Situation au Mali : pourquoi (re) lire Sartre, le penseur de la liberté

Date:

Share post:

Alors que deux organisations ouest-africaines ont imposé des sanctions au Mali, les citoyens de ce pays, au lieu de s’apitoyer, voient dans cette situation une opportunité pour la libération et la renaissance de leur pays. Cela nous rappelle la conception de la liberté de l’écrivain français Jean Paul Sartre.

À l’issue de leur sommet extraordinaire sur la situation malienne, tenu le 9 janvier 2022, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) ont mis le Mali sous embargo, en fermant les frontières terrestres et aériennes des pays membres avec le Mali. Les autorités de la transition ont répliqué, en fermant également leurs frontières. Une situation qui, avec le décès de l’ex-président malien Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK), donne lieu à moult interrogations.

Sanctions « illégitimes, illégales et inhumaines »

Cette impasse, qui aura de forts impacts sur le peuple malien, a enregistré, de façon unanime, des condamnations et augmenté la cote de popularité des autorités maliennes de la transition. Partout dans le monde, des déclarations de soutien au peuple malien et aux autorités en place sont faites. C’est dans la même dynamique, qu’à l’intérieur du pays, nombreux sont les opérateurs économiques qui ont pris des mesures pour permettre aux Maliens de surmonter « héroïquement » cette épreuve.

À l’appel de leurs dirigeants, les Maliens ont pris d’assaut, vendredi 14 janvier, le monument de l’indépendance. Ils ont condamné les sanctions « illégitimes, illégales et inhumaines » des organisations sous-régionales et exprimé leur soutien au pouvoir en place. Le peuple malien voit en cette situation une opportunité pour la renaissance malienne, voire africaine.

En situation

Un tel contexte nous rappelle l’écrivain français Jean Paul Sartre, philosophe de la liberté par excellence. Selon lui, les Français n’ont jamais « été plus libres que sous l’occupation allemande ». Cela, malgré qu’ils avaient perdu tous leurs droits notamment celui de parler : « On nous insultait en face chaque jour et il fallait nous taire ; on nous déportait en masse, comme travailleurs, comme Juifs, comme prisonniers politiques ; partout sur les murs, dans les journaux, sur l’écran, nous retrouvions cet immonde visage que nos oppresseurs voulaient nous donner de nous-mêmes : à cause de tout cela nous étions libres ».

Ce penseur de la liberté, qui a échappé à plusieurs tentatives d’assassinat en raison de ces idées, estime, dans son œuvre monumentale L’Être et le Néant, qu’il « n’y a de liberté qu’en situation et il n’y a de situations que par la liberté ». Par situation il entend l’ensemble des circonstances matérielles et psychologiques qui donnent la possibilité du choix et conduit à l’action à un moment bien déterminé de notre existence afin de recouvrer la liberté.

Les sanctions de la Cédéao et de l’Uemoa constituent donc une situation pour les Maliens. Mais sauront-ils s’en profiter pour être enfin plus libres qu’auparavant ? En tout cas, maints pays africains sont convaincus que cette situation est une opportunité pour les Maliens, voire l’Afrique de sortir du joug de « l’esclavage » et du « colonialisme ».

Chiencoro Diarra

Chiencoro
Chiencorohttps://saheltribune.com
Chiencoro a plusieurs années d'expérience dans la presse écrite et le blogging au Mali. Il est présentement journaliste-reporter à Sahel Tribune.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Articles similaires

Mali-Russie : plus de doute sur la nature des relations !

Au lendemain de la remise d’une dizaine d’équipements militaires destinés à renforcer la flotte de l’Armée de l’Air, le président malien de la transition, le Colonel. Assimi Goïta, et le Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, ont eu un entretien téléphonique, ce mercredi dans la matinée.

[Billet] « Mon chemin vers l’amour » ? (2)

Aux reprises des cours, on se voyait presque tous les jours au sein de l’établissement — dans le bureau des étudiants. La seule chose qui nous unissait à cette époque-là était juste les salutations, les taquineries et rien de plus.

[Billet] « Mon chemin vers l’amour » ? (1)

Tout a commencé quand j’ai eu l’occasion de poursuivre des études supérieures après ma maîtrise. C’était il y a quatre ans à l’École normale supérieure.

Mali : « la Russie a les moyens de sa politique contrairement à son vieil ami »

Ces derniers mois, la situation socio-politique du Mali et l’invasion de l’Ukraine par la Russie défraient la chronique nationale et internationale. Ces deux pays, en plus d’être des amis de longue date, sont aujourd’hui objets d’une polémique internationale en matière de respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire
%d blogueurs aiment cette page :