Accueil » Blog » Actu » Centre du Mali : nouvelles attaques dans la région de Bandiagara

Centre du Mali : nouvelles attaques dans la région de Bandiagara

0 comments 1 views 5 minutes read

Plusieurs attaques meurtrières ont frappé la région de Bandiagara, au centre du Mali. Entre insécurité persistante, fragilité sociale et défis sécuritaires, les villages du pays dogon restent exposés aux violences des groupes armés.

La région de Bandiagara, au centre du Mali, a été frappée par une nouvelle série d’attaques meurtrières en mai 2026. À Gomossogou et Kori-Kori, plusieurs habitants ont été tués lors d’assauts attribués à des groupes armés. Ces violences rappellent la fragilité persistante de la sécurité dans le pays dogon, malgré les opérations militaires et les tentatives de retour à la normale dans plusieurs localités.

Des attaques meurtrières dans plusieurs villages

La région de Bandiagara, au centre du Mali, a de nouveau été secouée par une série d’attaques meurtrières en mai 2026. À Gomossogou, dans le cercle de Diallassagou, ainsi qu’à Kori-Kori, dans la commune rurale de Doucombo, plusieurs personnes ont été tuées lors d’assauts attribués à des groupes armés, selon des sources locales et administratives relayées par la presse.

Le gouverneur de la région a confirmé des pertes humaines, sans avancer de bilan définitif. Ces attaques rappellent la persistance de la conflictualité dans le centre du Mali. Dans plusieurs zones rurales, les groupes armés continuent d’exploiter l’isolement des villages, la faiblesse des dispositifs de protection et les difficultés de communication pour maintenir un climat de peur et imposer leur domination.

Une accalmie fragile brutalement remise en cause

Ces violences surviennent alors que certaines localités du centre malien avaient connu ces derniers mois une relative accalmie. Le retour progressif des forces de sécurité, la reprise des activités agricoles et le retour de certains déplacés dans le cercle de Bankass avaient nourri l’espoir d’une stabilisation progressive.

Mais cette résurgence des attaques fragilise ces efforts et ravive les inquiétudes dans une région marquée par des cycles récurrents de violences.

Au-delà du bilan humain, ces attaques réactivent une mémoire traumatique profondément ancrée dans les communautés. Les drames de Koulogon Peulh, Ogossagou et Sobane Da continuent en effet de hanter les mémoires collectives dans le centre du Mali.

Un équilibre social longtemps préservé dans le pays dogon

Longtemps, le pays dogon a pourtant représenté un espace de stabilité relative. La société locale reposait sur des mécanismes traditionnels de régulation sociale, des autorités coutumières reconnues et des traditions de coexistence entre communautés.

Jusqu’aux années 2000, l’autorité morale des Ogon, figures centrales de l’organisation sociale dogon, contribuait à maintenir un certain équilibre. L’influence des lignées religieuses héritières des grands foyers islamiques liés à El Hadj Oumar Tall participait également à cette régulation.

La localité de Degembéré demeurait notamment un important lieu de pèlerinage et de médiation religieuse dans la région.

Une population rurale confrontée à la peur

À Gomossogou, Moussa, un commerçant revenu de Côte d’Ivoire après les violences de Diallassagou, décrit une profonde désillusion. « On avait commencé à défricher les espaces abandonnés pour préparer les cultures de mil et de sorgho. Les champs étaient presque prêts pour l’hivernage. Mais les tirs ont repris là où personne ne s’y attendait. », explique-t-il. 

Selon lui, la présence de forces de sécurité à quelques kilomètres avait permis aux habitants d’adopter certaines mesures de survie. « On s’est cachés dans les maisons et dans la brousse, comme en 2022. Aujourd’hui, peut-on encore espérer cultiver ? », s’interroge-t-il. 

Ce témoignage illustre l’impact psychologique des attaques répétées sur les populations rurales.

Des dispositifs d’autodéfense aux moyens limités

Face à l’insécurité persistante, certains villages ont mis en place des dispositifs d’autodéfense communautaire pour pallier l’absence d’une présence militaire permanente.

Mais ces structures restent fragiles et disposent de moyens très limités. À Kori-Kori, Aïssata, veuve de 45 ans, raconte : « Mon mari participait à la protection du village avec les chasseurs des localités voisines. Les terroristes l’ont tué en décembre alors qu’il revenait de Bandiagara. Aujourd’hui, ils exécutent leurs menaces avec cette nouvelle attaque. »

Selon elle, les assaillants circulent à moto et disposent d’armes automatiques : « Les soldats passent parfois en convoi. Mais dès leur départ, les motos reviennent la nuit, phares éteints. », précise-t-elle. 

Une stratégie d’insécurité dans les zones rurales

Ces violences surviennent pourtant dans un contexte marqué par des opérations militaires coordonnées menées fin avril et par des annonces officielles de réorganisation sécuritaire.

Malgré cette pression, les groupes armés conservent une capacité de nuisance importante dans les espaces ruraux. Tandis que l’armée concentre ses opérations autour des centres urbains et des axes stratégiques, les assaillants ciblent les villages périphériques.

Cette stratégie vise à fragiliser le tissu social, perturber les activités agricoles et maintenir un climat d’insécurité durable.

Restaurer la paix au-delà de la réponse militaire

Dans la région de Bandiagara, la restauration durable de la paix ne peut se limiter à une logique strictement militaire ou humanitaire.

Elle suppose également une reconstruction sociale et politique fondée sur la confiance, la légitimité des acteurs locaux et le rétablissement progressif de l’autorité publique.

Cela implique notamment la réactivation des mécanismes locaux de médiation associant chefs coutumiers, autorités religieuses, chefs de terre et structures traditionnelles encore influentes dans les communautés rurales.

Une présence étatique crédible dans les villages, sur les pistes rurales et dans les zones agricoles apparaît aujourd’hui essentielle pour restaurer durablement la stabilité dans le centre du Mali.

Mikaïlou Cissé


En savoir plus sur Sahel Tribune

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Veuillez laisser un petit commentaire pour nous encourager dans notre dynamique !