « héritage » revendiqué

Le mot employé par Anton Kobiakov, autre conseiller du président russe, mérite attention. « Notre objectif est de laisser un héritage durable de cette troisième rencontre », a-t-il affirmé, visant un ensemble de « décisions signées dans les domaines de l’économie, du commerce, des investissements, de la culture et de l’éducation ». Un héritage — le terme n’est pas anodin dans une relation historique complexe, faite de solidarités réelles au temps de la décolonisation et de malentendus plus récents.

Car c’est l’une des lignes de force de ce rapprochement : la Russie joue la carte de la mémoire longue. Celle des indépendances soutenues, des cadres formés à Moscou ou à Léningrad, des armes livrées aux mouvements de libération. Une rhétorique que l’Occident ne peut pas tenir — et qui continue de faire recette dans de nombreuses capitales africaines, de Bamako à Harare.

Un sommet qui s’annonce très représentatif

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a indiqué début mai s’attendre à ce que « la grande majorité des pays du continent » soit représentée les 28 et 29 octobre. Si cette prévision se confirme, elle sera en elle-même un signal politique fort. À l’heure où plusieurs puissances occidentales peinent à remplir les salles de leurs propres forums avec l’Afrique, une participation massive au sommet de Moscou dirait beaucoup sur l’état réel des équilibres diplomatiques mondiaux.

Vladimir Poutine a personnellement choisi Moscou comme lieu d’accueil et ordonné la création du comité d’organisation en mars dernier — un engagement présidentiel direct qui tranche avec la gestion technocratique que l’Europe réserve souvent à ses relations avec le continent.

Ce que l’Afrique y gagne — ou espère y gagner

La question mérite d’être posée sans détour. Les pays africains qui s’engagent dans cette relation ne le font pas par sympathie idéologique pour Moscou. Ils y voient plusieurs avantages pragmatiques : un accès à des céréales et à des engrais à des conditions négociées, des partenariats militaires sans conditionnalités liées aux droits humains, des votes favorables au Conseil de sécurité de l’ONU, et une reconnaissance de leur souveraineté de décision que les partenaires traditionnels leur ont longtemps refusée.

La coopération russo-africaine n’est pas exempte de tensions ni de contradictions — et aucun regard lucide ne saurait l’idéaliser. Mais elle répond, au moins partiellement, à une demande réelle : celle de pays qui refusent de choisir un camp et entendent diversifier leurs alliances. Dans un monde où les grandes puissances se disputent l’influence africaine, Moscou a compris que l’Afrique n’était plus un théâtre passif mais un acteur à courtiser.

Le troisième sommet Russie-Afrique sera, à cet égard, un test : celui de la capacité de Moscou à transformer un rapprochement politique en coopération tangible pour les populations du continent. L’annonce est faite. Le calendrier est fixé. Reste à savoir si, derrière les discours, les actes suivront.

A.D


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