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Mali : ce que l’on sait de la suspension des exportations de Karité, de soja, de sésame et d’arachides

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La suspension des exportations de karité, de soja, de sésame et d’arachides, décidée par le gouvernement pour soutenir l’industrie locale, suscite espoir et inquiétude. Si l’objectif est de renforcer la souveraineté économique en privilégiant la transformation nationale, les agriculteurs, déjà fragilisés, craignent des pertes financières faute de capacités industrielles suffisantes pour absorber leurs récoltes.

L’annonce de la suspension des exportations de produits agricoles comme le karité, l’arachide, le sésame et le soja au Mali est arrivée comme un coup de tonnerre pour des milliers de producteurs. Officiellement, les autorités justifient cette mesure par la volonté de renforcer l’industrie locale, de valoriser les ressources nationales sur place et de garantir l’approvisionnement en huile alimentaire pour tous les Maliens, toute l’année et à des prix raisonnables. Mais est-ce vraiment si simple ? Sur le papier, l’idée semble noble et même logique : prioriser la transformation locale pour générer plus d’emplois et favoriser la souveraineté alimentaire. En pratique, les risques économiques pour les petits producteurs et l’impact sur leurs revenus posent question.

Que faire du surplus ?

Des échanges entre l’État, les agriculteurs et les industriels ont abouti à un protocole d’accord, un compromis destiné à satisfaire toutes les parties. Ce texte promet des prix de référence pour chaque produit, une garantie de quantités à livrer et un paiement des matières premières à des prix convenus. On applaudit les intentions, mais le terrain ne suit pas toujours les belles déclarations. Dans la réalité, les usines de transformation locales restent encore bien loin d’absorber les volumes de production que génèrent ces filières chaque année, prévient l’ancien Premier ministre Moussa Mara. Elles manquent de capacités, de moyens techniques et de soutien logistique pour répondre à la demande locale.

L’ambition de transformer le karité, le sésame, le soja et l’arachide dans les frontières du pays en produits finis est admirable, mais elle s’affronte à une dure réalité : les infrastructures et la capacité industrielle maliennes peinent à suivre. Si les unités industrielles n’arrivent pas à absorber ces volumes, que faire du surplus ? Et, surtout, qui compensera les pertes de revenus pour les producteurs habitués aux prix plus attractifs des marchés d’exportation ?

Une synergie nationale se dessine

Il ne faut pas sous-estimer la générosité et la patience des agriculteurs, qui acceptent aujourd’hui de vendre à des prix parfois inférieurs à ceux du marché extérieur. C’est un geste de solidarité avec l’industrie nationale, une contribution au renforcement de l’indépendance économique du pays, mais il ne peut être durable sans un soutien ferme et une réelle valorisation de leur travail. Il convient donc de saluer les industriels locaux qui s’engagent à acheter ces matières premières à des prix convenus, malgré les contraintes que cela leur impose. On voit bien un effort collectif, une synergie nationale qui tend à se dessiner. Mais est-elle suffisante pour faire face aux besoins et aux attentes de chacun ?

Les responsables du ministère de l’Industrie et du Commerce semblent avoir compris cette nécessité de compromis en se tournant vers les acteurs pour mettre en place un accord. Ils ont signé un protocole, censé encadrer et réguler ce nouvel ordre économique autour des ressources agricoles. Mais dans un pays où la communication ne remplace pas les actes concrets, on peut s’interroger : que deviendra cet accord lorsqu’il faudra le mettre en œuvre sur le terrain ?

La souveraineté alimentaire, un objectif louable

À travers cet arrêté, il semble que l’État ait voulu suivre le modèle de la filière cotonnière, comme le laisse penser Moussa Mara, où un équilibre a été trouvé entre les besoins d’exportation et l’approvisionnement local. Mais le coton est une filière établie de longue date, avec des structures solides et un soutien institutionnel affirmé. Pour le karité, le sésame ou le soja, ce sont encore des filières émergentes avec des circuits plus fragiles. La comparaison ne tient que si l’État est prêt à fournir les infrastructures nécessaires et à accompagner ces filières dans leur développement.

Au-delà des accords et des engagements, cette situation soulève des questions sur la vision économique à long terme pour le Mali. La souveraineté alimentaire est un objectif louable, mais elle ne doit pas être atteinte au détriment de ceux qui produisent ces matières premières. Les agriculteurs sont déjà confrontés aux caprices de la météo, aux difficultés d’accès aux financements et à des marchés instables. Leur imposer des restrictions de vente sans alternative viable, c’est courir le risque d’éroder leur motivation et de voir des milliers de familles plonger dans une précarité accrue.

Une bénédiction ou une malédiction pour les producteurs

Le gouvernement pourrait, pour consolider cette mesure, envisager des investissements massifs dans l’industrie de transformation, en installant des usines dans les régions productrices. Cela permettrait de réduire les coûts de transport, de générer de l’emploi et de stimuler les économies locales. Ce sont là des investissements qui pourraient offrir un réel espoir de prospérité durable, là où l’arrêté de suspension n’apporte pour l’instant que des incertitudes. 

On peut reconnaître la bonne foi des autorités maliennes, prêtes à soutenir la filière de transformation et à encourager l’auto-suffisance. Cette démarche est cruciale dans un contexte mondial où les tensions géopolitiques rendent de plus en plus difficile l’accès aux marchés internationaux. Néanmoins, la voie vers l’autosuffisance économique doit être pragmatique, et ne pas devenir une chimère où les producteurs sont sacrifiés pour un objectif qui pourrait ne jamais se concrétiser pleinement.

Dans un climat d’incertitude, la question reste ouverte : la suspension des exportations est-elle une bénédiction ou une malédiction déguisée pour les producteurs ?

Oumarou Fomba 

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