Sécurité routière : ce que pensent les Maliens du port obligatoire du casque 

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À partir de janvier 2023, le gouvernement malien entend rendre obligatoire le port du casque pour les motocyclistes. Cette décision est diversement appréciée par les Maliens, en cette période de grande inflation des produits de première nécessité.

La 18e édition de la Semaine nationale de la sécurité routière s’est tenue cette année sur le thème : « Respect de la limitation de vitesse et le port du casque, une nécessité vitale ». Le ministère des Transports et des Infrastructures routières explique que ce thème vise à inciter à la réflexion et à l’action. Aussi, s’agit-il, d’un « véritable cri de cœur lancé aux utilisateurs d’engins motorisés à 2 ou trois 3 roues pour qu’ils se familiarisent avec le port du casque de protection et une invite à tous les conducteurs d’automobiles à respecter la limitation de vitesse ».

Les accidents de la circulation, liés aux engins à deux ou trois roues se sont multipliés ces dernières années, avec un impact réel sur la population, notamment la frange juvénile. En 2021, selon les statistiques des autorités en charge de la sécurité routière, 400 motocyclistes ont été victimes de traumatisme crânien, au Mali, en raison des accidents de la circulation.

Une application des textes

La stratégie nationale de sécurité routière, élaborée pour la période 2021-2030, révèle que les collisions impliquant les conducteurs d’engins à deux roues, considérés comme usagers vulnérables, ont entraîné plus de 76 % des victimes (tués et blessés graves).

Le Code de la route, en son article 21, alinéa 1 est formel : « Le port du casque est obligatoire pour les conducteurs et les passagers de motocyclettes et vélomoteurs de cylindre supérieur ou égale à 100 cm3 ».

Selon le Ministère des Transports et des Infrastructures, la décision de rendre le port du casque obligatoire est motivée par le constat macabre de la recrudescence des accidents de la circulation routière liés aux engins à deux et trois roues. Mais l’avis des Maliens diverge sur le sujet.

Sauver des vies

Harouna Dairra, usager routier, déplore l’augmentation du prix des casques par les vendeurs depuis l’annonce de cette décision gouvernementale.M. Diarra exhorte donc les autorités maliennes à mettre en place des stratégies en vue de maintenir le prix des casques à un niveau plus supportable par le portefeuille des citoyens, qui est confronté à plusieurs autres difficultés.

De son côté, Abdoul Nasser Maïga, entrepreneur, estime que cette initiative contribuera à sauver des vies, et à faire rechuter le taux d’accident, qui grimpe quotidiennement dans nos grandes villes. Mais pour arriver à sa mise en œuvre, les autorités doivent être appuyées par les organisations de la société civile, à travers des actions citoyennes d’information et sensibilisation des usagers sur la nécessité du port des casques.

Korotoumou Diarra, étudiante, salue cette initiative des autorités maliennes. Une initiative qui vise le bien-être des populations, notamment des jeunes. Elle invite donc ses camardes jeunes à faire de cette initiative une habitude en vue de sauver des vies.

Le moment a été mal choisi

Mariam Camara, citoyenne, est catégorique : «Je ne vais pas le porter parce que les casques qu’on nous vend ne sont pas appropriés », indique-t-elle avant de préciser qu’en les portant, les usagers n’entendent rien. Elle rappelle au gouvernement malien que cette initiative a toujours échoué au Mali.

Issoufou Maïga, juriste, ne partage pas cette décision du gouvernement qui intervient à une période où les populations souffrent de plusieurs maux. « Cette initiative n’est pas mauvaise en soi, mais c’est le moment qui a été mal choisi pour la mettre en application ».

Mohamed Camara

Mohamed Camara
Mohamed Camarahttps://saheltribune.com
Mohamed Camara est détenteur d’une licence en lettres modernes, décrochée en 2019 à la Faculté des lettres, des langues et des sciences du langage (FSL), Université des lettres et des sciences humaines de Bamako (ULSHB). Il évolue dans la presse, son métier de prédilection, depuis 2018. En 2021, il est certifié journaliste culturel suite à une formation de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ). Il a travaillé pour plusieurs journaux dont le projet Kéniéba Média dont il était le coordinateur, et lemalien.com. Il travaille actuellement pour Reflet d’Afrique (Journal hebdomadaire local de Bamako, depuis 2020) et Sahel Tribune (mai 2022). Mohamed Camara aime la lecture, la musique et les échanges interindividuels afin de mieux affiner ses connaissances.

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